«Bienvenue...Je m'en voudrais beaucoup que ce site fût un blog. Ce n'est même pas un journal. Vous êtes sur un site prétentieusement littéraire où figurent par-dessus le marché quelques liens militants dans le domaine des NTIC, ou autres. Vous pouvez consulter des recueils de poèmes en prose : "Dieu Est Un Arbre Peuplé De Chats", "Adorations", "Le Cavalier de l'Hippocampe", et le "Journal d'un s... de b... de Marchand de Nuages" (icônes à gauche). Quant à la page sur laquelle vous êtes actuellement, page d'accueil de ce site, elle est renouvelée régulièrement avec les notes écrites durant la période précédente et qui composent graduellement les "Carnets".
Je suis stupéfié de constater l'intensité et la grandeur de l'amour que je portais à ma mère, un amour qui couvrait tout le spectre du charnel au spirituel, depuis le jour de mon enfance où il m'était apparu qu'elle ne pouvait être que Dieu, jusqu'à il y a trois ans, car c'était encore elle, je m'en rends compte, que j'aimais dans N., avec l'espoir toujours inassouvi de rendre cette âme malade, fragile et douce, enfin heureuse !
Mardi 18 juin 2013
Connaître que la mort est totale, absolue, me rend la solitude à nouveau difficile, et naïve l'idée qu'excellence et modestie suffisent à faire de moi un être exemplaire et recherché.
Bien sûr ils s'en tapent, eux, puisqu'ils vont tous mourir de la même manière étouffante et atroce, dans une horreur sans rémission et qu'ils le savent, et n'ont jamais par avance comme moi joui durant des années d'un paradis imaginaire.
Bien que sans un sou j'étais riche, aussi riche que ceux qui ne pourront jamais passer par le chas d'une aiguille.
Samedi 15 juin 2013
Les choses paraissent plus faciles dans la perdition : on est aspiré par l'abyme*
Quand on a réussi à échapper à son attraction et qu'on se retrouve sur le grand plateau désertique de terres ocres où il n'y a rien
Ni père ni mère ni gardien ni ami
Rien d'autre que le vent
C'est moins simple
On essaie de déchiffrer les pistes anciennes d'ancêtres et d'animaux au besoin en les inventant
On croise surtout ses propres traces
Il n'y a ni balise ni signal
On se sent pauvre et usé comme le paysage et parfois trop impuissant et rageur à l'image de ces rares succulentes bardées d'épines
Par contre on a tout son temps.
…Et si ce n'est pas vrai c'est pareil !
* Je préfère cette orthographe.
Vendredi 14 juin 2013
Chère Y.,
J'aime les genres et les procédés littéraires cousus de fil blanc comme celui-ci : la lettre adressée à un lecteur idéal, vous en l'occurrence, ma neuropsychiatre et amie, à qui je songeai tout-à-l' heure en regrettant le langage qui était le vôtre, si poétique et si offensif à la fois.
C'est vous qui m'avez dit en parlant de L. qu'elle " avait une étoile au front ", ou bien encore, un soir sur l'autoroute comme nous roulions droit vers un coucher de soleil encore invisible mais qui s'annonçait splendide, " regarde-moi toute cette nacre ! " pour désigner les strates de nuages irradiés de lumière.
Vous préconisiez que chacun " ait des couilles " et vous seriez bien déçue aujourd'hui quoique vous considériez déjà il y a plus de trente ans que nous étions dans une société de dégénérés, de gens qui n'en avaient plus depuis longtemps, des couilles, des balloches, des valseuses…
J'ajoute que l'authenticité à laquelle vous faisiez référence n'était que sentiment aristocratique, ne révélait jamais que de la noblesse, au contraire de la platitude et de la médiocrité convenues qui sont de règle aujourd'hui et s'offrent à la convoitise dans le miroir des ignobles programmes de télé-réalité, sommets de bêtise et de vulgarité.
Il n'est plus permis de s'exprimer avec un peu de vérité sans tomber sous les accusations les plus saugrenues d'intolérance, d'extrémisme, de racisme, avec pour résultat que, derrière les refoulements, un cloaque répugnant et empoisonné se remplit.
Quand il n'y aura plus ni race, ni couleur, ni religion, ni genre, ni opinion, ni défaut, ni qualité, que les poètes et les enfants avec leurs " mots " auront disparu depuis longtemps, la vie sera comme la mort, et le suicide sera accompli.
Lundi 10 juin 2013
La seule forme d'absolu concret dont nous pouvons faire brièvement l'expérience, c'est le soleil. Pendant une seconde on peut sentir la précarité de toutes choses, la fragilité non seulement de l'existence mais même de l'âme immortelle. Sa brûlure sans pitié c'est Dieu !
La seule manière d'être heureux qui vaille est la manière " insolente ". Rappelez-vous Zorba le Grec, son fez de travers, le brin de basilic derrière l'oreille, (et la lame effilée dans la poche)... Qu'on lui ressemble ou qu'on soit comme ceux qu'il croise, il vaut mieux éviter de trop fréquenter ses semblables.
Pour ne pas regretter de ne pas vivre à Londres ou à Genève où je connais quelques personnes, j'ai placé sur ma page i-Google la météo dissuasive de ces villes, et puis, outre la mienne détestable, celle de Grasse qui est la destination de mes rêves impossibles, et La Rochelle où mes prières ferventes pourraient peut-être m'amener un jour.
Jeudi 6 juin 2013
Abandonner tout espoir
Je commence à soupçonner que ma vie ne correspond pas du tout et ne peut absolument pas être ni ce que je voudrais qu'elle soit, évidemment, ni ce que je peux actuellement en comprendre en espérant la voir devenir ce que je voudrais. Ce serait une banalité d'affirmer cela si je n'étais pas un spécialiste, quelqu'un qui, depuis plus de trente ans, a passé son temps -vraiment la majeure partie- à s'occuper de ce problème avec la conviction qu'il s'agissait pour lui d'une question de vie ou de mort.
Je vous renvoie à la citation de mon imaginaire John Lennon qui a affirmé : " On traverse au moins une fois dans sa vie une distorsion du temps ! " Si le temps est élastique et tordu, comment une vie humaine pourrait-elle accepter le principe de causalité cartésien qui implique que le passé soit antérieur au présent ?
Mais en même temps ces fausses vérités sont partiellement vraies, un peu comme la physique ordinaire qui suffit à expliquer les phénomènes terrestres mais s'avère totalement insuffisante à l'échelle de l'univers.
Dans cet ordre de grandeur, "j'ai pris le métro hier et j'ai chopé un virus" pourrait bien signifier également : "l'innocence de mon âme enfantine m'accompagne partout", ce qui veut dire : "je dois absolument corriger les erreurs de jadis en assumant correctement l'innocence que j'ai perdue".
Mais plus encore que cela, je découvre, ou plutôt je réalise consciemment ce matin, qu'il faut se passer de boussole ! Car, oui, j'avais déjà plus ou moins compris l'étrange complexité et même l'absurdité de ma recherche au regard de la culture actuelle, mais je pensais encore pouvoir m'autoréguler, surveiller mes progrès, me rendre compte et me corriger le cas échéant. Erreur encore, billevesées.
Non ! Il faut lâcher les amarres, lâcher la rampe, abandonner tout espoir comme j'avais déjà abandonné les notions de présent et de passé qui s'interpénètrent, se renforcent mutuellement, s'expriment l'un dans l'autre.
C'est un maelstrom paisible, une planète en perpétuelle transformation comme le soleil, un ruban de Möbius sans commencement ni fin qui offre toujours un centre à habiter, bref une aventure de mystique, de poète au plus haut degré, d'un homme créé (je commence à comprendre), comme dit la Bible, " à l'image de Dieu ".
Mardi 4 juin 2013
Nuit du 4 juin 2013
La vie c'est la possibilité de croire que l'on n'est pas rien. Cette possibilité se réduit peu à peu jusqu'à la mort.
Mon chat : il ne sait pas, quelle vertu extraordinaire dans cette ignorance !
Quel privilège de pouvoir savoir. Mais savoir quoi ?
Qu'il n'y a rien. Rien. Rien de rien.
Dites-le avec des invectives, comme Céline. Faites grincer le squelette, jetez des bouteilles d'acide sur la foule. Ou pas ! Cela ne change rien au fait qu'il n'y a rien !
Dès qu'un individu de cette espèce si particulière qu'on appelle " humaine " possède un tant soit peu d'intelligence, il ne désire savoir qu'une chose : ce qu'est la mort.
Oui, car il devine évidemment que c'est le savoir ultime, le seul qui vaille la peine de chercher, le secret absolu.
Dans le domaine de prédilection qui est le sien, il faut être un initié -celui qui sait vraiment- ou rien. Il faut choisir entre la compétence ou la célébrité.
Mon erreur la plus épouvantable et très précoce fut d'imaginer que ce que j'étais vraiment ne pouvait que déplaire aux autres, une crainte que l'attitude de mon père à mon égard confirma, mais dont j'étais seul responsable, fruit du fruit de la Connaissance du Bien et du Mal.
Je pense que la connaissance implicite du néant de l'existence existe au début, en tous cas elle existait chez moi. Il s'agit d'un état qui autorise certains pouvoirs, comme celui décrit par Baudelaire dans Elévation :
"Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;
[…]
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes! "
On ne se compare à personne (rien est toujours égal à rien), c'est l'innocence. (L'ayant perdue, on peut espérer la retrouver.)
Le meilleur des hommes n'est-il pas précisément celui qui est capable de se demander s'il n'est pas le pire ? Et il le sait, naturellement. Vous voyez la complication ?
Espérons que l'angoisse recueillie par la connaissance ne se produira pas au moment de l'action !
Il n'y a rien qui justifie d'être vivant.
Revenir en esprit à cet âge heureux où l'on prend son pied en suçant son orteil…
J'avais retrouvé durant ma psychanalyse l'espoir de plaire à ma mère, puis (et pour cause puisqu'à travers elle je me croyais encore jugé par Dieu) buté sur l'impossibilité d'y parvenir, ce qui déclencha l'asthme dont j'ai souffert depuis.
Dieu, RIEN D'AUTRE QUE MOI …
De Qui, ou de Quoi, sont-ils les messagers, les animaux innocents, quand ils nous adressent leur confiance ?
Après tout ce que j'ai souffert, j'ai tous les droits !
Ce fut comme une douche d'un puissant acide qui te débarrasse en quelques instants de toute ta chair, ne laissant intact que ton squelette bien propre, blanc et tremblant, et un peu encore de la matière cachée dans la boîte crânienne... quelques grammes, assez pour éprouver toute l'angoisse et l'horreur de la mort.
Lundi 3 juin 2013
Un seul témoin : la mort !
Samedi 1er juin 2013
Roses, roses, roses !
… Le poète aime les roses.
Mais quand je serai mort, pour toi il sera trop tard.
Je n’ai rien à me reprocher, j’ai essayé, et encore chaque jour je pense à toi.
Je sais que j’ai failli mais je ne pouvais pas faire mieux, tu ne le comprends pas, tant pis pour toi.
Je suis désolé, ce sont les lois de la nature.
Personne ne fait le salut d’un autre.
Ni un amant celui de la femme qu’il aime, ni un père celui de son enfant.
… Il les aime, périssables, comme je t’aime.
Dimanche 26 mai 2013
Je me souviens du port d’Héraklion, le soleil, les murs lépreux, le grand ciel bleu parfait et pur.
Tout était possible.
Jamais voyageur n’a pu se sentir à la fois aussi libre et aussi en accord avec la Providence que je l’étais, moi qui débarquai sur cette terre inconnue sans un sou et sans billet de retour.
D’ailleurs je n’en suis jamais revenu.
Je suis un Crétois, de cette île au centre du monde, où chaque plante, chaque rocher, chaque goutte d’écume portée par le vent, et chaque homme plein de fierté, tutoie avec grandeur tout l’Univers.
Vendredi 24 mai 2013
Il y a eu une époque où j’étais toujours étonné le jour suivant de ne pas être mort la veille.
Jeudi 23 mai 2013
Dieu est, et c'est comme s'Il n'était pas.
Il est tellement sans commune mesure avec nous que L'invoquer ne sert à rien, c'est Le diminuer.
Si j'écris cela c'est parce qu'il me semblait logique de Le remercier -comme toujours absurdement- de la nécessité vitale de faire mon salut dans cette vie-ci, et non, comme se le figurent paisiblement les bouddhistes, peut-être dans la suivante ou dans celle d'après, en toute tranquillité . (Leur aptitude plus grande, due à leur approche différente, précisément une approche sans Dieu, se trouve ainsi ramenée au niveau courant.)
L'urgence, et je n'en témoignerais pas si ce n'était pas de la première importance, est causée par l'évolution du monde. Il ne favorise sans doute jamais la vie spirituelle, mais est devenu réellement son ennemi et cela ne semble pouvoir qu'empirer.
On doit s'en détourner, non sans l'avoir analysé et compris, et compris également que lutter contre lui ne sert à rien. C'est difficile aujourd'hui mais cela le sera encore plus pour la prochaine génération.
La seule, l'unique chose à faire, tant que c'est possible, consiste à sauver son âme.
Vendredi 17 mai 2013
(Steampunk)
Je suis sûr que les débuts de l'industrialisation ont été pour beaucoup de ses acteurs une période exaltante et joyeuse sans autre conviction que celle d'œuvrer pour le bonheur et pour la paix futurs.
J'imagine sans peine la tâche de certains d'entre eux dans une belle campagne sauvage, en été, prospectant, prévoyant, édifiant, entourés de leurs machines et de leurs instruments de mesure en bois, acier, laiton et verre.
Je connais l'impression particulière, l'émotion esthétique que procure l'alliance de la nature, l'espace, le soleil, la végétation, avec la mystérieuse technicité d'objets artificiels, manufacturés, qui exprimaient encore des préoccupations décoratives héritées du passé. (Et c'est bien là le plus étrange : la vision de ma main sur ma cuisse au soleil, la position particulière de mes doigts, alors que j'émergeais d'une somnolence en 2013, a fait surgir ce souvenir datant d'une époque trop lointaine pour que je puisse l'avoir connue...)
Je pourrais presque dire que j'ai été l'un de ces pionniers, charmé et plein d'espérance, ne rêvant que de vivre un jour dans l'avenir -qui sait, après s'être réincarné ?- pour contempler la réussite des temps nouveaux qui n'advint pas.
Jeudi 16 mai 2013
Le poète dispose d’un esprit à la fois primitif, naturel, et en même temps savant, sophistiqué, qui fait de la découverte, de l’invention, sa raison d’être.
La liberté humaine, l’égo, la dualité bien-mal, forment un tout qui constitue l’irrémissible fatalité.
Quand je me promène à Saint-Denis, forcé (pour raisons de santé), et que, comme hier soir sur le bord du canal, je contemple le splendide, le grandiose coucher de soleil, je réalise que le reste de l’univers existe indépendamment, et je suis soulagé.
Quand je suis excédé par ses miaulements, je dis « Ta gueule ! » à mon chat, et ce n’est pas grossier.
Mardi 14 mai 2013
Quand je me promène à Saint-Denis aujourd’hui, forcé (pour conserver un semblant de forme), je me prends à regretter le XVIe siècle, ses deux mille cinq cents habitants, et ses sept couvents de religieuses.
Lundi 13 mai 2013
Nous sommes étrangers aux lois qui nous gouvernent.
Nous ne pouvons pas les comprendre, nous sommes obligés de les accepter avec humilité.
Par exemple, pour un homme (ce que je suis, je ne saurais parler d'un autre point de vue), le double, l'alter-ego naturel, est une femme, un être profondément différent. La " raison ", comme d'ailleurs la névrose, voudrait qu'il lui ressemblât totalement, qu'il fût identique, et non analogue et complémentaire, ce qui complique singulièrement les choses.
…Toute ma vie j'ai combattu ma propre étrangeté, j'ai combattu ce (le mystère) qui peut sans doute m'apporter l'extase dont je suis en quête.
…Toute ma vie j'ai été rigoureusement logique, cartésien la première névrose endossée, puis cherchant à m'en dégager, écartelé entre cela et l'horizon que la foi me faisait entrevoir. Tombé malade puis aidé comme il se doit (on ne peut pas trouver tout seul) et guéri peu à peu, procédant à la reconquête jusqu'à maintenant où je perçois le vrai " lâcher-prise ".
Samedi 11 mai 2013
Les lapins arc-en-ciel sont les plus difficiles à attraper -(comme me l'a dit L. en rêve pendant un cours de poésie que je lui donnais).
won't Men herself (sic)
Lundi 29 avril 2013
Cela faisait des années que je croyais être sorti de ma vie, avoir quitté mon destin, être en quelque sorte en exil de moi-même, situation, dois-je le préciser, des plus inconfortables, des plus douloureuses… ce que l'on pense est prépondérant et facilement illusoire.
Mais ne voilà-t-il pas que ce matin, après m'être réveillé quasi désespéré à cause d'un rêve et en avoir entrepris l'élucidation -ardue- afin de retrouver un équilibre… mis aussi noir sur blanc dans la foulée quelques idées fondamentales rectifiées*, je finis, travail accompli, par m'asseoir dehors au soleil, et, après quelques caresses à Lili en réponse aux siennes préalables, je contemple le magnifique et intense ciel bleu avec le sentiment ébloui de retrouver enfin un peu mes marques dans ma propre existence !
Passe alors étrangement dans mon champ de vision au-dessus de moi un très grand oiseau (un rapace ou peut-être une grue ?) d'une taille et d'une espèce jamais vues ici …
*S'il existait ici-bas une échelle assez haute pour atteindre les cieux je l'aurais déjà trouvée.
En y réfléchissant bien, blasphème et sacrilège mis à part, je suis le frère de Jésus-Christ que Marie aurait pu avoir avec Joseph, un être deux fois plus pesant, moins spirituel, qui a besoin d'une échelle aux barreaux solides, mais qu'on ne trouve pas ici-bas.
……..
Le Mal et le Bien sont les deux essences qui s'affrontent dans le cadre de la Création. Quoique le Mal paraisse trop souvent triompher, le Bien reste absolument invaincu puisque et tant que la Création perdure.
Que les spectateurs qualifiés de cet affrontement soient à quatre-vingt-dix-neuf pour cent inconscients et indifférents à l'échec du Bien a été toute ma vie mon malheur inguérissable parce que je croyais que la Création, que j'assimilais au Bien, allait, sans leur contribution, disparaître.
Mardi 23 avril 2013
J'ai eu soixante-neuf ans cette année et aujourd'hui, alors que je suis assis confortablement sur ma terrasse, jambes étendues, les yeux fermés, sentant aller et venir le soleil sur mon visage au gré des nuages, je pense tout-à-coup étrangement -cela est indubitablement lié- au duvet ombrageant la lèvre supérieure de ma mère comme je la regardais quand j'étais enfant, et je suis brutalement envahi d'un bonheur intense, à peu près comme la sensation que j'ai eue hier d'un véritable coup à l'estomac, en " digérant " inopinément le souvenir, l'essence, d'une fin d'après-midi à New-York, quand je m'étais rendu accompagné de Robin dans un lieu écarté (tel que je m'en souviens) à une projection pratiquement confidentielle de " Dont Look Back " en 1967.
Je réalise, je profite, des joies dont j'ai été inconscient toute ma vie, que je ne m'autorisais pas, j'ai l'impression de me complèter, je pense que mon âme se restaure...
(Je ne voulais vous faire part que de la musique, mais il y a aussi ces images d'un pacifique (comme le héros) chef-d'oeuvre : "The Walker", écrit et réalisé par Paul Schrader, interprété par Woody Harrelson.)
Hors le Grand Mystère dans lequel nous sommes et dont nous faisons
aussi partie, on peut nourrir l'illusion de pouvoir tout comprendre intellectuellement (il y a évidemment d'autres canaux), et d'ailleurs j'ai moi-même cette prétention, ou sinon, de comprendre pourquoi l'on ne comprend pas.
Vous me comprenez ?
Mais avec elle, malheureusement, je suis bien obligé d'admettre que je ne comprenais rien.
On aimerait bien recevoir un jour un tout petit peu de ce fameux " énormément de tendresse " dont on entend toujours parler.
Lundi 22 avril 2013
Une mince rampe de chêne terminée par une boule de pierre, une jolie courbe d'escalier, des carreaux de ciment peints de motifs floraux au sol, et par-dessus tout l'adorable, la tendre pénombre, voilà ce que je retiens du petit immeuble que j'habitais avec mes parents dans mon enfance, un bâtiment pauvre, aux vieilles cloisons de plâtre, au luxe absent, plein d'une lourde vie pataude, obscure, négligée.
L'endroit où l'on grandit, si tout ne va pas complètement mal, palais ou taudis, est, par la vertu de l'enfance, un paradis. C'en était un pour moi. J'eusse embelli n'importe quoi d'ailleurs, une prison, une niche, un cloaque.
Précisément, pour être véridique, il y avait un peu de la prison, de la niche, et du cloaque, dans ce paradis, mais, parce que vous avez souffert vous-même, vous l'aviez déjà deviné.
(Aussi puissant que soit le désir de rêver, d'enjoliver les choses pour mieux les supporter, il n'est jamais supérieur, chez moi, à mon besoin de vérité, à mon intransigeance à ce sujet, à la haine que m'inspire l'erreur, l'illusion, la bêtise. C'est ce qui fait de moi quelqu'un d'invivable, un sauvage obligé de se cacher, de rester seul, car, pour préserver la sociabilité il est bon de mentir un peu, et même un peu, moi, je ne sais pas !)
Et donc, dans cette prison où la méchanceté de mon père s'imposait avec le despotisme de ma mère, je me blottissais avec des réflexes de chien battu à la niche, les pattes repliées en position fœtale, le poil mouillé, raidi, des sécrétions cloacales que je recevais à hautes doses du monde des adultes.
Oyez, oyez, braves gens ! J'accuse rétrospectivement -la prescription est effectuée, n'ayez aucune crainte-, j'accuse les grandes personnes d'avoir constamment, quand j'étais petit, failli à leur grandeur. Ces gens-là sont morts aujourd'hui, mais vous, êtes-vous certains de jouer votre rôle de veilleur et d'exemple, alors même que les simples animaux domestiques envers lesquels nous n'avons pourtant qu'un faible devoir de considération n'en reçoivent -de la considération- (presque) jamais ! Je pose la question.
Et j'attends la vérité.
…………………………
Mais non, voyons ! C'était pour rire. De quel droit m'érigerais-je en juge, ou même en enquêteur, moi dont la vocation est précisément d'être un phare et un mentor, non pas pour les enfants véritables (qui en savent autant que moi), mais pour tous les attardés, les inconscients, les adultes puérils qui se sont perdus, cette espèce qui se dit humaine comme si elle n'était pas animale, toujours en désarroi et s'inventant d'innombrables remèdes dont aucun n'est celui qui convient : l'amour, l'amour fou et désespéré, l'amour inextinguible de la vérité !
La monitrice ôta d'un geste le soutien-gorge de son maillot de bain devant moi et des seins éblouissants surgirent, dont la forme et la pâleur laiteuse contrastant avec le bronzage du reste du corps me firent penser à deux lunes blanches et lumineuses.
Mais quand, une heure après, je racontai cela à des copains, un garçon d'une douzaine d'années -le double de mon âge- se mit à rire et déclara : "Mais c'est un pouët, celui-là, un pouët ! " Tout le monde rigola et ce fut le coup d'arrêt presque définitif de ma vocation.
Il y a un accord à trouver en soi-même avec la Nature, qui fait de nous des êtres « inspirés ».
Folie
Je vais au monstrueux, je vais à la vérité.
Le chemin n'est pas facile à trouver. (Beaucoup de ceux que l'on appelle " malades mentaux " en sont moins loin que la population dite " normale ")
Plus petit et plus grand à la fois que soi-même il faut être, entre autres choses étranges et difficiles, quoique " difficile " ne soit pas le mot. En effet, la souffrance que l'on rencontre n'est pas nécessaire. On trouve ou l'on ne trouve pas.
Je suis passé par un verger où les fruits pourrissant tombés à terre étaient infiniment plus nombreux que ceux, comestibles, restés sur les branches. Mais leurs parfums, les exhalaisons puissantes de délices et de décomposition de ce tapis, composé aussi d'herbe haute, étaient enivrants. Avec ma taille d'enfant, je pouvais y marcher enfoncé à mi-mollets, comme un vigneron piétinant du raisin dans une cuve.
Jusqu'à aujourd'hui j'ai disposé de tant de richesses intérieures secrètes que j'ai dû me contenter de la misère matérielle, c'est l'étrange justice. Il n'est pas permis, sans doute, de conserver par devers soi les pouvoirs que Dieu nous a octroyés.
En faire bénéficier autrui pourrait être la voie.
Une chose est sûre, ce n'est pas la raison qui décide ni qui agit.
Dimanche 21 avril 2013
Sa Majesté la Reine nous avait contracté une royale chaude-pisse, Dieu sait comment… Peut-être en faisant du cheval, ou en ouvrant sa couche à deux ou trois officiers de la Garde, ou en jouant avec son ombrelle, ou encore en s'asseyant sur un trône malpropre ? Allez savoir.
Quoi qu'il en soit elle était bel et bien plombée, l'Altesse, et tout-à-fait hors d'usage. Mais sa noblesse, sa grandeur, son aristocratique dignité, existaient indépendamment et se traduisaient par un refus inébranlable de contaminer qui que ce soit, même son petit chien, et, en l'occurrence moi-même, amoureux radical de ses grands airs et de sa démarche féline.
