Jean Blanquet
«Bienvenue...Je m'en voudrais beaucoup que ce site fût un blog. Ce n'est même pas un journal. Vous êtes sur un site prétentieusement littéraire où figurent par-dessus le marché quelques liens militants dans le domaine des NTIC, ou autres. cool
Vous pouvez consulter des recueils de poèmes en prose : "Dieu Est Un Arbre Peuplé De Chats", "Adorations", "Le Cavalier de l'Hippocampe", et le "Journal d'un s... de b... de Marchand de Nuages" (icônes à gauche). Quant à la page sur laquelle vous êtes actuellement, page d'accueil de ce site, elle est renouvelée régulièrement avec les notes écrites durant la période précédente et qui composent graduellement les "Carnets".



Jean Blanquet 





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La Conf'
Dernière modification le 18/11/2014 11:04




Mardi 18 novembre 2014

Il est temps à présent de laisser retomber le couvercle.
Certes il a été extraordinaire, exceptionnel, de redécouvrir le passé, tout le passé refoulé, grâce à l'impulsion provoquée sciemment par ma psy, et cela m'a pris des années, mais je commets l'erreur, depuis bien longtemps, de le traquer pour également le rédimer, ce qui le rend actif, offensif… ranime des pulsions anachroniques qui réveillent certains mauvais besoins et qui ne peuvent aboutir. Je continue à souffrir, quand il suffirait d'oublier.
Savoir, puis oublier. La seule voie de salut est le pardon et l'oubli, et pour personne de réel il n'y a de devoir de mémoire.
Rien ne se passe de réel que dans le présent.


Vendredi 14 novembre 2014

Bien qu'elle s’avançât le plus souvent auréolée d'une lumineuse candeur, son monde intérieur, son havre naturel -sa maison- était une partie de forêt ombreuse, inconnue, et, plutôt que de la stimuler, de l'exciter, comme j'avais tendance à le faire, croyant l'aider, j'aurais dû la rassurer, apaiser ses craintes, ses angoisses. Je ne voyais que sa figure superficielle, son impétuosité charmante, et je croyais que tout en elle était alerte et musical.


Mardi 11 novembre 2014

On pourrait lui reprocher de manquer de coeur, mais il faudrait d'abord qu'il eût un cerveau ! (Un homme politique qui déclare complaisamment sur Twitter que l'assistanat en France est trop important...)


Lundi 3 novembre 2014

Rebelote

Je voudrais que le monde soit comme je l'aimais
Mais il ne l'est plus
Ai-je appris ? Ai-je changé ?
A présent il se tient à bonne distance comme indifférent
Au lieu de faire tout ce que je voulais
En fait rien !
Parce que je me contentais de le regarder rouler et dérouler ses anneaux
Etendre ses bras et les refermer
Je regardais tranquillement le Grand Maelström
Comme si j'étais lui
Comme s'il était moi
Quelle qu'ait pu être la différence
Elle importait peu.


Dimanche 2 novembre 2014

Bien que je sois seul à le savoir aujourd'hui, il n'en est pas moins vrai, incontestable, que je devais être un grand, très grand artiste, dans la catégorie multiforme de Léonard de Vinci, apte à s'exprimer dans tous les genres, peintre, sculpteur, inventeur, écrivain et poète.
Mais le sort, comme on dit, en a voulu autrement, et la frustration, le regret, la honte, ont été immenses, à la mesure de mes dons inemployés, jusqu'à ce que je comprenne enfin que, de toute façon, jamais je n'aurais pu jouir de ce que je suis. J'aurais simplement souffert autrement, d'une manière que j'aurais peut-être mis moins de temps à découvrir, qui eût paru moins justifiée, dont le caractère obligatoire se fût révélé plus tôt. Car tant qu'un homme vit dans l’ego en rêvant d'absolu, quoi qu'il se passe, il souffre forcément.
Je pensais ce matin, par exemple, à la destinée de John Lennon qui, à juste titre me semble-t-il, et selon ses propres termes, décida un beau jour d'« abandonner la fréquentation des copains du club de foot » -les Beatles- « pour avoir enfin une relation normale avec la femme qu'il aimait ».
La célébrité qu'il avait acquise, assez peu justifiée à ses yeux quoique sans doute au début grisante, continua de l'auréoler tandis qu'il cherchait à faire mieux, devenu plus ambitieux, tentant d'oublier en quelque sorte les « chansonnettes » qui avaient fait sa gloire. Évidemment, dans cette deuxième phase, volontaire, de sa carrière, il échoua, et souffrant de divers problèmes psychologiques, dût même recourir aux services d'un psy.
Quel bonheur d'être, ou d'avoir été, « le » Beatle, a-t-il connu ? Probablement aucun réellement, en tous cas pas plus que n'importe qui obtenant quelque succès auprès des copains ou des filles, décrochant un diplôme convoité ou accomplissant, à n'importe quelle échelle, un quelconque exploit, descente de rivière en kayak, victoire dans un match de ping-pong… le reste n'étant que souci, fébrilité, urgence, détails contingents et triviaux du monde matériel.
Ensuite, pas plus, moins encore peut-être, dans la deuxième partie, cette fois consciente et délibérée : d'abord se libérer, puis choisir son but, se tromper, recommencer, échouer à nouveau, poursuivi par la notoriété passée qui agissait probablement comme des sables mouvants, le retenant prisonnier et ne lui assurant rien d'autre que l'aisance financière, elle-même ambiguë et dangereuse...
Je ne dis pas que sa vie a été pire que celle d'un autre homme, bien sûr, mais elle n'a guère été meilleure, et, sans véritable solution, elle s'est achevée par un coup de revolver qui pourrait presque passer pour un coup de grâce, l'unique façon de transformer cet homme d'un certain génie en mythe durable, tandis que son ami, son partenaire et égal Paul McCartney, par une obstination et une surenchère de création dans la ligne continue des Beatles, choisissait de se diluer parmi le presque commun des mortels pour connaître un bonheur mesuré et atteignable, dont on ignore ce qu'il masque de doutes, de lâcheté, et d'angoisse.


Mardi 28 octobre 2014

Louise Bourgoin qui, à peine rencontrée, se met à la colle avec moi (à condition que je n'amène pas une mère !), et la petite présentatrice d'Arte, dans le rôle d'une organisatrice d'un concours que je viens de gagner, qui me déclare que le moindre coup de crayon que je donne, le plus petit dessin que je fais, sont bons, et qui, à ma question : « Comment pouvez-vous le savoir ? » me rassure de manière gentille mais péremptoire : « Dans mon milieu, ces choses-là on les sait ! », dans le même rêve, ça fait beaucoup !


Lorsque je perdis L., je crus avoir tout perdu. Non seulement sa personne, son être, mais en quelque sorte moi-même, qui lui était complètement lié. Bien plus qu'une simple idée, c'était une conviction absolue, un sentiment permanent, aussi à partir du moment où j'eus quitté Paris pour Saint-Denis, abandonnant cette fois mes habitudes et mes racines, il ne me resta vraiment plus rien, sinon le passé obsédant, le constat d'un immense échec réclamant d'être élucidé pour être oublié, avec lequel il était impossible de prendre la moindre distance.
J'étais tout sauf un homme neuf prenant un nouveau départ, j'étais un blessé frappé à mort, le corps arraché, saignant, priant pour guérir.


Samedi 25 octobre 2014

Tu as eu de la chance, Bernard* : une mère qui comprend... mieux encore : une mère qui sait !..
Normalement il a dû en découler pour toi la conviction que tout le monde peut comprendre, que tout le monde peut savoir, ce qui, sans aucun doute, t'a ouvert un chemin dans la vie plus facile que le mien.
Car voilà mon malheur : l'impossibilité encore aujourd'hui, alors que je touche à la Connaissance, d'imaginer que le partage est possible, comme jadis avec la mienne, dans mon enfance, quand j'essayais de lui faire admettre de simples évidences qu'elle refusait et combattait farouchement.
Rien n'y a fait, pas même le temps, et nous étions restés sur nos positions respectives, elle n'ayant jamais varié, et moi, le coeur brisé, sans coeur du tout même, ayant tout oublié, ne sachant pas à quelle providence confier mon destin.

* Le prénom a été changé.


Mardi 21 octobre 2014

Depuis mes années de psychanalyse, j'ai vécu avec l'obsession de faire mieux, d'être meilleur, comme si je n'avais pas entendu le préalable de toute la recherche : que j'étais déjà merveilleux, unique, extraordinaire, ou plutôt l'avais-je entendu mais pas retenu, n'y croyant pas parce que je ne voyais rien que m'avait rapporté ce que j'étais.
Je ne voyais pas que je m'étais extrait sans effort et durablement de mon milieu d'origine, que j'étais aimé et secouru par une femme exceptionnellement belle et intelligente, que tant de gens estimables me témoignaient de l'intérêt, de l'affection, et que, quoique sans richesse personnelle, j'en étais entouré et gratifié plus que nécessaire.
Tout cela, croyais-je, allait de soi et ne signifiait rien.
Depuis que j'ai tout fait pour le mériter tout a disparu.


Dimanche 19 octobre 2014

Ce qui m'aurait beaucoup fait ch…, en n'étant pas tout-à-fait fonctionnel, en étant désaxé, malade, eût été d’abîmer le monde par ma présence, de l'enlaidir, de menacer son harmonie. Mais je me rends compte à présent que ce que je redoutais est impossible : rien de ce qui est vraiment ne peut être abîmé ni détruit !
Toutes nos souffrances sont un rêve, un cauchemar.


Samedi 18 octobre 2014

Je trouve que les philosophes contemporains, depuis un certain temps, ne pensent qu'à enfoncer les portes ouvertes -je pense à Derrida- tout comme les peintres, et les artistes en général, suivis par-dessus le marché d'une catégorie d' autodidactes émanant de la banlieue et de l' « urbain », c'est la même chose - ville ancienne -cité- et nature curieusement constituant le binôme opposé-, travaillant d'abord pour eux-mêmes puis rapidement pour une intelligentsia qui se rabaisse volontairement pour se proclamer d'avant-garde.
Il s'agit de trouver du « nouveau » !
Tout ce qui allait de soi et restait secondaire pour Léonard de Vinci et ses homologues -en fait la majeure partie de l'art abstrait, sans parler des ratiocinations psychologiques personnelles diverses correspondant à la recherche d'originalité- devient le sujet essentiel pour des artistes de métier, myopes et républicains, passionnés d'inventaire.
On produit également une sous-musique de transe indispensable pour masquer la vacuité des événements festifs de masse où se retrouve la jeunesse et l'on se croit dans l'inouï.
C'est la démocratie qui veut cela et la contemporanéité excuse tout.
L' art est devenu une fin en soi, un mythe que personne ne comprend et ne songe surtout pas à s'expliquer.
La pensée religieuse qui traditionnellement l'a toujours accompagné n'est pas politiquement correcte et il faut s'en passer. C'est un peu comme si l'on devait respirer sans poumons.
L'art qui n'avait jamais été recherché en tant que tel auparavant, est désormais l'obsession, la monomanie culturelle du capitalisme.
Pure masturbation, quoique l'espoir touchant (et respectable) d'un véritable coït soit toujours présent.
………………………………
Je n'aime que Dieu !


Mardi 14 octobre 2014

Quand, dans une relation particulière, on interprète la déception de l'autre comme un rejet, un jugement négatif à son endroit, on commet forcément une erreur. Personne n'est capable, à chaud, de commuter ainsi du jour au lendemain son affection en mépris.
Le sentiment que cette personne éprouve est plutôt une sorte d'impuissance, d'incapacité à créer ce qu'elle voudrait, de nous transformer en ce qu'elle désire que nous soyons.
C'est elle-même, par ce recul, qu'elle condamne, qu'elle méjuge, et son amour pour nous non seulement est intact, mais, vraisemblablement, exacerbé.
A supposer qu'il y ait, à ce dépit que nous avons suscité, une cause précise, identifiable, exogène, il suffirait qu'elle fût dénoncée pour que tout se remît en ordre.


La grande difficulté était d'échanger le « bon, ça va » volontariste, outré, forcené, masquant un sentiment de soi négatif refoulé, contre le « bon, ça va » d'acceptation, signifiant simplement la tranquillité naturelle, l'équilibre normal.
C'est cela qui m'est arrivé.
Vous vous rendez compte pleinement, j'en suis sûr, de l'immense tragédie qui a été la mienne entre ces deux états, fragile esquif sur un océan déchaîné, des innombrables tortures et souffrances, des blessures répétées, du sang répandu, de la mort embrassée longtemps, contemplée de près, de très près..., mon calvaire.
Sauvé à la fin non par un être humain mais par un chat, un être de candeur, venu clore l'aventure par son amour idoine, lequel m'a permis d'entrevoir un instant que je n'étais peut-être pas coupable comme je le croyais. Juste un instant, le temps d'une supposition, mais assez pour apercevoir une aurore… tirer les conclusions, remettre les pièces du puzzle en place, et comprendre.
M'expliquer pourquoi la formidable thérapie commencée s'était retournée contre moi, quelle déception j'avais pu causer à mon mentor, mon psychiatre, aussi imperceptible qu'elle ait été, d'ailleurs inexplicable à ses propres yeux, et que j'avais prise pour un jugement à mon encontre, quand il n'en était rien.
On pourrait dire que j'ai eu des problèmes immenses, à la mesure de mes pouvoirs immenses.
Comme beaucoup d'entre nous, je dois le supposer, quand on doit aller vraiment au terme du voyage...


Lundi 13 octobre 2014

L'erreur consiste à croire que la connerie est guérissable :
Le présentateur télé annonce une nouvelle terrifiante : « La banquise est en train de fondre, en train de disparaître » en gardant un visage impassible, et même avec une expression très faiblement souriante comme il sied quand on est poli, alors qu'il devrait sortir de ses gonds, improviser un commentaire alarmiste, nous faire part de sa terreur...
A le voir si neutre, si indifférent, ceux qui se récurent le nez chez eux affalés dans le canapé, se disent qu'il n'y a pas lieu de s'en faire.
C'est facile il n'y a qu'à continuer et c'est ce qu'on aime : ne pas changer !
Ainsi la fin du monde viendra brusquement, si vite que nous n'auront même pas le temps d'être surpris.
Cool, man...


Mardi 7 octobre 2014

J'ai infiniment souffert toute ma vie, souffert sans limite, et surtout dans mon enfance. Je suis son instrument préféré, le Stradivarius de la souffrance, son Steinway, son Pleyel, et je connais par coeur toutes ses partitions.
Ce qui m'étonne un peu c'est que personne, jadis, ne semblait s'en apercevoir, et j'aurais tendance à penser que c'est parce qu'ils souffraient beaucoup eux-mêmes, ma mère, certes, c'est indiscutable, mais mon père aussi, quoique méchant, parce que méchant.
Tous les humains souffrent, à des degrés divers.
N'est-ce pas une chance que de souffrir tant que 1/ l'on en prend conscience et que 2/ l'on devient peu à peu capable de s'en dégager.
Sans se mentir à soi-même, sans s'aveugler, sans s'arracher le coeur...
Car il est vraiment un univers merveilleux du sentiment, comme il en est un de la pensée, et de la sensation, et de l'intuition...
Se recueillir en soi comme un soleil autour duquel gravitent ces planètes…
Tout comprendre, et tout aimer...
Car le malheur n'existe pas.


Samedi 4 octobre 2014

Quand on est quelqu'un de « bien », on a un devoir envers soi-même : celui de ne pas tomber plus bas...
(Celui, par exemple, de ne pas écrire d'aphorisme, piètre sagesse à l'emporte-pièce (et de deux!), rarement à l'épreuve de la réalité, et qui plus est de type paradoxal : c'est trop facile.)


Les Serbes, les Serbes, les Serbes… "Y'en a une belle brochette aux Francs-Moisins, et respectable, les hommes des durs, et les filles sont belles" disait-il, bon, d'accord, mais aussi les Croates, les Pygmées, les Lapons, les Chinois, les Qataris, les Perses, les Mongols, les Kurdes, les Inuits…
Si on pouvait nous lâcher la grappe avec ces désignations sans importance !
Tellement de choses sont sans importance.
Que tu te mettes le canon sur la tempe ou dans l'oreille, ou encore dans la bouche, on s'en fout, c'est la même chose.


Je n'aime vraiment que ceux qui savent que, quoi qu'il arrive, peu importe comment, méritants ou pas, ils vont être sauvés… (« N'aime vraiment » n'est pas exact car j'aime tout le monde, mais « vraiment » signifie que je ne me sens en phase qu'avec ceux-là, qui sentent venir la rédemption.)
Il me faut cette étincelle et elle est rare.
Les autres, étrangement, regardent ailleurs.


Mercredi 1er octobre 2014

Au milieu du naufrage, on entendit le capitaine qui criait : « Mettez le hasard dans la chaloupe avec les vivres ! »
Incroyable. Stupéfiant.
Voulait-il affirmer que la vie est un hasard, ou que le hasard fait vivre, ou encore que le hasard et la chance sont une seule et même chose ? Espérait-il ainsi nous protéger ? Ou bien mystifiés par les hurlements de la tempête, hallucinés par la peur, avons-nous entendu quelque chose qu'il n'a pas dit ?
Les paquets de mer glacés déferlaient sur le pont tandis que les embardées de la coque secouée par les lames nous faisaient perdre l’équilibre.
« Mettez le hasard dans la chaloupe avec les vivres ! »
On y voyait à peine, éclairé par la lune.
J'ai pensé : Jamais nous ne nous en sortirons. Puis j'ai été emporté et je suis passé par-dessus bord.
Et ainsi, Mesdames et Messieurs, tout aussi extraordinaire, aujourd'hui je suis ici.


Mardi 23 septembre 2014

...
« De grâce, cher professeur, laissez-moi piloter mon char à bia comme je l'entends ! »
...


Lundi 22 septembre 2014

Quel écrivain, quel poète, ne rêve pas désespérément, n'essaie pas obstinément, de façon permanente (c'est mon cas), de créer des formules magiques ? De produire des phrases ayant des pouvoirs réels, matériels ou spirituels : abracadrabras, incantations, litanies, psalmodies, prières, quels qu'ils soient, païens ou sacrés, athées ou religieux ?
Ecrire ne servirait à rien si ce n'était que pour rester à la surface de la vie sans la pénétrer, la connaître vraiment, et faire naître de la nouveauté.
(C'est une métaphore sexuelle, et alors ?)
Ecrire est surtout une gageure, mais la plus nécessaire, qui nous rappelle que nous sommes à l'image du Créateur, ne demandant nous-mêmes qu'à créer.


Dimanche 21 septembre 2014

Le problème du Bien et du Mal est à la source de tous les rêves.


Vendredi 19 septembre 2014

Le fait qu'on réchappe toujours à un mauvais gouvernement, à son incompétence et son autoritarisme, paraît, dans un premier temps, le justifier. On se dit que les pénibles mesures qu'il a prises servaient sans doute à quelque chose. Ensuite, avec l'Histoire, on se rend compte qu'elles ont surtout fait perdre son temps au pays, freiné ou bloqué l'évolution qui devait se produire, laquelle, retardée, ne sera jamais aussi facile et heureuse qu'elle aurait pu l'être.
Et, se dit-on, ainsi de suite, les scories s'accumulant, jusqu'au sursaut populaire salutaire.


Vers la compassion

Avant de pouvoir me comporter de façon à m'en sortir, il eût fallu que je comprisse comment fonctionnait la société. Croyez-vous que quelqu'un qui, aujourd'hui, est à même d'utiliser naturellement -oui, sans effort, je vous assure- l'imparfait du subjonctif, possède cette aptitude ? Peut-être… mais il lui faudrait probablement un certain temps pour y parvenir. Personnellement, si les conclusions auxquelles je suis parvenu ce matin sont justes, il m'aura fallu soixante-dix ans !
La trivialité des mécanismes, la tristesse qu'on ne peut manquer d'éprouver en les utilisant, étaient l'obstacle que je ne pouvais franchir tant que je continuais à croire en la langue française, en sa beauté et en sa séduction, continuais à espérer en l'art, en la joie et en la fantaisie, en l'imagination, en la foi au bonheur à l'exclusion de tout autre chose, en résumé en tout ce à quoi j'ai cru depuis l'enfance, conforté par l'école, par le jugement à mon endroit des maîtres et des professeurs, ces arbitres qui, malheureusement, font défaut dans la suite de l'existence.
J'ai eu le sort infortuné des premiers de la classe non dépourvus d'initiative, de libre-arbitre, non conformistes, qui peuvent s'imaginer qu'ils seront toujours récompensés pour leur originalité, leur différence, leur critique implicite de ce qui les entoure, de leur vivant, et non comme il en va parfois dans ce cas avec de la chance, après leur mort !
Quoique…, ayant désormais compris, je peux utiliser le temps qui me reste à établir le début d'une reconnaissance « normale », achetée d'une façon ou d'une autre, qui servira de socle à l'autre, la gratuite, la posthume.
Le fait est que le monde « normal » -le monde des hommes- n'est pas gai, même si on s'habitue très vite (c'est déjà fait pour moi depuis que j'ai commencé à rédiger ce texte) à sa banalité et sa platitude sans surprise, à l'ennui qui en émane, à la stupidité des relations, à la médiocrité acceptée partout, à laquelle on rend un culte : cultivée !
Et les ronds-de-jambe... les mamours... les petites tapes dans le dos... sur le ventre... assortis de mensonges, de traîtrises, de vilenies diverses... les baisers... les caresses... les préparatifs plus ou moins sexuels... les machinaux préliminaires... qui parfois aboutissent tout aussi machinalement : bonnes manières, sans plus, pas de quoi s'inquiéter... Politesses !
Je me souviens de ma mère qui souffrait horriblement de cela mais n'en faisait pas moins pareil à mes yeux en acceptant, épisode après épisode, les fausses démonstrations d'affection de sa sœur.
Il eût fallu (je remets ça) qu'elle fût au-dessus du problème, qu'elle le comprît -se comprît elle-même- pour éprouver de la compassion, de l'indulgence, à la place de cette fraternité théorique, bornée, qui ne lui apportait que des souffrances.


Mercredi 17 septembre 2014

A la fin de sa vie, mérite-t-on ce qui nous arrive ? Moi, par exemple, aujourd'hui je suis seul, pauvre, et seul. Et pauvre.
Je me réjouis seulement de ne pas ressembler aux hommes de mon âge, importants et célèbres, bien habillés, qui, quoique de corpulence à peu près normale, paraissent sur le point d'exploser comme s'ils étaient trop gavés de bonnes choses : nourritures, expériences, projets, souvenirs… Ils sont trop remplis, trop pesants, trop engoncés, trop parfaits.
Ils ont quelque chose d'inquiétant, comme s'ils n'étaient pas tout-à-fait humains, des mannequins, des marionnettes, artificiels, manipulés.
Ils n'ont pas vécu la même vie de douleurs que moi, ou bien ils le cachent, ils se retiennent pour ne pas éclater en sanglots, et là, devant tous, se vider peu à peu, s'affaisser sur la scène, éponges pressées et vides.
Tandis que moi, qui vais vers la maigreur paisiblement -il me faudra quelques années- j'ai l'air de grandir, de flotter légèrement comme un drapeau qui se déploie avec lenteur, aux couleurs passées, une bannière effacée qui a dû être magnifique, brodée de fil d'or, figurant un blason de légende.


En vendant, contraint et forcé, pour des raisons d'économie, ma vieille Peugeot de 1987 -que je ne détenais que depuis 2007, n'exagérons pas trop quand même- c'est aussi une certaine image de moi-même qui fout le camp et me laisse un peu démuni.
L'idée que je suis en train de faire le vide, comme pour un déménagement, avec la perspective de devoir ensuite rendre la clef au concierge... n'est pas, malgré mon optimisme et mon courage, sans m'effleurer un peu.
Combien il me reste, hein ?
Dans quelques jours, je suppose, j'aurai retrouvé mes marques d'une autre manière et j'oublierai ces instants.


Lundi 15 septembre 2014

Il ne faut pas juger

Mon idée était de devenir une sorte de Jésus triomphant, Se laissant admirer, jouissant de Lui-même.
…………………………………………
Mais qu'est donc la Vie ?
Je réponds spontanément : transformations !
En somme, si je réfléchis bien : la mort !
Et pourtant je sais sans le moindre doute que le présent est éternité, ce qui signifie que la Vie est permanence !
Transformation et permanence comme une seule et même chose !


Jeudi 11 septembre 2014

Le mien ne me dérange pas, mais j'ai du mal à supporter le manque de lucidité des autres sur eux-mêmes. S'il s'agit d'amis qu'il faut épargner, on se retrouve rapidement en position de flatteur !


Je suis en train de me dé-crucifier.


Le système capitaliste a eu son heure et son utilité pour nous amener à réfléchir sur la finalité de la vie collective.
Aujourd'hui nous pouvons nous demander à quoi sert de changer de téléphone tous les six mois étant donné le prix que paient à la fois la société et la planète pour le supporter. Est-ce vraiment nécessaire, n'est-ce pas en somme de la folie ?
Jusqu'à présent la question ne se posait pas. Les fabricants voulaient gagner de l'argent. Les consommateurs suivaient la mode. Les conséquences restaient obscures, sans intérêt, personne n'y songeait vraiment.
A présent c'est différent. Il apparaît clairement que nos habitudes nous conduisent directement au chaos. Tant écologiquement qu'économiquement et socialement. Les plus grands troubles se préparent, s'annoncent, commencent à apparaître.
Il faut donc changer. Sans tarder trop.
D'abord virer les politiques qui ne sont pas capable de rompre la tradition, qui continuent à miser sur la croissance, laquelle est quasi impossible et n'apporte que la destruction.
Ensuite se retrousser les manches et inventer les nouvelles formes de vie requises.


Il faut comprendre sa vie de manière désintéressée, non pas pour se sauver ou pour toute autre raison.
Et si quelque chose vous pousse à vous perdre il ne faut pas chercher à y échapper mais juste découvrir pourquoi.


Dimanche 7 septembre 2014

La société a une main pour vous gifler, vous obliger à changer et à lui obéir, et une autre pour vous caresser lorsque vous avez réussi à résister, à rester « nature ».


Samedi 6 septembre 2014

Hier, de Vavin à Saint-Germain-Des-Prés en passant par la rue de Rennes... La terrasse de la Coupole où j'ai passé tant d'heures jadis, est devenue un grand aquarium rébarbatif et presque opaque. Dans le petit square, à côté du monument à Apollinaire par Picasso, j'écris ceci :
« Paris, une ville de bobos et leurs descendants, que l'on devine, par rapport au reste du monde, rattrapée et dépassée par l'Histoire.
Une ville-musée mais sans l'authenticité et le naturel, le charme des villes italiennes comparables à cet égard.
Une ville-fric, quoiqu'on y bute sur un mendiant tous les vingt mètres.
Ma mentalité de parisien d'hier doit probablement correspondre à celle de provincial d'aujourd'hui, et encore...
Pour faire pendant à cet univers frelaté trop bon chic bon genre, Saint-Denis s'avère nécessaire, voire indispensable et par là justifiée. »
Puis je reprends ma marche : rue Bonaparte (où je croise inopinément Beigbeder, ce fils de p(ub), qui, évidemment, ne m'accorde pas un regard), le pont des Arts, superbement orfévré de cadenas, la cour carrée du Louvre, la place des Victoires (une pensée pour Léonor Fini), jusqu'au métro Sentier.
J'ai oublié ce que j'ai écrit, ayant vu beaucoup d'employés sortis sur le pas des portes pour fumer, l'ambiance n'était plus la même.
J'ai à la main mon petit rouleau de trois affiches pour le festival pour les Ecrivains de l'Inde, avec Bani Thani, l'extraordinaire Joconde de Gopal Swami Khetanchi...


Lundi 1er septembre 2014

«(...) Syrie. Collège International de Magie. Magie noire. La blanche ne mérite pas qu'on en parle.
Ils travaillent avec des morts, une main-d’œuvre qui a l'avantage de ne rien coûter. Les morts sont si heureux qu'on les prenne pour des vivants ! Ils acceptent de faire n'importe quoi...»


« Le chemin vers Dieu est une intériorisation ». Et l'on se dit aussitôt -pour ainsi dire en même temps- : « Mais ce mot a-t-il un sens ? Quel sens réel d'ailleurs pourrait-il avoir si ce que je dis est exact ? »


Dimanche 31 août 2014

La Tête d'Obsidienne. Tout le pathos déclamatoire de Malraux ne dit qu'une chose : « Je ne comprends pas que l'homme est Un, quels que soient l'endroit et le moment, et que ce Un est Fils de Dieu ».


En se regardant lui et le monde, le philosophe élabore des axiomes (Castoriadis), puis à un moment il ne considère plus que ceux-ci et oublie de se regarder lui et le monde. Cet instant est celui de son erreur. Les axiomes étaient justes et le raisonnement exact mais il aurait fallu continuer à confronter les fruits de la réflexion à la réalité (l'obstacle) du monde perçu. Ce qu'il oublie de faire


Mardi 26 août 2014

Je ne m'attendais pas, tant d'années après, à pleurer A.I., puisque c'est de cela, étonnamment, qu'il s'agit, et si intensément (j'hésite à dire « douloureusement » avec ma crainte habituelle des faiblesses)... Je fais le même rêve récurrent dans lequel je me retrouve, par un inespéré privilège, dans la partie privée aux grandes portes de chêne clair de son appartement, magnifiquement agencée, insonorisée, à l'abri de toute atteinte extérieure désagréable.
Mon Dieu, quel passif je traîne depuis si longtemps... Je me sens comme une de ces anciennes propriétés de notable de province transformée en repaire de ferrailleur, refuge de carcasses d'autos et d'épaves diverses rouillées, accumulées au milieu des allées et des parterres détruits, méconnaissables...


Dimanche 24 août 2014

Ceux qui n'ignorent pas que j'ai fêté en mars dernier, quoique seul et sans la moindre cérémonie, mes soixante-dix ans, seront sans doute étonnés d'apprendre qu'aujourd'hui, à exactement 9h18, j'ai 44 ans.
C'est ainsi et c'est absolument certain. Cela m'arrive régulièrement : je suis en train de penser, de réfléchir à une chose ou une autre, de rêvasser, et alors que les idées surgissent, se déploient puis s'évanouissent, suivies par d'autres, puis d'autres encore, dessinant implicitement peu à peu l'horizon du moment et le monde intérieurs, j'entends tout-à-coup inopinément une voix qui me signale avec autorité et une simplicité objectives que j'ai tel ou tel âge, comme s'il était utile peut-être que je sache à quel stade de mon évolution je me trouve !
Parfois j'en retire l'impression que j'ai progressé, que je suis plus avancé en discernement, en sagesse, mais je suis immanquablement plus jeune que je ne le crois, ce qui me déçoit d'une certaine manière tout en me réconfortant aussi d'une autre. Il y a une marge non comblée entre l'âge de mon esprit et celui de mon corps, entre l'âge qui m'est signalé et mon âge physique.
Naturellement, comme quelqu'un l'a justement affirmé : « la personne âgée n'existe pas », mais cela ne signifie pas, à mon avis, qu'il faille devenir idiot et infantile -devoir rester jeune, comme ils disent...- pour bien vieillir.
Je pense plutôt que ce doit être une horreur que de se voir mourir sans maturité réelle, de mourir en somme en n'ayant pas rempli, c'est-à-dire compris, sa propre vie¹...
Je ne voudrais pas que cela m'arrive !

¹ Quoiqu'il n'y ait probablement au sens strict rien à comprendre, je le pressens, ce qui est encore une autre histoire.


Vendredi 22 août 2014

On peut dire sans exagérer que la Culture dont tout le monde parle sans savoir ce que c'est, la fameuse Culture à laquelle un ministère est consacré, n'est plus d'ors et déjà qu'une promesse, le rêve d'un avenir incertain, presque une utopie, par rapport à la Culture de naguère oubliée, tandis que ne subsistent que des lambeaux d'une Culture d'apparat péniblement et de moins en moins subventionnée et que s'annoncerait soi-disant celle d'un présent douteux, à travers je ne sais quel hip-hop, quel rap, quel steet art...
En vérité, nous ne recueillons que le produit de notre culte de la démocratie, c'est-à-dire l'ignorance généralisée, la grossièreté, la vulgarité portées aux nues, une espèce de « naturel » qui n'est que du laisser-aller, c'est-à-dire l'inculture.
Sauf à considérer la télévision comme un instrument « culturel » et à accepter sans discussion la mentalité qu'elle instaure, nous perdons tout ce que la culture est censée procurer : raffinement, conscience, sensibilité. Nous sommes des culs-terreux comme il n'en y eut jamais auparavant, car les malheureux paysans que dépeint La Bruyère, plus semblables à des tas de boue qu'à des hommes, avaient l'excuse d'être totalement asservis matériellement par la force, tandis que nous le sommes spirituellement par notre propre paresse et imbécillité, victimes de la flatterie.
Et si vous trouvez que j'exagère, regardez où en est l'orthographe...


Nous n'avons retenu du Romantisme que l'importance accordée au sentiment, en mettant de côté le versant moins ensoleillé de ce mouvement littéraire : l'attrait morbide de la souffrance affective et de la mort, de sorte qu'aujourd'hui « romantique » ne signifie pas grand-chose par rapport à la définition historique, tout au plus « romanesque » ou « sentimental », ce qui, d'ailleurs, ne laisse pas de m'agacer...
Mais la grande ambition des romantiques du XIXe siècle était surtout de périr de phtisie galopante, au point de s'asperger d'eau froide, pour certains, avant de s'installer à peine vêtus sur leur balcon, le soir, en plein hiver.


Jeudi 14 août 2014

Tu te demandais où je puisais mon indépendance et ma force d'âme... C'est simple : je ne m'attends pas à ce que quelqu'un comprenne ce que je ne comprends pas moi-même : qui je suis ou devrais être, champion du monde de lever d'haltères ou vendeur de pastramis, brillant esthète et/ou héraut de la révolution, saint, soldat, poète, mercenaire... my inner feeling of mézigos !


Lundi 4 août 2014

« Il y a deux sortes de naïveté » dit-il « un, la naïveté morale et deux, la naïveté intellectuelle...
La première, dont je ne suis pas démuni, malheureusement, vous permet d'être piégé dans toutes les circonstances où l'on veut abuser de vous, au propre comme au figuré, et je vous fais grâce des nombreux exemples que je pourrais vous exposer tirés de ma propre expérience...
Mais la seconde, pourtant bien différente, semble curieusement l'apanage de ceux qui devraient en être le plus nécessairement dépourvus et qui tiennent le haut du pavé de nos jours dans notre société : les scientifiques, les savants !
On peut certes imaginer qu'elle leur a été utile au cours de leurs études pour faire figure de bons élèves, suffisamment dépourvus d'esprit critique et capables d'ingurgiter les plus ennuyeuses des théories, de manière à paraître sinon très intelligents du moins méritants aux yeux de leurs professeurs. Mais leur diplôme en poche, pour ceux que la recherche accapare ensuite, par hasard ou par choix, ils devraient pouvoir enfin s'en débarrasser !
Hé bien non ! Et ce que l'on constate facilement quand on étudie l'histoire des sciences au XIXe siècle, l'imbécillité, l'idiotie généralement respectées, c'est-à-dire la naïveté intellectuelle acceptée, reconnue, a toujours cours à notre époque, masquée évidemment par les formes familières auxquelles nous sommes habitués, les idées du moment, la grammaire, le vocabulaire en usage, la mentalité commune, qui empêchent le recul salutaire qui la révélerait...
Et ainsi le fléau se perpétue, l'exploration incrédule du mystère se poursuit sans résultat utile mais non sans dommages prévisibles, on poursuit tant bien que mal la course sans fin, on mise tout sur la fuite en avant !»


Vendredi 1er août 2014

Je surfe sur une crête qui est la Vérité, mais la vague en-dessous n'est qu'inconscience sans cesse détruite et restaurée, affliction, tourments, et volonté !


Depuis la prime enfance je vis avec l'impression d'être un naufragé sur une île déserte entourée d'un océan furieux de mensonge, d'injustice, d'idiotie, de colère, et de douleur
Effrayé, incrédule, sans quelqu'un à qui parler...
Et les cris de la tempête répètent à l'envi que je suis maudit...
…Eh bien, si ce n'est que cela ce n'est pas grave ! Cela fait du bien d'en prendre conscience quoique très tardivement...
C'est moins pénible que de n'y rien comprendre... à cette vie-là !


En France on meurt de la raison cartésienne.


Dimanche 20 juillet 2014

Quiconque « avance » dans la Connaissance, si la notion d'avancer dans ce domaine peut être recevable, se doit de rectifier ce qu'il a cru vrai auparavant et changer d'opinion. Personnellement je dois modifier l'idée que je me faisais de l'enfance.
Dans l'enfance, on possède, intact, épars et sans conscience, tout ce qui permettrait de se réaliser, mais, malheureusement, la première pensée digne de ce nom qui survient et qui pourrait nous ramener à Dieu est une erreur, et nous En éloigne.
Il n'y a donc rien à regretter de cet âge, comme, au fond, je l'ai toujours fait en me rappelant la pureté extraordinaire qui était la mienne et en voulant la retrouver, rien dont le souvenir me sauverait, c'est mon présent, mon être même, on pourrait dire «l'essence » de l'humanité, qui va me sauver, qui me sauve !