J'étais jeune, je ne pouvais rien deviner. Tout ce qu'elle faisait pour décourager mes avances, je croyais que c'était ma laideur, ma maladresse, mon inélégance, ma bêtise, ma mauvaise haleine, l'odeur trop forte de mes pieds, mon maigre système pileux, ou pire encore, je n'ose le dire, mes dimensions insuffisantes, qui l'expliquaient !
C'était une torture, un calvaire, et j'eusse préféré être à mon tour accablé de son mal, plutôt que de me croire rejeté par elle, méprisé. Elle m'aimait trop vraiment pour me respecter ainsi, que ne le comprenait-elle pas !
Les mois passèrent, les années, et je me détournais peu à peu. J'entrepris des voyages. J'écrivis des livres de philosophie. Je m'imposai des règles de vie monacales. Je fis ma cuisine, mon ménage, ma vaisselle moi-même.
Je me mis à douter de moi. Je perdis tout, les dents, les cheveux, mais pas l’espérance, car je suis né avec la foi et un moral d’acier.
Et, bien qu'elle ne fréquentât plus que des gouines de basse extraction, qui se mouvaient en général sur des hanches énormes, ce qui m'effrayait, et ne rît qu'à leurs plaisanteries, ce qui faisait jaser la cour, je continuais à espérer toujours qu'elle ferait de moi son seul et unique amant.
Mais bientôt je ne bandai plus et me sentis envahi de faiblesses enfantines oubliées.
Je l'ignorais encore mais la route allait être fort longue pour retrouver et la lucidité et ma vigueur virile.
Il est plus facile de donner que de vendre. Je suis généreux par paresse, vertueux au fond parce que c'est naturel.
Soyez non pas superstitieux, craintif, ou quelque peu maniaque, c'est-à-dire défaillant, malade, mais complètement et justement irrationnel avec ce merveilleux instrument de pouvoir qu'est l'esprit et qui est loin de se réduire à la raison cartésienne.
Soyez irrationnel, un mage, un voyant, un devin.
Vendredi 12 avril 2013
Le charnier ne cesse de grossir
La terre est plus couverte de morts que de vivants
La vie est une écume sur une immense vague de cadavres terreau nourricier
Et nous marchons d'un pas rapide dans le jardin éphémère
Nous sommes rattrapés par l'ombre avant d'avoir reçu la lumière
Ni toi ni moi ni personne jamais ne survit !
Jeudi 11 avril 2013
Les seuls animaux dotés de la réflexion consciente, grâce à l'intellect -vous aurez peut-être deviné que je parle des hommes- devraient naturellement s'apercevoir à la simple confrontation que les autres espèces -comme les chats, grâce à qui je viens enfin de comprendre- en lesquelles toute ratiocination est absente, ne sont exactement, à l'inverse d'eux, QUE DE L'AME !
Descartes les considérait comme des machines parce qu'il ne les comprenait pas, pauvre malheureuse machine lui-même (ce que nous seuls pouvons devenir peu ou prou parfois, ou " imbéciles " comme le dit Rousseau), alors que les animaux, sauf à considérer bien sûr la matière, sont âme pure !
A l'école j'étais un surdoué, mais j'avais un gros problème existentiel et je me suis dirigé peu à peu vers des domaines où l'intelligence est difficile à prouver : l'écriture, la poésie, et surtout la mystique, à une époque où l'une comme l'autre étaient non seulement passées de mode mais carrément rejetées. Dommage, s'agissant de ce qui s'offre de plus élevé dans la culture universelle...
(L'humanité aurait-elle décidé de descendre plutôt que de monter ? Mouahahaha…)
Evidemment nous étions déjà dans le Kali Yuga, l'Age de fer, je le savais, j'avais lu Guénon.
Mais peu me chalait, je me suis toujours contrefoutu de ce que pensent les autres, au point même parfois de ne pas m'écouter moi-même (non, là je déconne) ! En tous cas, c'est vrai, je n'ai aucun besoin d'être encouragé ou soutenu, et je n'aime pas les compliments.
" Toujours seul " aurait pu être ma devise.
Puis, en dehors de cette vocation qui m'entraînait vers des contrées mystérieuses et sauvages à la beauté âpre, il advint aussi que je suscitai l'intérêt des amateurs de chair fraîche, grâce à mon joli minois et à ma curiosité insatiable laquelle me rendait extrêmement sociable et friand d'expériences étranges.
Je fus ainsi ankylosé à cinq ans et demi par un oncle, et, croyant ces pratiques normales (quoique un peu douloureuse) il advint que cela se reproduisit ensuite régulièrement avec d'autres gentils messieurs, dont, je dois le préciser par honnêteté intellectuelle (une autre de mes qualités), je ne décourageais jamais l'approche. Etrangement, peu de satisfaction n'en découlait pour moi sinon rétrospectivement, ce qui malgré le doute, faisait grandir le besoin.
Il n'est pas dans mon propos de raconter ici ce qui mérite une analyse particulière, attentive et complexe. Mais qu'on sache que cette déviance ajoutait encore à mon sentiment d'étrangeté, et me coupait un peu plus du commun des mortels -croyais-je.
En même temps je grandissais pourrait-on dire normalement, avec une attirance forte pour l'autre sexe et les rêves qui vont avec.
En fait, je me prenais pour un monstre depuis l'âge d'un an, époque à laquelle un événement m'avait fait croire que ma mère me rejetait à cause d'un choix que j'avais fait. Un choix si capital, et également si juste, que, je n'en doute pas, vous serez très surpris de savoir qu'il provoqua chez moi une telle méprise. Le choix du Bien !
Cela se passait dans l'un de ces magnifiques et grands parcs publics dont s'orne notre capitale, et à une époque où la civilisation industrielle n'avait pas encore l'emprise qu'elle a sur nous aujourd'hui. Dans ce parc, bien qu'il fût enfermé dans des grilles au milieu du décor urbain, on pouvait encore se sentir relié à la vraie nature, invisible mais toujours présente, " normale ", nécessaire, dans ce beau pays à la vocation agricole qui est le nôtre et qui survivait.
Une dispute éclata entre mes parents, provoquée par la réaction disproportionnée que ma mère venait d'avoir en constatant que ma barboteuse était tachée. Elle m'avait giflé.
Bien qu'elle eût fondu immédiatement après en larmes (et pour cause, elle était complètement dépressive), mon père entama un faux discours moralisateur qui n'avait pour finalité que de la culpabiliser un peu plus. (De la tuer définitivement).
La gifle, bien que je n'eus qu'un an, ne m'avait pas affecté. Elle était sans conséquence, une violence gratuite, involontaire, qui ne s'adressait pas à moi.
Non, ce qui était intéressant c'est qu'ensuite, pour se justifier, ma mère s'était mise à parler et que j'avais vu, sortant de sa bouche, des perles, des rubans, des pierres précieuses.
Quand mon père se mit à parler je vis une fumée noire épaisse et menaçante sortir.
Ils étaient tous les deux debout et j'étais assis à leurs pieds.
Je vis cette fumée descendre vers moi, lourde, opaque, et, ne sachant ce qu'elle était, curieux, je décidai de l'avaler, de la laisser entrer en moi.
Je l'avalai.
A l'instant où, ayant pénétré et descendu rapidement, elle atteignait le fond (mes poumons ? mon estomac ? mon âme…) je compris de manière aveuglante, JE SUS sans le moindre doute, comme si elle était familière, que je l'avais toujours connue, qu'elle était le MAL !
Et, instantanément, sans que ma volonté ou ma pensée intervienne, je fus envahi avec une violence extraordinaire d'une HAINE absolue, terrifiante, une haine dont on ne peut douter, si on l'éprouve, non pas envers cette Chose, mais à l'égard de quelqu'un, qu'elle ne soit " mortelle ", réellement offensive, mortifère !
Ce fut un choc éprouvant, dévastateur, et, pendant quelques instants je demeurai sonné comme un boxeur.
...............................................
A suivre... (peut-être)
Mercredi 10 avril 2013
Prenez la classe politique là où elle a de l'importance, dans la capitale, les grandes villes, là où les réseaux sont denses, les maillages importants, et, comme une tarte Tatin après cuisson, retournez-la. A présent faites venir sur cet envers bien cuit et caramélisé, durci et pérenne, des agents américains du F.B.I spécialisés dans les affaires indiennes, et demandez leur d'examiner les empreintes ethnologiques, les traces de feux et de campements, les marques d'accidents et l'usure, les signes de l'activité passée, afin d'établir un historique détaillé complet.
Soyez-en persuadés, ils concluront à l'égoïsme, à l'avidité, au lucre, à l'intérêt personnel, au mensonge, aux combines, aux tricheries, etc., jamais au désintéressement et au sacrifice.
Dimanche 7 avril 2013
Dans un royaume à la fois de conte de fée et de vie bien plate ordinaire -et dans un imperméable mastic
qu’elle serrait à la taille par une ceinture devenue une espèce de ficelle- brillait de feux visibles plus ou
moins selon le degré de lucidité de chacun, L., ma compagne, l’Impératrice, embarrassée au plus haut point
d’elle-même et de sa majesté, que je reconnais aussi aujourd’hui enfin consciemment comme « la Bienveillante
»…
« La Bienveillante », « le Vif », « le Redoutable », on dirait des noms de vaisseaux de guerre, et cela va
bien aux hommes empêtrés dans leurs luttes entre eux et contre eux-mêmes, encore que le bassin où nous
évoluons soit plutôt celui des Tuileries pour les plus chanceux, le caniveau pour d’autres, que la haute mer,
dans l’eau sale de toute façon… c’est-à-dire, oui, dans l’inconscience, et sans aucune chance d’arriver un
jour au port.
Ce que je n’ai pas su faire à cette époque : tout !
Vendredi 5 avril 2013
Lorsque la belle Lili, chatte européenne, se met à ronronner près de moi, je me dis qu’on a mis un moteur dans mon tigre.
Jeudi 4 avril 2013
Du protozoaire au mammifère, de l’amibe à l’homme, nous sommes des créatures faibles et esseulées, le vivant périssable…
Chacune se croit isolée et plus menacée que quiconque.
Mardi 2 avril 2013
Se préparer à quelque chose dont on ignore tout, s’agissant de la mort, c’est ce que nous faisons tous plus ou moins, si l’on n’est pas surpris avant, à partir d’un certain âge. C’est un brin stupide, si l’on réfléchit bien. Elle est probablement la chose la plus imaginaire qui soit, en laquelle pourtant tout le monde croit, plus qu’en Dieu, évidemment, Qui, pourtant, Se trouve en principe derrière elle…
Certaines vérités sont indémontrables, et même, j'oserai dire, à l'égard de soi-même. Il n'empêche qu'on les connaît absolument, qu'on peut les exprimer avec prudence et délectation, en sachant d'avance qu'elle ne pourront être reçues que de ceux qui les connaissent déjà, et qu'on découvrira ainsi avec reconnaissance à cette occasion comme faisant partie des siens.
Tous, nous faisons ce que nous croyons avoir à faire (personnellement j'ai arrêté; je n'ai jamais très bien su ni de quoi il s'agissait ni comment m'y prendre) avec simplicité, courageusement, et tout aussitôt, voici les incendies, les assassinats, les guerres, toutes les catastrophes possibles et imaginables dont nous ne nous sentons pas responsables, parce que nous ne réfléchissons pas beaucoup et que nous n'aimons pas nous encombrer de scrupules.
Je remercie Noé pour la vigne et le vin qu'on en tire, qui, à dose modérée, est l'indispensable viatique pour la vieillesse. Il arrondit les contours, efface la fatigue morale et le désespoir, entrebâille les tentures épaisses derrière lesquelles les femmes se sont petit à petit enfuies, permet de les apercevoir encore, d'adorer leur beauté, ravive la passion, fait aimer la danse.
Il est, pour un homme seul, ainsi que la musique, l'autre béquille pour, encore effrontément, toiser la mort.
Je suis pauvre, je dois me contenter de ce que je n'ai pas.
Dimanche 31 mars 2013
Je réalise seulement aujourd'hui que le paradis entrevu à Matala avec J. et poursuivi à La Barbade, ne pouvait guère se prolonger en dépit de mes efforts, compte tenu des déterminations inconscientes qui étaient les miennes (refoulements, traumatismes divers), et ce sont de pesants regrets, et une culpabilité injustifiée, qui disparaissent !
Il n'y a pas un génie pour hier et un génie pour aujourd'hui, le génie ne change pas ! Un rappeur ne remplace pas Mozart, ou même velRa, désolé les gars. Ou vous nous jouez au moins «Pavane pour une Infante Défunte», ou vous restez chez vous.
Quand Baudelaire disait vouloir «du nouveau», il ne parlait pas de la connerie agrandissant son marché !
En tous cas me voilà sorti du champ de mines. Pour des raisons particulières et particulièrement puissantes, j'ai eu quelques doutes, mais dorénavant ça ne prend plus !
Vendredi 29 mars 2013
Le jugement de facto que les enfants devenus adultes portent par leur conduite, dans les domaines d'activité que l'exemple de leurs parents leur a ouverts, quelle que soit leur réussite quand ils reprennent le flambeau, a toujours quelque chose de strictement effroyable, et ne risque pas d'améliorer le panégyrique de la société.
La vilaine banlieue est le royaume d'analphabètes qui se prennent pour des génies méconnus... Génie méconnu moi-même j'y ai sans doute ma place, mais en tant que lettré, là, le bât blesse.
Lundi 25 mars 2013
Chère Denise (j'ai une sœur qui ne s'appelle pas du tout Denise mais Elvire Haquenée Aurore Bethsabée, je lui donne ce nom depuis l'école parce que les autres enfants se moquaient d'elle en l'appelant Elle-et-Vire),
Chère sœur,
J'ai chez moi une boîte de rangement très pratique -elle s'adapte automatiquement à la taille de l'objet qu'on met dedans et qui aussitôt disparaît - mais depuis quelques temps il se passe des choses bizarres. Non seulement elle ne change plus de taille mais les objets sautent, se retournent, se mettent en place avec des claquements pour être dans une position particulière, la " bonne " position de toute évidence, avant de disparaître, et cela m'intrigue. Ce n'est pas un réel problème, tout fonctionne comme avant, sauf la taille, mais jusqu'à présent je n'ai rien eu de trop grand à mettre dedans. Peut-être que si cela arrivait, d'ailleurs, elle se comporterait comme toujours. Je voudrais seulement comprendre ce qui se passe et je m'adresse à toi car je ne connais personne de plus compétent.
Cher frère,
D'abord je trouve que tu as bien de la chance. Où as-tu trouvé cette boîte ? On dirait un de ces accessoires de mage que tu es seul, ou du moins l'un des rares, à posséder. Tu nous épatais déjà quand tu étais enfant en te montrant si différent, apparemment tu n'as pas changé. ..........................................
Je n'ai pas besoin du pari de Pascal car j'ai toujours eu la foi. Par contre ce qui m'est nécessaire c'est de présumer que la félicité auprès de Dieu est plus grande que les plaisirs abominables que j'ai rencontrés ici-bas.
J'ai l'impression de venir de Dieu -je peux même dire que c'est mon père- comme un pompier qui s'est laissé glisser le long d'un mât faisant office d'escalier pour descendre plus vite en cas d'urgence. Cette perche est un lien intangible toujours présent qui nous relie au Ciel et à Lui.
La nature est le seul cadre dans lequel l'homme puisse espérer trouver un sens à sa vie. En évoquer un autre, comme je suis en train de le faire, est déjà en soi une sorte de folie.
La civilisation industrielle, avec ses technologies sophistiquées, et le décor urbain dans lequel elle se déploie idéalement, sont une source d'illusion(s) qui rendent impossible la moindre spiritualité aboutie. Les objets manufacturés identiques et sans âme, et ceux fabriqués dans des matériaux qui n'existent pas à l'état naturel, composent un substitut trompeur du monde matériel véritable. Plus rien ne nous rappelle nos déterminations biologiques et nous tendons à ne nous considérer que comme des égos, des intellects agrémentés de bras, de jambes, d'organes sexuels ne servant qu'au plaisir, etc.
Dans ces conditions, toute méditation prolongée bute sur l'absence de nature comme image du sens qui nous échappe. On se dit qu'au milieu d'une prairie, devant la mer, la montagne, sous les étoiles, peut-être, on finirait par comprendre, mais qu'ici c'est impossible : terrible, terrible souffrance.
Samedi 23 mars 2013
Par le mot " con " que j'utilise généreusement -on me le reproche assez- pour parler de mes semblables, j'entends, en vrac, liste non exhaustive :
égoïste, calculateur, pervers, tricheur, menteur, bas, agressif, intolérant, revanchard, brutal, vil, cupide, veule, etc.
Il me sert, ce mot " con ", pour évoquer avec beaucoup d'indulgence, me semble-t-il, ceux qui salissent l'univers, ignorent la beauté, sont aveugles et cruels avec les animaux, offensent la Nature et Dieu itou -qu'ils accusent de leurs propres défauts- empoisonnent le présent comme ils l'ont fait du passé, et compromettent l'avenir, bref, tous ceux qui déclenchaient jadis l'ire sacrée du poète quand on gardait encore un semblant de décence et d'obligation envers les buts naturels.
En fait, dans ma bouche, " con " ne signifie pas imbécile, quoique souvent, bien sûr, cette acception s'affirme compatible.
J'espère ainsi rassurer parmi mes proches ceux qui se sentent visés autrement que dans la sphère morale et, prétention intellectuelle générale oblige, s'en offusquent.
Samedi 16 mars 2013
La culture oriente la conscience dans certaines directions privilégiées au détriment du Tout. Elle est une force qui bloque l'accès à certaines vérités. Elle impose des préférences, masque des options. Il faut dans tous les cas s'en affranchir.
J'ai rêvé cette nuit que deux jeunes idiots prétentieux -des petits malins- me contredisaient au sujet de la connaissance des particules électroniques. Ils prétendaient, contrairement à moi, qu'on peut les voir, n'existe-t-il pas un microscope du même nom ?
C'est en effet l'impression dont notre culture occidentale nous imprègne : celle de la toute-puissance de la science. Or, dans mon rêve, je faisais preuve d'une intelligence plus rassise.
Bombarder de la matière avec d'autres particules et en déduire un concept n'est pas voir, c'était mon opinion ! La connaissance n'est pas une simple représentation intellectuelle, voilà ce que je défendais.
Réveillé, j'ai réfléchi davantage et je me suis rendu compte que nous avons cessé depuis longtemps d'avancer dans la connaissance. Nous fabriquons de l'abstraction et non pas du concret, de l'"existentiel", et cela à coups (à coût) de milliards d'euros pour continuer à croire au progrès. Nous construisons des accélérateurs de particules pour perpétuer l'illusion, et si nous avançons, c'est à la façon d'un aveugle dans les ténèbres, à tâtons, avec les mêmes dangers, en affirmant crânement que le toucher remplace très bien la vue, en compense l'absence.
Nous ne voulons pas reconnaître nos limites, et surtout qu'en la matière, si j'ose dire, elles sont largement dépassées.
Une expérience mystique a infiniment plus de valeur dans l'ordre de la connaissance que ces travaux de Sisyphe des chercheurs.
Mardi 12 mars 2013
Mes chats n'ont pas d'étiquette. Je viens seulement de m'en apercevoir. Je la cherchais. J'assumais plus ou moins qu'ils en avaient une quelque part, accrochée avec une petite ficelle, imprimée en rouge, ou bien tatouée sur leur arrière-train, sous les poils. Par exemple : Lili, chat femelle, née le…, etc., comme il en va partout, comme la plupart des objets, que dis-je, comme tout le monde en porte ! Mais non, ils n'en ont pas.
Pas d'étiquette, pas de nom. Pas de nom, pas même celui de " chat ", encore une de nos inventions.
Ils s'en moquent bien. En fait ils n'appartiennent à personne, quoique nous faisant face, nous regardant comme nous les regardons, mais ne faisant pas partie du système, de notre système. Cependant ils sont là et ils sont eux-mêmes, cela leur suffit, ils obéissent à l'évidence à Autre Chose.
Présents et irréductibles, comme une planète étrangère, une lointaine étoile. Incroyable ce sentiment que tout tourne autour de l'homme, dépend de lui, lui appartient.
Cela me rendait aveugle, à la fois sur eux et sur moi.
Quand on a beaucoup d’entregent on a rarement de la profondeur.
L’éternel voyageur
Complètement idiot que de se concevoir comme « arrêté » ou pouvant, devant l'être, ce que j'ai cherché longtemps ( S’arrêter c’est se tromper).
Il s’agit d’une transformation (l'existence) qui est comme un périple sans que l’on ait –il me semble- à s’en soucier.
C’est assez peu cartésien cette danse qui consiste constamment à ne se tenir que sur un pied, tantôt l’un tantôt l’autre, en somme une danse qui ressemble beaucoup à la marche, dans un espace intérieur, ou devrais-je dire « intrinsèque », qui est à la fois imaginaire et réel –car tout ce qui est imaginaire est d’une certaine façon réel, et l’inverse…
Il ne peut pas y avoir de profit, bien sûr, parce qu’il est constamment remis en cause… et remis en cause… et remis en cause…
Pierre qui roule n'amasse pas mousse.
Dimanche 10 mars 2013
L’acide, le mordant, le fier, l’élégant, le nerveux, l’impatient, qui avait du panache, séduisant, irrésistible, génie français, c’est fini !
Samedi 9 mars 2013
La douleur est une drogue comme une autre. Je me demande d'ailleurs ce qui n'est pas une drogue pour l'homme, dès qu'il en abuse… la nourriture, le sport, la réflexion, la volonté… et ainsi la douleur morale, le mea culpa qu'on s'inflige sans relâche, impitoyablement, tout en s'imaginant gagner ainsi un pardon qu'on croit ne pas mériter…
Pourtant je savais depuis toujours, même ce jour de mes neuf ans où j'avais refusé de répéter à haute voix ce que j'entendais prononcer en moi : "Dieu est méchant", que le péché tel que l'entendent les curés n'existe pas.
En France le bas-peuple subit le jugement et le sort mauvais que lui octroient ceux qui à l'évidence ne le connaissent pas. C'est lui qui fait les frais des politiques d'aide qui s'adressent à d'autres malheureux obtenant ainsi un traitement meilleur que le sien. C'est lui qui encaisse le plus durement les politiques de rigueur.
Pas étonnant s'il prête l'oreille aux propos consolants d'un parti extrême -le seul apparemment à savoir qu'il existe.
Pourquoi je dis cela ? Parce que, n'ayant jamais travaillé pour l'essentiel que comme simple ouvrier et ne percevant aujourd'hui qu'une retraite de 750 €/mois, j'en fais partie !
Quand un poète à la vocation universelle, bien au-dessus de ces considérations, en vient à s'occuper de telles horreurs, vous pouvez vous faire du souci !
C'est peu dire qu'en vingt ans le monde a changé, communications, mondialisation, dépravation générale, mais quiconque se retrouve à cause de l'âge en butte à des problèmes de santé, à une diminution de ses capacités physiques, avec, en point de mire, l'arrêt définitif, la fin totale, tout cela paraît dénué d'importance. Ce sont des changements d'aspect, une simple illusion. La vraie réalité est toujours là, bien simple, et inévitable, qui devrait générer la compassion, mais que personne ne voit.
Vendredi 8 mars 2013
Il y a toutes les rom stock pour tous les téléphones (et là je ne parle que d'un système sur une seule marque) :
Des dizaines par jour, par exemple : la N7000XXLSZ_N7000XENLS4_XEN, la I9100XWLSD_I9100OJVLS6_KSA, la 7710XXAMB5_S7710OXFAMB2_SIO (Android 4.1.2), la I9300TDUEMB1_I9300TTHLEMA1_THL, etc., etc.
Et puis les rom customs, elles-aussi innombrables, comme la CyanogenMod 9.1.0 qui, malgré mon respect absolu des procédures -Heimdall Suite pour installer d'abord le Technomancer's ClockworkModRecovery avant de lancer un wipe data/factory reset pour effectuer finalement l'install du .zip à partir de la sd card- a planté sur ma Galaxy Tab, me laissant désemparé
Une jungle foisonnante à l'envi extrêmement complexe et insondable de cyber-réalité dans laquelle quiconque ne se perdrait pas serait un surhomme et où ce qui pousse n'est pas toujours viable, car mon plantage -s'agissant de la P1000 GSM spécifiquement européenne- était déjà signalé dans la page suivante du site mais, évidemment, je ne pouvais pas l'avoir lue
S'ajoutant au petit livre rouge du plan de Paris, qu'on trouvait dans le camion de mon père, avec ses innombrables avenues, boulevards, rues, places, voies, passages, impasses, avec lequel j'ai autant de lacunes
Petit ouvrage broché écorné et noirci de cambouis dont on eût dit (à mes yeux d'enfant) qu'il abritait des lois alchimiques venues du fond des temps
Et au dictionnaire Tout-En-Un de ma mère que je lisais jadis comme un livre de poésie sans parvenir toutefois à mémoriser complètement les planches illustrées du Costume à travers les âges qui m'ont tant fait rêver et comprendre la vanité du paraître en société
Ensemble que jusque-là je croyais possible de maitriser un jour, à l'instar de ces intelligences universelles que furent Vasari, Léonard de Vinci, et plus près de nous Bertrand Russel si je ne m'abuse (j'en étais fan vers dix-sept ans et depuis de l'eau a passé sous les ponts, certes)
Et bien j'avais tort.
J'abandonne, je lâche prise
Je m'abandonne au tourbillon, je lâche prise pour mieux valser
Je ne sais pas qui Elle est mais je fais confiance à ma cavalière
Pages envolez-vous, éparpillez-vous !
Je consens.