Mardi 15 juillet 2014

Depuis bon nombre d'années, conséquence de mon passage par la psychiatrie (j'aime bien ce mot qui fait peur), je n'ai rien attendu d'autre, de la part des gens que je trouvais intéressants, qu'ils me rejoignent dans l'Olympe escarpé et désert que je m'étais découvert.
Je croyais leur faire un cadeau, que certains n'ont probablement même jamais vu, et que les autres n'ont jamais apprécié à sa juste valeur, ont même toujours méprisé (si bien que j'étais toujours seul !), à tort peut-être mais plus certainement à raison...
De mon côté j'étais très déçu de constater qu'ils préféraient à l'évidence, quoique j'eusse beaucoup de difficulté à me l'expliquer, leurs petits arrangements, leurs petits calculs, leurs petits bénéfices, à la position et au statut de dieu que je leur proposais.
Je n'écris cela que pour tenter de comprendre, pour la énième fois, si, ou plutôt comment, je commets le péché d'orgueil, dans la vision des choses que je viens d'évoquer.
Il est vraiment difficile de faire le tri, entre le bon et le mauvais dans nos états d'âme, de ne jeter que l'infondé, l'inutile, ce que j'essaie donc, là encore, de faire.
Car, si délire il y avait... il y a encore, il est fondé néanmoins sur une vérité, laquelle, quoique mon souvenir soit flou, m'avait été signalée comme dangereuse (« Surtout ne prend pas la grosse tête ! ») par ma psy, mais je ne m'en souviens pas précisément...
Ma réflexion d'aujourd'hui me permet cependant de faire une avancée en réalisant que le problème vient de ce que nous nous croyons toujours responsable de ce que nous sommes comme si nous étions notre propre créateur -une audacieuse usurpation d'identité !- et portés fatalement à nous enorgueillir de nos qualités quand elles paraissent exceptionnelles...


Lundi 14 juillet 2014

M'adressant à un ami, hier, je disais :
- « Ce qui m'irrite par-dessus tout c'est la disposition répandue partout, unanime, imbécile, cause à mon sens de tous les malheurs, à vouloir sauver les « autres », frères, sœurs, parents, famille, amis, relations, etc., bref le monde entier, avant de se sauver soi-même, comme si l'on était le seul sur terre à comprendre quelque chose, à être un tant soit peu compétent, le seul être parfait, irréprochable ! Bla bla bla… bla bla bla. »
J'étais dans une colère aussi sainte, m'imaginais-je, que la vérité que je défendais et j'eus un peu de difficulté à me calmer.
Je ne le fis d'ailleurs, pour être exact, que parce que l'ami en question semblait, lui, totalement vulnérable, et ne montrait pas le moindre signe de résistance, de rébellion...
… Je repense à cet événement ce matin au réveil, et tout-à-coup je saisis la cause du doute en moi que je voulais ignorer (d'où la colère)...
Certes, il y a une tendance générale, je ne me trompais pas complètement, mais c'est, en dépit de nos intentions, pour organiser la perdition du monde, non pour le sauver, comme si la nôtre propre, notre déchéance personnelle, ne nous suffisait pas ! Car, de quoi au fond sommes-nous le plus capables, avec nos convictions, nos certitudes, sinon de nous égarer ? Lorsque nous agissons de manière volontaire, appliquée, que faisons-nous d'autre sinon de rendre inéluctable notre perte ?
Nous progressons par nous-mêmes uniquement dans la perdition...
Et je commence ainsi à comprendre que le salut n'est pas de mon ressort mais de Celui de Dieu qui l'accomplit pour nous à condition que nous l'acceptions, que nous le voulions bien.
Oui, mes chers frères, mes chers parents, mes chers amis, Madame, Monsieur, pardonnez-moi le mot mais c'est tout con, ce n'est pas plus compliqué.
Consentir, accepter ce qui est, voilà ce qui permet d'être sauvé.


Dimanche 6 juillet 2014

Nulle part

Je suis d'un tempérament très casanier lorsque je suis chez moi (je n'arrive pratiquement pas à sortir) mais si je voyage c'est le contraire. Je n'ai alors aucun besoin de repère, je m'installe dans le transitoire avec un formidable sentiment de sécurité, et ce que j'adore par-dessus tout c'est de me retrouver nulle part.
J'ai toujours aimé cela et d'une certaine manière, surtout hors la géographie, je suis assez doué à cet égard.
Vers quatorze ans, durant les grandes vacances que nous passions non loin de Chinon, j'avais découvert que la petite route qui passait derrière la maison et montait en tournant, débouchait finalement sur ce qui paraissait être un vaste plateau flottant juste au-dessous des nuages (en était-ce ou n'en était-ce pas un en réalité, peu importe, mais c'en donnait idéalement l'impression).
Souvent j'abandonnais la route et m'aventurais dans un champ moissonné pour atteindre le centre approximatif, m'allongeais sur le dos les mains derrière la tête, contemplais les nuages blancs dans le ciel bleu, et, envahi d'une profonde sérénité, moi qui pourtant n'était pas à cette époque un adepte de la sieste, au bout de quelques minutes m'endormais.
La paix la plus intense que j'ai éprouvée de toute ma vie et la plus joyeuse est survenue alors que j'étais seul sur une petite route déserte et que tout commençait à disparaître dans la nuit, nulle part entre Istanbul et la frontière grecque. Je n'avais pratiquement pas de bagage ni d'argent, pas de carte (j'ignorais totalement où j'étais*), et non seulement je n'étais pas inquiet mais je jubilais.
Entre les mains de Dieu et de Lui seul.
Sous le ciel infini peu à peu bruissant d'étoiles.
...

*Évidemment cela ne correspond en rien à la réalité puisqu'il suffit tout simplement de regarder autour de soi pour constater où l'on est !


Lundi 30 juin 2014

Moi qui aurais tant voulu, toute ma vie, exprimer mes intuitions de poète de la manière la plus péremptoire, la moins contestable qui soit, comme les vérités scientifiques qu'elles sont indubitablement puisqu'elles proviennent directement de la source la plus fiable ici-bas à l'écoute de Laquelle je suis : l'Esprit… Qui ne m'appartient pas personnellement et s'adresse à nous tous, vérités infiniment plus utiles que les concepts fabriqués laborieusement à partir d'expériences imaginées et subjectivement perçues par les cerveaux toujours partiaux des savants...
et ce faisant, remettre mine de rien Dieu à la mode, et par la même occasion notre grandeur d'individu perdue…
car -je m'adresse en particulier aux catholiques, aux chrétiens de France- reconnaissons qu'il n'est pas facile de nos jours de parler de Dieu sans être soupçonné un peu de fantaisie...
(Mais exprimer sa foi à l'abri du style, de l'art, durablement, sans accepter de la définir précisément, n'est pas possible. C'est aussi ce que fait Paddy McAloon dans « Earth Story So Far » en disant :

« There was a baby in a stable,
some say it was the Lord.
Singing 'save me', 'save me'

Why if it's no more than a fable
should it strike so deep a chord?
... »

… une splendide chanson).

.. il me faut l'avouer simplement : je crois en Dieu et je crois en Jésus-Christ.


Earth: The Story So Far

Welcome to Earth, the story so far,
the story so far

At first there was a vaccum
where creation came to be
singing 'save me'
'save me'

Were we abandoned in the ether
or did someone set us free?
Love me, love me.

Earth, Earth, the story so far

Welcome to Earth, the story so far,
the story so far

There was a baby in a stable,
some say it was the Lord.
Singing 'save me', 'save me'

Why if it's no more than a fable
should it strike so deep a chord?
Love me, love me.

Earth, Earth, the story so far
Welcome to Earth

Science broke the news
the only absolute is light.
Save me, save me.

Wasn't that the message
of the star on Christmas night?
Love me, love me.

Earth, Earth, the story so far
Welcome to Earth


Vendredi 27 juin 2014

Bien que la contestation soit généralement indispensable à tout progrès, on ne peut pas rejeter en bloc ce qui a cours ici et maintenant au nom de ce que l'on a connu -ou qui est encore- ailleurs…
Réfractaire à l'un mais incapable de (res)susciter l'autre, mieux vaut s'intégrer malgré les raisons qu'on a de critiquer, surtout quand ces critiques pourraient survenir de façon analogue à propos de quoi l'on se réfère.
Supposez que quelqu'un pétri de bonté se retrouve incapable de progresser parce qu'il ne peut s'empêcher de prendre en compte vos revendications irréalistes… supposez que vous paralysiez en quelque sorte toute évolution de ce système que vous n'aimez pas dans lequel vous vous trouvez, qu'ainsi vous le pérennisiez..., et vous aurez une raison de plus pour participer enfin avec bonne volonté, en commençant seulement par accepter de recevoir (ce qui n'a rien de déshonorant) et pas seulement de prendre.


D'accord, chez moi c'est une grotte, mais c'est une grotte aérienne…
Certes, elle est encombrée d'objets inutiles, choisis pour leur étrangeté, leur poésie, leur inutilité même, reflet peut-être, sans doute, de la mienne, et par un mobilier disparate, souvent récupéré dans la rue, ou chiné, trié et restauré au fil du temps, dans lequel je m'incruste, macère, réfléchis trop et médite parfois avec bonheur, reçois parfois l'inspiration... Je ressemble à un bernard-l’hermite craintif (et pour cause) réfugié dans sa providentielle coquille…
… mais aérienne, portée à la lumière de l'été sur les colonnes de béton du colossal édifice dont un des multiples pignons se trouve être précisément ma terrasse, mon gaillard d'avant, mon observatoire particulier d'où je surplombe le grouillement général inférieur et son vacarme continu, hérissé de cris et de hurlements, la folie humaine rémanente, pareille aux flots d'un océan furieux.
Alors qu'au contraire, en levant mon regard vers le ciel, je ne vois que la majesté et la paix.
Il semblerait que je vive pour le moment entre ces deux mondes.


Mardi 17 juin 2014

J'étais à deux doigts de Dieu dans mon enfance
Mais cela ne me donnait pas l'air sérieux
« Aie donc l'air un peu plus sérieux » disait ma mère
En effet je m'amusais de tout comme si je n'avais peur de rien
Je me sentais capable des plus grandes choses
Car partout je voyais non pas ce qu'elle voyait elle : l'Illusion
Non, partout je devinais la Réalité et Elle seule.


Vendredi 13 juin 2014

Si les hommes comprenaient que le progrès matériel ne consiste en réalité qu'en des changements et jamais en un mieux moral : une meilleure satisfaction, un plus grand bonheur, il serait facile de ne plus considérer l'impératif catégorique du capitalisme économique : l'obligatoire « Croissance », que comme une véritable malédiction, a curse, un sort jeté sur l'humanité par le Grand-Satan-Nous-Mêmes, et de nous en libérer.


Ce que j'aime le plus dans la légende de Bouddha (je dis « légende » pour ne pas m'aliéner trop tôt nos amis cartésiens et/ou les esprits forts qui considèrent l'adoration banalisée du veau d'or comme la croyance normale opposée aux autres de type religieux), ce que j'aime le plus disais-je, c'est qu'il est dit que Siddhartha est observé par les dieux durant sa méditation ultime, et que ceux-ci ne souhaitent rien tant que de le voir réussir. A demi-dissimulés là-haut dans les nuées et l'observant sans intervenir en retenant leur souffle, tout dieux qu'ils sont, ils ont besoin qu'il parvienne à l'illumination, il en ont presque autant besoin que lui. S'agissant de dieux au pluriel, je suis presque tenté de dire qu'ils paraissent n'exister en somme que pour cela.
Et cette idée devrait être très facile à comprendre.


Mardi 10 juin 2014

Il semble hésiter un long moment, faseyant, puis il s'affale d'un seul coup contre moi dans un total abandon, comme une grande voile opulente de soie. (Le chat)


Lundi 9 juin 2014

Dans le demi-éveil du matin je fomente des plans secrets pour sauver l'humanité, je crée des sentiments nouveaux en reconnaissant des perceptions que je refoulais jusque-là, je pérennise, j'institue, le champ du possible agrandi par mes rêves.


Je me suis imaginé beaucoup de choses improbables sur moi-même durant toute ma vie, aussi finir par découvrir que je ne faisais en somme que chercher quelque chose que je ne pouvais pas trouver : la vérité qui m'avait été cachée dans mon enfance -Je ne suis donc pas un criminel !- et que ma sœur née immédiatement après moi et n'ayant vécu que quelques mois comptait plus que tout, n'a de cesse à présent, sous différents aspects, de me surprendre et de m'étonner.


Mercredi 4 juin 2014

- « Au lieu de me contredire péniblement, pour complaire à l'Ego Universel, cherche plutôt à me comprendre. »


- « Mon colonel, vous êtes une brute et un imbécile ! »
- « Je suis un soldat ! »
- « C'est bien ce que je disais ! »

D'après « Stargate SG1 »


Jeudi 29 mai 2014

-« Cher professeur, moi je suis un mystique, un homme d'une autre science... »


Vendredi 23 mai 2014

La poésie...

Moi qui suis né dans la « canaille », j'ai toujours trouvé l'aisance matérielle et le raffinement du goût plus intéressants que la misère et la grossièreté.
Les deux catégories sociales qui correspondent à ces états opposés ont en commun en général un esprit de caste que je trouve insupportable.
A dire vrai je hais l'obligation qui m'est faite, en raison des mes choix moraux et politiques, et plus encore d'une naïveté forcenée qui m'identifie à un imbécile social, de vivre dans les bas-quartiers en compagnie de la plèbe et d'une certaine espèce d'artistes pauvres que leur talent présumé -qui leur sert d'excuse- ne risque jamais d'enrichir. Je ne suis certainement pas de leur bord, pas plus que de l'autre.
Souffrant de la solitude, je pourrais imaginer que j'aspire à une fraternité spirituelle qui n'existe pas et essayer de m'adapter comme je le faisais jadis avec une certaine réussite en utilisant avec candeur le marchepied féminin pour sortir de mon bas-fond, mais, grâce à Dieu et surtout à B., j'ai rencontré une fois dans ma vie un frère et je sais qu'il existe, ou a existé..., au moins un individu comme moi de par le monde et que je ne rêve pas.
Je fais un peu comme Baudelaire qui vivait dans la compagnie imaginaire d'Edgar Poë et lui adressait des prières comme à un saint, et je passe mon temps à me projeter dans une réalité idéale indépendante de la société, où l'on parviendrait à exister sans se référer à de stupides valeurs relatives toujours éphémères.
Seules comptent la sensibilité personnelle et l'intelligence, et, pour citer quelque chose qui n'est pas de moi et qui résume tout à mon entière satisfaction, le motto absolu de toute ma vie :
« Nous ne nous soucions pas de prouesses intellectuelles ni de jeux de logique. Nous nous occupons seulement de ce qui est l'évidence même... » !


Jeudi 15 mai 2014

Je suis peut-être en mesure à présent d'attaquer le statut d'infaillibilité de B. sans pour autant éprouver l'impression de la trahir, de la perdre. En effet, rien ne dit qu'elle n'aurait pas fini par comprendre, si la situation l'avait permis.
A la fin, elle qualifia mon besoin d'acharnement thérapeutique de « recherche de l'absolu » ne devinant pas la cause particulière et donc la nature exacte de mon obstination. Il ne s'agissait pas de ce qu'elle croyait mais seulement de la nécessité pour moi d'éclaircir le mystère préoccupant engendré par le mensonge maternel que j'avais inconsciemment deviné dans mon enfance, mystère dont je croyais être l'origine, le dépositaire.
Qu'avais-je pu faire, qui étais-je, pour buter constamment sur ce point d'interrogation géant maléfique, lourd comme la pierre, qui fermait tous les passages ?
Je ne pouvais pas me croire guéri. Je ne pouvais que continuer à m'interroger, à l'interroger elle, mon psychiatre, au risque (qui s'est bien produit) de détruire tout ce que nous avions accompli jusque-là, au risque de tout perdre, de voir L. s'en aller, et de me perdre moi-même (ce qui est presque arrivé).


Mercredi 14 mai 2014

The way we were

Je vois à présent les vies de celles et ceux que j'ai connus avec tout ce qu'elles avaient d'improbable, d'accidentel, de hasardeux, comme des brouillons d'existence, de simples hypothèses, des projets jamais définitifs, des schémas de travail toujours en question, et aucun d'eux (presque tous...) alors ne semble s'en être rendu compte : ils me sourient toujours niaisement dans mon souvenir comme si j'avais été le peintre ou le photographe chargé d'immortaliser le moment que nous partagions.
Si je pense que ma vie est un destin je dois trouver dans l'avenir ma propre trace et il n'y a aucune place pour la fantaisie, pour le hasard.
Quoique l'invention du livre ait pu apporter de précieux, la symbolique qui en découle n'est pas toujours bonne. Par exemple, il ne faut pas dans la vie « tourner la page » ou « changer de chapitre », ce qui revient à faire des nœuds avec la durée, à s'étrangler soi-même. L'existence est plutôt un rouleau de parchemin sans interruption, qui se dévide peu à peu, voire se rembobine, et dont les passages divers peuvent se superposer, correspondre directement de façon physique, tout en étant séparés chronologiquement.
Circule là-dedans mon esprit, du moins une étincelle qui en émane, grain de poudre de perlimpinpin qui traverse à volonté les couches du rouleau pour élucider tel ou tel instant, telle période, puis revenir au présent avec une nouvelle lumière, se balade à sa convenance, irradie peu à peu le sens...


Je suis certes un inconnu, mais vaste, un vaste inconnu...


Mercredi 7 mai 2014

A Arnaud Descat
¿Qué tal ?

Cornichon entre les cornichons, j'ai été capturé jadis par le lasso glorieux de Gloria Lasso, sa voix à faire b... un mort, et mort je ne risquais pas de l'être de sitôt : je n'avais que six ans.
Cette femme-là, cette chanteuse de la séduisante catégorie latino-américaine à la mode alors, fit pousser sur l'amour que j'avais pour ma mère le rêve enchanté du bonheur charnel, inspiré, évoqué par sa voix caressante et torride, sa voix de pampa argentine imaginaire où souffle chaque jour le vent du tango et de la passion amoureuse.
Amour et mort, vent et folie, quel enivrant cocktail à boire en voyage, à bord d'un luxueux paquebot traversant l'océan, debout au bar en écoutant jouer un brillant orchestre et en regardant les danseurs !
Et puis tomber amoureux en l'apercevant... elle, la farouche gardienne de l'âme !
Elle est vêtue d'une merveilleuse robe qui épouse tous ses mouvements et elle valse dans les bras d'un quelconque imbécile... on apprendra bientôt heureusement que ce n'est que son cousin.
La traversée n'est pas prévue pour jamais s'interrompre, du moins inopinément comme cela a été mon cas.
Car voilà, la danseuse est remontée au paradis d'où elle était venue.
Il n'y a plus de barman derrière le comptoir carbonisé... Tout est en ruine... Les musiciens forment un tas de squelettes qui ont laissé échapper leurs instruments à présent muets...
Le paquebot continue sur sa lancée...
Je n'ai pas perdu la foi !



Le rempart d'amertume, d'aigreur, d'affliction, quand ce n'est pas de suffisance, de vanité et d'orgueil, qu'il y a à franchir d'abord pour entrer dans cette ville fortifiée, dans leur cité interdite si secrète parfois qu'on dirait qu'ils ne la connaissent pas eux-mêmes, est par trop décourageant, me relègue heureusement à bonne distance et en pleine nature, loin de leur monde trop exclusif et de ce qu'ils semblent aimer par-dessus tout : le malheur !


Et si l'art n'était qu'un souvenir personnel de la beauté de Dieu... ?


Vous me manquez, gens que j'ai aimés
Ami(e)s, frères et sœurs, épouse, maîtresses, et toi surtout
Le mentor féminin, la prêtresse, la pythie, la clairvoyante, l'oracle ...
Vous n'êtes plus, ni d'ici et de maintenant, ni d'ailleurs et de demain
J'attends à chaque battement de mon cœur celles et ceux qui auraient dû prendre la relève pour le pire, ou alors...
S'il ne devait pas en être autrement que pour le meilleur
L'Unique, Celui dont j'ai depuis toujours la nostalgie !


Dimanche 4 mai 2014

Facebook, prison dans l'Internet libre

Tout ce qui est humano-humain est à chier. En même temps, c'est le meilleur moyen de « réussir » socialement. Prenez Facebook, par exemple, son développement monstrueux, son gigantisme, à partir d'une simple exploitation de la vanité humaine, du nombrilisme adolescent des étudiants d'une quelconque fac américaine, puis du narcissisme général. Si l'on peut envier la richesse acquise, on n'imagine que les doutes, les soucis, la souffrance de son créateur, la vacuité terrifiante de son existence. En fait il s'est fait le champion, le vassal de la connerie, et il déploie probablement d'immenses efforts pour refuser de s'en apercevoir vraiment, le seul point positif étant d'avoir favorisé le besoin naturel de communication de ses semblables.
Normalement chacun ne doit-il pas se démerder tout seul pour résoudre ses besoins ?
Je veux communiquer, je veux m'exprimer ? Je crée un site perso, ou à la rigueur un blog grâce à l'aide relative, mesurée, de ceux qui en offrent la possibilité.
Là on est dans l'humano-divin, le rêve initial qu'offrait Internet de permettre toutes les tribulations possibles individuelles dans un état des choses décidée hypothétiquement encore par Dieu, pas par Mark Zuckerberg !


Vendredi 2 mai 2014

J'ai longtemps lutté contre les « esprits forts », ceux qui savent tout, ont toujours raison, et veulent dicter aux autres leur conduite, jusqu'à finir par croire, aidé par la solitude, n'être moi-même qu'un esprit chancelant, inquiet, et doutant toujours.
C'est peut-être ce dont j'ai l'air parfois en effet mais il n'en est rien. C'est moi le fort en esprit, toujours rassis quelle que soit la situation et jamais en dessous de la ceinture, capable de se jouer de toutes les contradictions, de percer les apparences, de composer avec l'irrationnel et d'assumer la dualité, de changer de logique quand il le faut comme de chemise, de comprendre l'inouï.
Je vais presque où je veux sans jamais perdre la boussole, et surtout, quand je rencontre la vérité, aussi inattendue et paradoxale qu'elle paraisse au premier abord, aussi impitoyable et dérangeante, mais toujours la plus réconfortante, la plus belle à mes yeux, je sais la reconnaître et l'accepter.


Lundi 28 avril 2014

C'est ma propre histoire. Avant de vous la raconter je ne le savais pas. Et puis, peu à peu, bien que les protagonistes, le héros¹, n'aient apparemment rien à voir avec moi, j'ai commencé vaguement à entrevoir une ressemblance, et, aujourd'hui, ayant depuis pas mal de temps écrit le mot « fin », je me rends compte tout-à-coup stupéfait qu'il s'agit non seulement de moi exclusivement mais surtout d'une vérité à mon endroit que je n'aurais jamais voulu apprendre.
Il fallait que je me l'explique à moi-même, la justifie avec cet artifice, sous couvert d'invention, assumée par d'autres, pour pouvoir enfin l'accepter.

1 (qui, d'ailleurs, encore plus étrangement, est une héroïne !)


Mercredi 23 avril 2014

Ne pas être un tant soit peu créatif, artiste, c'est être incomplet. Et ceux-là... considèrent en général ceux qui ont ce qui leur manque comme des "farfelus"!


Samedi 19 avril 2014

Hortensia

Squelette de fleur d'hortensia


Uncut flower

L'ombilic du monde se trouve exactement ici, au milieu de la forêt, dans cette clairière d'herbe verte de forme vague, simple, modeste, et pourtant solennelle comme le parvis d'une cathédrale, devant l'édifice secret et sacré.
Il y a, discrets et comme invisibles, les animaux que l'on aime, lapin, biche, chouette commune, grenouille et lézard, couleuvre, scarabée, etc., etc., etc.
Ici règne la paix, la paix de l'âme, la paix véritable, dont on sait qu'elle rayonne au loin comme une onde concentrique sans fin.
Je veux penser que c'est chez moi et d'ailleurs ça l'est, comme pour tout homme qui peut l'imaginer.
Il y a aussi, indispensable, le silence naturel, intense et fertile, mais qui n'est cependant jamais exempt de variations, d'inoffensives atteintes qui le mettent en valeur, comme les frôlements, les soupirs des bestioles, les trilles brefs d'un oiseau, le craquement d'une branche.
C'est un jour de cristal, un air pur, un instant éternel.
Et la solitude est enfin Partage.


Vendredi 18 avril 2014

Avant, jadis, j'avais l'intelligence en quelque sorte « endimanchée ». Je pensais avec des formes, avec des scrupules. Je voulais mettre l'esprit dans ma pensée.


Le vrai patron c'est moi, le boss, le cador, mais peu de gens le savent. J'incline trop à la douceur et à la bonté.


Les grandes œuvres nous sont adressées directement, il n'y a pas de décryptage à effectuer. Le public n'est pas chargé, à 50 %, d'en constituer l'intérêt et la valeur. Nous sommes conduits, pris par la main, il n'y a qu'à se laisser aller en confiance.
Pas de second degré, de clin d’œil, de signes d'intelligence, c'est un don à sens unique suscitant la gratitude et rien d'autre.


Jeudi 10 avril 2014

Certains crimes connus de tous demeurent pourtant à jamais impunis. Si vous ne me croyez pas, venez visiter mon appartement : que je sache, l'architecte n'a jamais été poursuivi.
Passée l'entrée qui mesure environ 1,5 m² (!), il y a un couloir long de 2m50 qui file obliquement vers la gauche délimitant de ce même côté un coin cuisine américaine triangulaire de 6,5 m² pour déboucher dans la pièce principale d'environ 15 m² à peu de chose près triangulaire aussi.
Dans son prolongement en quelque sorte « naturel » mais amputé de ses deux coins se trouve le pentagone, j'ai bien dit, de 10 m² de la chambre. Il y a également sur le côté gauche de la pièce à vivre une salle de bain-wc, relativement grande (6,5m²), et enfin carrée (sauf l'angle qui abrite la colonne technique), afin sans doute de ne pas désespérer davantage l'habitant qui aime la simplicité, et, enfin, un peu comme une demande d'indulgence, de pardon, une généreuse mais là encore "triangulaire" terrasse de 35 m², que rien, sauf ce supposé sentiment de culpabilité de l'architecte, ce repentir, ne permet d'expliquer.
Je ne suis pas trop malheureux quand il fait beau, comme aujourd'hui, et que j'émerge alors à l'air libre, quoique cet avantage soit surtout une promesse non tenue en raison de la situation à la fois architecturale (nombreux et surplombants vis-à-vis) et géographique (Saint-Denis 93), mais vivre trop reclus dans un appartement bizarre au plan étrange finit par donner l'impression d'être soi-même biscornu.


Mercredi 9 avril 2014

Ami, reste chez toi. Les nouvelles pratiques créatives : installations, performances, voire même les ambitieuses «installations performatives» (!), l' «art» vidéo, etc., n'atteignent pas leur but, plus ou moins bien conscient, défini, revendiqué, qui est en somme « de faire de l'art ».
Il faudrait que les nouvelles générations d'artistes s'interrogent davantage sur ce que sont spécifiquement ces deux choses très différentes : la création et l'art, et qu'ils cessent de les confondre.
L'outrageusement nommé «art contemporain» ou plus justement «art comptant pour rien» ou encore «art content pour rien» est certainement très intéressant mais il n'a aucun sens, et ne remplit pas de réelle fonction.
Le populo qui n'a plus les tableaux d'églises à contempler, les reliefs, les sculptures, les statues, des monuments, se rabat sur la cuisine et la déco !


Dimanche 30 mars 2014

Dans un dialogue imaginaire avec ma psy, d'autant plus imaginaire qu'elle est morte (on ne peut pas dire, s'agissant d'elle : « la pauvre... »), je me reproche de ne pas l'avoir mieux écoutée.
Je l'entends avec surprise dans ma tête me répondre :
« Je voulais t'emmener en Grande Garabagne ! »
.....


Vendredi 21 mars 2014

Dans ma vie, dans ma mémoire (c'est la même chose, vous l'aurez remarqué, rien en somme...) la femme que j'ai aimée, aimée presque à en mourir puis succomber ensuite sous le fardeau des souvenirs, est un ballot de thé.
Oui, un grand parallélépipède rectangle soigneusement ficelé dans une épaisse toile blanchâtre qu'un bateau anglais en provenance d'Orient vient de décharger ce soir sur un quai.
Du rêve autant que des parfums s'en échappent, troublants, enivrants, mais il ne faudra pas moins de deux dockers aguerris et armés de crochets pour le transporter jusqu'au véhicule qui doit l'emporter vers la manufacture finale.
La nuit n'est pas terminée, loin de là. Des lueurs dans l'eau du port, des reflets parce qu'il a plu, tournoient partout et, tour à tour, se posent un instant sur lui. Hommes et animaux, chiens, rats, cafards, etc., visibles et invisibles, circulent, attentifs ou indifférents, bruyants ou silencieux, comme un immense tourbillon sans limite autour de lui, un ballet universel qui compose avec tous les équilibres et tous les faux-pas et qui est sans fin.
Et le ballot gît devant moi, dense d'un devenir inimaginable, totalement inerte.
Pensons à la feuille de thé sèche, ratatinée, prisonnière au milieu, écrasée, qui se dépliera un jour proche dans une théière miséricordieuse et retrouvera un instant sa texture, sa souplesse en exhalant son goût et son parfum... Mais passons...
Pour le moment j'admire les étiquettes, les tampons, les inscriptions étrangères, exotiques, qui figurent sur la toile, et qui stimulent mon imagination. L'imagination est presque toujours ce qui fait la valeur d'une chose.
Ne le boirions-nous jamais que nous aimerions quand même le thé qui est là, dont nous ne sommes même pas sûrs qu'il existe vraiment.
Et bien voilà, cette présence, cette absence, ce regret poignant, cette exquise promesse, c'est elle, à peu de chose près, c'est la femme que j'ai aimée !


Ivre, Rabelais lui avait appris à compter en contrepétant : un, deux, traitre, quos, cinq, sex, sipt, oeuf, nuit, dix.


Mardi 18 mars 2014

J'ai été cousu dans une peau qui n'est pas la mienne, comme de la chair à saucisse dans un boyau qui l'emprisonne, lui concède sa forme, l'empêche de gagner en importance, et cette peau est mon enfance, la (dé)formation implicite, involontaire, que j'ai reçue, bien trop étroite pour moi, étouffante, si bien qu'aujourd'hui elle craque aux entournures, elle se déchire de partout comme un vêtement usé jusqu'à la trame et trop petit et Dieu seul sait à quoi cela va aboutir.
J'aurais du être éduqué autrement et recevoir beaucoup plus d'explications, être informé des exemples les plus extraordinaires, les plus improbables, encore que, si je regarde bien, j'aperçois aujourd'hui des richesses que j'ai côtoyées, aperçues sans les comprendre, et qui se révèlent désormais.
J'ai déjà parlé de l'Orient absolu, antique et éternel que j'avais sous les pieds, celé par l'inconscience de mon entourage, mais il y a eu bien plus, comme par exemple, les personnalités inconnues de ceux-là même qui en étaient dépositaires, ou bien leurs travers, les déviations dissimulées, le grand trésor informe et veule, potentiel, que l'hypocrisie générale, le conformisme et le mensonge nous empêchent de considérer.


Talons aiguilles

Les talons aiguilles servent à marcher sur des tapis de petits tracas comme il en existe immanquablement dans les forêts de problèmes psychologiques et sexuels aux hautes ramures grises, floues et claires-obscures, profondes à perte de vue, et leurs aiguilles ne sont d'aucune utilité ni aux couturières laborieuses ni aux tricoteuses sur le métier. (Si les talons aiguilles pouvaient servir à repriser les propos décousus que je tiens, cela se saurait !)
Ils procurent la démarche précautionneuse et instable des échassiers d'espèces menacées, semblable à celle des tirailleurs isolés contraints par les aléas du combat à se déplacer à découvert en territoire ennemi et qui, malgré un brouillard propice, sursautent au moindre bruit.
De grâce, mesdames, ne pointez pas votre escopette sur votre voisin innocent et ne l’abattez pas sans l'avoir voulu, par simple nervosité !
C'est tout ce que l'on vous demande, insensées femmes fatales !
*

Tant qu'elle ne tombe pas, la femme qui marche sur des talons aiguilles est seule.
Elle a beau être entourée de mille chevaliers servants qui l'escortent, avoir sa cour comme une reine, un chef d'état, elle est seule. Seule et d'un autre monde, d'une autre nature, jusqu'où elle est parvenue, cela se devine sans qu'elle le dise, au prix d'horribles souffrances.
On se doute qu'elle a des cors aux pieds, des oeils-de-perdrix qui ne lui laissent aucun repos, mais les autres souffrances, celles qu'elle a connues avant, pour en être enfin là, ont été sans commune mesure.
D'ailleurs avoir mal aux pieds aujourd'hui est un plaisir, un véritable bonheur pour elle !
Elle sourit à la cantonade, avec ses belles lèvres rouges découvrant des dents magnifiques, comme si elle voulait dire sans émettre un son : « J'ai gagné, j'ai gagné ! » et ceux qui l'entendent se demandent avec perplexité : « Mais quoi, sapristi¹ ? » sans trouver la réponse.
Et c'est dans ce mystère extraordinaire -personne, je l'espère, ne me contredira- que réside le charme qui, hommes et femmes, nous captive tous.

1 Je sais que c'est du vocabulaire passé de mode et ça m'est égal.


Mardi 11 mars 2014

N'est-il pas normal qu'après avoir été un véritable traître à l'espèce humaine (ou, en tout cas, m'être cru tel) puis avoir fait tellement d'efforts pour revenir et n'y recevoir qu'un accueil à peine tiède -froid serait plus juste- de sorte que j'ai eu l'occasion de me forger peu à peu les raisons qui me manquaient jadis pour partir, je n'éprouve à présent qu'une seule envie, un seul besoin : abandonner toute prétention et laisser Dieu décider à ma place !


J'ai vécu une trentaine d'années comme si j'étais toujours dans le cabinet de ma psy, entouré de patients comme moi, pleins de gratitude à son égard et décidés à prolonger autour d'eux sa paix et sa bonté. Cela faisait de moi quelqu'un d'un peu infantile et aux bonnes intentions, à la bonne foi, tellement visibles (je suppose), que je n'ai pas à le regretter aujourd'hui, comme cela aurait pu malheureusement arriver.
Une seule fois j'ai été rembarré par un imbécile, un intellectuel, un prof, qui a voulu me rappeler sans ménagement (déformation professionnelle probablement) les règles du jeu que manifestement j'ignorais. « Tous ennemis », c'est vrai, est plutôt le credo en société que « peace and love ». Mais comme je lui pardonnai rapidement tout ce qu'il avait dit et fait de blessant et d'humiliant je m'en sortis en quelque sorte en (crétin) vainqueur.
En somme un martien dont l'apparence ne serait pas différente de la nôtre pourrait survivre dans ce monde -à condition de garder son pistolet-laser dans sa poche- malgré une pensée, des sentiments, d'une autre planète, sans se faire particulièrement remarquer.


Dimanche 9 mars 2014

A d'autres époques «faire son salut» est un but avouable, voire conseillé, enviable même lorsqu'il n' est pas partagé. Mais la nôtre, d'époque, plongeait dans la perplexité l'enfant et l'adolescent que je fus, qui ne voyait pas d'autre chemin à prendre, de «métier» à choisir, de vocation plus pressante, tout en étant incapable de le conceptualiser et de l'exprimer. Le moins qu'on puisse dire est que le contexte historico-socio-culturel n'était pas favorable, et quoique le plus normal des hommes, et, pour parodier Rousseau, aventurier du même acabit, «le plus sociable et le plus aimant», je faisais figure de phénomène, de farfelu, même et surtout à mes propres yeux, ce qui est loin d'être confortable.
Inconfort dit troubles, troubles dit déséquilibre, et déséquilibre signifie que la lucidité s'éloigne.
Heureusement des savants comme Jung nous rassurent en établissant la nécessité d'une évolution spirituelle, d'une croissance naturelle de l'âme, et il n'est que de voir les tourments et les affres de ceux qui, confrontés à la difficulté de l'assumer, recourent à la psychanalyse et à la psychiatrie, pour comprendre que notre sort sur Terre ne consiste pas seulement à exercer une profession, faire des enfants, et payer ses impôts, même si c'est compatible, justifié et honorable.
Le principal est plus, et, tant que l'Histoire humaine n'en fera pas son sujet central et les autres événements des épiphénomènes, ne vous attendez pas à autre chose que des souffrances et des guerres.


Jeudi 6 mars 2014

Pas plus que la carte n'est le territoire, le concept (idée + vocable) n'est la chose. Korzybski le savait déjà.
Ainsi la réalité n'est pas dans l'intellect et la connaître passe par un autre chemin, met en œuvre un autre aspect de l'esprit.
Et c'est là, évidemment, messieurs les décideurs de la vie des autres, patrons, politiques, chercheurs scientifiques, soi-disants créateurs de tous poils, penseurs volontaires, qui vous croyez tout-puissants, que notre existence sans vous commence à être intéressante.