Jeudi 7 mars 2013
A ne publier que si je déménage…
Quand j'avais vingt-cinq ans, un grand éditeur m'a déclaré sérieusement que j'étais l'un des trois meilleurs écrivains de ma génération. Aujourd'hui, habitant Saint-Denis (93), ce qui, malheureusement, n'est pas incompatible, je ne peux malgré tout m'empêcher par naïveté d'en douter.
Aussi horrible qu'elle paraisse, l'idée d'un cerveau humain trempant dans un bocal et relié par des fils électriques à différentes machines permettant et l'élocution et l'ouïe afin de continuer à partager une pensée jugée (sans doute avec présomption) digne d'intérêt et de conservation, ne peut manquer d'advenir à quiconque se retrouve à un certain âge en train de constater sa propre et inexorable décrépitude physique (une horreur aussi, croyez-moi). S'il n'y a rien à faire pour sauver la matière, la pensée, elle, toujours intacte et sans âge, réclame d'être préservée.
Ce que l'on peut espérer de mieux est d'en retenir l'essence avec de rudimentaires signes tracés ici ou là qui en porteront témoignage, et lui assureront une espèce de descendance dans l'esprit des autres.
Lundi 4 mars 2013
Ceux qui doivent disparaître, disparaissent. Ils sont retirés.
Accompagnez-moi partout, s'il vous plaît, j'ai besoin d'un témoin.
Si je dois la voir seul, elle qui doit être frappée aujourd'hui, je ne veux pas qu'on m'en tienne responsable.
Je suis certes averti mais je n'y serai pour rien.
Simplement je sais.
Dans mon anfractuosité habituelle je suis le plus grand je suis le meilleur le plus beau le plus talentueux le plus brillant mais
Je suis loin d'être le seul dans ce cas
La taille de la montagne n'est pas des moindres et le nombre de troglodytes y installés énorme colossal
Par exemple quatre-vingt-deux millions rien qu'en Allemagne
(Ce n'est pas rien)
Aucun ne s'extirpant pour jeter un coup d'œil dans ma direction
(Moi qui suis pourtant à mi-échelle le cul nu depuis l'âge de sept ans)
Contents paisibles satisfaits et pas du tout au courant de mon existence
Oui oui ils l'ignorent
Et je ne vous parle pas des bancs de créatures diverses qui nagent alentour
Des nombreuses espèces qui fouissent au pied du madrépore
Ou qui rampent à sa surface en tentant d'y pénétrer
Le forent l'investissent le taraudent de toute leur énergie…
Vendredi 1er mars 2013
Les arts servent à accorder l’homme avec Dieu.
Il y a des gens qui disent que la terre est ronde… Moi qui ai beaucoup voyagé, dès ma naissance, dans la lumière et puis dans l’obscurité et la pénombre, je ne peux témoigner que d’une chose : elle paraît bien plate et au bout il y a un mur, un mur épais et infranchissable, ce qui s’accorde mal avec l’idée de rotondité, cette notion particulièrement commode quand on veut faire tout ce qu’on peut et aller en quelque sorte où bon nous semble, puisque, en cas d’erreur, on est certain de toute façon de revenir plus ou moins au point de départ.
Mais continuer à avancer est suicidaire; pour réparer, il faut faire demi-tour et revenir sur ses pas soigneusement, en toute humilité et platitude, jusqu'à l'endroit où l'on s'est trompé. S’il n’y avait pas eu ce mur providentiel qui me faisait obstacle, preuve supplémentaire, ne serais-je pas tombé dans le vide ?…
Mardi 26 février 2013
Il est normal qu'un écrivain se livre.
Dimanche 24 février 2013
Une révolution
Je me suis écroulé assez tôt hier soir dans la soirée comme cela m'arrive de temps à autre. Je commence à savoir de quoi il s'agit. Je ne peux plus lutter, non pas contre la fatigue physique mais contre celle, psychologique, qui correspond à mes refus de comprendre, d'accepter certaines transformations. Ce n'est pas par mauvaise volonté, loin s'en faut, mais parce que je ne suis pas prêt, pas assez lucide, trop orienté dans la mauvaise direction depuis trop longtemps.
Quoi qu'il en soit je n'ai pas résisté cette fois-ci sachant ce qui m'attendait, un sommeil étrange sur le canapé, une méditation imposée, violente, entrecoupée de nombreux réveils, de prises de conscience, etc.
La nuit s'est effectivement déroulée comme cela. Vers 2h je me suis levé pour changer la litière des chats, ce que je fais normalement le soir, puis deux heures plus tard je suis allé me laver les dents, un rituel qui s'effectue évidemment beaucoup plus tôt d'habitude.
Ce n'est pas si mal, cet exercice qui consiste à ne dormir que d'une moitié de cerveau pendant que l'autre l'assiste, enregistre les résultats, et que les sensations physiques sont surveillées, ma position sur le canapé, la couverture plus ou moins bien disposée, mes contorsions diverses, mon image corporelle constamment à l'étude.
Les heures ont passé. J'ai rallumé puis éteint à nouveau la lumière à quelques reprises, je suis allé pisser deux fois.
En somme du bon travail, un étrange mais réel "travail". Entre la besogne ordinaire et l'accouchement, la mise bas, un devoir et une délivrance qui étaient nécessaires.
A présent, il est cinq heures trente, bien réveillé, après avoir bu un café et mangé du munster, je peux déjà dire 1/ que j'ai enfin ressenti le petit sentiment de perte causé par le départ de N., serrement de cœur que mon éducation me faisait prendre pour de la faiblesse, sentiment que je tenais à distance, que je ne voulais pas mettre derrière moi.
2/ que malgré mon envie et mes efforts depuis trente ans de me croire arrivé (je passe mon temps à m'occuper de mes meubles, les concrets et surtout les sprirituels) je suis et je resterai un voyageur. (Je me demande pourquoi j'ai voulu me priver de cette élégance.)
Ce n'est pas rien d'être revenu là-dessus, une véritable révolution !
Beaucoup d'autres questions ont aussi été traitées, sans aucun doute, dont les fruits devraient être cueillis peu à peu, ou réclament encore de mûrir.
Vendredi 22 février 2013
Je veux bien considérer que toutes les cultures sont égales, ou se valent (ce qui est slightly différent et un peu plus acceptable), mais pour avoir ce point de vue je me situe dans laquelle ?
Le sommeil de la raison engendre des monstres, mais pas plus que lorsqu'elle se croit seule à devoir veiller.
Je pense, sans en avoir la preuve, que pour avoir envie de raconter une histoire, ergo d'écrire un roman, il ne faut pas être en quête de la Vérité. Celle-ci, réelle ou imaginaire, à demi-maîtrisée ou encore inconnue, interagissant avec les autres éléments dont on dispose pour la création, est beaucoup trop perturbante.
Il n'y a que deux solutions : soit on s'en passe, soit on décide de l'atteindre pour de bon.
Etre con, cela consiste pour beaucoup de gens à ne pas se faire suffisamment confiance pour s'entendre penser.
Jeudi 21 février 2013
Décrivant son chat il ne disait pas : " les pattes postérieures ", ou " les pattes de derrière ", il disait : " les pattes du dos ". Et en parlant des pattes de devant, antérieures : " les pattes du ventre ". Ce qui n'était pas si impropre que cela, d'autant que son interlocuteur, qui venait tout juste de reposer 1Q84 de Murakami, après avoir aperçu pour la première fois les Little People sortant de la bouche de Tsubasa, n'en était pas à une bizarrerie près.
Mardi 18 février 2013
Je tiens à rester dans mon tour d’y voir. C’est là que je contemple le mieux les choses.
Dimanche 17 février 2013
Il y a un fatalisme qui est la dignité de la misère insurmontable, de l'impuissance, et un autre, tout-à-fait écoeurant, qui ne sert qu'à entretenir la torpeur d'une stupide paresse.
Croire c'est penser. On ne sait pas vraiment laquelle précède l'autre, si la croyance est la vocation naturelle de la pensée ou si la pensée procède d'un état qui est la croyance ; en fait elles n'existent que l'une par l'autre, en symbiose, elles se confondent.
J'ai été aimé plus que d'une reine, d'une impératrice ! Quand on en prend conscience cela console des quelques humiliations éprouvées depuis.
Le regard qu'on peut porter sur soi-même, sur l'être humain, a tout du tableau cubiste : ce que l'on sait pour l'avoir reconnu, ce que l'on a appris de manière livresque, ce que l'on éprouve sur le moment, agréable sensation ou douleur, et ce que l'on suppose. Le nez n'est pas au milieu du visage tant s'en faut, la main orne le ventre, le front, les couleurs se télescopent, se répandent, rien n'est arithmétique, cohérent.
Mais aussi il y a de la mouche, du lézard, qui interviennent, et de l'herbe, et de la forêt… du prisme, de la colle, de la musique, de la lave en fusion, des planètes, des galaxies...
La sagesse, je crois, consiste à s'obéir, c'est-à-dire à garder la cohésion en restant humble. Qu'est-ce que je veux (vraiment), qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je me commande ?
Quel bonheur de s'accepter en se découvrant à chaque instant (il est impossible de se prévoir). Dans ma tête passe une licorne blanche. Tout est merveilleux.
Je suis inspiré, j'obéis à Dieu.
Merci, à Toi, de m'exister.
Jeudi 14 février 2013
Prétendre à la neutralité intellectuelle absolue comme on le fait aujourd'hui dans la société française, en s'abstenant de tout sous-entendu moral ex- ou im-plicite, de tout jugement de valeur à l'égard d'autrui, de la culture, de la race, des agissements sexuels (sauf préjugés obligatoires...), etc., c'est 1/ stupide -puisqu'il s'agit précisément d'une ultime attitude moralisante 2/ inhumain, et cruel -puisque cela s'oppose à la tendance qu'on aimerait qualifier de naturelle si n'elle ne s'exerçait pas trop souvent de façon injuste*.
En outre il s'agit bien d'infra-humanité et non d'un dépassement car c'est la négation même de ce qui, dans le meilleur des cas, aboutit à l'art, à la transfiguration, à la découverte du Sens !
* Une injustice qui provient non pas de la fonction elle-même mais de qui l'utilise et à l'égard de qui ou de quoi.
Nota Bene : Seuls les actes sont répréhensibles. Les pensées, et leur expression, malgré leur dangerosité, ne devraient pouvoir être condamnées.
Une chose vient parce qu’une autre attend.
Dimanche 10 février 2013
Le défaut du cartésianisme c’est qu’il remplace l’Incompréhensible Réalité par une image illusoire simplifiée qui finit par en tenir lieu.
L’inconscience n’est plus ressentie comme telle et devient « normale ». C’est sans doute rendre aux agissements de la majorité d’entre nous une espèce de légitimité mais c’est un mensonge.
Samedi 9 février 2013
Je n'avais pas l’air moins sage jadis quand j’étais fou, que je ne parais l’être aujourd'hui quoique devenu tel -devenu sage-, aux yeux des fous qui m’entourent.
Il n'est pas de semblable espace
D'aube rugueuse et secouée de coqs
Le chant des coqs, leur chant maigre
Et la mer est émue par l'aube
Il n'est pas de tendresse plus douce que dans cette île
Matala
Mon regard, Matala ma lumière : le soleil compliqué des diamants de midi et l'à-pic de clarté des falaises
blanches
Les falaises des morts anciens, des processions sanglantes
Et toujours le soleil, le soleil sur les pentes, pas d'olivier, rien que le soleil blanc
Et la mer rouge comme du sang, d'île en île, séché, caillé, par plaques, la mer, la mer, bleue, verte, pleine
de tristesse et de soudains éclats de vent
...Qu'atteignent les gifles du sable et la haute flamme des danses
Seul autour du pivot des voix lentes et de la cadence des mains ?
Matala
Sous un abîme d'épouvante parfois
Comme un oiseau agonisant sous la corolle des mouches
Chaleur, chaleur, les grands rires du vent
Et la lune cueillant sur Matala les tresses du soleil
Soleil... comme le corps de Matala
Sa blancheur d'île, et les étranges veines profondes de la mer
Je sais qu'il y a des volcans Et l'absence de Dieu dans le vide de Matala... béant Vide propre aux
orages de chaleur Aux danses éplorées nocturnes.
Dimanche 3 février 2013
Dans nos relations avec les autres, nous ne sommes pas comme des anachorètes de retour dans le monde, des ermites éprouvant le besoin ou ayant reçu de Dieu l'injonction de s'adresser à cette étrange et un peu lointaine espèce qu'on appelle les " hommes ". (Quoique…)
Nous vivons avec, et nous oublions la distance qui nous permettrait de les qualifier de manière générique.
Et bien, c'est également ce qui m'arrive de plus en plus avec les chats, dont je suis si proche que je ne vois plus que l'être pourvu de sentiments analogues aux miens dont les réactions interfèrent avec les miennes, l'individu particulier, mais ni un " animal ", ni un " chat "!
Chaque chose et chaque être sur terre exigent que nous éprouvions pour eux l'idée et le sentiment qu'ils méritent, et que, malheureusement, l'équilibre de nos idées et de nos sentiments existants ne permet pas toujours.
Il y a un combat permanent en nous, en grande partie inconscient, entre ce nous sommes dans le moment et ce que nous devons devenir pour être absolument nous-mêmes, c'est-à-dire capables en somme de rendre compte convenablement de Tout ! Cet échange parfait et entier entre soi et le reste du monde, est, il me semble, ce pour quoi nous avons un destin.
Mercredi 30 janvier 2013
L’authenticité et la valeur (l’intérêt qu’on peut en recueillir) de tout penseur, professionnel ou amateur, grand ou petit, célèbre ou non, se mesurent à la reconnaissance et à l’acceptation qu’il a lui-même de ses propres contradictions. Avec un peu de chance et l’aide de Dieu, un jour, à condition qu’il les accepte, il atteindra à l’Esprit où il les verra se vaporiser dans l’Harmonie.
Mardi 29 janvier 2013
Je me souviens de tous les habitants du quartier, de la faune nombreuse et diverse de mon enfance, des types, des caractères, des classes, des métiers, de la moyenne, des exceptions, des âges, des couleurs, qui m’apparaissaient, m’apparaissent toujours car le passé ne me quitte pas, comme une richesse, alors qu’aujourd’hui, quoique je voie toujours la variété, le nombre, les particularités, les multiples aspects, c’est un flot fade, uniforme, conformiste, qui ne m’intéresse pas.
Jadis tous ces gens si différents semblaient pouvoir parler d’une seule voix puissante. Aujourd’hui, plus nombreux encore, ils ne savent ni se retrouver ni se réunir.
Je vais essayer de faire mienne la devise des chats : « Tant qu’ça va (chat va), ça va ! »
Le plus difficile n'est pas de «crever», il me semble, mais d'accepter d'avoir à le faire à l'écart, de manière impersonnelle, presque clandestinement, comme si de rien n'était dans l'absence d'attention générale (Songez à ce qu'était la mort jadis socialement : rosse et caparaçon aux larmes d'argent, hautain corbillard, cosmopolite cortège, à chaque coin de rue... Nous ne savons plus vivre ergo nous ne savons plus mourir...), tandis que nos pauvres contemporains qui ne savent s'occuper farouchement que d'eux-mêmes, irresponsables et laborieux, se dirigent tout droit évidemment vers la même épreuve.
La sixième mutation…
Oui, j'ai bien entendu, vous avez bien lu… Cela signifie qu'il y en a eu déjà cinq ! A dire vrai, je m'étais bien rendu compte de beaucoup de changements, mais sans les définir ni les compter.
Des mutations ! Voyez-vous ça ! Comme un cœlacanthe qui deviendrait un homme, n'est-ce pas, j'exagère sans doute un peu, quelle aventure !
Rendez-vous donc après pour en juger, quand celle-là aura eu lieu.
Lorsque je serai capable de me passer de tout secours, Dieu me prendra dans Sa main.
Le vrai problème philosophique c'est la mort, et les plus importantes philosophies sont les religions.
Lundi 28 janvier 2013
Les chats aiment les êtres humains. Par exemple, ils adorent dormir blottis contre nous. Ce qui est totalement incompréhensible.
A moins qu'au lieu de chercher du réconfort comme on pourrait l’imaginer, mûs par leur bonté naturelle, ils ne nous en proposent…
Si Dieu vous dit de blasphémer, il faut blasphémer !
Seul, immobile, et tout à loisir
Comme un poète qui se récite intérieurement des vers
Comme un musicien qui joue et rejoue dans sa tête une partition
Je me promène dans les lieux merveilleux où j'ai vécu jadis
Dans l'esprit scintillant présidant au ciel grec
Dans la magie des nuits tropicales à La Barbade
Dans l'âme de diamant de Matalla.
Dimanche 20 janvier 2013
Des tas de gens convaincus d'être de bons esprits rationnels sans une ombre, cartésiens affirmés, n'en sacrifient pas moins régulièrement à Eros, ou peut-être devrais-je dire à Priape, ou encore à un faune, une bacchante méconnu(e)s, y usant et leurs forces dans leurs pratiques et leurs ruses dans la recherche d'un(e) ou de plusieurs partenaires.
Ces soucis permanents, ces besoins erratiques, en un mot ces passions, ont-elles la moindre dignité qu'on puisse rattacher à l'esprit dont ils sont si fiers ?
Sont-elles l'expression d'une vision intellectuelle du monde qui m'échapperait ?...
... Moi, je dis que, quand on baise, on se doit de garder le reste du temps, par rapport à Dieu, un petit chouïa de respectueuse humilité.
Vendredi 18 janvier 2013
Nous nageons constamment en plein merveilleux, en plein miraculeux –les grands musiciens nous le disent sans cesse- et la bande d’abrutis renommés qui nous dirige, morts ou vivants, lointains ou proches, passe son temps à nous convaincre du contraire, prêtres de la peur.
Moins on se reconnaît d'importance objective, plus on se sent bien.
Jusqu'à aujourd'hui je n'avais pas compris que les choses avaient commencé avant moi. En particulier : que le regard de ma mère sur moi était conditionné par ce qu'elle avait vécu avant que je ne vienne au monde, un regard, par conséquent, très relatif, assez limité, celui d'une très jeune femme qui, en particulier, se méprenait complètement au sujet de son père. Ce que j'étais, passé ce filtre, n'avait plus rien à voir avec moi. Les péchés que j'ai cru avoir commis n'avaient aucune existence, car mon juge regardait dans une toute autre direction. Même si j'avais été -peut-être l'étais-je d'ailleurs- un nouveau Bouddha, un saint futur absolument parfait, elle n'aurait pu s'en apercevoir. Le malentendu était le cœur du problème.
Lundi 14 janvier 2013
Nous ne faisons que marcher dans des ruines Celles de la guerre et de l'Histoire Et les ruines de l'amour Et nous n'avons pas d'avenir Regardez : l'herbe qui va tout recouvrir Est noire.
Il n'en faut pas beaucoup pour faire d'un poète son propre bourreau
Oubliez de lui dire qu'il n'est pas coupable
Cela suffit
J'ai connu un poète suisse
Qui se trompait magnifiquement sur lui-même
Et beaucoup beaucoup d'autres gens dans le même cas
Rares sont ceux qui marchent vers la Rédemption.
Je me mis un jour à penser qu'elle appartenait indubitablement à cette catégorie très particulière des " dangereusement con " avec son imbécillité offensive, et son aveuglement, sa surdité, aux signaux et aux paroles que je tentais de lui adresser dans l'espoir de l'arrêter.
Oui, c'était la formule qui lui convenait le mieux : dangereusement con ! Elle ne voyait ni n'entendait rien, et, en tête du cortège des cons, continuait sur sa lancée avec un entrain remarquable, le plus étonnant étant l'assurance ravie qu'elle affichait, comme si elle avait été jusque-là toujours récompensée de ses actions, applaudie, félicitée.
Jeudi 10 janvier 2013
L’idéalisme, et, d’une manière générale, toute « prétention » intellectuelle, est le meilleur moyen d’éviter Dieu.
Mercredi 9 janvier 2013
Lorsqu'on se bat pour retrouver un équilibre authentique, après avoir complètement perdu celui, approximatif, qu'on possédait, on est dans l'obligation de découvrir les idées justes, les raisonnements valables, la véritable raison opposée à l'illusoire, les formes réelles de la vérité. Se tromper serait mourir. Une ascèse qui fournit la pierre de touche pour la reconnaissance du Vrai.
«Where Are We Now ?» (2013) by David Bowie, un chef-d'oeuvre :
Mardi 1er janvier 2013
Minuit. Et l'amour meurtrier s'en ira sur la pointe des pieds...
Mardi 25 décembre 2012
Avec l'homme et la femme on tourne en rond
Avec l'homme et l'homme, la femme et la femme
La quête est d'autant plus inassouvie qu'elle est sans objet
Le vrai chemin est vers Dieu
Celui qui emprunte les trois voies à la fois, le plus riche d'espoir, s'expose aux plus terribles souffrances.
Je suis mystérieux comme quelqu'un qui n'a rien à cacher.
Mardi 18 décembre 2012
Pauvre Lélian
Je vois partout le néant du Mal, partout et tout le temps dans les formes extérieures
Dans les habits des passants, les murs, les reflets de la pluie sur l'asphalte
Dans le bruit des autos, les grondements, les sifflements, le souffle de leur passage
Le bruit de mes propres pas, les grilles du parc, mes mains gourdes dans mes poches
Je rentre chez moi
Et quand je n'attends plus rien, que je suis vide, je vois Dieu apparaître
Je Le reconnais et quoiqu'Il soit invisible, inaudible, inexplicablement absent
Il est partout extrêmement actif.
C'est Lui qui fait la chanson de Verlaine¹ qui me fait pleurer et donne un sens à toute chose
Comment ai-je pu me tromper à ce point et ne pas Le voir ?
Il fait venir le jour, blanche haleine de chat sur mes vitres et Il tient ma main
Tous mes rêves sont tissés par Lui et la moindre chose que je pense Lui appartient
Rien, en vrai, ne s'interpose entre Lui et moi, sa créature, rien que l'illusion.
¹ Si tu ne mourus pas entre mes bras,
Ce fut tout comme, et de ton agonie
J’en vis assez, ô détresse infinie !
Tu délirais, plus pâle que tes draps ;
Tu me tenais, d’une voix trop lucide,
Des propos doux et fous, « que j’étais mort,
Que c’était triste », et tu serrais très fort
Ma main tremblante, et regardais à vide ;
Je me tournais, n’en pouvant plus de pleurs,
Mais ta fièvre voulait suivre son thème,
Tu m’appelais par mon nom de baptême,
Puis ce fut tout, ô douleur des douleurs !
J’eusse en effet dû mourir à ta place,
Toi debout, là, présidant nos adieux !...
Je dis cela faute de dire mieux.
Et pardonnez, Dieu juste, à mon audace.
Lundi 17 décembre 2012
Heureusement que j'ai connu Yvonne Thurel-Baldacci, il m'arrive de croire qu'il n'y a personne d'intelligent sur la Terre.
J'ai quand même réussi à échapper à toutes les fêtes de famille, chichis, falbalas, repas de famille, anniversaires, pendaisons de crémaillère, etc., etc.
Ce n'est pas la vraie vie il me semble, sans savoir cependant ce qu'elle devrait être, différente pour chacun, originale, unique.
Nous nous rencontrerions pourtant, les enfants tenant la main d'adultes, en d'irrémissibles fêtes, gigantesques, impromptues.
Les différents étages de la Création auraient leurs praticables, splendides, décorés pour la circonstance, de tous styles, de toutes époques, parcourus de foules en liesse.
Les ballons, les serpentins, la soie, les masques, de Venise universelle.
Et les chemins vertigineux. Et la course des nuages en accéléré.
Et la Femme. Et l'Homme. Et le chant. Et la poésie.
Nous aurions les orchestres les plus purs, les plus naturels.
Il n'y aurait que des mains de paix, des yeux pour être éblouis par la Beauté, des corps pour la danse.
Les vieillards seraient des temples.
Dimanche 9 décembre 2012
Microfaust
Un ingénieur, un professeur, un écrivain, qui votent pour un individu censé les représenter dont, à l'évidence, le Q.I n'est pas supérieur au leur mais la névrose plus grande, ne méritent-ils pas de vivre dans une société de m… ? Eux et la foule qui leur ressemble !
Quand une chose se démocratise elle cesse d'être intéressante. C'est comme la vulgarisation (en particulier à la télé) : quand elle livre quelque chose au plus grand nombre, quel que soit le sujet, il n'y a que les bas-morceaux.
Vendredi 7 décembre 2012
Je me suis aperçu, dans une brève vision, comme un petit bonhomme marchant sous un nuage noir, un nuage circonscrit et funeste qui se tient juste au-dessus de lui et l'accompagne partout, un nuage personnel.
Cette nuée privée incongrue, presque ridicule, mais lourde de menaces, hostile, correspondrait en fait à tout ce que je ne comprends pas -pas encore- et sa présence est depuis si longtemps familière que je n'y faisais plus attention.
Cependant elle est là et joue bien son rôle, se déchainant violemment parfois avec de terribles grondements et des éclairs, et il se met à pleuvoir plus ou moins longtemps, mais le plus souvent elle se contente de me cacher le soleil.
Pour moi c'est le pire car j'ai la religion du Soleil ! Sans L'avoir jamais vu je sais qu'Il existe grâce à la lumière du jour, et quoiqu'on ne puisse sans doute pas Le regarder en face, j'ai toujours voulu profiter directement de Ses rayons.
Je me dis parfois que cette indéfectible prétention qui est à la fois un espoir et une conviction valant seule la peine de vivre est quelque chose d'important par rapport à tous ceux de mes semblables qui ne l'ont pas.