Certains se demandaient s'il avait toute sa tête. Comme le jour où il avait dit : « Pourquoi torturer des êtres humains ? Il y a suffisamment de tortues de par le monde sans avoir à augmenter leur nombre de manière forcée ! »


Lundi 3 mars 2014

Il est normal que ce soit un peu long à vous parvenir, je vous écris du 93, de Terre-A-Délit...


Ca y est, j'arrive au cap, j'atteins à l'Age ! Le sept ressemble à une hache, une grande cognée, et le zéro derrière, selon les goûts, à une tête dans un panier ou à un corps décapité : 70 ans !
Mais non, je blague ! Je n'en ai cure ! D'ailleurs, vous le savez bien, j'épouse votre fille...


Samedi 1er mars 2014

C'était délirant, je vous l'accorde, et d'autant plus que cela restait informulé, inconscient, mais, pour moi, il y avait « ceux de la bande à Balda » et les autres. Attention, pas tous ses patients, seulement un petit noyau, quelques-uns qu'elle m'avait désignés elle-même, un jour, alors que nous attendions dans la voiture garée sur l'arc-de-cercle de la place Winston Churchill à Neuilly, en m'expliquant que ceux-là, tels qu'ils étaient, avec leur droiture, lui apportaient le réconfort dont elle avait besoin par rapport à tout ce qu'elle était obligée de voir, de regarder.
Et « ceux de la bande à Balda », dont au premier chef je faisais partie -n'étais-je pas le disciple qu'elle aimait ?- avaient, croyais-je, une mission à accomplir : honorer sa mémoire plus ou moins collectivement (lui rendre un culte en somme...; où étais-je allé chercher cette idée ?) et promouvoir le bien !
C'est peu dire que je me mettais le doigt dans l'oeil, vous vous en doutez !
La bande a essaimé. Ils sont tous partis, chacun de son côté. Pas de mission pour eux, pas de devoir à remplir. D'ailleurs qui consulte chez le psy pour se charger de nouvelles obligations ? A part moi, personne !
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Mercredi 26 février 2014

Comment un être humain avec un cœur battant normalement, foncièrement bon, peut-il causer tant de mal ?
La réponse est : Inconscience !


On ne peut pas mordre dans Dieu ! J'ai essayé, par déformation "existentielle", "manie" acquise dans la prime enfance, trait de caractère si l'on veut, et d'ailleurs cet outil d'attaque (que Laurent avait bien vu ¹) -les dents- est précisément en toute justice ce qui est le plus délabré chez moi aujourd'hui, mais évidemment mordre dans Dieu est impossible !

¹ Il m'avait dit, âgé, quoi, de quinze ans, à moi adulte, à l'une de nos premières rencontres : "Vous, vous mordez !"


Si les sentiments ne sont que des épiphénomènes de la physiologie, je ne vois pas l'intérêt de continuer dans la culture du « romanesque », que vous appelez improprement « romantisme », bande de vulgaires !
Personnellement, et c'est d'ailleurs ce qui m'a inspiré la pensée précédente, je ne parviens pas à imaginer L., après qu'elle m'ait largué, en train de baiser avec mon successeur. Pourtant son argument était bien: « J'ai besoin d'avoir des rapports sexuels ! » Etrange, très surprenant, de la part de quelqu'un qui ne pouvait plus le faire avec moi uniquement parce que j'étais devenu muet. Pourtant, étant donnée la succession de dommages que je subissais depuis longtemps du fait de ma dépression et de ma psychothérapie foirée, je parviens tout de même à le comprendre.
Ah, mais c'est vrai ! J'oublie le lent travail de sape de sa famille, de ses sœurs, pour nous séparer.
Envieuses. Envieuses de sa lumière, et dans une moindre part jalouses !
[Quand on fait trop preuve d'amour, d'abnégation, de générosité, c'est-à-dire de grandeur, il se trouve toujours non loin quelqu'un de petit, qui, ne pouvant souffrir la comparaison, s'emploie à vous en empêcher, sous prétexte d'assurer votre protection !]


Mardi 25 février 2014

Il n'était pas dans le plan que tu meures !
Ce n'était pas prévu au programme
Tu devais m'attendre jusqu'à ce que j'en aie fini avec ce qui m'empêchait d'être heureux avec toi
Comme un animal attaché à son piquet par une longue chaîne je ne pouvais pas disparaître complètement je ne pouvais que revenir !
Et qui plus est en vainqueur !
Suivi par des milliers de prisonniers portant les coffres remplis du butin acquis dans les combats
Bijoux étincelants vaisselle d'or pierres précieuses étoffes somptueuses statues
Et aussi les jongleurs les danseuses les musiciens les animaux exotiques...
Et toi majesté constante et sûre à la place d'honneur sous le dais de pourpre
Impératrice aimée et applaudie par le peuple en liesse
Tu devais assister à mon triomphe et m'accueillir.


Dimanche 23 février 2014

L'argent est une pathologie qui peut affecter l'humanité, la modifier et la détruire, et qui présente des symptômes spécifiques faciles à reconnaître. Il circule dans des milieux qui, en principe, ne devraient pas en être affectés, comme la politique, et depuis si longtemps, qu'il est devenu chronique et difficile à soigner. L'éradiquer est une utopie récurrente.
Là où il se trouve l'égoïsme devient volontariste et passe pour justifié. La vulgarité, la grossièreté, et la méchanceté nécessaires, avec une intensité de bon aloi, ne sont plus des défauts. Les sourires plus nombreux qu'ailleurs, dont on ne sait s'ils sont de pur cynisme ou dissimulent une horreur spéciale, fleurissent.
La catégorie d'individus frappés peut rassembler des morphologies très différentes, toucher tous les types humains possibles, mais une ressemblance se dégage qui les rend tout-à-fait reconnaissables, pour les autres comme pour eux-mêmes.
Vénaux, certes, et par conséquent fourbes et hypocrites, souvent vicieux et impitoyables s'agissant des plus nantis, ils se considèrent comme « réalistes », « pragmatiques », et se prétendent même parfois des « hommes d'action » (on a envie de dire -humour impénitent- : « …en Bourse, monsieur le président ? »).
Comme si agir consistait à endosser des chèques et à échanger des enveloppes sous une table !
On ne fera pas grief à ces hommes d'action de posséder, en général, ces mains affaiblies et cireuses à quoi se reconnaît leur dégénérescence, surtout morale, car ils tentent de remédier à leur inactivité physique en fréquentant les salles de sport, en faisant du jogging et du vélo, préoccupés sans doute par l'odeur de mort qui flotte autour d'eux, plus perceptible et plus angoissante que partout.
Ils doivent tout à leurs tailleurs qui les sculptent dans des tissus admirables d'une coupe irréprochable et flatteuse, en oblitérant le caractère fragile, éphémère, et un peu répugnant de leur chair.
Ce sont des démons, des diables sans grande valeur, remplaçables au pied levé, et il vaut mieux pour eux que cela ne se sache pas (trop).


Vendredi 21 février 2014

Non seulement j'ai pu récemment parler, décrire et publier un épisode traumatisant et capital de ma vie, mais par-dessus le marché en acceptant librement une épreuve actuelle sans commune mesure mais qui paraissait receler une meurtrissure potentielle, découvrir soudain que je regrettais intensément la période du traumatisme passé, et que, comme tout le reste finalement, je l'avais aimée, et deviner enfin, pour la première fois, que la vie est Soi, qu'il ne nous arrive jamais rien d'étranger mais que nous sommes indiscernables de ce qui nous arrive.
Nous sommes la Vie, elle n'est pas extérieure à nous, et aucune peur n'est justifiée !


Jeudi 20 février 2014

Comment, entre autres, pouvais-je me sentir « normal » -aurais-je jamais pu me sentir « normal »- dans une société qui nous fait une obligation d'avoir un âge et d'évoluer avec le temps, alors que le sentiment intérieur que j'ai de moi, l'état de mon esprit, n'a jamais changé, est toujours le même depuis ma naissance ?
Constant, égal, intact en permanence, vieux, voire « ancestral » en comparaison avec les autres quand j'étais enfant, éternel et de fait incomparable, vers trente-cinq, quarante ans, quand, apeuré, malade, je ne mettais pas le nez dehors, et aujourd'hui, jeune, et même enfantin, alors que j'entre, au calendrier, dans la vieillesse, comment pourrais-je reconnaître appartenir à quoi que ce soit estampillé généralement « conforme » ?


Mardi 18 février 2014

Tenir en rêve des propos parfaitement cohérents et si réalistes qu'en s'éveillant on n'est pas certain de faire la différence, c'est mon aventure de cette nuit. J'expliquais à quelqu'un en marchant dans une rue que la politique est comme la vidange, à la différence près qu'aucun vidangeur n'a jamais paradé parce qu'il travaillait dans la merde, sentait la merde, et se retrouvait parfois couvert de merde, ce qui, on ne peut le contester, est le cas des hommes politiques qui, par-dessus le marché, mangent de la merde, vendent de la merde, et font l'apologie de la merde.
Bien sûr, dans le rêve le discours était infiniment mieux construit, plus développé, et l'éloquence plus grande. Je n'essaie nullement de le reproduire ici, je n'en fournis, si j'ose dire, que la substance...


Le XIXe gonflé, un peu débordant sur le XXe, est, en France, ze siècle de la Littérature. Bien sûr il y encore après des écrivains majeurs ici et là, mais isolés et exceptionnels, alors qu'auparavant tout le monde, jusqu'aux journalistes et aux épistoliers amateurs, peut prétendre être un écrivain et que les plus grands ne se distinguent pratiquement pas, au niveau de la façon, des petits.
Eh oui, on faisait de la rhétorique à cette époque, et le moindre bachelier, après avoir étudié utilement le grec et le latin, était instruit des arcanes de l'expression verbale.
Si vous ne me croyez pas, procurez-vous un Bouquin de chez Laffont qui présente une compilation d'articles de journaux sur l'Orient. Comme moi vous serez étonné de constater que Baudelaire n'écrit pas différemment de ces journalistes oubliés.


Le regard lavé par les douleurs de toute une vie, n'ayant rien acquis qui n'ait été également perdu, considérant à nouveau la lumière du jour comme celle, simple et pure, de son enfance, il est pourtant impossible de se contenter d'avoir survécu. Il y a forcément quelque chose de mieux à trouver  !


Dimanche 16 février 2014

Spirituellement, je suis un cuistre. Tellement, d'ailleurs, que j'ai envie d'ajouter : « C'est déjà bien, dans ce domaine ! »


J'abandonne la lutte, j'espère. Je ne sais pas si ça me reprendra mais là je n'en peux plus. Depuis des années je n'ai pas cessé de vouloir être mieux, être meilleur, pour complaire à quelqu'un dont le jugement comptait pour moi plus que tout, quelqu'un qui, à l'en croire, me trouvait déjà quasi parfait.
Mais, j'avais suscité des nuances, de petites remarques, des restrictions, en voulant à toute force continuer à progresser avec son aide, à savoir.
Parce que j'ai grandi dans un mensonge de famille insupportable et que le questionnement en moi, qui aurait dû cesser, ne s'arrêtait pas.
(Les mensonges creusent des trous dans l'âme qui ne se referment pas. Ils réclament d'être comblés avec la vérité. Parfois même, dans le cas de petits mensonges, celle-ci surgit toute seule, elle est appelée... et l'on sait !)
Mais, dans mon cas, la réponse était ailleurs, ainsi que la question particulière elle-même, étrangères toutes les deux, impossibles à deviner.
Et ainsi je suis allé trop loin.
Alors, ne l'ignorant pas, la personne dont le jugement comptait pour moi plus que tout m'a fourni un renseignement, une clef qui devait ouvrir la porte ou de mon salut ou de ma mort.
Longtemps je l'ai tenue à bout de bras malgré son poids sans m'en servir parce que j'avais peur. Puis, un jour, en un geste rapide, naturel, la serrure a tourné, la porte s'est ouverte, et le chemin de la liberté s'est présenté devant moi.
Long, ardu, fait de millions de petits pas, et même parfois presque de retours en arrière, d'arrêts interminables, de doutes.
Je me détendais, j'avais de moins en moins peur, mais la lumière ne venait pas.
J'aurais voulu parler aux morts et en finir une bonne fois avec le passé mais c'était impossible.
Quant au présent, s'agissant des conditions matérielles, je trouvais que, par rapport à avant, il laissait à désirer.
C'est toujours le cas.
A présent de tous côtés l'aide spirituelle m'arrive, un véritable ouragan, qui, probablement, rapproche l'échéance, qu'elle soit bonne ou mauvaise, et augmente les risques que me fait courir la tentation.
Tentation à laquelle j'ai encore cédé et qui vient de me démontrer la grandeur de ma présomption et ma banale humanité.
Je croyais aller où je voulais...
Encore une foutue erreur !


Samedi 15 février 2014

En tant que poète honnête -et non « honnête poète »- je ne me suis jamais donné le mal d'améliorer à part le langage d'une pensée qui manquait de sens. Pour moi le fond compte plus que la forme, et même il est seul à compter -comme méthode d'écriture c'est bien suffisant !
Venant après Rimbaud c'est aussi refuser l'évolution et laisser le champ libre à la concurrence. Et ils sont nombreux à essayer de sculpter, d'orfévrer, du néant ! Mais en cas de réussite de la gageure que j'ai choisie, je suis certain de les surpasser tous, et même leur modèle !


Vendredi 14 février 2014

Maintenant que tu es partie, les conversations, les échanges intellectuels que nous n'avons, toi et moi, jamais réussi à avoir, me manquent. Je les ai tellement attendus, voulus, imaginés, qu'ils paraissent avoir été réels quand je pense à toi, plus que tout le reste qui, avec le temps, s'est presque effacé, a presque disparu.


Jeudi 13 février 2014

Un grain de riz figure la multitude.


Mardi 11 février 2014

« A neuf ans il a assassiné son père en le poussant dans l'escalier de la cave, un escalier de pierre d'une vingtaine de marches, abrupt, rectiligne, pourvu d'une simple rambarde sur un côté. La chute dans le vide était inévitable et elle fut fatale comme il l'espérait. »
Voilà ce que l'on pourrait presque raconter de moi, tant la représentation fut soudaine et claire dans mon esprit alors que je regardais d'en bas mon père escalader les marches, une sorte d'hallucination ultime qui me secoua comme un événement réel.
C'était exactement comme si j'étais monté rapidement derrière lui, l'avais rejoint et précipité en bas sans hésiter. J'étais tout entier dans le désir de le voir tomber lourdement, sa personne exécrée, et mourir sur le coup !
Quelle haine formidable et pourtant combattue chaque jour, refoulée, devais-je alors éprouver à son encontre !

... Ce souvenir explique, je pense, la bizarre assertion sur laquelle je butais depuis quelques temps au cours de mes introspections profondes sur le canapé, dans une demi-somnolence, entouré de mes chats pensifs qui m'escortent : « Tu es un assassin ! »...
Certes, je l'ai été vraiment en esprit et je l'avais oublié, la cause, à ce qu'il paraissait, de l'arrêt de mes progrès intérieurs...


Samedi 8 février 2014

Les marais salants de l'île de Ré où nous nous promenions seuls par un jour gris, l'océan sauvage omniprésent dans un paysage de préhistoire, les épaisses nuées de moustiques arrondies comme des buissons entre lesquels nous passions, c'était assez pour que je t'aie regardée et vue alors Eve immortelle et t'aime à jamais.

... ( Mais, pour être exact, je n'avais pas attendu l’île de Ré pour t'ériger un monument. Les érections, comme tu le sais, ça me connaît. De stèles, de totems, d’emblèmes, d'autels de campagne, etc., et la dévotion sentimentale qui va avec. Le boulot de création, quoi ! ... Mais en compensation mes sentiments n’appartiennent qu'à moi. J'en fais ce que je veux. Ils ne sont pas à ceux qui les déclenchent. )


Vendredi 7 février 2014

Il est plutôt étonnant d'apercevoir à Saint-Denis, cette ville de jamais et de nulle part, ou si l'on veut être positif, de toujours et de partout, ce qui revient presque au même, des personnages balzaciens, c'est-à-dire d'une époque et d'une culture bien précises, qu'on aurait parié avoir disparus.
C'est le soir, tard, au moment des courses de dernière minute, au sortir de chez-moi : un notaire sénile, échalas voûté, chancelant, tout vêtu de noir, ressemblant à la Mort sans sa faux, et dépositaire à l'évidence d'horribles secrets, passe là, filtre un mauvais regard dans ma direction, puis disparaît comme il est venu.


Jeudi 6 février 2014

« Dépêchons ! dit-il, j'ai à faire. Je dois recevoir une femme de meurtre et élucider un ménage ! »


Henri Brulard et Blaise Cendrars cherchent le pyromane.


Mes déboires conscients ont commencé le jour où j'ai refusé la venue du Christ.
J'avais à l'époque 22-23 ans et je séjournais depuis plusieurs mois à La Barbade, lieu de naissance de ma femme. Nous y avions abouti après nous être rencontrés en Grèce et avoir plus ou moins erré en France et en Angleterre, diverses péripéties que je raconterai peut-être à un autre moment.
Pierre, un ami de longue date, qui habitait au Colorado avec sa jeune épouse, m'avait rendu visite, apportant dans ses bagages une bouteille de vodka contenant quelques doses de L.S.D. Nous en prîmes un soir, dans la petite maison sur pilotis de Bathsheba devant l'océan et, lorsque je sus tout-à-coup sans le moindre doute qu'IL allait apparaître devant moi, éblouissant de lumière, je mis mentalement un genou à terre, baissai la tête, et déclarai que je n'en étais pas digne.
Je ne saurais dire combien de temps il me fallut ensuite pour reprendre conscience, debout sous l'auvent de la varangue dans la nuit noire tropicale intense, tandis que Pierre répétait mon nom, comme de très loin d'abord puis de plus en plus rapproché, jusqu'à ce que je comprenne enfin le sens des mots qu'il prononçait. Bouleversé, je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé. Mes joues, à ce qu'il m'en souvient, ruisselaient de larmes.


Mardi 4 février 2014

O Grand Dindonneau,

Depuis que tu diriges la basse-cour -j'allais dire : « présides aux destinées du pays »- j'apprends, passablement étonné, qu'il existe une catégorie de volaille d'une lâcheté si remarquable que la notion même en est dépassée et abolie, ne songeant qu'à tourner ses plumes afin de n'offrir aucune prise au vent et obtenir pour elle-même baumes et délices sans se soucier des conséquences pour les autres et que le statu quo ne change jamais, toutes apparences gardées, quitte à fusiller en sous-main Saint-Vincent de Paul, l'abbé Pierre, Soeur Sourire et Mère Térésa, tous les coqs chevaleresques, les poules compatissantes, qui rêvent de grain pour tout le monde et de bonheur généralisé.
Mais il y a plus étonnant que ton absence d'état d'âme, ou d'âme tout court, ton absence d'idées, de volonté, qu'on ne peut imaginer, étant « normal », qu'assortie d'efforts ingrats, de pénibles sacrifices, c'est la poursuite simultanée et comme innocente de tes passions privées, ce sont tes sorties incognito dans le poulailler en quête de pintades à suborner, autrement dit ton absence de conscience professionnelle et de scrupules, ton extraordinaire et scandaleuse impudence de Grand Chef Dindonneau !