Dimanche 2 décembre 2012
Quand la mort cesse d’être une éventualité pour devenir une certitude, quel que soit le moment où elle devra survenir, elle est toute proche.
Vendredi 30 novembre 2012
Il est bien évident (j'utilise cette formule chaque fois que je découvre quelque chose qui ne l'était pas !) que je n'aurais pas pu accepter de travailler comme je l'ai fait -pendant environ vingt-cinq ans !- en tant que manœuvre, magasinier, si j'avais assimilé, digéré, compris, les années que je venais de passer avec L. et qui s'étaient soldées par un échec. Au contraire je refoulai le tout de peur d'en être détruit, le mettant soigneusement de côté pour plus tard, et cette inconscience me permit de ne respirer qu'à moitié en perdant toute ambition, de me passer, en quelque sorte, de moi-même. Parce que mon amour pour elle était devenu malheureusement cela : elle était moi, partie, c'était insupportable, je devais donc en mourir. Mais je ne le voulais pas, j'avais peur, il fallait avant tout ne pas y penser.
Toutes les nouvelles possibilités d’usage, de création, qu’offrent les smartphones se heurtent à la bonne paresse, à la sagesse qui consiste à se contenter de rien.
Jeudi 29 novembre 2012
« L'amour », comme dit Garance, « c'est facile ». Et elle a raison, il n'y a qu'à se laisser aller.
C'est bien cela, d'ailleurs, qui fait peur à beaucoup. Ils sont trop habitués aux interdits, aux difficultés, aux corsets, aux garde-fous, aux parapets, aux impasses.
Quand c'est facile, ils craignent de se diluer, une chose en entraînant une autre, de se perdre, comme un nuage qui s'effiloche avec le vent puis disparaît.
C'est pourtant le destin humain : grandir peu à peu en devenant de plus en plus léger pour, un jour, tout comprendre, tout accepter, ce qui n'empêche pas la pensée, l'action, mais plus simplement, plus sagement, jusqu'à -cela, je l'avoue je le suppose encore- savoir vraiment n'être rien !
Ce sont des gens gouvernés par leurs peurs, leurs vices, leurs appétits, qui prétendent gouverner les autres.
Je vais peut-être devenir optimiste à la fin de ma vie. Je me rends compte que le Mal ne peut pas triompher du Bien !
Bien qu’il soit constamment à l’œuvre, souvent totalitaire, apparemment définitif, il ne peut en aucun cas gagner durablement et c’est logique. Il surgit toujours quelque-chose d’inattendu, d’imprévisible qui se trouve être, ô sublime surprise, le Bien montrant le bout de son nez, et le Mal est contraint de reculer.
Tout simplement parce qu’il est contre-nature et que le Bien c’est la vie.
Vendredi 23 novembre 2012
Le monde idéalisé que la fréquentation de ma psy m'avait incité à construire -par rapport à celui, très sombre, qui était le mien avant de la rencontrer- en raison de ma réussite (je n'en ai plus besoin) est en train de s'effriter, des lézardes apparaissent, l'absolu s'en échappe et disparaît, et il ne reste (car c'est cela l'essentiel, malheureusement) que des gens ordinaires bien réels, qui sont affreusement imparfaits, souvent médiocres, peu intéressants, quel que soit leur statut social, leur rang, leur couleur, leur âge, leur éducation.
Je reviens à l'état antérieur mais lucide, renseigné, savant, accompli.
L'amour de ma mère que je pensais n'avoir pas vraiment existé m'a été rendu, mais un amour humain, très insuffisant par rapport à mon attente enfantine, comme elle, la pauvre, insuffisante, enfantine, qui ne le faisait pas exprès.
Que cette femme gentille, aimante, et plutôt déchirée, mal équilibrée, ait pu me tenir récemment responsable de la mort de mon père et me le déclarer tranquillement, sans même imaginer que ce puisse être à mon endroit offensif, terrible, accablant, suffit à dépeindre ce qu'a pu être avec elle mon enfance.
Quand il m’arrive de comprendre que tu ne me hais pas, je me sens délivré, sinon je brûle d’une fièvre mauvaise.
Jeudi 22 novembre 2012
Beaucoup de gens aiment l'idée perverse de " progrès ", ce mythe, cette illusion, parce qu'elle recèle au fond la notion de profit.
Si on l'en débarrasse, que reste-t-il ? Pas grand-chose, une idée très maigre, très abstraite, de peu d'utilité dans le monde matériel.
Choisissons plutôt sur ce sujet, comme Baudelaire déjà, d'être lucides.
Lundi 19 novembre 2012
Mettre à la crèche des enfants tout juste nés est bon pour la socialisation, mais ce n'est pas un troupeau de moutons qui sauvera l'Humanité.
Je suis de ces absurdes vieillards au doux regard délavé qui, aussi éloignés qu'ils en soient, font l'apologie de l'enfance avec un sourire comme s'ils l'avaient quittée la veille et y retournaient clandestinement à volonté pour retrouver l'Ile au Trésor, reconquérir le fabuleux El Dorado, cultiver le magique Jardin des Contes.
Je n'ai mis les pieds à l'école qu'à six ans, en me faisant prier et même tirer, porter, et, l'année suivante, après m'être surtout consacré à la scarlatine, à la coqueluche et aux oreillons et être resté six mois en colonie de convalescence, je savais lire et écrire à peu près couramment.
Ne me demandez pas comment, mais sachez que, pour moi, le mot "crocodile" ouvrait grand à l'évidence une gueule pleine de dents et miroitait d'écailles vertes. Je me demandais pourquoi on me rabâchait les lettres et les syllabes de mots dont il était si facile de regarder la physionomie particulière, toujours intéressante et justifiée, pour s'en souvenir sans effort à jamais.
Vendredi 16 novembre 2012
Mieux vaut en finir avec l'envie d'en finir
Mieux vaut renoncer à rendre toutes les merveilleuses impressions que j'ai reçues
Pour en créer d'autres
Mieux vaut arrêter de faire le bilan que personne ne me réclame
Sinon moi-même sous mes écailles mes ailes de chauve-souris ma queue fourchue ma langue de feu
Chevauchant les nuages et les arcs-en-ciel et terrorisant paysans et châtelains jeunes vierges et douairières
Mieux vaut rendre sa liberté à mon âme
Pour enfin vivre.
Jeudi 15 novembre 2012
Plus ça va plus je m'ouvre aux idées qui, naguère, m'eussent fait craindre de devenir ou fou ou idiot, et c'est un soulagement, une délivrance.
Ainsi, je commence à voir derrière l'indigence des définitions que propose la société humaine la dimension plus grande et en quelque sorte héroïque (ma faiblesse m'oblige à utiliser ce mot) de la Nature. Par exemple, quelqu'un qui a une véritable vocation et qui réussit à l'exercer socialement est bien plus que sa soi-disant profession; dans sa fonction, son être, réside un archétype intemporel qui relativise la particularité historique. En l'apercevant, on se retrouve en train de regarder non seulement le présent de cet individu, mais aussi, pour ainsi dire, ses vies antérieures. Quelle merveille de rencontrer enfin la Fable, de la voir prenant corps, prenant vie !
Puis, je reçois les sensations occultées jusque-là, mes croyances, tout-à-fait naïves, tout-à-fait pures, qui risquent, si je les exprime, de me faire passer pour un imbécile, ce dont je ne me soucie pas beaucoup si grand est le bonheur qu'elles me procurent.
Cendrillon, chatte noire européenne exquise, disparue depuis des années, d'une élégance inouïe, d'une bonté et d'une droiture si exemplaires, et surtout si indéfectibles qu'aucun être humain ne peut y prétendre (nous sommes beaucoup trop faillibles, au contraire des animaux), parce qu'elle se trouve aux cieux, où je peux la voir, me rend la mort acceptable !
Lundi 12 novembre 2012
Quand j'ai rencontré B., ma psychiatre, dont les véritables initiales étaient Y. T-B (...ce qui permettra aux plus malins de découvrir qui elle était, et de le faire savoir aux autres, moins malins, paresseux, et à l'immensité majorité des indifférents -une organisation naturelle qui fonctionne à la perfection depuis toujours sans l'intervention de personne, comme quoi, dans le monde " normal " il n'y a aucune raison de s'en faire), ce fut bien, je m'en rends compte à présent, comme si je l'avais cherchée toute ma vie…
L'outrecuidance des chats n'est qu'une projection de notre intellect pervers, incapable de supporter l'idée d'innocence absolue et de candeur, d'un être tout-à-fait comparable à un bébé humain, qui compte naturellement sur nous, notre force, notre intelligence, notre supériorité, pour l'aider, le protéger, le " servir ". Et, bien sûr, tout comme moi-même, je m'en souviens, je l'attendais de ma mère, ils croient que nous savons ce qu'ils pensent.
Je porte le poids de toutes les conneries que j'ai faites, de toutes les erreurs que j'ai commises, et même si je m'en sens parfois délivré pour quelques moments exaltants, si je les oublie la plupart du temps, elles n'en ont pas moins existé, elles ont fait leurs dégâts. Le difficile pour moi, qui crois à un état spirituel fruit du progrès personnel, de l'individuation, est de concevoir une économie divine qui compose avec ce foutoir, ce bordel humain, et détient une finalité, une justification, une raison d'être compatible avec le pardon.
Ayez un chat sur vos genoux (remarquez que, sans l'exclure, je n'ai pas dit : " prenez ! "), et, si, après un moment, vous pouvez lire dans son regard une parfaite et durable quiétude, considérez -c'est moi, maître es miaou, qui vous le dit- que vous possédez votre brevet d'être humain respectable.
Dimanche 11 novembre 2012
Je souffre parfois de la solitude, qui, avec les inévitables et grandissants déboires de la vieillesse, et compte tenu du fait que je me considère toujours comme un raté n'ayant rien accompli qui puisse lui valoir l'estime de ses contemporains et la notoriété, me conduit au désespoir.
Dans la catégorie " Tourments de l'Ame Humaine " je suis un connaisseur, mais, chose étrange, je ne veux changer pour rien au monde.
Je continue à me tromper, je suppose, obstinément et activement, ne me payant même pas de mots comme on pourrait le croire d'après les apparences.
Mercredi 7 novembre 2012
On vit à la fin des temps, ça se précise.
Les historiens futurs, s'il en est, en sera, regarderont sans doute avec compassion ceux qui, aujourd'hui, conservateurs rétrogrades, fascistes consternés et vindicatifs, cramponnés qui à la branche pourrie, qui au tronc martyrisé, voudraient tant voir l'évolution s'arrêter.
Mais c'est peine perdue. La mythique opposition " nature-culture " que le diable-intellect laisse croire possible et même, un comble, naturelle, donne toute latitude aux progressistes pour penser que, dans la culture, qui, croient-ils, leur appartient, appartient absolument aux hommes, ils peuvent tout instituer ! Pure folie, évidemment, pure aberration !
Je ne devrais pas en dire davantage.
Il faut en profiter, parce que c'est la fin.
Quand on signifie clairement à tous que la loi est consensuelle, et mieux encore, arbitraire, plus aucune autorité n'est possible. Bien sûr, si chaque être humain est un sage, ou un saint, cela n'a pas d'importance...
Naguère encore, on s'arrangeait pour que les lois humaines paraissent découler plus ou moins de celles de Dieu et de la nature. Il y avait celles que la raison pouvait reconnaître, quant aux autres on prétendait que celui qui les édictait était sorti de la cuisse de Jupiter.
Aujourd'hui, après s'être révolté contre la tyrannie du monarque de droit divin, on jette le bébé avec l'eau du bain. C'est à peu près comme si, en coupant la tête de Louis XVI, on avait coupé aussi celle de la Nature, celle de Dieu.
Certains l'ont bien constaté qui ont dit que " Dieu est mort ". Le paradoxe, l'ironie de l'expression, n'ont pas été perçus, apparemment, par tout le monde. Certains même se sont réjouis in petto comme des écoliers à qui l'on accorde à tout jamais de faire l'école buissonnière. (Moi, je vous le dis entre nous : lorsqu'un homme à la recherche de la vérité côtoie la perfection de la solitude (à moins que ce ne soit l'inverse), il est très loin de rigoler en entrevoyant que Dieu aussi (comme lui-même, naturellement, ce qui, aussitôt, le rassure) n'existe pas !)
L'écologie ne suffit pas à nous faire réfléchir.
Ou bien c'est trop difficile, nous ne sommes pas assez intelligents.
Mardi 6 novembre 2012
Comment exprimer, un demi-siècle plus tard, le goût particulier que j'ai en bouche (et surtout en esprit) quand il me vient, précis et vague, particulier et général, un souvenir de la Grèce -comme m'en insuffle toujours, où que je me trouve, le soleil !- ?
C'est comme de regarder un vestige archéologique porteur du mystère et de l'attrait d'une culture autre, tout en sentant la merveilleuse douceur de la brise à Matalla quand il n'était pas loin de midi et qu'on commençait à se sentir ivre de l'odeur minérale et de la lumière brûlante.
En moi, c'est une empreinte, une cicatrice, une scarification cultuelle, qui ne s'en va pas.
Et quoique Matalla ait disparu depuis sous sa propre légende, soit devenu une destination touristique pervertie, sa magie me reste à jamais.
Les hommes invoquent la nécessité pour finir par oublier les véritables besoins…
C'est tellement vrai, et là, on se dit : " Mais quel philosophe ! "
Facile... Je suis assis sur ma terrasse et je regarde le colossal blockhaus, la rigoureuse falaise, la construction gigantesque 100 % béton (HLM) qui me surplombe et cache mon soleil (ô Diogène !).
Lundi 5 novembre 2012
Jadis j'ai jeté mon béret par-dessus les moulins
Les Grands Moulins de Pantin beaux alors comme un " burg " fantastique
1944 année de ma naissance
Tout était encore en noir et blanc comme dans un film de Carné, de René Clair, de ce beau cinéma français irremplaçable qui devait tout aux Lumière, sans doute, mais rien à personne
Tout comme moi, poulbot en quête du nouveau monde pour remplacer celui d'avant-guerre (et ma longue, très longue attente fut largement déçue), en quête de la nouvelle réalité, de la nouvelle Eve, du nouveau roman et des pains au chocolat…
Samedi 3 novembre 2012
Pour un individu, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, l’homosexualité est un état intermédiaire dans son évolution, arrêtée ou en marche, qui a pris un tour vagabond.
Jeudi 1er novembre 2012
Un peu de ma vieille play-list :
The Pointer Sisters's Best Of is a gold mine !
Tout ce que nous n'arrivons pas à comprendre nous paraît obscur. Nous l'imaginons obscur, et bien vite, cela nous fait peur. Autant s'en détourner.
Mais à vrai dire, ce que nous ne comprenons pas, ce que nous comprenons le moins, c'est la lumière.
La blanche lumière qui est le royaume du spectre.
Et aussi, si l'on se réfère au Moyen-Age, ce Moyen-Age savant d'une science pourtant nécessaire qui est au désert depuis trop longtemps, le royaume de la hiérarchie des anges, en vrac, car je n'y connais pas grand-chose ne l'ayant entrevu qu'une seule fois, les séraphins, les chérubins, les archanges, les Trônes, les Puissances, les Dominations... Etc.
Mercredi 31 octobre 2012
Quand, à soixante-dix ans, on s'aperçoit qu'il n'y avait rien à redouter de la vieillesse, ni handicap physique majeur, ni apparence abominable, il est trop tard, elle est là et vous agrippe.
On a passé son temps, depuis l'âge de cinquante ans, à en avoir peur sans raison.
Reste à espérer qu'on pourra se sentir aussi idiot à quatre-vingts ans.
Enfant, sans même l'avoir vue, j'étais amoureux de Viviane Romance, la fée Viviane qui faisait du cinéma. Et je m'aperçois aujourd'hui, heureux au soleil sur ma terrasse, que je le suis toujours. Uniquement par la magie d'un nom…
Je ne connaissais rien d'elle, et aujourd'hui idem… seulement ce que j'imaginais, une vie altière, une âme de fée à cause du suffixe " ane " (et ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien) et, dans "Romance", tout ce qu'il faut: la chanson, la musique, la poésie, l'amour…
J'en donnerais ma main à couper, c'était une femme avec de longs cheveux flottant autour d'un pur visage ovale. Cheveux d'un blond châtain comme l'étaient ceux de L. que j'ai aimée (et qui, pour moi à bien des égards, lui ressemblait).
Une fée, une reine, un mentor féminin muet dont on peut tout savoir, tout connaître et apprendre rien qu'en le regardant...
Beauté, bonté, majesté, dignité.
Ainsi va la vie et qui ira toujours, avec la fée vivante, qui, sans parole, romance.
Lundi 29 octobre 2012
Sauf exception, et en gros (je n'ai quand même pas envie de m'interdire toute fantaisie !), l’originalité vestimentaire (des artistes) est inversement proportionnelle à la créativité véritable et au talent.
J'attendrai que mon Galaxy Note rende l'âme…
Je ne veux plus changer. J'en ai marre. Je ne suis qu'un être humain, avec une patience limitée, une résistance qui s'épuise, une envie de nouveauté devenue sans objet.
J'ai l'impression que cette course interminable, de plus en plus rapide, à la poursuite du dernier smartphone, de la dernière tablette, de l'ordinateur à peine sorti du fondeur, précipite ma propre agonie, ma vieillesse, ma fatigue, ma fin.
Merde, ce n'est pas là le temps biologique, le temps naturel s'il existe, l'éternité dont nous rêvons à juste titre.
C'est le temps du divorce, des contrats rompus, des jours de garde, de la pension alimentaire.
C'est le temps des rides.
Moi je veux la jeunesse éternelle, l'impeccable durée qui jamais ne varie, comme un fleuve qui semble immobile, un delta incommensurable peuplé de millions de créatures aquatiques et d'oiseaux, au milieu d'une flore infiniment variée et changeante.
Une exigence qui rend le passé fraternel et habitable et me dispense de suivre la mode.
Il faut que tout soit en ordre pour qu’on s’aperçoive qu’il n’est rien.
Amour signifie oubli de soi.
Vendredi 26 octobre 2012
Que va-t-il m'arriver d'heureux aujourd'hui ? Une question, chaque matin, que l'on ne se croit pas toujours -réalisme oblige- autorisé à se poser. A tort.
Lundi 22 octobre 2012
Le genre d'écrit qu'on ne peut pas publier de son vivant... (Quelle merveilleuse époque, soit dit en passant, qui autorise quiconque se pique d'écrire, de créer, à faire n'importe quoi n'importe comment. Fautes d'orthographe, de syntaxe, fautes de goût, d'intelligence, tout est bon. On vit en démocratie, et qui plus est " moderne " !)
... Ce que je voulais dire parce qu'on ne le dit jamais : à partir de soixante-dix ans (et même bien avant) la plupart des gens pensent tous les jours à la mort et ils ont peur ! Depuis quelques temps déjà ils ont remarqué que leurs contemporains passent leur temps à casser leur pipe, ce n'est pas rassurant. Untel, untel, et puis encore celui-là, merde, ça va être mon tour ! Ils ont des maladies, et s'ils n'en ont pas de redoutables, ils ont des douleurs, des crampes, des fatigues, des regrets, des désillusions, tout ce qu'il faut pour lorgner du côté de la fosse avec envie parfois, toujours avec crainte.
S'ils sont citadins ils leur manque l'unique et merveilleuse Nature et surtout l'espace qui rassure. Il est moins difficile de mourir au milieu de la grandeur avec l'impression qu'on peut se dissoudre et essaimer, se répandre, participer de la splendeur, de la sauvagerie, de la vérité.
Mais crever entre quatre murs sales, dans un hôpital, encombré d'objets fabriqués par l'homme, dans les laideur de toutes sortes, ternes, spongieuse, polies, brillante, mais humaines, bornées, statiques, banales, comme un avant-goût de l'enfer, qui n'est que tristesse ordinaire, ennui, blasphème, comme le quotidien multiplié, c'est dur !
Aujourd'hui la vie n'est pas intéressante et la mort encore moins !
Ce n'est pas la faute de Dieu mais la nôtre. C'est bien nous qui, par crainte, pusillanimité, prudence, manque d'imagination, superstition, absence de foi, avons mis au point cette lente agonie que nous appelons existence, étayée de contrats d'assurances censés nous garantir contre tout accident de parcours, l'événement imprévu qui en fait normalement tout le prix et l'intérêt, l'agrément, la valeur, le charme, l'excitation. Le Christ lui-même ne dit-il pas : 1/ que nul souci ne peut prolonger notre vie d'une seule coudée 2/ qu'il ne faut pas se soucier de ce que l'on mangera demain ? Le genre de truc dont on ne fait jamais la pub à la télé, n'est-ce pas, aucune religion, aucune église.
En un mot : ne sois pas sérieux ! C'est Dieu Qui te le dit !
Et le poète qui te le répète !
Et la vie qui te le confirme !
Avec la mort dedans, qui en fait partie !
La mort qui ne doit pas te faire peur !
A condition que tu aies vécu normalement !
Sans précaution particulière !
Avec passion et intelligence, espérance, sensibilité...
Et dans le respect de toi-même et d'autrui !
(Bougre de con) !
Jeudi 18 octobre 2012
Quand on ne peut pas exploser en plein vol, comme Rimbaud, on se doit de dire patiemment, comme Baudelaire, la vérité.
Mardi 16 octobre 2012
L’avoir compris ne rend pas l’accomplissement moins difficile, mais, dans la vie, on n’obtient (miraculeusement) que ce que l’on se croit en droit d’obtenir.
Lundi 15 octobre 2012
Amertume légère et douces après-midis d'automne, la dernière saison fréquentable de l'année, font bon ménage, tandis que se dévide sur l'écran intérieur le film des amours déçues avec ses tremblés, ses répétitions, ses raccords heurtés, ses cassures aveuglantes, qui n'a jamais de fin, qui n'a pas de conclusion.
Dimanche 14 octobre 2012
C'est à l'ombre des gigantesques points d'interrogation familiers de tous, du chef-d'œuvre de Paul Gauguin " D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? " que la plupart d'entre-nous se retrouvent, se reconnaissent, et se perpétuent.
Mais, personnellement, je n'en ai cure. Il me semble, à tort ou à raison, que je sais obscurément d'où je viens : un Ailleurs si extraordinaire que je m'ennuie essentiellement ici-bas... Ce que je suis n'a aucune importance : l'ignorer ne m'empêche pas de l'être, et d'ailleurs, à la fin de ma vie, je parviens même parfois à l'apercevoir... Et où je vais n'est pas douteux, quoique je sois informé de temps en temps par mon inconscient que je suis immortel : à la mort !
Pour moi la seule question qui se pose, implacable, obsédante, et source de tous les désespoirs, est celle-ci : POURQUOI !
Vendredi 12 octobre 2012
Lorsque, l'âge aidant ainsi que la sagesse, il apparaît comme une première vérité, l'évidence, que la vie n'est pas, comme l'on croit généralement, un abri, une demeure, un état durable exclusif, mais une transformation, un court passage, une si brève occurrence qu'elle est plus près de l'illusion que de tout autre chose -(constatation qui rend toutes les autres espèces fraternelles, le chat, le poisson, l'araignée… tous avec soi embarqués dans la même aventure, et plus aigüe encore pendant un certain temps la question du bien et du mal)- bien des comportements considérés comme " normaux " dans la société, une partie du langage, et la plupart des soucis qui taraudent et occupent la majorité d'entre-nous, apparaissent tout-à-coup comme de la pure folie, des errements tragiques, des tentatives désespérées pour se rendre aveugle et le rester, afin de ne pas regarder en face ce qui nous fait à tort si peur : la disparition inéluctable de notre moi, de notre égo !
Mercredi 10 octobre 2012
Il n'y a que Dieu ! Quoi qu'il se passe, quoi qu'il arrive ! Quoi que l'on croit avoir accompli ! Ma volonté n'y est pour rien, ni mon intelligence, ni même ma foi…
Et en plus, Il n'est pas ici !
Mardi 9 octobre 2012
On pourrait se croire à un changement de civilisation, et même d'ère à cause du bouleversement climatique, mais quand on regarde les soucis des pays émergents qui consistent simplement à reproduire en accéléré les erreurs de l'Occident, lesquelles se perpétuent en s'aggravant, on en est moins sûr. Car, bien sûr, il y a la Nature, et surtout la nature humaine, qui ne changent pas, et qui n'autorisent, au compte-goutte, que les plus intelligents à évoluer, une simple et pure évolution spirituelle, qui n'affecte pas beaucoup le grand nombre.
Vendredi 5 octobre 2012
Sitôt venu au monde, je reçus la culture de mon époque, sous la forme d'abord du langage, évidemment, pour lequel j'avais tant d'affinité que j'eusse pu comprendre simultanément n'importe quelle langue étrangère dans laquelle on se fût adressé à moi, du moins jusqu'au moment où je devins interdit de Pentecôte -mais passons, ce serait un peu ardu à expliquer-, puis ensuite, grâce à mes parents, pour la partie légendaire de leur histoire, sans doute le plus important pour un enfant, qu'ils fabriquaient involontairement en y ajoutant les sentiments qu'elle leur inspirait.
Ainsi s'édifia dans mon esprit une image influente et fausse qui correspondait à des aspirations qui n'étaient pas les miennes, une espèce de patron improbable pour mes propres idéaux, un modèle, la source d'innombrables déceptions futures.
Heureusement pour moi, je n'avais pas des parents qui étaient de grands intellectuels, capables de former des concepts résistant à la critique.
Je me souviens, par exemple, des récits illuminés de mon père au sujet des soirées du Vél d'Hiv d'avant-guerre, qui auraient dû aboutir à une mythologie durable, mais qui glissèrent sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard (je crois d'ailleurs que j'en pris conscience à l'époque au moyen de cette expression !).
Je détestais déjà profondément la vulgarité, la promiscuité (dont j'étais rassasié chez moi, quoique sans dégoût) et bien que j'aie compris l'extraordinaire fête populaire que les nuits de courses ont pu être, et toujours représenter aux yeux de ceux qui les avaient connues, je n'en avais cure.
D'ailleurs, aucune fête " populaire ", toujours, ne m'intéresse.
Pour moi le bonheur consistait à lire un livre, seul.
Lundi 1er octobre 2012
C'est un peu comme si j'étais descendu de cheval à la fin des années soixante-dix, comme si j'étais passé de cavalier à piéton, avec tous les inconvénients que cela comporte, perte de vitesse, de hauteur, d'énergie, d'audace. J'étais toujours le même, mais certains ne me voyaient plus et me prenaient pour un autre, quelqu'un d'inintéressant. Toute honte bue, et le cœur morfondu…
Si je pense souvent à Baudelaire, si je peux l'imaginer bien réel, assistant aux mêmes événements que moi avec un regard sur eux et les réactions d'une âme fraternels, c'est parce que ce solitaire, dandy et esthète, n'est d'aucune époque, d'aucune culture, d'aucune religion, à quelques broutilles près tenant aux conditions physiques qui sont sans importance.
Pour l'essentiel il s'agit d'un esprit libre et bon, errant, insatisfait, insatiable, souverain, et qui cherche.
Cela, qui n'a rien que de normal, me semble-t-il, suffît pourtant à le mettre au ban de la société, à l'établir dans un statut si particulier qu'aujourd'hui encore personne ou presque n'y comprend rien, excepté qu'il est admirable !
L'automne, c'est le printemps en mode dégressif. Il commence avec la même douceur et la même suavité puis se réduit peu à peu pour s'infuser lentement dans la saison qui les sépare.
Dimanche 30 septembre 2012
Le pire individu pour la société est celui qui est capable d'être heureux sans raison, et non seulement heureux, mais, comme moi ce soir, béat, ravi.
Saluons au passage les braves gens qui, sans se révolter, jour après jour, répétant les mêmes gestes devenus habituels, préparent paisiblement le repas, composé de denrées simples, pommes de terre, riz, pâtes, avec la régularité naturelle des saisons, des révolutions planétaires, en rendant ainsi hommage à la Création, à Dieu lui-même, qui renifle ces parfums domestiques avec plus de plaisir qu'Il ne le fît jamais des antiques et cruels fumets des sacrifices, et méprisons les freluquets de tous bords, de tous âges, en jeans, en col blanc, en automobile, qui s'alimentent aux restaurants quels qu'ils soient, fast-food, traditionnels, ou gastronomiques, courant après la mode et l'argent, esclaves obéissant à la loi du marché qui se croient importants, s'imaginant qu'ils dirigent le monde, alors que la vieille paysanne ignorée qui ramasse des champignons dans la forêt, humble, courbée, les mains sales, est en réalité la fée Nature présidant à leur insu (et bientôt à leur détriment) au destin de l'univers.
Samedi 29 septembre 2012
Je ne sache pas que quelqu'un qui meurt reste en vie, ce qui me fait dire qu'il n'y a qu'une réalité, une vérité pour tous, quoique chacun aime à la regarder à sa façon particulière qu'il considère à tort comme l'unique.
La plupart de ceux qui ont réussi à conserver le sentiment de leur originalité se sentent, d'une manière ou d'une autre, obscurément ou pas, coupables en société, comme l'était, par exemple, Henry Miller, qui avoue je ne sais plus très bien où mais il le fait :-), sa gêne habituelle devant des douaniers, des flics, etc., un sentiment d'illégitimité, de déviance, que j'ai bien connu jadis.
D'où il en faut en conclure, généralement, que la bonne conscience " normale " s'achète par le reniement personnel.
D'ailleurs, je me souviens parfaitement de l'événement précis, survenu dans ma famille, au cours duquel j'avais solennellement refusé de me soumettre au formatage obligatoire.
Mais dans la foulée je perdis, pour d'autres raisons encore inconnues, la fraternité elle-même, qui ne me fut rendue que grâce à ma psy, au travail qu'elle avait effectué avec moi, mais par l'entremise accidentelle d'une autre personne, incompétente, qui réussit l'exploit involontaire de me donner honte, en même temps, d'en ignorer le mode d'emploi.
Pour expier j'allai jusqu'à faire une tentative de suicide…
Exploiter son droit irréductible d'être incomparable tout en promouvant le lien fraternel, en toute conscience et sans la moindre retenue, gêne, scrupule, est sans aucun doute le cocktail naturel et normal qui fait d'un artiste tourmenté et inégal le grand créateur accompli que personne ne peut ignorer.
Mardi 25 septembre 2012
La tragédie aberrifiante non-édifique (aberrante, terrifiante, non-édifiante, non-soporifique) de Mother Cactus :
Il était une fois ce qu'aucun oeil n'a vu, aucune oreille entendu, aucun nez respiré, aucune pulpe digitale effleuré, l'horreur des abominations, le rien, le néant, nothing, quoiqu'une vague lueur jaunâtre s'en diffusait, qu'un geignement d'une fraction de décibel tendait à s'en disperser, qu'une pestilence fugace s'en enfuyait, qu'une rugosité minime s'en haussait...
Il faisait nuit mais il allait faire jour. Il n'y avait rien mais tout n'allait pas tarder. Il aurait fallu appeler la Police pour tuer dans l'oeuf ce rien qui rendait l'âme avant qu'il ne se transformât en quelque chose. Mais il n'y avait personne, tout le monde dormait.
Qu'était-ce ? On ne pouvait pas le savoir. Pour assister à l'éclosion il eût fallu d'abord se réveiller. Mais quand on dort on n'est pas éveillé, n'est-ce pas ? Certains l'ont affirmé, qui étaient de grands philosophes. D'autres ont dit le contraire, qui ne l'étaient pas moins. A vous de choisir !
(Quelques temps plus tard) :
"Mange ce que tu as vomi, Christiane !" dit Mother Cactus.
La petite fille, vêtue d'une robe vichy à col claudine, à moitié étouffée par les larmes, doit s'exécuter et réingurgiter ce qu'elle venait de rendre dans son assiette. L'enfant a un visage lunaire à la peau olivâtre, un petit nez busqué, deux grands yeux sombres et écartés. Sa coiffure consiste en deux aplats de cheveux noirs séparés par une raie au milieu et maintenus en arrière par des barrettes. On dirait un visage de chinoise flottant au-dessus d'une rizière par une nuit sans lune, lune qu'elle remplace, lune dont elle est la fille. Mais, malgré cette filiation céleste, elle n'en doit pas moins accomplir l'infâme, absorber les débris répugnants que lui désigne Mother Cactus.
Effacé mais intangible, linéaire, comme aplati entre deux espaces, presque invisible, charnière de l'évènement : le père.
Etre pauvre a ses avantages. Par exemple, ayant très faim (et soif : Bordeaux blanc Sauvignon) je suis en train de manger de la rosette au prix de l'or (que je crois), quel plaisir ! Un plaisir qui n'est pas à la portée d'un riche, je vous assure.
C'est un peu ce que dit Rousseau du plaisir des ouvriers, des manoeuvres (j'en parle pour ne pas l'oublier, l'ayant connu) : de quel vice pourrait bien avoir besoin quelqu'un dont la première volupté -et le mot n'est pas trop fort- consiste tout bonnement à se reposer ?
Malheureusement -je reviens à mon premier propos- de nos jours, un pauvre ne peut pas choisir son lieu de résidence ni son habitation, autrement je serais le plus heureux des hommes.
Jeudi 20 septembre 2012
Je me suis laissé conter par une partie de moi-même parlant dans mon oreille gauche que j'étais " rectangulaire " ! Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Ni " carré ", ni " rond " ? Indécis ? Imprécis ? Embarrassé ? Embarrassant ? En tout cas, cela a eu le mérite de m'arrêter dans une réflexion machinale probablement inutile, ou faussée, malsaine. Et je m'interroge sans résultat. Là, au moins, je suis conscient. Le feuilleton continue.
Samedi 15 septembre 2012
J'ai toujours adressé ma vie, adressé mes sensations, mes perceptions, mes sentiments, mes idées, lorsqu'ils étaient remarquables, bons, et surtout quand ils me paraissaient meilleurs et dignes d'être partagés, à La (une) Femme, qu'elle fût présente ou non -malheureusement elle était drapée, souverainement, plus souvent dans l'absence- sur un modèle construit probablement à partir de ma mère, la femme aimée, compatissante et divine, " qui m'aime et me comprend ".
Et ce mouvement intérieur habituel, sinon naturel comme il semble être, cette dédicace affective constante, qu'est-ce que je dois en faire quand je me rends compte immédiatement qu'il n'a plus aucun véritable objet ?
Heureusement pour moi des points de vue nouveaux et inattendus sur ma vie et sur moi-même surviennent, sans lesquels, je dois l'avouer, le bilan établi pourrait laisser beaucoup à désirer. Comme ce phénomène se répète régulièrement, quoique à un rythme parfois trop lent à mon goût, mais qui n'en donne que plus de valeur aux changements qui surviennent, j'ai toujours l'espoir de contempler un jour le panorama de mon existence ici bas avec satisfaction et plaisir, avant, évidemment, que de mourir.
Vendredi 7 septembre 2012
C'est une histoire entre moi et ma conscience, et le reste, le qu'en-dira-t-on, le on-dit, le il-paraît-que, etc., n'ont aucune importance.
Dès qu'on se rapproche de la vérité, on court le risque de penser des idioties parce que la différence avec ce à quoi l'on est habitué est telle, que, en reflet, en écho, on tend soi-même à exagérer.
Par exemple, on pense immédiatement à la mort, à sa puissance, parce qu'on entre en fait dans la vie, et le macabre vient teinter naturellement un tableau qui, en réalité, est simplement d'une beauté héroïque.
Il me vient à l'esprit que ceci explique " l'ivresse des choses funèbres " que Baudelaire, condamné à mort dès l'âge de dix-sept-ans, et ne pouvant dès lors réaliser ce paradoxe, croyait que " les prêtres orgueilleux de la lyre ont la gloire de déployer " …
Pardonnez-moi mais je suis ainsi fait que je ne peux admirer au minimum, parmi les hommes, que celui qui souffre jour après jour devant l'établi pour présenter une création originale et qui réussit.
Mercredi 5 septembre 2012
Cette étrange impression de ne pas être tout-à-fait synchro avec le monde environnant, lequel continue à tourner de plus en plus vite, frénétiquement et sur lui-même, tempo ville, banlieue, avec usines, autoroutes, flots et tourbillons d'automobiles, tandis que soi-même on s'arrête… et de découvrir un peu incertain qu'on s'était peut-être trompé et qu'il en existe un autre de monde, un monde silencieux, un monde immobile, un monde en paix…
Un monde pour les bêtes et pour les élus. Un monde que l'éternité mesure. Temps géologiques. On le découvre en se connaissant.
Et c'est alors qu'un type comme moi, un de ces bizarres individus toujours inquiets, qui se plaignent toujours paradoxalement qu' " il n'arrive jamais rien ", comprend alors que c'est la loi miséricordieuse : " Il ne doit jamais rien arriver " !
Mardi 28 août 2012
-"J'ai beau le savoir et le dire…"
-"Quoi donc ?"
-"Que Lili, chatte européenne, entre autres animaux, plantes, choses… est une splendeur…" -"Alors, quoi ?" -"Rien ne change !... Malgré cette Beauté dont je sais, depuis le plus jeune âge, qu'elle n'est révélée aux hommes qu'afin de les convaincre de devenir des anges, rien ne change !"
Méta physiquement
Bien que ce soit celui de la noirceur industrielle, commerciale, coloniale, j'aurais aimé vivre au XIXe siècle à cause de la campagne française dont les parfums dataient toujours, j'en suis certain, du Moyen-Age et de la Renaissance, parfums que nous ne pouvons malheureusement aujourd'hui qu'imaginer, comme les hommes de l'Antiquité imaginaient la multitude des dieux païens dans l'air qu'ils respiraient, les arbres qu'ils regardaient, la végétation, l'eau des fleuves et des rivières.
Cependant il n'y a pas longtemps encore, dans les années quarante du XXe, une vieille ferme obscure au toit de chaume, ressemblant davantage à un terrier qu'à un séjour humain, avec la petite pièce de vie et l'étable communicante, comme celle de ma grand'mère dans le Cantal, existait encore.
Si bien qu'à douze, treize ans, lisant La Bruyère, je n'eus aucune difficulté à me représenter les paysans du XVIIe siècle, de loin plus semblables à des petits tas de terre qu'à des hommes, qu'il dépeint.
Je suis en somme en train de traiter du temps, élastique, extensible, multiple, à étages, à tiroirs, morcelé, fracturé, bref aussi imaginaire que ce qu'il est censé capturer, définir : les moments subjectifs de l'éternelle Durée, la déesse majestueuse invariable, (au visage ressemblant à celui de L., la femme que j'ai aimée), dans Laquelle, en réalité, sans bien nous en rendre compte, non pas nous vivons, mais nous sommes !
Comme Elle, toujours invariables, toujours éternels.
Dimanche 26 août 2012
Il faudrait une bonne dose d'inconscience, de nos jours, ou d'ignorance crasse, pour contempler la moindre parcelle de nature, fût-ce -comme c'est mon cas en ce moment- l'unique plant de tomates qui se déploie majestueusement en pot sur ma terrasse, sans se sentir coupable.
En effet, toute cette beauté, cette harmonie qui ne nous doit rien, nous rappelle que nous ne sommes pas seulement le plus grand prédateur, mais aussi le plus grand dévastateur qui soit, capable, on ne peut le nier à présent, de s'autodétruire par pure imbécillité, enfant de Caïn et du diable, car, malheureusement, la seule descendance d'Abel, s'il en est une, n'est que morale, pas physique, et donc bien difficile à constater.
Le sage ne peut échapper au suicidaire destin collectif ou influer suffisamment pour qu'il se transforme, ce que je continue encore stupidement d'espérer.
Même si son esprit est différent, son corps est celui de cette espèce impie qui ne peut se nommer elle-même " humanité " qu'en donnant à ce mot deux sens opposés (et impropres), celui d'une obligation inexpliquée à se dépasser perpétuellement en se projetant dans l'avenir, et celui de sa faiblesse congénitale, ne désignant l'un comme l'autre que l'ancestral héritage : la révolte contre Dieu !
Vendredi 24 août 2012
Le seul examen que personne ne rate, cancres, surdoués, feignants ou travailleurs, c’est la mort !
En train de caresser et d'embrasser Zaza, exquise, en réponse, d'émotion visible et de délicatesse intense, je me réjouis de penser qu'il y a ainsi sans doute, de par le monde, des milliers de gens qui font comme moi, quoique d'autres, en nombre supérieur, n'y voient volontiers qu'un gaspillage puéril et ridicule, un véritable manque d'intelligence, une scandaleuse trahison face à la nécessiteuse et prioritaire " réalité " humaine.
Et bien, moi, je dis que c'est mieux que rien, et même je prétends que cela influe sur le destin universel, joue un rôle dans l'équilibre du bien et du mal, abrège, si ne les empêche, les conflits de toutes sortes, comme les guerres, limite la haine entre les hommes et le divorce avec la Nature.
Et donc, ne leur en déplaise, il me semble aussi que cela plaît à Dieu !
Mais par contre, je suppose qu'Il n'aime pas que ces gentils adorateurs païens, les amoureux des chats, des animaux, n'en soient pas plus fiers et n'avouent pas toujours qui ils sont !
Mercredi 22 août 2012
Le monde est un ramassis de criminels à des degrés divers et, n'en faisant pas partie, je me croyais la victime désignée de ces tueurs, de ces assassins, de ces incroyants méchants et de leurs complices, actifs ou passifs, vieux, jeunes, masculins, féminins... le bouc émissaire.
Sachant à présent qu'il n'en est rien je cesse d'un coup de m'en inquiéter et de souffrir, et je peux même me réjouir comme la nature nous en fait presque le devoir, parallèlement en quelque sorte, tandis qu'ils continuent à tout détruire ainsi qu'eux-mêmes.
Je rayonne de la gloire de Dieu qui est sur moi comme sur toutes choses et qu'eux ne voient pas.
Souhaitons à tous ces artistes approximatifs, souffrants, besogneux, passant leur temps à tricher avec plus ou moins de succès, que la gloire, la vraie, les rattrape, et de leur vivant !
Vœu pieux qui aurait vite fait, s'il se réalisait, de déprécier l'art lui-même. L'art aujourd'hui devient inconnu, secret, ignoré, certes, mais garde heureusement sa valeur.
Quelques soient, aussi trompeuses et aussi unanimement approuvées, les apparences, Dieu a toujours raison.
Mardi 21 août 2012
Notre culte des images ne nous montre, dans notre souci irrépressible du monde, qu'un visage : celui de la Mort. Chez toutes les " stars ", par exemple, que l'on photographie sans arrêt, Elle est à l'œuvre dans chaque ride, chaque cheveux blanc, chaque embonpoint qui se révèle un peu plus avec le temps, et plus encore dans chaque tentative patente pour La faire reculer, chaque couche de crème, chaque teinture, chaque coup de bistouri.
C'est un spectacle tragique, et l'on regrette l'époque où les gens pouvaient, à un certain âge, se laisser aller, s'octroyaient la pause obligatoire le moment venu, en comptant sur l'indulgence des autres, l'indulgence d'un public compréhensif et humain.
Est-ce qu'il y a aujourd'hui ce type de public, non, sûrement pas, excepté ceux (encore) qui se croient de ce fait hors du coup et s'en dispensent. On a soigneusement et de manière irresponsable fabriqué des consommateurs zélés qui sont eux-mêmes censés rester toujours jeunes et qui sont surtout infantilisés, irréalistes, et logiquement cruels.
Ce monde-là n'est pas bon pour y vivre. Il n'est utile qu'aux commerçants et aux publicitaires c'est-à-dire à personne, car ces profiteurs évidemment n'existent pas, ce ne sont que des fonctions !
Mercredi 15 août 2012
à Nadine
La vie est telle qu'on est capable de l'imaginer, extravagante, romanesque, puérile… immense si on a la foi, infâme si on en est dépourvu. Tout est possible jusqu'à siéger à la fin à la droite de Dieu quel qu'ait été le parcours, même le plus coupable, qui précède.
Plus j'écris plus je fais souvent mention de Dieu et j'en arrive un peu, moi moderne, à redouter de prendre aux yeux des moins attentifs une patine saint-sulpicienne. Au vrai, je suis un hérétique, un mystique qui n'éprouve plus aucun scrupule à blasphémer, qui s'en réjouis et s'y exerce, s'y frotte comme à présent, car enfin j'ai compris que l'amour de Dieu a plus d'importance que la tiédeur, le protocole, et la conformité théologique. Et d'ailleurs, malgré la lucidité officielle incontestable maintenue au long des siècles, l'Eglise n'a-t-elle pas en majorité des représentants carrément douteux et pitoyables ?
Au fait, j'y pense tout-à-coup, savez-vous que Dieu adore la magie ?
Nous avons tous, mais je veux dire chacun -il faut se débrouiller seul- un grand destin à accomplir !
Samedi 11 août 2012
Alors que les oies de Lorenz prennent le premier individu qu'elles voient pour leur mère, nous, les humains, prenons notre mère pour le monde.
Et si celle-ci est désespérée, comme ce fut mon cas, nous nous efforçons avec amour de lui rendre sa santé, sa paix, son équilibre, en oubliant de voir ce qui est vraiment, la justice.
Comme nous échouons évidemment dans cette improbable entreprise, rendre sa santé, sa paix, son équilibre, au monde, nous devenons à notre tour désespérés, et plus rien ne justifie de vivre.
Il suffit seulement un jour de faire la part des choses, de réaliser que maman n'était pas tout, loin de là, pour se rendre compte que le bonheur nous entourait, se trouvait sous nos yeux, et de recevoir alors la lumière.
Le " normal " peut sembler parfois banal, inintéressant, par rapport à des fantasmes, des perversions, apparemment extraordinaires, mais aucune perversion n'est un au-delà, bien au contraire, c'est un en-deçà du réel...
Le " normal " est une ville assiégée autour de laquelle beaucoup d'assaillants dépensent leur énergie afin d'entrer sans y parvenir, et aussi, puisque je dois tout dire, j'en fais partie...
Mercredi 8 août 2012
Je suis en train de regarder depuis mon balcon les travaux de transformation de la place qui ont lieu en ce moment devant chez moi.
Après avoir démoli presque tout ce qui devait l'être et être en train de terminer tout en évacuant les innombrables et lourds gravats, les ouvriers édifient aussi les premiers éléments de la nouvelle construction, sans cohérence chronologique mais avec une étonnante efficacité, de toute évidence conformément aux ordres, grâce au plan préétabli, et je me fais la remarque que l'absence d'état d'âme est la condition de leur (dur) travail.
C'est la différence avec l'art qui est le seul boulot dans lequel, au contraire, les états d'âme non seulement sont légitimes, mais sont indispensables.
Mes amours idéales, irréalisées, mortes, perdues, ma peine secrète, ce sont mes chats. Quand je les embrasse (prends dans mes bras) ce sont elles que je crois tenir, que je serre contre mon coeur, dans la tristesse et dans la joie.
Vendredi 3 août 2012
J'arrive à l'âge où l'on se met à penser que, quoi qu'on entreprenne, et Dieu sait qu'on ne manque pas de projets quand on distingue à peu près ce qu'on devrait-pourrait rattraper, on n'en verra probablement pas le bout, on n'en jouira pas assez longtemps, et qu'en somme " tout est vain " comme on l'a toujours su tout en refusant d'en tenir compte.
Ni revêtir de beaux habits, ni s'aménager un intérieur agréable plein de goût et de confort, ni même, comme il est dit, se soucier de " ce que l'on mangera demain " n'ont vraiment d'importance et ne peuvent apporter, semble-t-il, de plaisir légitime. Celui-ci, à peine atteint, se dissipe comme un rêve, car se vivre en est bien un.
Mais alors, me direz-vous, comme je me dis parfois, que faut-il faire ?
Je crois décidément que poser la question, ce qui revient à déclarer qu'on maîtrise sa vie, qu'on en est le propriétaire -absurde présomption- est une première erreur.
Il faut s'y résigner : comprendre, résumer, n'autorise pas à prévoir, à anticiper. La main ne nous appartient pas !
N'est-ce pas beaucoup mieux ainsi : il y a tout à recevoir, car il n'y a rien à prendre !
Lundi 30 juillet 2012
A Chris Marker, l'amoureux des chats, si faire se peut.
Tous les gens qui aiment et pratiquent les chats savent, grâce à eux, qu'il existe dans la Nature, sinon chez l'homme, la Vertu -oui, avec un v majuscule- une intégrité morale absolue et une pureté indissoluble, une franchise totale, aucune tricherie, aucun jeu, dont on voit sans difficulté la lumière dans leur regard. Evidemment, cela attriste et console à la fois, attriste un peu parce que l'on sait très bien qu'on ne verra jamais cela dans l'oeil d'un frère, ou d'une soeur..., mais surtout console parce que la nostalgie dont on souffre n'est pas alors infondée.
Vendredi 27 juillet 2012
Quand le partage des âmes se fait, (Dieu n'y va pas de main morte, vous Le connaissez, Il tranche à grands coups de machette en Lui-Même -que dis-je, de laser-lumière !- et attribue généreusement à tous les nouveaux-nés en attente de la Vie, un bout par-ci, un bout par-là…) il y a toujours des petits morceaux, des miettes, des débris, qui se répandent, et cela va aux animaux, chiens, chats, basse-cour, couvée, fourmilière… rien ne se perd.
Les plus attentifs à la distribution, qui d'ailleurs y épuisent une bonne part de leur énergie, ce sont les chats, qui gardent également cette attention pour tout ce qui bouge. Ils sautent dessus et s'en emparent... Ensuite, sur terre, ils se reposent et nous regardent avec leurs yeux pleins d'étoiles filantes qui se souviennent encore de l'immensité de Là-Haut.
Jeudi 26 juillet 2012
Dans une sorte de crépuscule, à une certaine distance, je regardais… tu avais une belle DS 19 noire, souple, brillante, d'une merveilleuse maniabilité, et j'aurais bien aimé avoir la même… Seulement voilà, tu démarres tout-à-coup en faisant gicler les enjoliveurs, roules quelques mètres puis braques soudainement sur la gauche, et percutes le mur, très violemment… un accident inexplicable et tragique... on se met à penser douloureusement que tu es mort, l'avant de la belle auto est un tas de ferraille, et pourtant bientôt elle recule, se dégage des décombres, et, sans marquer de temps d'arrêt, toujours aussi imprévisible, rapide, en marche arrière et comme aveugle, parfait symbole de l'absurde, de l'illogique, se met à rouler droit sur moi !...
Incroyable, difficile à comprendre… la personne qui était à côté de moi s'éloigne, effrayée… Je reste sur place, gardant mon sang-froid, et, au dernier moment, je fais un bond en l'air pour la laisser passer -te laisser passer- et ne pas être écrasé.
Elle continue sa route, toujours à reculons, moteur vrombissant, je la vois s'éloigner, prendre même un virage, puis, dans la nuit, au loin, les phares faisant une traîne, gravir une côte et disparaître.