Lundi 3 février 2014

Beauté des chats. Je les observe, immobiles près de moi, éclairés par un hivernal rayon de soleil, leur perfection... Ils sont sculptés.


Jeudi 30 janvier 2014

Quand quelqu'un comme Emmanuel Valls, ministre de l'Intérieur, ayant semble-t-il à sa disposition tout l'appareil d’État, entouré d'un parti, et de tous ses militants, parle de « combattre » (ce sont ses propres termes) un unique individu comme Dieudonné, simple humoriste, ne faisant pas état, que je sache, d'une quelconque appartenance politique et ne tenant que des discours souvent drôles et, quels que soient les sous-entendus qu'on puisse avec bonne ou mauvaise foi lui prêter, toujours savamment évasifs, n'y a-t-il pas quelque chose d'étrange, de disproportionné ?
Quelque chose de dérangeant et même d'inquiétant ?
Et lorsque ce même ministre de l'Intérieur, qui, par ailleurs, s'est distingué par son action concrète, violente, contre les résistants de Notre-Dame des Landes et contre les Roms, se trouve être par-dessus le marché un petit bonhomme bien peu séduisant, à l'expression haineuse et à la diction pénible, « homme de pouvoir » n'en détenant à l'évidence pas beaucoup sur le plan humain, comme dans le discours filmé où on le voit parmi ses pairs parler sur l'estrade du P.S. de « combattre ce Dieudonné », il est difficile de ne pas se sentir plutôt du côté de son adversaire.
J'ai horreur de prendre parti, mais ayant depuis toujours choisi de défendre les Indiens contre les cow-boys, j'ai envie de dire, qu'à choisir, je préfère, quel qu'il soit, et même j'aime Dieudonné !


Dimanche 26 janvier 2014

Les surdoués sont des gens qui sont un tout petit peu moins tombés de l'étoile, tombés en se faisant moins de mal, moins abîmés..., et le «génie» un peu du souvenir de la Connaissance.


Mercredi 21 janvier 2014

Prière pour entendre le Nil...

(je ne sais pas pourquoi je dis « entendre » et non pas « voir ». Peut-être à cause du bruit du radiateur près de moi ? Tout ce que j'écris là a surgi au réveil, les yeux à peine ouverts, sans que j'y aie jamais songé consciemment la veille ou les jours précédents. Très étrange.)
L'Egypte : quelle est l'identité palpable de ce pays, avec son extraordinaire et si particulière histoire ? Seulement celle d'un pays arabe, «contemporain», comme définie dans les médias, les journaux ?
Ici, où l'on vit dans le froid avec des meubles de fer et seul, on (je) n'en sait rien, on ne peut pas le savoir.
Je réalise que, dans mon enfance, à Paris 19e, à la fois l'Orient et le Sud, le Désert, les visages de Guerriers, se trouvaient littéralement sous mes pieds, dans le café «arabe» du rez-de-chaussée, proximité si inattendue qu'il ne venait à l'idée de personne autour de moi d'en prendre conscience de cette façon, encore moins d'en être heureux. Il était plus facile de tenter de les rejeter, de les mépriser, ce qui d'ailleurs était impossible, et ce pourquoi ils étaient souvent haïs (le problème de la plupart des hommes est de consentir à la richesse et à la puissance de l'Esprit, beaucoup trop grand pour eux).
Et ainsi, rejetée, l'immense et irréductible Réalité se montrait pressante, et moi, pris comme dans un tourbillon constant entre Elle et le conformisme médiocre du quartier, j'avais tendance à ne recueillir de moi-même, en contraste avec l'inertie officielle obligatoire, que l'image d'un agité. Inquiétude.
J'avais raison, il n'y a pas de vie ou de destin quelconque, et cela strictement, tout se passe ici et maintenant.
...Ici, sur les rives du Nil.


Mercredi 21 janvier 2014

En exagérant à peine je dirais que le caractère illusoire du monde (avec le malaise insupportable qui s'y associe) m'a toujours sauté aux yeux.
Un enfant ne peut manquer d'en prendre conscience en observant le différend larvé qui existe inévitablement entre ses parents et qu'on y appelle l'amour.
L'Amour, se dit-il (car il y met une majuscule), consisterait-il en cette danse maladroite et circonspecte qu'ils exécutent le plus souvent pour éviter le conflit, ou bien ne serait-ce pas plutôt, idée qui surgit bizarrement dans mon et leurs esprits lorsqu'ils finissent par s'empoigner enfin férocement, s'insulter, se blesser comme pour se donner la mort, l'image de l'Amour véritable régnant ailleurs, dans un autre monde, un monde de paix où il n'y a pas de différence, et où leur rage et leur désespoir montrent à l'évidence qu'ils voudraient être, où ils essaient en se griffant, en s'étranglant, d'aller ?


Lundi 20 janvier 2014

Moi-même je me fous de ce que j'écris, c'est vrai, je m'en fous complètement. Alors, si vous vous en foutez, soyez certains que ça m'est égal.
Mais d'être aimé ou pas, non. Je n'écris que pour cela. Etre aimé de maman, d'abord, qui ne m'a jamais compris, tout lui expliquer. Puis ensuite, et désormais, de vous tous. Regardez, regardez-moi, constatez que je suis vraiment magnifique et irréprochable.
Mais le suis-je vraiment toujours, et complètement ? D'ailleurs, le serais-je que vous vous en foutriez, tout comme elle, vous êtes pareils. Nous sommes pareils!
La seule solution est de se retrousser les manches. Si je ne suis pas celui qui est aimé, je serai celui qui aime, c'est moi qui commence.
Etre aimé est secondaire.


Mardi 14 janvier 2014

On nous parle beaucoup en ce moment de « vie privée¹», de « respect de la vie privée », et l'unisson à ce sujet dans la classe politique pourrait être attendrissant s'il n'était pas indécent et vil, mais il me semble que le véritable problème consiste plutôt à déterminer s'il est acceptable par la nation que la vie privée d'un homme de soixante ans censé exercer les plus hautes responsabilités ressemble à celle d'un adolescent...
Cela mériterait d'être approfondi mais j'ai l'impression que le président de la République est un potache qui n'a jamais vraiment quitté Sciences-Po, une école qui, par ailleurs, ne mérite pas vraiment sa réputation...

1 Le respect de la vie privée consiste à ne pas regarder par le trou de la serrure, afin surtout d'éviter de voir des choses déjà peu intéressantes à contempler en elles-mêmes.
Mais de là à baisser pudiquement les yeux sur les dérives morales des grands de ce monde, à ignorer volontairement ce que, au sens «ancien», il est adéquat d'appeler leur «imbécillité», il y a un abîme !


Pour être horrible, il faut avoir fréquenté l'horreur personnellement. (C'est d'ailleurs pour cela que les méchants sont au sens strict pitoyables). Nicolas Bedos peut aller très loin dans l'inconséquence, qu'il va chercher évidemment dans l'héritage de son père, et être étonnant dans l'excès, mais il reste un bourgeois qui n'a jamais morflé. Une chose qu'il n'a pas comprise : la quenelle n'est pas faite pour se salir soi-même. La sienne, ridicule, a consisté à plonger son bras dans la merde, et là il rate son coup.


Lundi 13 janvier 2014

Je commence à apercevoir que, quelque forme que ma vie aurait pu prendre, je n'en serais pas plus satisfait aujourd'hui que de celle, ratée à l'évidence (cet échec perdant heureusement à mes yeux de plus en plus d'importance), qu'elle a prise. Parce que ce ne sont pas tout-à-fait les moyens d'existence, confortable ou pénible, ici ou là, qui comptent réellement pour moi, mais ce que je suis devenu intrinsèquement, ce que je devrais « être ». D'ailleurs, à aucun moment, surtout quand j'étais enfant, je ne pensais aux aspects que ma vie revêtirait, mais plutôt à sa substance, au degré d'excellence que je devais atteindre, à mon mérite futur, accompagné, je dois l'avouer, des honneurs que je ne pourrais pas manquer de recevoir, comme si, bien que j'aie été presque toujours certain de réussir, j'avais quelque chose à faire absoudre, à me faire pardonner ...
Mais quoi ? Cela a été longtemps l'unique question.


Dimanche 12 janvier 2014

La vie que tu as ne me convient pas, j'en cherche une autre ! »
-« ?… »
-« D'ailleurs, elle ne te convient pas non plus, n'est-ce pas ? Sinon
A boirais-tu comme un trou ?
B Fumerais-tu comme un sapeur ?
C Conduirais-tu comme un fou ? Trop vite. Trop lentement.
D Frauderais-tu le fisc ?
E Divorcerais-tu ?...
F Te remarierais-tu ?
...
Z Et enfin mourrais ? »


Mardi 7 janvier 2014

Réfléchir à et sur ma réflexion tout en me la récitant, en me l'épelant intérieurement, persuadé que la simple pensée éclose spontanément et pure (et plus juste évidemment) ne pouvait suffire dans le cas d'un égaré comme moi, était le minimum que je m'imposais, un travail insensé et criminel comparable à celui de ces africaines qui s'étirent le cou en hauteur avec des anneaux, le mien -de cou- étant, par-dessus le marché, vrillé, tourné sur lui-même, torsadé.
Si déglutir était impossible, le temps lui-même, devenu objet d'expériences, ne passait plus, il n'était d'emblée que macération.
J'ai perdu ainsi de belles années qui auraient pu sans doute être meilleures, mais dont il m'arrive heureusement en me détortillant de récupérer la charge vitale en partie intacte, réparatrice, inespérée et précieuse, et d'espérer à nouveau, avec la grâce et l'amour de Dieu !


Samedi 4 janvier 2014

J'ai été aimé de la déesse Parvati, à la peau blanche et à la beauté légendaire, la Montagnarde, appelée aussi Umâ la Lumière, et nous avons été heureux. J'étais un prince indien, moi-même d'une grande beauté, vêtu d'un pagne et d'un turban d'argent, une grande lame courbe à la ceinture...
Que cela soit vrai ou faux n'a aucune importance. C'est le rêve que je faisais sans le savoir et que j'aurais voulu voir devenir concret. Je ne sais comment l'expliquer, mais quoi qu'il se soit passé effectivement, blessures, douleur, angoisses, désespoir, je comprends à présent qu'il n'y a pas eu d'échec, j'ai eu ce que je désirais.
Avoir des regrets serait continuer à rêver...


Mercredi 1er janvier 2014

L'influence américaine s'exerce insidieusement partout jusque sur notre image de la société, que nous pouvons imaginer de mieux en mieux, souvent inconsciemment, devenir ici en France identique à la leur, c'est-à-dire malheureusement un grand n'importe quoi dominé par l'argent (un simple consensus, un statu quo sans structure, sans but¹, en attendant mieux) ! Tous les ingrédients sont là (Beaucoup de gens déracinés qui ont peu d'exigences particulières, presque toujours irréalistes, et ceux pour les exploiter qui n'ont pas de scrupules...) ! Et ce que l'esprit admet finit par arriver !

¹ Avant il semblait qu'il y en avait un, de but. Un but résultant d'une histoire qui paraissait (à tort) humaine et cohérente, celle du progrès, non pas matériel mais moral de l'humanité, un but qui est censé avoir été atteint par la démocratie et ses divers appendices, ONU, OMS, ONGs, etc., etc., etc., dans tous les discours vains prononcés chaque jour sur des monceaux de cadavres frais...


Samedi 28 décembre 2013

Quand quelqu'un me dit comme c'est arrivé dernièrement : « Je suis agnostique », j'affecte de ne pas avoir entendu, je fais de mon mieux pour ignorer la remarque, et, à chaque fois (heureusement ce n'est pas tous les jours) je réussis parce que ma réaction est naturelle, c'est-à-dire spontanée, pour au moins deux raisons.
La première est que je ne comprends pas le mot, il est trop savant pour moi.
La deuxième, plus importante, est que je connais aussitôt avec la plus brûlante intensité qu'il est impossible de se définir ainsi soi-même, de s'affubler sans se tromper d'un vocable aussi disgracieux, prétentieux, et totalement dénué de sens.
Car, pour se dire « agnostique », ne faut-il pas se représenter son contraire d'une manière ou d'une autre, évoquer hypothétiquement l'absolu qu'on récuse, le concevoir avec plus ou moins de précision et en quelque sorte l'atteindre au moins un instant ?
Et ensuite on ferait un choix comme pour un parti politique ?
Mais croire exister n'est pas une affaire de volonté.
...
(Donc, mon cher X., arrête de dire ça, à moins que tu puisses ajouter logiquement derrière : « ... J'ai des actions en Bourse et je vis de mes rentes. »)


Mercredi 25 décembre 2013

Croyez-le ou non, la pureté héroïque a été ma voie dans mon enfance. C'est un peu claironnant comme affirmation, je le concède, mais c'est vrai. Songez, ce n'est pas rare, à tous les enfants farouches, les poings serrés, qui s'embarquent dans la même aventure...
Par bonheur, je me déprends aujourd'hui des erreurs qu'elle m'avait fait commettre, je reviens tout-à-coup du repaire escarpé où elle m'avait conduit.


Mardi 24 décembre 2013

Tout jeune, mais doté d'une certaine intuition, j'avais deviné que la vie de tout le monde, une vie ayant pour unique boussole le hasard, une vie sans justification, allait s'accompagner inévitablement de profondes souffrances, aussi je m'empressai de m'inventer une vocation !
Celle d'artiste, de poète, présentait l'avantage que les dites souffrances, si je devais quand même en rencontrer, serviraient peut-être à enluminer l’œuvre, et à faire briller d'un lustre particulier l'aura de l'auteur.
J'avais raison sur deux points : 1/ la fatalité de la souffrance, 2/ son inutilité.
Aujourd'hui je sais que la vérité avait bien murmuré à mon oreille, car nous sommes tous, à n'en pas douter, les dépositaires d'une vocation qui réclame de s'extraire de la souffrance, de s'en libérer, et ce que nous appelons la « foi » consiste entre autres choses à le croire réellement possible.


Dimanche 22 décembre 2013

L'Homme est un être de lumière, magnifique, fastueux, capable de se rendre lui-même misérable, par exemple en aimant sa moquette autant sinon plus que son chat, ce qui en cas de conflit entre l'une et l'autre le met en général dans une grande colère.
Le chat ne comprendra jamais le message que véhicule la colère. Il est tout bonnement terrorisé, et si cela se renouvelle se recroquevillera à l'intérieur et deviendra laid et pitoyable, augmentant ainsi involontairement la propension de l'être de lumière à se sentir misérable, un cercle vicieux qui peut conduire au spectacle navrant que nous offre la vie quotidienne de la plupart des êtres humains (qui ont oublié qu'ils sont des êtres de lumière).
Donc renoncez, ou à la moquette, ou au chat, ou encore, si vous voulez conserver les deux, apprenez à exprimer vos sentiments de manière candide et spontanée en vous exclamant simplement en cas de dégât sur la moquette : « Pauvre, pauvre de moi ! » et en versant une larme, ce que le chat, s'il en est témoin, comprendra très bien et qu'il s'efforcera de vous éviter de son mieux à l'avenir.
Je ne plaisante pas. Je l'ai expérimenté un certain nombre de fois. Les chats nous aiment et ne veulent pas nous faire de la peine.
Bien sûr, se retrouver dans cette position d'infériorité, ou au mieux d'égalité, face à son chat, n'est pas flatteur.
L'être de lumière que je suis, que vous êtes, aura plutôt à cœur de mépriser la moquette quoi qu'il arrive et de combler d'amour le vivant !


Samedi 21 décembre 2013

Il est idiot, comme je le fais, de diversifier sa propre image, de la compliquer au point que le lecteur n'arrive plus à s'y reconnaître, se sent bousculé, pris constamment à contre-pied, et s'en lasse. En même temps, comme l'avait très bien compris Céline, il n'existe pas de grand écrivain, au regard du public et de la postérité, sans quelque chose d'incompréhensible, d'irréductible, voire d'inquiétant, de tragique.
La recette, qu'il accuse Jean-Paul Sartre, « l'agité du bocal », d'avoir utilisé sciemment, lui était en particulier indispensable.
Sans l'ombre des pamphlets, sans la caricature de l'auteur dans leur maléfique miroir, que resterait-il du reste de l'oeuvre unanimement reçue et applaudie dès sa parution, plus divertissante que cruelle, plus sympathique que dérangeante, un accueil auquel probablement il ne s'attendait pas et qui l'avait déçu.


Dans l'extraordinaire, l'admirable Saint Jean L'Evangéliste du Gréco, l'un de mes trois ou quatre peintres préférés, et cela ne me fera toujours pas changer d'avis, la main qui tient le calice ressemble à des anchois !


A la fin la bête du Gévaudan finit quand même par perdre les siennes.


Samedi 7 décembre 2013

Le Malheur et sa cause secrète
Est une douteuse splendeur
Dont beaucoup se parent
Qui feraient mieux d'en revenir
Sinon la fin prévisible
Est la Mort.


Mercredi 4 décembre 2013

Ici, la culture nous fait un devoir d'exister indépendamment de tout et de tous, avec notre fameux libre-arbitre, notre raison cartésienne, nos droits de l'homme, notre indépendance d'esprit, notre liberté, etc., bref d'être autiste, tandis qu'en réalité la plupart des gens, agglutinés les uns aux autres, organisés en bancs comme des petits poissons, en escadrilles comme des petits oiseaux, en troupeaux comme des moutons, en armées comme des soldats, en gouttes d'eau dans un lac, une mer ou un océan, ne cessent d'aller et de venir en masse, de suivre en foule des courants inexplicables qui les conduisent où ils ne voudraient pas se rendre, constamment influencés, dirigés, obéissants et inconscients !
Et ma pomme, je comprends enfin aujourd'hui pourquoi j'ai toujours «eu peur de tout», quoique sans accepter de le reconnaître sauf parfois depuis le diagnostic de ma psy, un constat énoncé d'ailleurs pratiquement d'emblée, je me le rappelle, mais plutôt pour me consoler, avec une légère touche de compassion, en fait une elliptique et rassurante explication...
Car, pouvait-il en être autrement d'un individu qui n'avait jamais choisi de camp ! Qui ne pouvait pas adhérer à ce qu'il voyait à l'extérieur et qui continuait à croire possible d'être indépendant, de trouver son chemin tout seul !
Que de pièges, que de sortilèges, dehors comme dedans ! Je devais me méfier de tout ! Je me croyais menacé de partout ! Et plus le temps passait plus c'était difficile. Les anciens recours devenaient à leur tour des menaces.
…...............