Samedi 21 juillet 2012
Quand on a commencé à vivre dans les années quarante-cinquante, dans la classe ouvrière, chaussé de galoches, coiffé d'un béret, et tout de noir vêtu en mémoire d'une sœur plus jeune prématurément disparue, même si l'électricité était en 110 volts, et les radiations atomiques associées à la gloire de Pierre et Marie Curie, bakélite, faïence des laboratoires et chêne ciré, la mort n'en était pas moins là, fidèle et exsangue, avec sa pèlerine et sa cornette d'infirmière bénévole pour soldats, ses beaux yeux tristes et ses doigts crispés, sa faux à moteur hoquetant dans un nuage de vapeur.
Tout était industriel et artisanal, un mélange pittoresque qui, aujourd'hui, n'a pas de prix, étant donnée la formidable nostalgie qu'il inspire, tout proche encore du style steampunk.
Il fallait tout faire chauffer avec patience, les moteurs, les fers à friser, à repasser, les braseros, les bouillottes, et le café qu'on moulait à la main, dans un moulin de chez Peugeot, lequel, coincé entre vos cuisses nues vous faisait mal, vous laissait des marques.
Les chiens, Dieu sait pourquoi, n'aboyaient pas et les perroquets parlaient. Les bistrots avaient des serveuses qui avaient des tabliers et, à ces dernières, on pouvait le tirer, et même leur mettre la main au cul " gentiment histoire de rigoler ", ce n'était pas vraiment déplacé.
Paris -regardez les clichés de Doisneau- était un grand sanatorium, un hôpital pour enfants tuberculeux et rachitiques, pâles comme des navets, et joyeux comme des pinsons, qui couraient dans les rues. Ces enfants-là n'auraient certainement pas caillassé la police ou fomenté des émeutes pour obtenir un terrain de jeu dans leur quartier, ils avaient bien trop peur. Le ciel pouvait encore leur tomber sur la tête à ces petits gaulois et ils le savaient. Quelle belle époque !
La seule personne que j'aurais pu avoir à mes côtés, comme on dit, qui aurait pu m'accompagner, (c'est ça la littérature, la recherche des nuances pour être plus juste, plus vrai, plus exact, et non pas ce galimatias prétentieux que nous délivre Pivot dans ses tweets, mais passons…), et ce faisant me rendre heureux puisque la dispense de solitude en pleine lucidité est ce qu'on peut espérer de mieux ici-bas, c'est L., mais après révision, si j'ose dire, remise en état, réalésage...
Son père avait fait tous les dégâts qu'il pouvait, qui ne furent pas minces : une ombre épaisse s'étendant sur un grand territoire qui ne lui appartenait pas.
Dans les grands espaces immatériels où circulent nos âmes, les meilleurs, qui sont rares, ne se répandent pas, la plupart le font involontairement, mais celui-là le faisait exprès, c'était un méchant.
Il a sali, influencé, beaucoup de ses enfants, probablement tous.
Le découvrant il m'est venu l'envie d'allumer à sa mémoire un cierge noir, de faire dire une messe d'imprécations, de malédiction, et j'ai compris que l'idée de l'enfer a été inventée à cause de gens comme lui, qui, logiquement, étant donné les flammes persistantes qui émanent de leurs œuvres, devraient brûler également pour une durée indéterminée.
Et j'ai compris aussi que cela ne peut pas exister.
Le paradis pour quelques temps, en revanche, est tout-à-fait imaginable, créé par la gratitude et les remerciements, les louanges renouvelées des vivants adressées à ceux qui ont fait le bien : ce chœur sublime, cette élévation des esprits, est recevable par leurs âmes.
On vient au monde pour être heureux !
Regardez les enfants, trop rares, ceux qui n'ont pas reçu trop de coups de leurs parents : ils rient à pleines dents de lait avec une autosatisfaction triomphale qui nous fait quelquefois craindre qu'ils ne puissent aimer qu'eux-mêmes, alors qu'ils ont de bien plus profondes affections que nous mais sans complaisance et ne s'apitoient pas encore sur leurs objets.
Jeudi 19 juillet 2012
Je vis depuis un peu plus de soixante ans (oh yeah !), et, à part ma psy qui semblait me comprendre réellement et complètement, et un ou deux copains qui, en toute simplicité, me stimulaient intellectuellement, et aussi, j'allais l'oublier malgré son importance, une chèvre, qui m'adressa quand j'étais enfant, un regard de véritable sympathie, je peux affirmer n'avoir jamais été encouragé à être moi-même, à grandir, à exister en tant qu'écrivain, poète, à me perfectionner, à jouir de ma différence avec autrui, bref à avoir envie de vivre !
Je trouve que c'est assez grave pour être signalé d'autant que je ne nourris nullement l'illusion d'avoir eu un sort privilégié... Si tous autant que nous sommes l'avons subi, alors où sont les vrais moi, où sommes-nous les uns et les autres ? Egarés seulement pour certains, les plus chanceux, perdus à jamais pour d'autres, les électeurs embrigadés, la chair à canon, tous fans de Barrabas ?
C'est comme si nous circulions dans un immense nuage invisible de vérités oubliées, de foi abandonnée, une nuée recouvrant toute la terre et traversée constamment d'éclairs, les fameux " éclairs de génie " qui ne sont rien d'autre que le normal surgissant ici ou là quand il peut, et la liberté qui en fait partie, la masse de bonheur virtuel l'accompagnant, est, pour ceux capables de voir ce qui les soutient, entretient l'espoir, les empêche, contre le conformisme et la folie ordinaire, de mourir.
Lundi 16 juillet 2012
Si Dieu existe, Il est ailleurs.
Autrement dit, tout ce qui peut nous arriver de mal ici-bas n’est que le fait d’autres hommes, c’est-à-dire
d’êtres imparfaits, partiaux, faillibles, des imbéciles, nos sinistres semblables, dont le jugement n’a pas
beaucoup de valeur, n’a aucune importance.
Sachez, vous qui me lisez, que j’ai longtemps vécu en souffrant non seulement des atteintes physiques des
autres, aussi désincarnées soient-elles (comme par exemple la misère qui nous est infligée par un système
injuste dont nous sommes tous responsables) mais des atteintes morales que la croyance en un jugement
supérieur émanant de mes bourreaux me faisait ressentir. Non seulement je souffrais mais je me croyais par-
dessus le marché coupable, recevant un châtiment mérité !
En réalité aucune souffrance n’est justifiée sinon celle dont on peut comprendre simplement qu’elle vient de
nos propres erreurs… qui se peuvent corriger.
Comprendre, méditer, est le chemin qui permet d’y parvenir. Et c’est le seul devoir véritable qui nous
incombe.
J'aime assez l'idée résidant dans la Bible selon laquelle en perdant notre capital d'innocence historique et sans doute une certaine qualité de foi nous aurions également perdu la longévité naturelle. Et, je suis assez puéril et présomptueux pour imaginer que nous pourrions peut-être réparer ce défaut, en tous cas améliorer un peu la situation, tout en sachant que rien ne changera réellement. Il s'agit seulement d'un objectif, d'une tâche à accomplir qui vaudrait la peine, un souci pour une fois légitime, une entreprise enfin normale à laquelle l'humanité devrait se consacrer comme aussi à utiliser les facultés spirituelles dont elle dispose probablement depuis toujours sans les avoir jamais exploitées.
Je rêve d'une culture orientée vers ce que nous appelons aujourd'hui le " paranormal " qui n'aurait pas besoin du " para ". Transmission de pensée, intuition du futur, innocence et candeur permettant l' " inspiration " authentique, la prescience, la " science infuse ", bref tout ce qui existe déjà un peu pour un artiste, un créateur, cela ne fait pas le moindre doute, mais occulté, amoindri, persécuté.
Dimanche 15 juillet 2012
Le chat, comme la plupart des animaux, est un être sensible, qui, face à nous, n'a aucune défense, sauf celle que lui fournit le désespoir quand, j'emploie à dessein ce mot équivoque, nous l'acculons..., ce que la plupart d'entre nous, par inconscience, indifférence, ou méchanceté, hésite rarement à faire. Malheureusement, les pervers que nous sommes ne se rendent pas bien compte du préjudice que constitue le fait d'être acculé... Pauvre humanité !
Samedi 14 juillet 2012
Il y a des gens qui n'ont toujours pas réussi à comprendre ce qui m'était arrivé, à se représenter l'insondable et lointain ailleurs dans lequel j'avais disparu… aussi, pour achever de les étonner au risque de passer encore davantage à leurs yeux pour un égoïste, un salaud (d'ailleurs, par rapport à eux, Balda continue pour moi à faire figure d'ange miséricordieux et consolateur), je préciserai que je ne m'étais même pas rendu compte, trop absorbé par mes anciens chagrins, que Lionelle, ma compagne, ma femme, était morte !
Un peu mieux libre aujourd'hui que je ne l'étais alors, je la retrouve et, en même temps, réalisant tout ce qui s'est passé, je la perds ! Je veux la prendre dans mes bras et, aussitôt, elle disparait !
Je suis infiniment heureux de respirer et de sentir son parfum, et la tombe, sous mes yeux, l'engloutit !
Elle est l'apparition tant attendue qui devient un fantôme !
J'ai tout surmonté et je l'aime en définitive et cela n'a plus aucune importance !
Le passé, le présent, et la zone intermédiaire qui se trouve entre les deux, se télescopent. Je suis désolé pour vous, monsieur Descartes, mais c'est ainsi. Comment gérer, si je me mets à votre place, le je, le moi, peu importe le nom qu'on lui donne, qui se balade dans ces eaux-là, un peu passé, un peu présent, et un peu intermédiaire, et qui fait lui-aussi l'accordéon ?
Et je ne parle pas de certains filaments reliant ces différents égos, comme, par exemple, celui, très élastique et très résistant, qui m'unit indissolublement en me retenant d'avancer au tout jeune enfant de deux ans que je fus, lequel survit avec une incroyable énergie encore maintenant, j'en jurerais, dans les bras de mon père pourtant officiellement décédé, en présence de ma mère, disparue elle-aussi, de ma tante et de tonton Lulu qui, si je peux me permettre, ne valent pas mieux, un jour d'été (?) éternel, dans la grotte d'en-bas des Buttes-Chaumont !
Je suis face à une sorte de grand tableau remplissant totalement mon champ visuel et je m'aperçois vaguement moi-même, en partie immergé à l'avant-plan, quoique à peine, c'est loin d'être l'essentiel.
Il y a de tout, de la représentation figurative, le lieu où nous nous trouvons d'abord, cette grotte au sol creusé de rigoles où circule l'eau de la cascade, mais aussi des visions concomitantes qui correspondent certainement à mes états d'âme : un jardin d'émeraude aérien palpitant doucement,
vivant, traversé de beaux reflets physiologiques, je le note, j'y reviendrai sans
doute , et encore des voix, des parfums, des sensations, des idées élaborées, des questions, un crucial écho du passé récent, des sentiments, un aperçu prophétique de mon
propre avenir, des symboles, etc., le tout, bien sûr, en trois dimensions, voire quatre ou cinq, ou
plus encore… C'est un état physique autant que mental, un composé global, un moment
de ma vie ancienne qui s'est en quelque sorte cristallisé, figé, et dont, comme un chiromancien
devant un jeu de cartes censé délivrer un sens, je dois comprendre la signification, le ou les messages, pour
à la fois remonter dans le temps qui l'avait précédé et avancer dans l'avenir,
c'est-à-dire dans mon présent actuel. C'est, en quelque sorte, pesant, anachronique, dans ma
propre vie, du présent passé, et non pas, comme on est habitué à le dire à
cause de vous, du passé présent.
Jeudi 12 juillet 2012
Je me sens souvent plus proche de l'escargot, du cafard, de la tortue, et faut-il vraiment que je le dise, j'en suis fier.
Je suis plus proche des formes de vie essentielles, fondamentales, que de cet étrange animal, objet de curiosité sinon objet tout court qu'est l'homme, la femme y comprise, la chipie névrosée moderne bien décidée à rivaliser avec l'impitoyable tueur de veuves et d'orphelins, le rascal, le poivrot, le débile mental, le Terminator, le maléfique provocateur de la répulsion universelle !
Tout ce qui bouge, rampe, tournoie, papillonne, le fuit. Les fleurs elles-mêmes se fanent à sa vue. L'herbe flétrit, le vent cesse de souffler de peur de porter plus loin sa nauséeuse, funeste, pestilentielle odeur !
Tout l'or qu'il touche se transforme en plomb, et le plomb en une matière que je ne veux nommer.
Partout, dans le monde, il y a un homme qui devient pire. Lorsque celui-ci, grâce à Dieu, comprend et s'amende, celui-là, un peu plus loin s'empresse de le surpasser en ignominie.
Tache énorme, écrasante, de l'instruire, et d'ailleurs vouloir l'instruire est une faute.
Il n'y a qu'une chose à faire, comme, jadis, celui qui se vêtait d'un tonneau, disparaître, devenir lion, oiseau, chacal, tortue, tout, mais pas un homme !
C'était une espèce de grand filandreux, un type physiquement et moralement maigre, interminable, qui, après que vous l'ayez quitté, perdait toute saveur, toute couleur, mais devenait une gêne incessante quoique microscopique, comme un filament de viande coincé des heures durant entre les dents.
J'espère que c'est réciproque; en tous cas, pour un homme, sa femme c'est le monde !
...
Mieux vaut trop tard que jamais ! Grâce à un rêve que j'ai fait cette nuit, je t'ai enfin trouvée vraiment. Je t'aime.
Mardi 10 juillet 2012
Le rêve de mon innocence retrouvée, le rêve régressif, aura tout de même bien duré dix ans -davantage- et j'aurai même rencontré la jeune femme capable, coupable, de le partager, qui se sera finalement réveillée un jour pour alors me quitter. A l'instant même où, redevenu normal, j'aurai osé sans ménagement la critiquer. Tout est bien qui finit bien (un proverbe que j'ai infiniment médité dans ma jeunesse. Il m'inquiétait beaucoup).
Je pense que j'ai un cancérigène de le stomach " dit-il en vieux français.
Bien qu'il n'eût jamais rencontré de femmes assermentées il leur avait toujours fait confiance. Et à celle-là plus encore qu'aux autres, à cause de la jolie moustache noire qu'elle arborait été comme hiver, nue comme habillée.
Elle était assise en chien de fusil et se tenait debout, couchée contre la porte, sans jamais le quitter des yeux.
" Vous et moi sommes de la même espèce " ajouta-t-il, puis se reprenant : " De la même race… ".
Elle le fixait obstinément, sans répondre. Elle laissa seulement échapper un petit pet.
Les lames du parquet grinçaient, comme il faisait les cent pas, aussi n'entendit-il rien.
" Nous aurions pu être tellement heureux, si tu ne m'avais pas quitté " dit-il encore. Puis : " Poil au nez ".
Elle ne mouftait toujours pas et suivait maintenant du regard un coléoptère qui s'efforçait de pondre ses œufs dans l'une des bananes pourries qui avaient atterri sous l'armoire.
La lumière des rayons se vaporisait silencieusement dans les taches de vinaigre du papier-peint, puis se résolvait en gerbes d'arabesques dans les petits nuages de poussière que chacun des pas de notre héros soulevait au niveau du plancher. Yeux clos, fascinée, elle contemplait cela en se disant qu'elle avait beaucoup de chance… elle aurait pu être morte.
Ou même n'être jamais née, comme tant d'autres.
Il reprit :
"Je ne te le reproche pas, mais je regrette beaucoup que tu sois partie. Un jour, j'espère, tu te rendras compte de la valeur de la confiance et de l'intimité, et de la difficulté qu'il y a à les recevoir. En prendre conscience n'est déjà pas si mal, mais réaliser par-dessus le marché que, lorsqu'on a la chance de les posséder, il faut les protéger, les entretenir, les augmenter si possible, et que c'est un travail de longue haleine, une tâche sacrée et un privilège grâce auxquels on se met à faire partie de ceux, les très rares, qui peuvent prétendre avoir rencontré l'Amour, voilà ce qui est exceptionnel et qui, déjà, constitue un destin."
Vendredi 6 juillet 2012
Je ne te le reproche pas, mais je regrette beaucoup que tu sois partie. Un jour, j'espère, tu te rendras compte de la valeur de la confiance et de l'intimité, et de la difficulté qu'il y a à les obtenir. En prendre conscience n'est déjà pas si mal, mais réaliser par-dessus le marché que, lorsqu'on a la chance de les posséder, il faut les protéger, les entretenir, les augmenter si possible, et que c'est un travail de longue haleine, une tâche sacrée et un privilège grâce auxquels on se met à faire partie de ceux, les très rares, qui peuvent prétendre avoir rencontré l'Amour, voilà ce qui est exceptionnel et qui, déjà, constitue un destin.
Mercredi 4 juillet 2012
Quand je l'ai rencontrée, elle était très mal habillée. Mais elle était très bien déshabillée !
Ma langue (dans ma bouche) est une nonne en son couvent
Qui incline le front humblement, ferme les yeux et prie
Quoi que vous en pensiez elle n'a encore jamais
Contrevenu à ses vœux
(qui sont de rester en accord avec ma conscience morale).
Néanmoins dans mon enfance je me suis plusieurs fois reproché
D'avoir parlé sans réfléchir
De ne pas l'avoir tournée sept fois dans ma bouche
Comme s'il s'était agi du plus épouvantable péché
Celui qui m'attirait personnellement les foudres de Dieu.
Plus tard encore dans une totale inconscience
Ce fut de respirer dont je me crus coupable
Je devins asmathique.
Mais c'est bien au tout début de ma vie
Avant même que j'aie pu parler
Que se situe mon problème.
Mardi 3 juillet 2012
Les chats sont des créatures d'une beauté surnaturelle, s'agissant, par exemple, de Lili, dont la robe tigrée couleur lièvre considérée de près présente un complexe tableau graphique avec les pointes sable, le milieu des poils presque orangé et les racines noires, le tout très organisé, étagé, distribué, pour qu'en surface apparaissent les peintures rituelles, le maquillage savant des yeux, le corset des anneaux, des rayures, qui exaltent la silhouette avec un lyrisme haute couture allant de soi, une classe naturelle inimitable, tout-à-la fois invraisemblable et ingénue.
Ces considérations pourront peut-être paraître exagérées à ceux qui n'ont jamais regardé réellement un chat, aussi pour les convaincre, j'ajouterai qu'elles ne me (re)viennent à l'esprit aujourd'hui que parce que je viens de faire l'acquisition d'un tansu japonais, un de ces meubles simples et raffinés de facture humaine qui attestent résolument que le luxe est la norme, ce qu'un regard vers elle, ma chatte, ambassadrice magnifique et candide de la Nature, aussitôt confirme.
Samedi 30 juin 2012
Devant un gâchis pareil -je parle de toutes ces histoires d'amour qui se terminent mal- j'éprouve, je ne sais pourquoi, le besoin d'évoquer le souvenir de monsieur Parmentier, mon aimable voisin parisien qui, quand il le pouvait, aimait à s'exclamer : " Purée ! " et ajoutait ensuite en clignant de l'œil en direction des personnes présentes : " Je m'appelle Parmentier ".
Il n'est pas là, cet homme spirituel, pour s'associer à ma tristesse, mais je m'adresse à lui intérieurement : " Quel gâchis, Parmentier ! "
Mardi 26 juin 2012
Je suis certain qu'un homme qui acquerrait la simplicité et le sérieux de mes chats pourrait se dire plus près de Dieu.
Le paradoxe, pour nous, en effet, consiste à devoir se défaire non pas de notre animalité mais plutôt à l'investir en nous délivrant des chaînes de l'intellect.
Nous sommes comme un peuple immensément nombreux et riche qui se choisit pour maître un dictateur à l'intelligence bornée, qui, lui-même, obéit à quelque chose de bas et de méchant.
Nous sommes pourtant chacun un homme-monde qui contient tout.
Et qui, s'il doit aller quelque part, ne peut tourner qu'autour de son soleil, son Dieu !
C'est ce que font, tranquilles, inspirés, en paix avec eux-mêmes, les animaux que nous méprisons.
Lundi 25 juin 2012
J'ai toujours aimé les choses étranges. J'ai toujours été attiré par ce qui est différent, étranger, irréductible, exceptionnel. Le bizarre, le fantastique, voire même le monstrueux, me fascinent depuis que je suis tout petit.
Dans les bras de mon père, à cette époque, dans la grotte des Buttes-Chaumont, j'ai pris ce passeport pour l'Ailleurs croyant qu'Ici n'était pas pour moi.
Ok. Mais cela autorise-t-il à soixante-huit ans à basculer soudain travelo, drag-queen contemplant le monde du haut de ses cothurnes à semelles compensées, et aussi, comme un bon sénateur romain, à se revêtir sans complexe de la pourpre honorifique, folle grinçante, tourbillonnante, répandant largement autour d'elle les paillettes d'or et le mascara dégoulinant comme une tornade ?
Riant d'un rire à nettoyer les morts de leurs pourrissantes matières afin d'en libérer de beaux squelettes blancs bien propres ? Qui s'égailleront en jolies farandoles ?
En faisant s'envoler les corbeaux croassants ?
Et se heurter les continents selon les fractures tectoniques en provoquant ici et là des éruptions volcaniques qui rendent les peuples à jamais religieux ?
Des destins plus amers existent, bien sûr, des folies moins fécondes remplissent les asiles, mais est-ce bien là ce qu'On me demande ?
Dimanche 24 juin 2012
Si Dieu, que nous invoquons en vain dans nos prières, que nous réclamons sans cesse en gémissant, dont nous déplorons à chaque instant l'absence, mettait seulement un cil, un cheveu, un ongle sur Terre, tout, à commencer par nos propres existences, serait instantanément consumé !
C'est en quelque sorte parce qu'Il nous néglige que nous subsistons.
Prolégomènes
Croyez-le ou pas, on peut éprouver la tentation, et même y céder, d'aimer ce qui nous a fait mal, parce que la lutte pour surmonter le traumatisme est trop difficile, apparemment impossible.
Bien entendu il faut que la douleur ait été ambiguë, équivoque, même si son intensité a semblé insupportable, une atteinte, un bouleversement qui vous marque, vous modifie, vous transforme profondément.
Nous les redoutons toujours mais nous aimons les fortes sensations, pour pallier à la vie insipide que nous avons nous-mêmes créée pour nous protéger de la Nature et de Dieu.
Le Mal, la Mort, nous fascinent, c'est l'absolu à notre portée.
Remarquez comme les tableaux de l'Enfer que nous inventons sont plus beaux (de cette beauté révulsive que Baudelaire cherchait à définir -la beauté " convulsive " n'étant que pauvre invention littéraire-), plus crédibles que ceux du Paradis.
Nous ne savons pas représenter le Bien ; d'ailleurs une majorité d'entre nous ne sait même pas ce que le mot veut dire.
Je n'ai pas commencé à écrire ce texte dans ce but, mais je vous le dis : l'émotion, le choc, que la vision du Bien procure sont grandement supérieurs à ceux que peut procurer le Mal.
Le Bien contient Tout, et c'est pourquoi il faut, parfois, emprunter un chemin qui passe non loin du Mal pour Le rencontrer.
Jeudi 21 juin 2012
Ceux qui ont compris que j'adore me prendre la tête -ma mère me répétait régulièrement que je pensais trop !- ne seront pas étonnés que je me demande parfois si je n'ai pas atterri à Saint-Denis (93) par la volonté de Dieu -Qui prend souvent l'apparence de l'ordre logique des choses, la justice immanente- pour aller jusqu'au bout de l'injonction ésotérique du Christ qui dit : " Aime ton prochain comme toi-même ! " Il n'y a en effet que de cette façon qu'on peut accepter à ses côtés des gens dont les différences sont si grandes, si antinomiques avec nos habitudes, notre éducation, qu'elles semblent récuser notre propre existence. Il ne reste plus qu'à s'imaginer être devenu eux-mêmes, mais ce n'est pas facile et peut, certes, sembler à beaucoup excessif, pour reconnaître enfin qu'ils nous ressemblent et subsister.
Le mystère ici, et la clef, c'est que ce ne sont pas les étrangers qui doivent s'adapter, ce sont les autochtones.
Mardi 19 juin 2012
La littérature est une pose, une attitude de l'esprit par rapport à ce dont il procède et qui l'inspire, le motive, comme pour une plante la lumière vers laquelle elle tend depuis ses racines.
Elle nous permet d'en désirer un peu plus et surtout de reconnaître ce dont il s'agit, comme, lorsque l'on rencontre une église, l'orientation retrouve tout ses sens.
Lundi 18 / Dimanche 17 / Samedi 16 juin 2012
Etre violé à cinq ans et demi par un oncle, grandir entre un père méchant et une mère bonne (constamment dépressive) s'entendant néanmoins comme larrons en foire pour dénier toute personnalité originale à leurs enfants, errer à jamais dans l'obscurité d'un mensonge de famille dissimulant une horrible tragédie, m'apparaît tout-à-coup comme des péripéties sans grande importance, celles que connaît tout un chacun dans sa propre vie, à quelque chose près.
Le grand tableau de mœurs dramatique que je n'ai pas cessé pendant plus de vingt-cinq ans d'examiner à la loupe perd ses couleurs et s'affadit d'un seul coup, ses dimensions rétrécissent, il est devenu banal et sans intérêt.
.......
Maintenant que la scrutation est terminée, je réalise aussi que ces expériences et surtout leur aveu, explicite ou pas, ont établi, et continueront naturellement à établir -sans doute à présent différemment- un tri parmi mes relations.
Voilà surtout ce que j'avais besoin de comprendre enfin ! Ce rayonnement de l'expérience, cette ombre portée, derrière ou devant moi, mon aura, devrait expliquer les attitudes énigmatiques de certains, les comportements, les sentiments à mon égard qui m'étonnaient, que je ne comprenais pas.
A présent, en fait, je sais qui je suis.
Certaines douleurs de l'amour débordent largement le cadre humain et ressortissent à la métaphysique, à notre grand étonnement.
Les reproches que l'on avait envie d'adresser à celle ou celui qu'on jugeait responsable s'évanouissent d'eux-mêmes. Il y a une plage infinie, une immense région céleste, où l'on se retrouve seul, encore meurtri mais beaucoup moins, comme un écho d'un malheur dont on ne se souvient plus.
On comprend alors que les tourments amoureux dissimulaient autre chose de plus grand, à la fois fatal et normal, inévitable et nécessaire, comme la destinée, l'existence.
Il n'est pas exagéré de dire que je bêtifie avec les chats puisque, la plupart du temps, je leur parle comme on le fait normalement avec un autre être doué de conscience et capable de répondre, j'ai nommé, espérons-le, un " humain "…
Mais, craignant de sombrer prochainement dans un gâtisme que plus rien ne permettrait de dissimuler, j'essaie depuis quelque temps de freiner sur cette pente…
Voilà pourquoi, il y a un instant, me reprenant brusquement et m'interrompant au milieu de la déclaration amoureuse que j'étais en train d'adresser à Zaza tout en lui ouvrant le sachet de nourriture qu'elle m'avait réclamé, je me dis à moi-même : " Stop, voyons, elle ne te comprends pas ! "
Et bien, croyez-le ou non, elle a tourné la tête vers moi, m'a regardé droit dans les yeux comme si elle avait parfaitement entendu et compris ma pensée, et m'a lancé, comme si je venais de la blesser en la trahissant, un regard de reproche si profondément malheureux que j'en ai eu le cœur serré.
Bien sûr il y a un doute, mais, dans ces conditions, il ne m'est pas possible de redevenir le personnage " raisonnable " et insensible que j'étais, l'espèce de fou furieux disciple de Descartes, un imbécile et une âme perdue.
Vendredi 15 juin 2012
Entre la passivité résignée de la brute stupide et la malignité perverse du soi-disant scientifique pratiquant la recherche expérimentale spéculative (qui n'est le plus souvent que pur sadisme), il aurait dû y avoir la voie moyenne d'une moralité créatrice inspirée (oui, je crois au miracle de l'inspiration qui permet au Divin de régner un peu ici-bas grâce à nous...)...
Je me place à l'échelle de l'humanité, évidemment, encore que les types humains évoqués existent bel et bien.
" Mais à quelle fin ? " me diront ceux qui suivent.
Dans la perspective du bonheur sur Terre et du non-anéantissement définitif.
Quant au ton joyeux que j'emploie (je le découvre en me relisant), c'est parce que, malgré mon désespoir et toutes les angoisses que me cause la vision de cet avenir épouvantable, je ne risque en rien d'être affecté personnellement.
Jeudi 14 juin 2012
Je me suis déjà brûlé les doigts en sortant une pizza du four quand j'étais méditerranéen, j'en suis sûr, j'en garde le souvenir, mais c'était dans une vie antérieure. Après, j'ai dû faire des conneries qui m'ont amené à renaître ici, en région parisienne, où je me morfonds comme la Belle Au Bois Dormant, dans ce climat à l'état de brouillon perpétuel, jamais achevé, capricieux, déloyal, trop froid et trop humide, dégénéré.
C'est le climat rêvé pour une capitale, une mégalopole pérennisant la mémoire de Caïn, frère envieux, assassin, serviteur du Remords.
Puisque vous avez oublié le ciel, citadins, il est normal que celui-ci vous soit inclément. Continuez à vous en protéger avec vos murs, vos toits, vos verrières, vos vérandas, vos auvents, vos souterrains même !
Ceux dont la maison est le monde, peuples nomades amoureux de l'espace, vous emmerdent et ils ont raison !
Mercredi 13 juin 2012
De toutes les souffrances que j’ai endurées –et j’en ai eu ma dose, vous pouvez me croire !- les meilleures -celles que je regrette le moins d’avoir subies- sont celles de l’amour.
Petit précis de société pour mon propre usage.
La grande majorité se croit " obligée de… " et fait semblant. Ils n'agissent pas selon ce qu'ils perçoivent en eux-mêmes mais d'après ce qu'on leur a enseigné et qu'ils ont plus ou moins bien compris, ainsi que de leur degré d'expérience en la matière.
Lorsque quelque chose de nouveau dans la société se produit, ils s'appliquent donc à exécuter ce qu'ils supposent être censés faire selon autrui et dont l'appréciation varie évidemment pour chacun. C'est pourquoi il y a un toujours un moment plus ou moins long de flottement, le temps qu'un consensus acceptable se fasse, flottement durant lequel on entend et voit tout et son contraire, de quoi inquiéter quiconque est différent, est " normal ". Pour celui-là il n'y a rien d'autre à faire que de se cacher ou rouler son tonneau en tous sens comme tout le monde.
Il s'agit bien de folie collective quoique, individuellement, personne ne soit réellement fou. Mais est-ce une consolation lorsque le destin collectif consiste à courir ensemble au précipice ?
On peut supposer sans grand risque d'erreur que c'est l'application de ce principe d'inauthenticité générale qui conduit l'humanité à sa perte.
Le conformisme et la peur de l'autre sont donc, d'un point de vue historique, les plus grands défauts.
à suivre...
Lundi 11 juin 2012
J’ai été jadis de ceux qui, au nom de la raison cartésienne, créditent de nobles sentiments des êtres humains qui en sont bien souvent dépourvus, et, en même temps, se refusent, malgré les attitudes, les comportements indiscutablement similaires, mais cette fois authentiques, des animaux, à en faire autant avec ces derniers. Triste erreur.
Voilà pourquoi aujourd’hui je n’aime pas beaucoup le jeu Descartes !
Le diable est celui qui nous empêche de voir Dieu derrière lui.
Dimanche 10 juin 2012
Quels que soient nos dérèglements nous n'en continuons pas moins à fonctionner comme nous avons été créés pour le faire et non comme nous nous imaginons volontiers le pouvoir. Même la folie n'est pas celle à laquelle nous nous résignerions, celle dans laquelle nous accepterions de sombrer. Aucun effort n'est suffisant, aucune volonté n'aboutit. Force est de nous rendre à l'évidence : nous Lui appartenons !
Mes chats, mes petits vivants…
Samedi 9 juin 2012
Je commence à saisir aujourd'hui que j'ai toujours eu peur de suivre mes envies, comme si, en m'y abandonnant, j'allais laisser apparaître au grand jour je ne sais quel monstre, Dieu sait qui, quelqu'un auprès de qui un assassin fait figure de saint.
Lorsqu'après avoir pris du LSD, je commençai à vivre avec la certitude qu'il y avait effectivement en moi une zone inconnue, une présence étrangère, ce fut encore pire et même ce qui me semblait auparavant autorisé devint interdit.
Il était impossible de vivre dans ces conditions.
Cela m'envoya sans autre recours chez le psy.
Les gens " normaux " ne comprennent pas qu'on perde toute marge de manœuvre. Il n'y a que les " professionnels ", psychologues, psychiatres, qui vous excusent.
Ma femme, puis ma fille après elle, quoique beaucoup plus tard, des années, ne l'ont jamais compris.
Mais à présent, grâce à Dieu, je m'en fous !
Je ne peux que m'en foutre car je suis tombé trop bas.
Je suis même devenu stupide parfois, hébété, un véritable idiot, un animal, une pierre !
Non pas à cause du processus que je viens d'évoquer et qui n'a été, somme toute, que la révélation en creux d'une vocation extrêmement positive (notre tendance commune à l'individuation, à la réalisation du moi fondamental), mais, comme je l'ai aussi logiquement accompli depuis toujours, par mes efforts à " réparer ", à me faire absoudre, à faire oublier mon humanité !
Vendredi 8 juin 2012
Pour la plupart, nous nous auto-censurons en permanence. Mais pas seulement au niveau conscient, jour après jour, avec le souci de rester politiquement correct, ce qui serait de moindre importance. Non, c'est beaucoup plus profond, au niveau non pas du " faire " mais de l'être, et cela date de la petite, très petite enfance.
Si moi qui ai su toujours conserver au moins l'audace de me prendre pour un créateur, je le constate avec dépit, désespoir, fureur parfois, sans cesse… alors, quid de ceux qui ne peuvent même pas envisager de laisser après eux la moindre trace, le moindre petit témoignage de ce qu'ils furent, sinon une descendance imprévue aussi meurtrie qu'eux-mêmes ? Quelle immense culpabilité, quelle culpabilité incommensurable, évidemment infondée -gâchis universel- et quel tragique péché enfin pour tous ceux qui ne parviennent pas à rompre la chaîne !
Lundi 4 juin 2012
Et si Dieu… j'allais dire : était tout-puissant ! Et nous, incapables d'abord de nous en rendre compte, ses créatures vivant dans l'illusion, après avoir beaucoup souffert, longtemps, pour nous déprendre de nous-mêmes, sans autre destin possible devions devenir ses serviteurs de tous les instants ne faisant presque plus qu'un avec Lui ?
Comme l'affirment, en somme, les religions…
C'est une chose de les recevoir, c'en est une autre de les comprendre...
Dimanche 3 juin 2012
Je suis absolument convaincu que la bêtise n'existe pas : elle n'est qu'une des innombrables variantes de l'intelligence, un degré, une étape, une modulation, un de ses malheureux avatars, comme le génie.
Evidemment il y a cette horrible chose : l'imbécillité, qui reflète le hiatus, le désaccord humain avec la nature, la vérité, et que produit, à la grande satisfaction du diable, l'intellect. Mais c'est une autre chose.
En matière d'intelligence, il y a des gens qui ne pensent pas -pas du tout-, et des gens qui pensent mal, de travers, pour toutes sortes de raisons tenant à leur naissance, leur éducation, leur histoire, leurs problèmes.
Quand on est vraiment intelligent et normal, c'est-à-dire doté d'un minimum de compassion, on se garde bien de juger les autres à l'aune de l'intelligence. On ne sait que trop qu'il s'agit d'une denrée étrange, dangereuse, fluctuante, insaisissable.
Ce que l'on appelle les qualités humaines, droiture, loyauté, authenticité, constance morale..., voilà ce qui compte.
Mercredi 30 mai 2012
Le seul équivalent, mais heureux, de la recherche artistique toujours douloureuse, infructueuse, stérile, est un long baiser passionné, profond, invincible, avec l'être aimé.
Car chercher, en art, est comme embrasser son amour, quoique en vain, sans plaisir (un amour amorphe, qui ne réagit pas).
Cela crée de fatales addictions que beaucoup, stupides spectateurs, croient devoir encourager et admirer.
En réalité, comme on l'attribue à Picasso, sans doute parce que cela peut paraître impossible, trop génial, la recherche en art n'existe pas, en tous cas, la recherche esthétique, formelle, technique même; les oeuvres produites ainsi ne valent rien. Cela se déroule autrement, ailleurs, sur soi-même, c'est spirituel, mystique, et, strictement, "on ne cherche pas, on trouve" !
Salut, c'est moi, vous ne me reconnaissez pas ? Le jeune type paumé qui a eu la chance de vivre jadis en Grèce, ébloui chaque jour secrètement par la splendeur du ciel radieux, la beauté de chaque matin, flânant dans Athènes ici ou là, à Plaka, au jardin d'acclimatation, place Omonia, esseulé, sans le sou, heureux sans bien le savoir, et qui, aujourd'hui, se souvient… se souvient comme on touche les intérêts patiemment accumulés d'une fortune jusque-là oubliée, des arriérés intacts et vivants… les souvenirs merveilleux de sa passion.
Lundi 28 mai 2012
Avec toutes les leçons de lâcheté que j'ai reçues, d'abord l'exemple de mon père et de toute la famille derrière lui, puis, non seulement l'exemple, mais les conseils, les injonctions charitables, les vertueuses admonestations, de la presque totalité de ceux qui m'ont entouré jadis, à l'exception toutefois d'un ou deux chenapans de ma connaissance, avec qui j'ai appris à mentir, voler, trahir, en désespoir de cause, n'imaginant encore rien d'autre, aucune autre échappatoire, à la vie d'insecte rampant, d'esclave, qui m'était proposée, il ne me restait, tous comptes faits, qu'à mourir, ce que j'ai plus ou moins bêtement tenté de faire…
Mais je n'étais pas fait pour cela. Je suis fait pour aimer la lumière de Dieu.
Samedi 19 mai 2012
L'amour, le sexe, tout cela, voyez-vous, la romance, la frénésie, l'enthousiasme, je pense que c'est sans importance, sans conséquence : simple perpétuation de l'espèce…
Mais se découvrir matériellement unique et périssable et à ce titre particulièrement précieux, et capable peut-être d'engager sur le tard un dialogue avec une âme immémoriale confite en sagesse que le décret divin nous fait côtoyer, cela oui, semble présenter un peu d'intérêt.
Dimanche 13 mai 2012
Je me sens tout à fait capable de prendre mon époque -que dis-je mon siècle ! cent années de bons et loyaux services de ma propre vie !- et de la retourner d'une seule main comme une crêpe, de renverser toutes les croyances, les idéaux morbides dont elle est parée, d'inverser les tendances, de contrarier à tout jamais ses mœurs, comme d'un coup de pied dans le sablier, à l'encontre de l'évolution normale qui serait déchéance, décadence, de la retourner disais-je, pour la remettre dans le droit sens !
Ce n'est pas que la tâche ait l'air facile. J'imagine sans peine les millions, les milliards d'individus correspondant à mon impermanence, avec leurs téléphones, leurs montres, leurs gadgets technologiques qui les multiplient et les démultiplient, les rendent invulnérables, interchangeables, mobiles, inaccessibles, extremely powerful… mais je suis le plus fort.
Comme une fourmi entrée par un sphincter distraitement entrebâillé je peux faire le ménage de fond en comble, tout chambouler là-dedans, inséminer en douce, radicalement, et avant qu'ils ne s'en soient rendus compte, j'aurais remis les pendules et les âmes qui vont avec à l'heure !
Il faut bien obéir à quelque chose. Si ce n’est pas à soi-même, c’est aux autres, ou pire encore : à rien, c'est-à-dire au diable, mais obéir ! Je suis désolé.
A mes sœurs.
A certains égards j'ai eu de la chance. Et mes sœurs aussi, à leur manière.
En effet, avec la mère folle que nous avons eue, et le père méchant -ce qui constitue également une forme de folie lorsque c'est permanent et total comme avec lui- nous aurions pu facilement en pâtir davantage -je veux dire : nous devrions être morts !-
Mais nous avons survécu, comme toi lecteur, lectrice, comme la plupart des gens, comme tout le monde. Histoire banale.
Malgré sa fragilité affective, sa gentillesse, sa simplicité confinant souvent à la bêtise, ma mère avait une vocation de tyran impitoyable qu'elle savait assouvir dans des formes acceptables, c'est-à-dire qui ne se voyaient pas.
C'était une domination sentimentale, un chantage constant : " Si tu ne fais pas ce que je veux, je serai encore plus malheureuse ". Elle l'était, certes, déjà beaucoup.
Mais, de là à se croire la seule victime...
"Cette vie n'est pas la meilleure". C'est bien ce que semblent penser la plupart des gens, n'est-ce pas ? Ont-ils tort ?
Inutile de les convier à un débat philosophique, il suffit de regarder leur air dégoûté et d'observer leur comportement.
Je pense ainsi à mes voisins du dessus, originaires du Pakistan, une étrange famille.
Ils boivent de la bière à longueur de journée et paraissent avoir renoncé à communiquer avec le reste du monde -qu'ils soient Pakistanais n'a d'ailleurs aucune importance-.
Non, ils n'ont pas l'air heureux de vivre ici, bien au contraire. On devine que cela leur pose d'innombrables problèmes… mais ils sont d'un abord si difficile que je n'en sais pas plus.
J'ai toujours, quant à moi, pensé implicitement qu'une vie normale ne pouvait être qu'extase, extase permanente, ce qui paraît incompatible pourtant avec la recherche indispensable de subsistance.
C'est une croyance, un aspect irrationnel de ma personnalité avec lequel je ne puis transiger. Je le crois, c'est comme ça ! Impossible d'en démordre. Tout le monde -les mêmes que j'évoquais au début- continue d'ailleurs à me donner raison : regardez cette quête effrénée de plaisir !
Donc la vie est pourrie et nous cherchons à l'exploiter au maximum.
Je dis : stop ! Laissons-la disparaître, arrêtons de nous accrocher, ne lui accordons pas tant d'importance.
Alors et seulement sans doute, l'équilibre normal et la vérité retrouveront leur place !
Samedi 12 mai 2012
Se découvrir une nature morale scrupuleuse en ne pouvant s'empêcher de se souvenir de tout, avec précision et loyauté, comme un bon artisan tenu de livrer un travail exemplaire et qui procède à la vérification finale complète, éléments, ajustages, matière, patine, etc., c'est ce que j'expérimente avec étonnement.
M'amusant avec mes chats, je me surprends parfois à leur adresser (en plaisantant) les incroyables conneries qui m'étaient servies dans mon enfance… Ce soir, par exemple, après avoir offert une olive (dont ils raffolent), mais d'un goût différent, au chat qui la renifle un peu perplexe :
" Ah ! Tu fais moins le fier maintenant ! "
C'est ce que me disait mon père quand il me surprenait dans une posture de déception, de contrariété. Seulement il ne plaisantait pas. Le reproche implicite me forçait à réfléchir, à mettre en doute quelque chose -moi ?- que j'aurais dû continuer superbement à mépriser. Mais qu'est-ce qui le défrisait tant chez moi ?
Vendredi 11 mai 2012
Ce truc était tout prêt dans mon esprit ce matin au réveil. Les " Genan " objets d'art abstrait, en bois, métal, plastique, plâtre, etc., dérivent, il me semble, à la fois des " trigornes " (!) de cordonnier, que j'admirais beaucoup dans mon enfance (nous en avions une à la maison), mais aussi de dessins de De Chirico (têtes ovoïdes), s'agissant avant tout de choses inutiles aux formes très élaborées, aussi belles que possible, lisses, élégantes, harmonieuses -très étranges.
Le propos est de faire songer aux possessions innombrables qui nous encombrent inexplicablement mais dont nous ne parvenons jamais à nous débarrasser. A quoi servent-elles ? A rien. Nous les gardons parce qu'elles ont, sans doute, dans la société, une certaine valeur. Notre existence conventionnelle s'incarne en elles.
Jeudi 10 mai 2012
Le souci cartésien nous conduit à peindre toujours en sombre ce que nous ne comprenons pas. Mais l'amour, comme il peut survenir, par exemple (je sais, vous allez trouver cela inattendu) entre un homme et un chat, avec ses procédés magiques, irrationnels, dévoile un univers lumineux et puissant invisible, souvent ignoré, réputé impossible, qui n'a absolument rien d'obscur, sauf pour les tribunaux de l'Inquisition.
Samedi 5 mai 2012
La condition humaine est suffisamment pénible en elle-même sans aller en plus s'encombrer de l'amitié des imbéciles, fussent-ils gentilles, gentils ; des coquins, fussent-ils intelligentes, intelligents ; des vicieux, fussent-ils bandantes, bandants ; etc., etc.
On doit se contenter des relations extraordinaires voulues par le destin, des rencontres non pas fortuites, hasardeuses, mais prédestinées, fatales, facilement reconnaissables quoique imprévisibles, ou bien rester seul avec son propre néant, en attendant la lumière venue d'En-Haut.
Mercredi 2 mai 2012
Si c'est Dieu qui s'exprime lorsque vous parlez, ce qui ne peut manquer d'advenir à quiconque réussit à sauver son âme (et là, on découvre un peu étonné que Dieu ne rechigne pas à se faire petit quand c'est nécessaire -il ne fait pas de vous forcément un prophète, en tout cas un prophète notoire…), vous pouvez vous passer de certitudes intellectuelles sans souffrir, sans vous sentir déséquilibré... quel soulagement !
Cela revient à ne pas avoir de stock, tout en continuant à distribuer profusément, à établir un généreux commerce. Le miracle de Dieu c'est qu'il fournit sans discontinuer, toujours prodigue, et vous, coiffé de votre auréole, n'avez à vous soucier de rien.
Dimanche 29 avril 2012
En résumé, surtout de nos jours, l'art est une sorte de "déco" grand standing mâtinée d'animation, et l'Art, le Vrai, en opposition, pour ceux qui s'en souviennent encore, ce sont les chefs-d'œuvre intrinsèques qui touchent au métaphysique, au "sublime", et sur lesquels, évidemment, personne n'est d'accord.
Mercredi 25 avril 2012
J'ai été malade psychologiquement toute ma vie, et j'ai lutté courageusement pour m'en sortir. Voilà ce que je n'ai jamais voulu admettre jusqu'à aujourd'hui -jour faste.
Mais tout le monde, il me semble, ou presque, pourrait en dire autant.
Etre malade psychologiquement c'est ne pas pouvoir être soi-même, depuis le manque de performance, de talent, d'aptitudes, qui peut passer inaperçu, jusqu'aux plus douloureuses manifestations de déséquilibre, dont la folie fait partie.
Il y a de nombreux comportements que la société considère comme normaux qui révèlent une maladie psychologique. L'absence de considération pour les autres, l'égoïsme social, le libéralisme économique, comme l'avaient catalogué les communistes d'Union Soviétique, ressortissent d'une pathologie, c'est évident.
Mais la sanction apportée à ces dérives procède évidemment aussi d'une espèce de folie.
Que serait une humanité harmonieuse, équilibrée, sans démon, nous ne le savons pas.
La seule chose qu'on puisse savoir c'est ce que soi-même, uniquement, on peut être, et bien sûr, c'est une obligation naturelle -naturelle, c'est-à-dire inévitable et sacrée- que d'essayer d'atteindre ce but.
Lundi 23 avril 2012
Je ne prêterai plus jamais, fût-ce en rêve comme cette nuit, mes cisailles neuves au postier de Ligogne de moyen âge, je veux dire d'âge moyen (ceux qui trouvent que les écrivains pinaillent, noteront au passage l'importance de la place de l'adjectif), surtout qu'avec deux bonnes rallonges de tube rond elles coupaient d'un seul coup du fil de 4mm; il ne me les a, à ce jour, jamais rendues.
Encore en matière d'écrivains, vous observerez aussi que, si certains écrivent " Harry Potter " pour les enfants -l'eussent-ils fait pour les adultes que c'eût été débile- et deviennent multimillionnaires, d'autres écrivent " Paris Hotter " exclusivement pour les adultes et à des fins uniquement commerciales et ne gagnent rien.
C'est un métier difficile -un difficile métier- qui exige des qualités morales que tout le monde ne peut se vanter d'avoir : constance, abnégation, et une bonne dose de cette extravagance que la plupart des gens considèrent en général comme de la folie, pour étayer l'indispensable vocation.
Samedi 21 avril 2012
...
« Vergemolle ! » s’exclama-t-il, (c’était son juron préféré), « mais c’est faux comme la bite en bois du marquis de Sade ! » Il ne s’adressait à personne, puisqu’il était seul. ...
Extrait de « Le Pénis Maudit »
Vendredi 20 avril 2012
Je n'ai pas été le dernier à entonner des dithyrambes au sujet des chats… mais l'essentiel, le plus important, c'est de dire qu'ils ne sont quand même que des créatures candides, enfantines, des sortes -mais oui- de bébés, délicats et touchants, aimants (comme la plupart des animaux qui peuvent nous supporter), de petits êtres vulnérables, pas plus mystérieux -et pas moins- que d'autres, à respecter et à comprendre.
Mercredi 18 avril 2012
Dérangée par mon irruption sur le canapé, elle tourne tranquillement vers moi sa tête ébouriffée de vieux philosophe et me toise, un œil ouvert l'autre fermé, ma chatte socratique et aristocratique, Lili*.
*(Qui est bien, comme je m'en suis avisé tout-à-coup récemment, le diminutif de Lionelle -il était tout plein, jusque-là, pour moi, inconsciemment, de cet amour-.)
J'aimerais bien que Dieu me soit la suprême consolation
La dernière donne qui permet au plus ruiné des joueurs d'un seul coup de se refaire
La grande transfiguration l'Illumination
Parce que tout ce que je vois de la vie me désespère
Sous quelque angle que je la regarde elle est horrible
Ma propre vie comme celle des autres le destin individuel comme le collectif
Rien ne trouve grâce à mes yeux.
Lundi 16 avril 2012
Tous les gens que j'ai connus et aimés sont morts ! J'ai presque envie d'écrire " même moi " ! J'ai tellement changé que, lorsque je lace mes chaussures, j'ai l'impression que ce sont les souliers d'un autre. Quand je me regarde dans la glace je me vois de dos. Quand je parle à mes chats, c'est bien simple : ils me répondent !
C'était déjà le cas avant, me direz-vous. Oui, mais désormais, c'est en anglais US ! Etrange quand même...
(Il y a déjà longtemps, j'avais rencontré par hasard un ancien condisciple, un ancien copain de collège, qui m'avait déclaré, dans la conversation teintée de nostalgie que nous avions eue, et à mon grand étonnement, que j'avais été à l'époque, moi, premier de la classe, un " farfelu " ! Cela m'a inquiété, je dois l'avouer, durablement -en effet j'ai nourri depuis toujours la peur d'être fou, surdouement oblige, paraît-il...-
Or l'explication est très simple : il est impossible, décemment, de s'adresser à quelqu'un en assortissant son discours d'explications parallèles, répétées, et nombreuses, comme on serait obligé de le faire si l'on restait sérieux, quand on est un peu intelligent. On se retrouve donc peu à peu en train de plaisanter, de s'exprimer de façon sibylline ou péremptoire, d'accumuler les paradoxes comme pour le plaisir, de se contredire (rappelez-vous Baudelaire), etc., etc., bref de se comporter en farfelu, en farfadet, parfois en sale mioche, en garnement… rien que de très humain, il me semble.)