Dimanche 1er décembre 2013

Il est assez difficile de comprendre qu'on a aimé quelqu'un d'un amour intense, attentif, constant, complet et fidèle, sans que cela intervienne en quelque façon dans son existence, le console, le soutienne, lui devienne sinon indispensable du moins un peu précieux, un peu cher.
Et bien, voilà, c'est mon destin, c'est ce que je connais depuis toujours, depuis ma mère, et qui s'est reproduit avec toutes les femmes que j'ai aimées.
Je me réveille à l'instant d'un rêve, je parle d'un vrai rêve que l'on fait en dormant, dans lequel je revivais cette souffrance avec le dernier de mes bourreaux, une exquise créature pacifique et charmante, qui, pas plus que les autres, ne semble avoir gardé la moindre trace de mon passage, le plus petit souvenir, la moindre émotion, alors que je ne rêvais que d'elle, la sublimais, l'encensais, l'entourais de mes attentions, la vénérais, la chérissais, lui rendais un vrai culte avoué, comme à un dieu véritable.
Je n'évoque pas là un amour platonique, des fantasmes, des imaginations, mais bien la vie réelle, la promiscuité physique permanente, d'innombrables moments d'aveux, de confidences, et des étreintes, la passion, les sentiments appliqués.
A ce stade, j'en suis sûr, vous m'imaginez comme un parfait imbécile et vous supposez logiquement que j'ai mérité, à cause de ma bêtise, ce qui m'arrive.
Mais vous vous trompez.
Je suis sentimental, certes, mais je ne suis pas un con ! Je n'ai jamais bavé, la larme à l’œil, en regardant avec des yeux de veau, celle que j'aimais ! Enfin, quoique... parce que J. m'a bien dit une fois que j'étais «gnangnan». Je ne l'ai pas oublié bien qu'elle m'ait plus souvent traité de salaud. Mais durant dix ans il peut arriver bien des choses. Difficile ensuite de savoir.
N., la petite dernière, que j'évoquai à l'instant plus haut, me disait que j'étais dur. Bah oui. Je crois que cela veut dire exact, scrupuleux, aimant la vérité, peut-être aussi un peu inquiet et malheureux.
En tout cas pas le crétin de service, l'amoureux transi, le benêt, le cocu !
Il n'empêche pourtant que l'histoire finie, la page pour elles se tourne, et ne veut jamais être relue.
Tandis que moi, si je ne peux pas en remettre un coup, je ne suis jamais loin de jeter, et moi avec, tout le livre !


Vendredi 22 novembre 2013

Je croyais que j'avais un ego démesuré -nul doute que vous ne puissiez me suivre jusque-là- mais du genre qui s'avoue rarement : « Je suis Dieu ! », et ce depuis l'enfance, depuis un âge à un seul tout petit chiffre où l'on ne risque pas d'être accusé d'y trouver un intérêt quelconque, ou d'y mettre de la perversité, l'âge de l'innocence, et c'est surtout cette pureté dans ma conviction qui était perturbante lorsque j'y réfléchissais ; son naturel, son authenticité n'en étaient pas contestables. Je me souviens de la lutte constante, une lutte douloureuse et poignante, jadis dans ma famille, pour imposer qu'on me respectât suffisamment, pour ne pas brader ma dignité, pour garder ce qui était inséparable de mon sentiment d'exister.
Je l'ai déjà écrit quelque part : je suis resté assez froid, plutôt distant, en regardant le film « Le Cercle des Poètes Disparus », une histoire qui ne signifie rien pour moi, car je n'ai jamais rien sacrifié, rien perdu d'essentiel.
Mais que d'étirements, de nœuds, de complications, qui m'ont handicapé, rendu inquiet, précaire, secret, jusqu'à maintenant où il m'est rappelé opportunément que, créés à l'image de Dieu, c'est-à-dire émanant de Son Esprit, il n'y a que Son Antériorité et ce qu'Elle implique qui est différent mais que notre vérité, notre réalité, est La Sienne dans la Filiation tout entière assumée.


Jeudi 21 novembre 2013

Je suis quelqu'un de tranchant, d'expéditif, et même parfois d'absolu, et j'ai beaucoup de mal à comprendre la complexité humaine, l'aspect systématiquement contradictoire des personnalités.
En particulier je m'étonne toujours, étant donné l'idiotie et la perversité générales, que mes semblables arrivent à former des phrases, s'expriment autrement que par des borborygmes, des grognements, des onomatopées, au point que j'en arrive parfois à me demander si le langage, au lieu d'être comme une œuvre d'art un moyen de révéler son âme, n'est pas au contraire un masque, un écran, une duperie.
Evidemment une étude simple permet de déceler le manque d'authenticité, la tentative d'escroquerie, le plagiat, le faux. Mais où vont-ils chercher toute cette science, cette rouerie, et au prix de quels efforts ? Avec moitié moins d'énergie ils auraient pu prendre le raccourci de la franchise, du courage moral, et se payer un vrai visage, dont la vérité est le premier attrait, ce que manifestement ils ignorent.


Mercredi 13 novembre 2013

Il faut bien finir par convenir qu'il existe un autre ordre de grandeur, une autre réalité, que celle dans laquelle la personne que j'aimais le plus au monde, intelligente, bonne et sage, admirait sans restriction quelqu'un qui, à mes yeux, en était l'exact opposé ou presque, opinion que quantité de gens partageaient sans discuter mais que, sans que pourtant elle s'en offusquât, je ne parvenais pas à lui faire admettre.
En l’occurrence, c'est parce que dans le Royaume de Lumière, dans cette somptueuse Voie Lactée où chaque individu vivant est une étoile, les contradictions n'existent pas, ma prétendue lucidité est inutile, et que mon amour innocent voit mieux que moi.


Jeudi 7 novembre 2013

Les chats sont des êtres qu'on a envie de classer dans une catégorie imaginaire, comme les elfes, les kobolds, les fées, les petits dieux de la nature, nymphes, satyres, esprits, parce qu'ils ont une personnalité dont la composante spirituelle est indéniable. Voyez leurs sentiments, la tendresse, la délicatesse, les scrupules, dont ils peuvent faire preuve, d'autant plus révélés que le sont les nôtres envers eux, et l'amour dont ils peuvent, quand nous le partageons, nous récompenser.
Au fond c'est notre idée de l'animal qui est en cause, idée fausse héritée peut-être d'un cartésianisme inconscient, ou tout simplement de cette prétention imbécile et égoïste de l'homme à être autre chose qu'une simple "bête" et qui lui fait mépriser les espèces « inférieures » tout en se rabaissant ainsi lui-même sans le savoir.
Si nous nous considérions comme des enfants de Dieu pétris plus de lumière que de boue, nous ne saurions passer à côté de cette évidence : que tous les êtres vivants, à cet égard, et logiquement, nous ressemblent.


Dimanche 3 novembre 2013

Celui qui «se foutait de tout»

Souvenez-vous de moi jadis quand «je me foutais de tout» et que je croyais, sans doute un peu à tort, que cela horripilait le monde. Je me foutais de tout parce que je n'aime que la grandeur, pas la médiocrité, et que la grandeur on ne la rencontre pour ainsi dire jamais.
Puis j'ai fini par trouver quelqu'un qui me paraissait l'incarner et j'ai commencé à croire que moi, qui me foutais de tout, je t'horripilais toi, qui ne te foutais de rien.
Je me crus obligé de me sentir coupable de mes erreurs à ton égard, ce qui me persuada peu à peu que j'avais tort de me foutre de tout. Et pour y pallier, croyant bien faire, j'ouvris ainsi ma porte à la médiocrité, qui, Dieu merci, n'entra pas beaucoup, pas longtemps, tout simplement parce que je ne l'aime pas. Je suis seulement tombé malade, c'est-à-dire doublement, puisque j'étais déjà censé l'être...
Aujourd'hui, toutes erreurs confondues, je me sens redevenir un peu celui qui se fout de tout, ce qui me paraît de bon augure. Et je devine qu'il faut probablement (puisque aussi Il me le dit) aller plus loin, pardonner tout et aimer tout...


Lundi 28 octobre 2013

Jusqu'à ce que j’atterrisse en banlieue, en 1990, je me croyais « de Paris », parisien, parigot, comme dans l'Antiquité on était d'Athènes, la capitale des arts et de la culture, de l'intelligence et du goût, et plus encore que d'y appartenir n'y étais-je pas né, en quelque sorte un héritier de droit divin en raison de ma grande valeur ?...
-« Parisien tête de chien, parigot tête de veau ! »- avait été encore, malgré les apparences, un hommage déguisé, pudique, que j'avais su accepter dans les formes requises, plus ou moins courageusement, loyalement, en me colletant comme un chiffonnier, à une certaine époque de mon enfance, avec ceux qui me l'avaient adressé.
Mais la dépression, dont l'aboutissement involontaire fut l'exil jusqu'à aujourd'hui en la Zone de Sécurité Prioritaire que j'évoquai plus haut, mit lentement à bas ma superbe, et je me sentis obligé de réfléchir au bien-fondé de ma conviction, blessé par la vulgarité générale, humilié par ma déchéance, en constatant qu'autour de moi personne ne paraissait souffrir comme je le faisais, privé des richesses intellectuelles que Paris offre à tous les coins de rue...


Vendredi 25 octobre 2013

Si les Dieux (qui, heureusement, n'existent pas) voulait faire souffrir un humain au-delà de toute mesure, ils lui octroieraient la sagesse assortie de l'incapacité d'en avoir conscience, de s'en rendre compte, et le pauvre malheureux accablé de doutes et de scrupules finirait par se croire aussi fou que ses semblables pourtant beaucoup plus fous que lui et tout aussi malheureux, mais convaincus, eux, d'avoir raison.


Mercredi 23 octobre 2013

Dans les métiers créatifs on vous qualifie, dans la majorité des cas, ouvertement de « professionnel » (censé être un compliment) quand vous vous efforcez obstinément d'acquérir du talent sans y parvenir, et, dans votre dos, de « dilettante » (une insulte) si vous en déployez remarquablement sans verser de sueur.


Lundi 21 octobre 2013

Si je dis que j'ai péché contre l'Amour, à deux ans, en refoulant avec violence celui que je portais à ma mère et, à travers elle, à la Vie elle-même, qui devint dès lors l'Ennemie, pour des raisons tenant sans doute à la « nature » humaine et qui ne sont pas si condamnables, l'incompréhension, le dépit, la peur, le désespoir, mais des raisons assurément déplorables, seuls quelques connaisseurs comprendront de quelle épouvantable tragédie il a pu s'agir et quelles souffrances non seulement personnelles mais étendues à l'entourage furent ainsi engendrées, tandis que les autres préféreront un récit plus intéressant comme celui -pure allégorie, bien sûr- de ma chute pratiquement inévitable dans le hachoir industriel d'une usine d'aliments pour animaux et le triste résultat, l'alarme et la coupure de sécurité s'étant par bonheur déclenchées, d'une existence ultérieure d'homme-tronc hideux, couvert de cicatrices, pleine d'amertume et de rancoeur.
Élucidés, les événements les plus importants d'une existence manquent de pittoresque en eux-mêmes, même s'ils en furent entourés, comme c'est souvent le cas car le comportement des adultes est stupide, incontrôlé, démentiel, et pour cause, et offre du romanesque, mais le massacre et le malheur des enfants sont simples et passent inaperçus.


Lundi 14 octobre 2013

2 (Le bacille de Lecoq)

Dans l'univers de Lecoq, pour résumer « on ne rigolait pas », au sens propre comme au figuré. On y jouait son rôle pour de vrai, si j'ose dire, on ne faisait pas semblant, et la phtisie forcément galopait, et Zola gardait la forme.
Je me souviens d'un immeuble de la rue de Meaux, entre Armand Carrel et Secrétan, une « cité » avant l'heure quoique sans conscience, qui ressemblait à une montagne de troglodytes, un ténébreux madrépore, une grosse roue de fromage dévorée par les asticots, un univers creusé d'innombrables cellules, une espèce d'organe géant bien spongieux comme un tas de poumons alvéolés sur une table de dissection ayant cessé depuis longtemps de respirer.
C'est là que la famille Lecoq était terrée, je dis bien, sur des paillasses au ras du sol, incapables de se relever, la promiscuité les forçant à ramper. D'ailleurs on ne pénétrait pas chez eux normalement, on arrivait en s'échouant, guidé par le petit poisson pilote, et d'emblée, à hauteur d'homme, on ne pouvait pas les voir, c'était sombre aussi, on les découvrait par terre.
Si vous vous rappelez que j'étais encore un enfant vous vous représenterez bien qu'ils devaient être assez bas pour me fournir cette impression, moi qui devait mesurer autour d'un mètre trente.
Ils étaient amoncelés sur des nattes, moitié joviaux moitié méfiants, presque innombrables en apparence, soudés les uns aux autres, presque confondus, organisés en grappe, en colonie, en grouillement symbiotique.
Quand je le rencontrai pour la première fois le padre tenait une place centrale, adossé au mur, accoté à des formes féminines, épouses, filles, maîtresses, sans qu'on sache, et me hélant un bras levé, mais pas toute sa personne, l'autre fiché obliquement dans le sol comme appui.
J'eus un peu peur je dois le confesser.
Sorti de là sain et sauf et ayant retrouvé l'espace de la rue je compris rapidement l'excuse que pourrait présenter, si besoin était, le petit Lecoq au Jugement Dernier. Qui, du tribunal de la multitude, si tribunal il y avait, oserait en effet, ce jour-là, faire grief à cet enfant de ses vindicatifs crachats ?
Et je compris aussi que si multitude il y avait, alors elle était aussi également sa famille, c'est-à-dire comme lui à la fois la cause et la victime de son péché. Ce n'était donc en rien pour lui un problème, et encore moins pour moi qui m'était déjà détaché, je m'en rendais bien compte, là dans la rue, avec la belle lumière de ce début de soir d'été... moi qui déjà depuis bien longtemps, si tant est que j'y eusse jamais appartenu, n'en faisait plus partie.


Mardi 8 octobre 2013

1 Obscur et sans grade

Ce n’est pas contrevenir à la véracité des faits que de déclarer pompeusement que Lecoq fut un de mes « condisciples », quoique cela se passait à l’âge des culottes courtes, quand des termes comme celui-là ne revêtaient pas le moindre sens, je devais avoir huit ou neuf ans…
Lecoq fut mon expérience du monde de la crapulerie, des voyous, des marginaux (qui sont la majorité), des (vrais) laissés-pour-compte, avec lesquels je n’ai jamais eu beaucoup d’affinités, mais je devrais peut-être dire simplement « les hommes », les humains, ceux qui n’ont pas la moindre étincelle dans leur conscience leur indiquant qu’ils sont les enfants de Dieu.
A huit ou neuf ans j’étais à la fois plein de curiosité et d’amour et c’est ce qui m’amena à me rapprocher de ce condisciple bien obscur, peu attirant, qui subsistait en queue de peloton, farouchement campé sur ses positions et ne demandant rien à personne. En apparence il n’était guère sociable et pourtant nous devînmes immédiatement copains, sans restriction, sans hypocrisie.
En fait, comme je le découvris par la suite, il n’avait aucun lien avec quiconque en dehors de sa famille et il ne demandait que cela.
Le rapprochement se produisit à la cantine de l’école un jour où je me portai volontaire pour l’aider, lui qui avait été chargé –à titre de punition- de faire le service, ou plutôt le transport des plats, de la cuisine aux tables, et des tables aux cuisines, en l’absence de la personne chargée de ce travail habituellement. Je partis avec lui, nous empoignâmes chacun une anse d’une grande gamelle, et, dans le couloir, Lecoq me demanda de m’arrêter pour poser notre charge par terre –j’étais en train de supposer qu’il voulait changer de prise mais il se racla la gorge et cracha dans le plat consciencieusement !
Quelqu’un d’autre se fût peut-être indigné, ou serait devenu immédiatement complice, mais, passé la surprise, ma seule réaction fut de me demander avec une grande intensité « pourquoi ? » Je restai donc muet, nous reprîmes chacun notre anse, et, après avoir passé la porte du réfectoire, nous déposâmes le plat sur une table.
Deuxième transport, même scénario, et je ne réagis pas davantage. Enfin je posai ma question qui aurait dû être : « Pourquoi craches-tu dans les plats que vont manger des gens qui ne t’ont rien fait ? » mais je me contentai de dire : « Pourquoi tu craches ? »
Et, comme je l’avais déjà un peu deviné mais sans en pénétrer le mystère, il m’expliqua tout simplement qu’il se vengeait d’avoir été puni.
Ce n’est que soixante ans après ces événements que cette réponse me satisfait enfin. En effet, depuis, j’ai eu largement le temps de constater que la folie et non la raison prévaut dans l’âme de mes semblables et je ne suis plus étonné.
Comme Lecoq, un nombre incalculable d’individus commet le mal, ou, en tous cas, des actes qu’ils souhaitent préjudiciables aux autres, afin de calmer leur haine et leur rancœur, sans se soucier de la moindre logique pourvu qu’ils se sentent assouvis. Cela devient machinal, comme une sorte de réflexe, une habitude qu’eux-mêmes seraient bien en peine de justifier. Et je pense aussi que ce principe peut s’appliquer à d’autres agissements moins caractéristiques qui, comme ce qu’avait fait jadis Lecoq, sont parfois très surprenants.
Si l’on dit que « les desseins de Dieu sont impénétrables » c’est sans doute beaucoup à cause de cet écran de fumée, que dis-je, de ce mur opaque, gigantesque, que nous, les hommes, produisons devant la réalité, et c’est notre propre dérèglement qui nous empêche de voir la simple évidence, la beauté et la grandeur, de la Création.


Mercredi 2 octobre 2013

En apparence je suis à Saint-Denis depuis 1990, après avoir quitté Montmartre, le XVIIIe arrondissement, rien que de normal après tout, mais, si je me fie à mes impressions, je n’ai pas cessé en réalité de parcourir des souterrains de plus en plus obscurs et rétrécis, de monter et de descendre des escaliers comme des écluses pour passer de l’un à l’autre, un long parcours pénible, accompli modestement, le dos voûté, qui se termine à présent au terme d'une banale promenade, soit vingt-trois ans plus tard, dans l'appartement que je loue, où, redressé enfin, tout ce que je regarde me paraît presque inconnu, étranger...
Réveil.
Ce n’est qu’une impression, certes, mais quand même…
Bon, l’essentiel était d’en sortir.