Vendredi 13 avril 2012
" Des vies qui, à la fin, ressemblent moins au fantastique palais du facteur Cheval -comme pourtant elles le devraient-, qu'à un banal champ de ruines du facteur hasard… "
-Mon père : Si c'est pour sortir ce genre de connerie, moi aussi je suis écrivain !
De même qu'il y a de nos jours une nourriture industrielle de masse considérée comme " normale ", il y a aussi un art " contemporain ", qui n'a plus grand chose à voir avec l'accomplissement personnel que représentait généralement celui des siècles passés…
Ou : l'art contemporain est à l'art véritable ce que la nourriture industrielle de masse est à la gastronomie.
Mercredi 11 avril 2012
Admonestation en vue de… de quoi, au fait ?
Je veux bien qu'on m'appelle " prophète de malheur " !
Si l'Humanité ne réalise pas qu'elle a le cul dans la terre, et qu'il n'est pas question que cela change, elle est foutue ! Heureusement il y a encore le tiers-monde et des millions et des millions de paysans, quoique en haillons : ce sont eux qui nous gardent mystiquement en vie !
Ici, en France, à la Défense, il y a des gens qui s'imaginent vraiment être de purs esprits ! Bien sûr ils se nourrissent surtout de cocaïne et ils dînent de caviar au Fouquet's, considérant que la garniture de pommes-vapeur est une simple construction mentale, mais ils bouffent, et à tous les râteliers. Et ils chient, pardon, font caca, ce que ne fait jamais aucun ange digne de ce nom !
Vous imaginez leur superbe, " aux cabinets ", quand ils ont des coliques et la diarrhée ? Cela ne les empêche pas, refroqués, maquillés, parfumés, de la jouer grand seigneur !
Etranges animaux nourrissant tant d'illusions…
Le simple fait de définir les choses autour d'eux, et en eux, et entre eux et le reste, leur fait croire qu'ils comprennent, pire même qu'ils contrôlent. Ce que leur cul fait par terre, crotté, boueux, ils n'ont de cesse de l'oublier !
Moi, je veux bien qu'on m'appelle " cul-terreux ", c'est ma gloire !
Le sachant, l'âme divine qui est la mienne peut s'envoler et je me retrouve, amoureux des fleurs et des saisons, délivré du temps, insoucieux et altier.
Je suis un enfant d'Abel, qui n'en eût pas -miracle !
Je suis un enfant d'Abel qui pleure sur les enfants de Caïn qui ont conçu, bâti La Défense !
Pour se défendre contre quoi : le Remords !
Ils ont décrété que Dieu est mort ! Mais cela ne change rien, ni à Dieu, ni à leur condition de culs-terreux !
L'Oeil est bien dans la tombe et les regarde ! Et moi, en cet instant, je suis la voix de cet Œil ! Repentez-vous, et soyez humbles, ces mots, de toutes les religions, sont toujours vrais. Laïque, mes chers compatriotes, ne signifie pas athée* !
Repentez-vous tant qu'il est encore temps ! Sauvez la planète ! Sans elle la vie risque d'être un peu difficile pour nous. Nous n'avons pas réussi encore à mettre les voyages interstellaires au point ! On quitte la Terre et on s'en va polluer les étoiles, quel beau programme ! Changeons de planète comme de slip ! Jaune devant, marron derrière.
Choisissez : la merde au cul, ou la terre au cul !
Moi, je préfère la terre au cul, cul-terreux, c'est ma gloire !
*Dieu, c'est l'intervalle entre l'homme et son envie de commettre des crimes.
Mardi 10 avril 2012
Quand les gens ne remplissent pas leur rôle normal dans la vie, demandons-nous si ce n'est pas, pour ceux qui ne sont pas comme eux "des paumés ", une chance.
S'ils y parvenaient, peut-être feraient-ils avancer le Mal un peu au-delà d'une limite à l'intérieur de laquelle il se perpétue sans modifier l'équilibre global.
…
Les gens ne sont pas méchants, ils sont ignobles.
Immondes, puants, salauds...
Cela suffit à repousser les meilleurs -en premier lieu les enfants, puis les adultes qui conservent une âme un peu pure et qui ont quelque chance de se retrouver un jour chez le psy-. ...
Ils sont répugnants, ils me dégoûtent. Quand j'étais jeune, je les fuyais en même temps que je me croyais coupable.
Dimanche 8 avril 2012
Tout le monde sait bien que dans les théâtres, la nuit, il se passe des choses étranges, à cause des rideaux et des coulisses… des choses fantasmagoriques qui, pourtant, n'ont rien que d'habituel, et qui se déroulent partout où il y a de grandes tentures, des rideaux de théâtre, des coulisses…
En effet des tas de créatures imaginaires et poussiéreuses en sortent, personnages de comédies et de drames, héros de tréteaux un peu livides à cause du manque d'air mais toujours souriants, gais, primesautiers, ne cherchant qu'à plaire, qu'à être aimables, ainsi que des choses indéfinissables, des parties indescriptibles de trucs et des machins devenus autonomes, presque des essences comme des formes, des couleurs… ébauches de formes, nuances de couleurs, bruits indiscernables cherchant à s'incarner, virtualités, frustrations, incertitudes, qu'on devine et qu'on aperçoit sans pouvoir y croire.
Cela, c'est vraiment le pire, parce qu'il est difficile de les identifier… traces, "bouts de", feux-follets, accents, virgules, rubans, confettis, qui voltigent, qui flottent, qui tournoient…
Ce qui sort, il me semble, emprisonné dans les grands plis de ces lourdes et splendides étoffes -qui auraient bien souvent besoin de nettoyage, car, malgré leur éclat quand la rampe est allumée, elles sont sales- c'est le mélancolique Passé !
Spongieuses comme des bronches, véritables pièges à microbes, elles en sont imprégnées, ainsi que des rêves abandonnés des comédiens et des spectateurs disparus, des parfums anciens et des relents devenus méconnaissables de cigarettes, de cigares, comme des toux nerveuses ou morbides qui rompaient le charme, et de l'humidité de jadis délétère.
Tenez, voici justement le capitaine Fracasse, qui apparaît en ce moment, mâtiné d'Artaban et de capitaine Achab, avec sa jambe de bois pour frapper les trois coups ! Et derrière lui il y a le cortège que je n'énumérerai pas -ils sont trop nombreux- ribambelle des caractères les plus incongrus s'étirant en une inattendue farandole...
Partout où il y a assez de tissu immobile ils se cachent : autour des fenêtres, des baies, dans les portières, les rideaux d'alcôves... et leur présence déroutante, heureusement pacifique quoique parfois intrusive, est indubitable…
…
Etant moi-même un théâtre…
Dimanche 1er avril 2012
J'ai choisi la Voie Longue… " choisi " est sans doute un grand mot. Disons que cela s'est goupillé de la sorte très tôt pour moi, et je m'en souviens très bien; j'avais deux ans.
Alors que je me tenais, renversé, tordu dans les bras de mon père pour qu'il me déposât à terre, au terme du cas de conscience dont je venais d'être la proie, je me suis dit, en gros : " Tout cela n'aboutira que lorsque j'aurai quatre-vingt dix ans ! ". La vision d'une longue route, large avenue conduisant tout droit vers l'horizon, et bien floue là-bas, au loin, me fut donnée.
Une seule chose m'avait paru certaine : chaque fois que je pouvais espérer être heureux au contact étroit avec ma mère, un événement impromptu survenait, toujours intempestif et douloureux, comme si mon amour pour elle s'assortissait d'une malédiction.
J'avais essayé de commuter pour lui, mon père -concepts de chiasme cérébral, diastole-systole, inspiration-expiration- mais sans succès, c'était à l'évidence contre-nature.
Une fois posé à terre, comme je le voulais, je commis une belle, une énorme erreur… au lieu de rester seul, d'assumer somme toute la pénible condition humaine -et là, sans doute, la route eût été probablement très courte- je me rapprochai de tonton Lulu qui m'avait juste avant tripoté consciencieusement -mais il était tout ce qui restait autour de moi de secourable- et, gentil bambin que j'étais, me collai à sa jambe et mis ma main dans la sienne.
Vendredi 30 mars 2012
On ne peut pas avoir peur des idées
Si j'entends le beau nom de " Brocéliande ", le nom de feuilles vertes bruissantes, je me revois assis à la terrasse d'un cafénéion en Crète, avec, devant moi, un paysage dédoublé légèrement flou : un grand mur chaulé, lumineux mais transparent, et la forêt d'oliviers gris-argent, vue à travers, s'étendant à perte de vue jusqu'à l'horizon où elle surgit sans doute de la mer bleue étincelante, tandis que le garçon, qui n'est autre qu'un faune perché sur des pattes de bouc portant tablier blanc, sert les consommations de la manière la plus aimable.
C'est-à-dire que ma mythologie à moi est d'autant plus celtique qu'elle est grecque, mes tonneaux de cervoise sont remplis d'ouzo et de raki, et surtout il y fait toujours beau sous un soleil qui contient tous les dieux et toutes les religions.
Jadis, enfant, j'ai vénéré les carapaces de crabes morts sur la plage d'Hendaye comme des reliquaires chrétiens miraculeux, et laissé couler le sable entre mes doigts comme on égrène un rosaire.
Je suis athée et croyant, idolâtre et libre-penseur, et mon seul Dieu, Dieu Unique qui, évidemment, préside comme Zeus aux banquets des dieux inférieurs, les grands comme Athéna, Lucifer, Poséidon, les moyens comme Héracklès, Einstein, les bacchantes, les petits comme le lucane cerf-volant et le canif à manche de laiton, plane si haut qu'on ne peut pas L'imaginer, tout juste Y croire, et encore, pas au sens habituel du mot, trop trivial, concret, matériel... mysticisme qui ne signifie pas pour autant qu'on soit fou.
Fou je peux imaginer l'être, tout comme je peux imaginer mourir, devenir un assassin, trahir le Christ, etc. On ne peut pas avoir peur des idées, ou devrais-je dire on ne doit pas ¹... (mais j'aurais l'air dogmatique et cela est exactement le contraire de mon propos car je me contente de vous faire part ici de mon expérience... ).
¹ Et cependant certaines sont impies, sacrilèges, effroyables, terrifiantes. J'ai connu cet état de superstition qui interdit de penser les blasphèmes, ou, dans la sphère personnelle, l'abandon, la défaite, la mort, dont on croit, si on les accepte, qu'on en sera frappé !
Mardi 27 mars 2012
A toutes mes mortes bien-aimées, salut, du monde des vivants !
Longtemps, longtemps, et que je meure…
Il parle de la mort avec gourmandise… Il la hume dans l'air ambiant, il la pressent, il la respire… Il voudrait la goûter comme un plat raffiné, un grand vin, elle le fait saliver… Il a plus de quatre-vingt dix ans, c'est un comportement normal, il me semble... A l'instar de Baudelaire mais qui se croyait pervers, hérétique, il rêve et il le dit ingénument, de trouver en Elle du nouveau !…
Samedi 17 mars 2012
Ailleurs est un autre jour.
Vendredi 16 mars 2012
Et de tant d'autres souvenirs...
Je pense toujours à toi quand il fait beau…
Sans doute à cause des voyages que nous faisions ensemble
En voiture parcourant les belles régions de France
Sous le soleil.
Mais quand il fait mauvais, je pense à toi aussi…
Je te revois en hiver dans la cuisine derrière les vitres embuées
Entourée de la chaleur diffuse du four où cuit une tarte aux légumes
Ou quelque autre bon plat que tu aimais à préparer.
Sans mentir on peut dire que je pense à toi sans cesse…
Et surtout dans les circonstances que la décence ordinaire m'oblige à ne pas exposer ici.
Je pense à toi quand il fait beau, quand il fait froid, quand il pleut, et aussi quand le temps n'a aucune importance.
Jeudi 15 mars 2012
La seule chose qui m'empêche d'être heureux c'est de ne pouvoir partager mon bonheur avec toi.
Jeudi 8 mars 2012
Le courroux et le châtiment, la bonté et le pardon, et la sagesse absolue souveraine… Le Père, le Fils, et le Saint-Esprit ?
On pourrait imaginer que ce triangle a un axe en son centre et qu'il tourne sur lui-même, éblouissant comme le soleil, que personne ne peut raisonnablement regarder en face… c'est Dieu !
Ce sont sans doute des banalités pour les théologiens, mais toi tu les découvres tout seul, tu les inventes, comme tu avais déjà créé quelque chose qui était logique, indispensable : la Réconciliation…
Exhumer de soi sa propre religion, non sans peine mais ingénument, c'est possible.
Mercredi 7 mars 2012
Au passage de la Moselle (comme il me plait de dire) dans le XIXe arrondissement, courte et étroite ruelle aux pavés ronds reliant l'avenue Jean-Jaurès et la rue de Meaux perpendiculairement, quatre-vingt, cent mètres au plus, et quoiqu'il y eût souvent, les meilleurs jours, je m'en souviens très bien, une aura rose et bleue dans l'atmosphère, une lumière impressionniste, existait un invisible étage fait d'un cristal transparent, flottant à mi-hauteur des petits immeubles qui la bordaient.
Oui, je l'affirme, avec des volées de marches, des passerelles, des rampes, des glissières et des toboggans apparaissant opportunément, c'est-à-dire que moi, mouflet, j'y circulais sans aucun problème, voletant de-ci, de-là, comme un papillon, un Peter-Pan bien de chez nous, béret basque et pèlerine, culottes courtes, galoches, les genoux couronnés, et chut… la bistouquette déjà un petit peu frémissante.
Imaginerions-nous Cupidon, ce beau bébé rose et joufflu équipé de son arc et de ses flèches, sans un petit zizi avec un joli prépuce en forme de sifflet, frémissant, vibratile, lui servant à la fois de boussole et de GPS, de vibrisses comme les chats et d'antenne, et d'alimentation électrique ? Non, n'est-ce pas ! Et bien, j'étais ainsi moi-même.
Et je me baladais comme cela dans les airs, curieux, capricieux, au courant de tout, à la poursuite du schéma d'ensemble insaisissable, du grand dessein inexpliqué qui devait présider à tous ces destins, ces situations, ces images éphémères, ces tragédies instantanées que je capturais au vol, Madame Allidière endormie les jupes relevées, Madame Krausch tuant le lapin, le jockey du 5 que mon père admirait se pomponnant avant de sortir, tonton Robert qui n'était pas vraiment mon oncle dans son appartement obscur, etc., etc.
Quelle lourdeur dans ces vies humaines tandis que moi je funambulais, léger, aérien, si intelligent et si bête à la fois, et trop sensible, au point d'en avoir les doigts écorchés, les yeux rouges, la langue crevassée.
J'avais aussi des maux de dents, des caries en veux-tu en voilà, mais c'était à cause de l'absence d'hygiène. Je ne me lavais jamais les dents, et le reste rarement.
Non mais, quelle enfance !
S'il y a une chose qui m'a toujours bien fait rire c'est lorsque j'entends dire, en général avec componction, fierté, ou encore fausse modestie : " Je suis un homme de science ", par quelqu'un dont on aperçoit en un éclair, dans ce qu'il vient d'exprimer, l'inconscience, les limitations intellectuelles, les illusions, la vanité...
Dans ces conditions être un homme de science équivaut à creuser des galeries comme un insecte, une larve souterraine, mais un insecte prétentieux qui n'a pour instinct que la constance de sa folie et de son conformisme.
Religion créée naguère, au XIXe siècle, la "Science", pour un être "humain" qu'est-ce que c'est ? Pour un individu qui n'a pas réglé ses problèmes avec sa mère, avec son père, avec lui-même… ? Quelqu'un qui se met en colère quand il ne trouve pas ses chaussettes le matin, jaloux -et pour cause- de sa femme, ne sachant pas élever ses enfants, battant son chien… ?
Jeudi 1er mars 2012
Merci à Yann Barthès (et les autres...) qui, en envoyant la profession de journaliste rejoindre à la poubelle celle de politique, l'une et l'autre censées garantir une certaine morale dans la société, fait avancer la révolution. Bientôt, il ne nous restera plus, à nous populo, qu'à tout mettre à feu et à sang !
On m'objecte souvent -et pas seulement dans ma famille- qu'il ne faut pas " juger ". Mais il ne s'agit que d'ouvrir les yeux, d'évaluer, de définir, de savoir, d'être lucide, et donc... on peut supposer que cela ne les intéresse pas beaucoup, malgré tous leurs problèmes... Peur de se remettre en question, de briser des liens nécessaires, utiles, profitables ? Tout seul dans mon coin, je suis bien obligé de faire le fou, le renégat, l'artiste maudit : "Personne ne m'aime..." mais je sais, and I feel blessed !
Samedi 25 février 2012
Je suis de cette génération perdue -oui, maintenant on peut s'en rendre compte- qui entendait ses parents rêver à haute voix du " pavillon " de banlieue comme de la garantie matérielle du bonheur, vaisseau vacillant que j'imaginais surgissant des flots d'argile sale du terrain aux dimensions tout juste suffisantes où il était encore en construction, en fait plus étroit à la base qu'au sommet, caricature de caravelle, de gabarre, hérissée de ses voiles -et de ses pavillons- claquant au vent industriel sous le soleil grelottant de Montfermeil.
Mercredi 22 février 2012
Si vous ne voyez pas ici-bas la réalité, infiniment plus grande, plus colorée, plus étonnante, que ce qu'il est convenu de regarder en France, depuis quelques siècles, bien triste, bien gris, carré, cartésien, alors vous passez à côté de la Vérité.
Ainsi, moi, par exemple, ma véritable enfance ne s'est-elle pas déroulée auprès de gens qui m'ont initié involontairement à la mythologie et instruit de la tragédie grecque, en m'offrant de humer à loisir le sang humain bien chaud répandu -ma mère-, assourdi des hurlements aigus des Erinyes et des Harpies pleines de fureur tournoyant autour de moi -mes demi-sœurs-, tandis que Moloch en personne, Ba'al Hammon nimbé des épaisses fumerolles des sacrifices, siégeait incontesté chaque jour à la table de chêne octogonale de la salle à manger... ?
Ma mère portait de jolis tabliers de cuisine vichy, mon père les bleus de travail de son entreprise, mes sœurs bien lavées, bien peignées, se rendaient à l'école en souliers vernis, et, tous les dimanches à midi, rituel oblige, il y avait au menu un excellent "rosbif" accompagné de purée.
Dimanche 19 février 2012
Savoir n'est pas juger. (Pour ceux qui ont peur de commettre un péché... j'en connais beaucoup.)
Samedi 18 février 2012
Ce n'est pas à nous, poètes, qu'il faut expliquer la métallurgie des métaux précieux, l'inaltérabilité de l'or, sa ductilité, faiblesse et force à la fois, ce que chacun peut comprendre, mais quant à se méfier de l'eau régale de l'amour des femmes -celles qui marchent dans nos rêves en talons hauts, bas résille, porte-jarretelles et petite culotte noire-, là c'est selon... !
(C'est étonnant comme les pas de femme / Résonnent au cerveau des pauvres malheureux).
Cela me fait penser, Dieu sait pourquoi, au ventre mou et blanc des larves de hanneton, si tendre et si appétissant, que j'eus l'idée, dans mon enfance, pour débarrasser nos plantations de ces insectes, de les faire griller avec de l'essence dans de vieilles boîtes de conserve. On me félicita d'avoir trouvé cet expédient, l'envie de les manger demeura inconsciente.
Et aussi, à la même époque, pourquoi mon père ne me laissa-t-il pas monter sur le toit élevé de la maison ? Sûrement pas à cause du danger, bien au contraire le connaissant, mais quoi alors ?
(Et que celui qui est sur le toit ne descende point dans la maison, et n'y entre point pour emporter quoi que ce soit de sa maison;)
Comprenne qui peut.
Mercredi 15 février 2012
Dans le malentendu perpétuel qui nous contraint parfois, et même trop souvent, à briser là à s'en briser le coeur, il suffirait de peu de choses pour que ce fût différent. Mais c'est justement ce qui paraît le plus difficile : faire comprendre au malheureux qui est en demande qu'il ne lui est pas réclamé grand-chose, pas autant qu'il croit et qui le décourage à l'avance, non mais cette petite différence, ce presque rien, qui le mettrait facilement à l'abri tant du mépris qu'il redoute et obtient que de sa propre souffrance : un peu de foi, l'étincelle de l'espérance !
Samedi 11 février 2012
Sans conteste, à regarder les transformations des physionomies qu'elle produit, la politique est un parcours initiatique offrant à ses adeptes mille et une possibilités différentes de perdre son âme à coup sûr, à condition, évidemment, d'en posséder encore une avant de commencer, paradoxe étrange s'il en fut.
Ma vie est un chef-d'œuvre.
Lili
Ainsi c'est toi la fabuleuse Lili,
La lionne d'appartement un peu griffon un peu Harpie,
Venue silencieusement t'étendre sur le lit près de moi et me bercer de ronrons,
Réconforter par ta simple présence un infortuné représentant de la coupable race humaine,
Messagère ingénue mandatée, on suppose, par l' Ailleurs compatissant, l'Au-delà
J'entends un chant d'oiseau à deux heures du matin alors qu'il gèle dehors à pierre fendre. ...
Nous sommes là dans l'ordre inexpliqué, l'ordre incontestable de l'amour.
Vendredi 3 février 2012
Faut-il parler d'aveuglement ou de douce illusion, pour définir le regard que je portais durant la plus grande partie de ma vie, sur le monde, les choses et les gens, je l'ignore, mais je m'en réjouis rétrospectivement par rapport à ce que je commence à apercevoir : la monstrueuse ignominie, l'abomination générale, que constituent partout la réussite sociale, l'efficience, le succès, la célébrité, couronnant les responsabilités tant publiques que privées…
Il y a, bien sûr, dans le paysage, quelques âmes pures, mais elles ne sont pas nombreuses, quelques individus droits, mais ils sont rares, et pour le reste, à part les naïfs et les aveugles, comme je l'étais, les malades, les déséquilibrés, comme je le fus aussi un temps -comment ne le deviendrait-on pas dans cet univers de folie ?- on peut constater que l'égoïsme est la règle, que l'hypocrisie rivalise avec, ce qui profite au mensonge, à la bassesse, à la tricherie permanente, et leur cortège de cruautés inévitables et de férocité constante.
Lundi 30 janvier 2012
La boutique des oiseaux, leur épicerie, leur supermarché, où ils vont en piaillant s'agiter, s'interpeller, se reconnaître, se raconter, dire vrai, mentir, s'accuser, s'excuser, etc., tout en se rassasiant de nourriture, graines, petits insectes, petits animaux, cadavres, etc., selon leurs goûts et leurs besoins, c'est… Dieu, si j'ai bien lu les Evangiles, où il est dit qu'en ce qui concerne les hommes, ce devrait pareil et même mieux !
Alors, pourquoi allons-nous à la Politique, où, certes, nous nous rencontrons, interpellons, accusons, agitons, excitons, nous aussi, mais où, pour la majeure partie des participants, la nourriture est absente ?
Il faut toujours garder la tête haute, c'est ce que répétait mon père… " Stiff upper lip " disent les Anglais… Ouaf, ouaf ! Mais moi je n'ai plus la force de garder apparence humaine, de me laver, de me vêtir, je ne veux que rester avec mes chats dans mon enclos envahi d'herbes folles, sale, négligé, en caleçon et chaussettes, plutôt pieds nus d'ailleurs, car les chaussettes ça serre… barbu, ventripotent, narquois, le sourire aux lèvres, insoucieux de tout.
Je veux prospérer, grandir, grossir, toute la journée, les cheveux au vent, sous un beau ciel bleu parsemé de petits nuages blancs, occuper tout l'espace comme une baleine échouée, un accident de la nature, sublime invention de Dieu censée couronner la Création.
N'avoir aucune limite, aucune peine.
Ignorer même que j'existe pour mieux respirer, aimer et comprendre.
Plus qu'une baleine : une île, une péninsule, un continent !
J'ai accompli ce qui devait l'être, j'ai réussi.
Lundi 23 janvier 2012
Personne ne m'aime, personne ne m'aime ! " gémissait-il, à moitié sérieux. Puis, songeant in petto aux gens qu'il connaissait, à la femme avec qui il venait d'avoir une conversation au supermarché, avant de rentrer chez lui où ne l'attendaient que ses chats : " C'est vrai, ils me désirent tous, mais ils ne m'aiment pas ! " Et il n'avait pas tort.
J'aime, ou plutôt j'adore, je vénère, pire même : je fétichise (surtout par rapport à la mode actuelle des basses -un goût spécifiquement féminin, et qui doit le rester-) les notes aigües, les stridences, comme celles qu'il y a dans le long bridge de " Do It Again " de Steely Dan, et aussi, nombreuses, dans les compositions de Pat Metheny, par exemple "The Truth Will Always Be ", notes qui évoquent les voix des Harpies se disputant, dans les anciennes ténèbres mythologiques où je vais parfois, la chair verdie des cadavres, les squelettes grinçants, tintinnabulants, de l'an mil, et ces voix humaines de femmes capables d'inciser (virtuellement s'entend) la peau du dos des hommes pour les transformer presque en anges en déployant leurs ailes de chair soulevée, bien rouge, bien lisse, bien épongée, comme celle des écorchés des planches anatomiques.
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