Lundi 30 septembre 2013

Le chat est un chasseur crépusculaire, et le moment qu’on a baptisé de si belle façon « entre chien et loup » est tout bonnement celui du chat, lui appartient : le crépuscule.
Au nombre de deux, celui du matin et celui du soir, c’est la zone tampon, le corridor désert, la couronne ôtée et remise.
Passation des pouvoirs, expiration et nouveau sacre, l’entrechat du chat.


Dimanche 29 septembre 2013

Je me faisais une idée assez précise du monde : il consistait en un immense labyrinthe plutôt ignoble, encombré d’imbéciles et malaisé, hérissé çà et là de mâts de cocagne impossibles à escalader (de métal aux aspérités coupantes et empoisonnées) qui n’étaient évidemment que des leurres procurant toutefois l’occasion de penser à « autre chose »…
Etait-ce de la folie que d’espérer pouvoir en sortir ? Là était toute la question, qui me turlupinait depuis toujours.
En même temps j’imaginais qu’une espèce de panthropie –simple retour à la normale indispensable en pareille situation- pouvait déboucher, comme dans une nouvelle de Clifford D. Simak*, sur la découverte inattendue, derrière l’enfer qui s’offrait à ma vue, d’un paradis ésotérique réservé aux plus audacieux, aux gens de foi prêts à tout.
L’illumination logique, naturelle, des boddhisatvas, de Bouddha ? Le tant désiré royaume de Dieu du Christ ?

* « Les Déserteurs » (« Demain les Chiens »).


Mercredi 25 septembre 2013

Je crois me souvenir d’une sorte d’adieu tragique que j’ai adressé jadis à la Grèce, à ce que j’avais découvert pouvoir être en Crète, à ce que j’avais été, un de ces sentiments ambivalents comme ce que l’on éprouve en pleine bataille, quand la victoire est toute proche mais qu’on sait que pour l’obtenir il faut mourir.
J’étais avec L., et la route pierreuse –plutôt une très large piste rayonnant de soleil- tournait au sommet d’un promontoire en offrant sur presque 360° le panorama splendide de la mer. Il n’y avait là que des cailloux blancs et la vaporisation bleue du ciel et des vagues, un éblouissement magique qui, dans la fournaise du soleil, ressemblait à une sorte d’extase. Nous étions sortis de la voiture et j’eus la certitude que je ne pourrais plus jamais retrouver aussi pure l’âme de ce pays, en tout cas jamais aussi exaltante et belle, et que je vivais un moment extraordinaire, mais aussi, comme si les deux choses étaient liées et inséparables, que j’allai bientôt perdre l’amour de la femme sans laquelle je ne pouvais vivre.
Ce lieu était non seulement une perfection matérielle, une épure, mais aussi un paroxysme du temps, un impossible seuil d’éternité entre le passé et l’avenir permettant de contempler simultanément les deux.
Nous fîmes quelque pas à droite et à gauche, sur la caillasse brûlante, dans la lumière sublime, seuls l’un et l’autre comme dans une arène. J’étais confus, perplexe, et incapable de m’expliquer pourquoi. Il y avait là en somme tout et rien : le silence, la solitude, une vision extatique et l’éternité, rien de compréhensible.
Je ne sais pas ce que pensa L., si elle ressentit la même chose ? Peut-être que pour elle tout était simple ? Peut-être avait-elle déjà tout simplement décidé de me quitter ?


Dimanche 22 septembre 2013

Vous êtes-vous jamais vu soudainement dans les yeux d’autrui comme un diable, un épouvantable démon, et cela à sept ans, comme moi ? Quelqu’un de véritablement mauvais, d’horrible et d’effrayant ? Et, par-dessus le marché, dans les yeux d’un autrui que vous aimiez et respectiez, comme monsieur K., mon second et meilleur père ?
Peu importe l’acte que je venais de commettre en toute innocence, le pire est aussi que je croyais bien faire !
Difficile ensuite de conserver un peu de spontanéité et surtout de ne pas réprimer plus ou moins ses meilleurs penchants.


Depuis qu’ils sont avec moi, je ne vois pas mes chats devenir plus sages -tant pis pour cette ambiguité de langage qui ne leur rend pas justice-.
Chaque fois qu’ils me font comprendre qu’ils ont faim (de nouveauté surtout, parce que l’écuelle de croquettes de secours, quoi qu’il arrive, n’est jamais vide), toute ébauche de mouvement de ma part en direction de la cuisine est accueillie par eux comme un signal positif, et rien ne les décourage, ni l’espoir déçu, ni le temps qui s’écoule.
Que ne sommes-nous semblables à eux pour garder la foi en Dieu (et en soi-même) et refuser d’être intelligent !


J'appartiens à la race impie des écrivains qui se disputent, se jalousent, s'envient, se haïssent et se mangent entre eux. Et cela d'ailleurs à juste titre, car leur existence est peu probable et incertaine, et leurs oeuvres impalpables, indéfinies, aléatoires. Les moins innocents le savent bien puisqu’ils acceptent des séances de « signature » pour prouver qu'ils existent et que s’en persuadent ceux de leurs lecteurs qui pourraient en douter.
Tous, sauf exception comme Henri Michaux, mais c’était un poète, un des meilleurs, pas un écrivain, ne rêvent que d’être édités à des millions d’exemplaires, dans des collections bon marché, pour toucher tout le monde, même les analphabètes.


Il y a bien peu d’objectivité dans nos constats et dans nos conclusions. Alors que je voyais depuis des années la Création comme empoisonnée par la présence de l’Homme (il y a évidemment de quoi…), je la conçois avec surprise aujourd’hui comme dans mon enfance, symptôme probable de ma propre régénération, couronnée et illuminée par la même présence.


Jeudi 12 septembre 2013

Dans certains pays, vous pouvez habiter dans le complexe résidentiel le plus huppé, le plus cher (je me souviens à Knightsbridge d’un grand jardin de cloître que l’on découvrait après avoir franchi le vestibule digicodé solennel et feutré, et de ces entrées élégantes d’appartements de grand luxe, espacées sous le magnifique péristyle) tout paraît insignifiant, quelconque, quand ce n’est pas triste, lamentable, simplement à cause du climat, presque toujours froid, pluvieux, sévissant comme une malédiction.
Ce n’est qu’aujourd’hui que je profite enfin de ces impressions, diluées à l’époque dans la grisaille humide d’un affreux automne londonien.


Mardi 10 septembre 2013

Réponse à la sirène qui me reproche de l’abandonner : « Je ne peux pas t’abandonner puisque tu es moi ! »


La « caractérisation » psychologique observée par Jung : une fonction prédominante, la fonction opposée réduite, les deux autres secondaires (sur la base de quatre : pensée, sentiment, intuition, sensation, théoriquement égales) aboutit somme toute à la folie de l’égo par un véritable handicap, une presque amputation, une mutilation, celle de la fonction refoulée. Parce que la liberté (disparition de l’égo) et la découverte de la vérité ne peut se produire que dans l’harmonie de ces quatre planètes complémentaires gravitant dans un équilibre parfait.


Plus je veux aider les gens, moins j’y arrive. Jadis, quand je m’en balançais superbement, il arrivait qu’ils me remercient d’avoir dit ceci ou cela qui « leur avait été d’un grand secours »… J’avais l’impression d’être un saint. Aujourd’hui ils m’envoient carrément promener quand ils ne me crachent pas au visage. Je n’y comprenais rien, et c’est bien la seule chose qui n’a pas changé : je continue à n'y rien comprendre !


Samedi 7 septembre 2013

La différence entre Loth et moi –à vertu égale, il me semble- c’est que, pendant qu’il intercède en faveur de Sodome afin qu’elle soit préservée, je supplie qu’elle soit détruite (c’est ce qui fait mon malheur), détruite deux fois –dussé-je périr avec !


Ce qui nous semble sur le moment de la malchance, un empêchement majeur néfaste à nos projets, s’avère parfois, quelques temps plus tard, avoir été un barrage contre les erreurs qu’on risquait de commettre, un hiatus dilatoire, un sursis qui nous a épargné le pire.
Il ne faut jamais se considérer comme battu, ou en échec, ou égaré, parce nous ignorons toujours où se situe notre avenir, le vrai bien, la vérité paradoxale. L’échec est peut-être le masque d’une réussite ultérieure, l’égarement la découverte d’un territoire inconnu. Tant que nous ne savons pas qui nous sommes nous ignorons aussi ce que nous sommes en train de devenir.


Mardi 3 septembre 2013

Ce matin ciel bleu il fait beau tout est en paix et je n’ai pas d’avenir
Je n’ai pas de présent non plus je me sens vide et lointain
Tout ce en quoi j’ai eu foi s’est perdu
Un peu comme la mer se retire en laissant des restes sur le sable
En l’occurrence un nouveau-né nu hébété et muet
Un vieux nouveau-né qui ne sait pas quoi faire de toutes ses vies antérieures…


Samedi 31 août 2013

Un peu de métaphysique chaque jour ne nuit pas.


Heureusement c’est Dieu qui tient ensemble tous les morceaux, qui garde l’équilibre, pas moi ! Je pourrais être le mendiant en guenilles, maitre Zen édenté et hilare tombé dans le fossé, le monde n’a pas besoin de moi pour tourner –que dis-je, MON monde n’a pas besoin de moi pour tourner !
Il faut juste faire confiance à Dieu.


J’entends parfois le silence qui existe derrière, sous, à l'intérieur du bruit.


Et Dieu ajouta avec tendresse :
-« Et surtout ne chie pas dans la colle, petit con ! »
Ce que ne nous dit pas la Bible. Cette omission nous coûte cher depuis longtemps. Car, lorsqu'Il s’adressait ainsi à Adam, notre ancêtre commun, encore argileux et dégoulinant, c'est-à-dire nous-mêmes, ce n’était pas sans connaitre en partie la suite de l’histoire. Seulement la liberté qu’Il nous avait octroyée autorisait –autorise toujours- un autre scenario, notre salut. A condition de ne pas la mépriser.
D'où cette mise en garde affectueuse supplémentaire.
Mais sans doute les scribes craignaient-ils (bien à tort à mon avis) qu’un ton aussi familier ne fît obstacle à la dévotion...


Quoique grosse comme un porte-avions, Lili la chatte n’en est pas moins capable d’investir mes genoux presque à mon insu avec une infinie délicatesse…


Mon esprit est joueur. Quand je lui laisse la bride sur le cou c’est un festival d’inventions, de jeux de mots, d’humour, de rimes… Si je n’avais pas eu durant des années un ego aussi raisonnable et mesuré j’aurais certainement moins ressemblé à un idiot.
Il faut tout lui passer, même et surtout durant la phase d’affranchissement au cours de laquelle il viole tous les tabous, forme des pensées étrangères, inacceptables, cultive de jolis paradoxes, comme un enfant qui souffle des bulles de savon.
Puis découvre son équilibre...
D’une part l’ego, et, secondaire, la difficulté à rester libre dans l’exercice aléatoire de l’écriture, voilà les obstacles qui rendent le progrès artistique assez semblable à la recherche religieuse.


En montrer beaucoup en ayant l’air de montrer tout est un moyen aussi bon qu’un autre pour cacher l’essentiel.


Vendredi 9 août 2013

J’avais tort. Le moindre mot fut un fil d’équilibriste tendu depuis ce village étourdi de soleil jusqu’à l’horizon lointain et bleu comme il se doit de l’avenir.
Fil qui devait me servir à transporter tout le fourniment de campagne, les chariots bâchés, les caisses de munitions, le trésor de guerre.
Directement comme à vol d’oiseau et au mépris de la pesanteur. Rien de tout cela n’arriva.
J’ai aimé Baudelaire comme un fils son père, puis un frère son frère, puis un père son enfant.
Sous la férule de la douleur j’ai niaisement souri et arrêté de respirer.
Puis j’ai repris mon souffle les bottes pleines d’eau du marécage infestée de protozoaires.
J’ai repris ma grammaire, mes études, mes leçons de solfège. Apprendre, toujours apprendre et ne jamais enseigner par modestie. J’avais tort.
Pourtant jadis je savais danser sur le fil et même faire des sauts périlleux, et tous voulaient que je leur apprenne.
Je me savais voué à tomber et j’attendais cet instant, c’est ce qui me rendait si léger : peut-on décemment révéler un tel secret ?
Décrire que tout se confond, que tout s’égale, que rien ne vaut ? Ils ne cherchent que des justifications, ce qui n’existe pas.
Apprend-toi simplement à être et cesse de poser des questions car c’est toi la réponse.
Connais-toi toi-même !


Jeudi 8 août 2013

Pour être un grand artiste il ne faut pas désirer vivre comme tout le monde. Par là j’entends qu’il faut éviter de vouloir, comme un soi-disant sculpteur de ma connaissance -à l’instar du voisinage- mettre son vélo sur son balcon, affichant de la sorte son mépris du bon goût et de toutes les règles de l’art, même le plus révolutionnaire. Car oui, il y a de ces conformismes irréductibles qui vous anémient la fibre créatrice, contrarient votre épanouissement, infirment toute velléité de talent.
Mettre son vélo sur son balcon vous identifie certes avec le commun des mortels en vous protégeant d’une certaine façon de la solitude, et affirme votre simplicité, mais c’est laid et c’est un outrageux déni à la fois de votre libre-arbitre et de toute responsabilité envers les autres.
« Tout ce que nous faisons » pense le grand artiste, « est de l’art¹ », et cela, précisément, n’en est pas.
C’est même son contraire, puisque c’est la soumission à la nécessité, au sens pratique, à la contingence matérielle.
Et, qu’il le veuille ou non, par choix ou par obligation, le grand artiste travaille pour l’élite ; non pas celle de l’argent, encore que, mais la véritable, la seule, la confrérie de l’esprit, la spirituelle...

¹ Je m’aperçois que j’écris comme les écrivains morts. Il faudrait dire, pour avoir l’air contemporain : peut être, doit être, de l’art… ce qui signifie absolument la même chose sans la moindre élégance et ne permet pas au lecteur incompétent de se mettre à la place du « grand artiste ».
Et puisque j’y suis, permettez-moi d’insister : ces vélos remisés sur le balcon avec l'escabeau, le séchoir à linge, les caisses en plastique, ces vélos délaissés, oubliés, laissés à rouiller, ne sont-ils pas une des choses les plus tristes, les plus navrantes à voir, eux qui représentent l’autonomie, la force, l’initiative individuelle ? Exposés ainsi on dirait des aveux d’échec.


Vendredi 26 juillet 2013

Il y a bien des gens qui ne boivent que pour se montrer aux autres tels qu’ils sont, des âmes et des corps souffrants avec en eux l’amour de Dieu. On le sait pour avoir déjà fait, ou désiré soi-même faire, la même chose, et c’est ce qui, jadis en tous cas car les temps changent et maintenant on ne se soûle plus on se défonce, rendait la plupart des hommes indulgents avec les ivrognes, les pochetrons.


Lundi 22 juillet 2013

Il est déjà pratiquement impossible d’aider quelqu’un qu’on connaît, qu’on fréquente, et qu’on aime, sauf parfois quand il le demande et fait les efforts nécessaires pour ne pas rejeter ce qu’on lui tend, mais s’agissant de groupes, de populations entières, dont l’unique préoccupation paraît être de hurler à la mort et d’appeler à la guerre, je pense que le sage est en droit de n’y prêter aucune attention et de laisser cette populace à son pitoyable sort.
Il ne s’agit pas de s’interdire toute compassion mais simplement de reconnaître qu’elle n’est qu’une réponse et ne peut conduire à rien face à la haine et au Mal.
Un disciple s’accroche à son maître, le force à être, à exister en tant que tel, et le processus à l’œuvre affecte autant l’un que l’autre. Ce n’est, d’ailleurs, pour aucun des deux, une partie de plaisir.
Merde, on nous l’a assez dit que la vie est une vallée de larmes ! Soyons bons nageurs !


Vendredi 19 juillet 2013

Toutes les cultures sont vaines à nous dépeindre la vérité. Elles ne peuvent, dans les meilleurs cas, que nous donner envie de la connaître, nous la rendre désirable, auréoler de gloire ceux d’entre les hommes, réels ou imaginaires, qui parvinrent un jour à la rejoindre.
Et plus l’envie de leur ressembler, grâce à la culture, est grande, plus immense est la déception de n’y pas parvenir avant que de comprendre enfin que la voie est tout autre.
Magnifique et indescriptible chemin qui ne se conquiert qu’avec le cœur !
Magnifique et indicible bonheur de celui qui est seul à se connaître !


Belle Richesse tu nous manques
Si ce n'était le sol que d'ordinaire tu foules souillé d'excréments
Ta chevelure d'or tes yeux de cristal tes lèvres de corail nous subjuguant
Nous mettraient à tes pieds pour toujours comme la plupart des hommes
Mais tu sens quelque peu mauvais en dépit de ta magnificence
Il y a ce petit relent de caca qui nimbe ta beauté d'étrange façon
Je ne suis pas coprophile désolé coprophage encore moins
Je ne peux vraiment m'y résoudre
Ce corps si désirable sous la brillante chlamyde aux fils d'argent ne m'appartiendra jamais.


Mercredi 17 juillet 2013

Permettez-moi de rigoler comme un idiot, un simple d’esprit, d’autant plus que je suis seul, comme toujours, inévitablement, et qu’il vous est impossible de toute façon de vous y opposer.
Je me rappelle ce que j’avais écrit sur la porte de ma chambre, presque gravé, quand j’avais vingt ans, l’histoire de cet ascète qui, après avoir pendant des années supplié Dieu de lui indiquer le chemin à suivre s’était un jour entendu répondre :
-« Emplis à ras bord un bol d’huile, pose-le sur ta tête, rend-toi au marché, fais-en sept fois le tour sans renverser une goutte, puis reviens chez toi. Alors Je serai satisfait. »
Ayant réussi, au prix de souffrances inouïes, à accomplir cet exploit, et rentré chez lui, des années s’étaient encore écoulées sans que Dieu daignât lui parler à nouveau, jusqu’à ce que, excédé par les prières larmoyantes de l’ascète, Il s’écrie :
-« Imbécile ! Crois-tu vraiment que ce qui M’intéresse c’est que quelqu’un comme toi réussisse à garder son huile intacte ? Tu aurais pu renverser tout le bol sans que Je M’en émeuve si seulement tu avais une seule fois pensé à Moi ! »
Et bien non seulement je suis cet ascète stupide, mais pire encore, je le suis instruit de cette expérience et toujours incapable d’en profiter.
Et je ne vois rien de mieux à faire que d’en rire de façon déraisonnée.


Mardi 16 juillet 2013

Justin Nozuka's Criminal

I threw a bottle in the air
And it smashed into a thousand pieces on the concrete street
Where the children play in bare feet
We ran as fast as we could
Cause I might have woke the neighborhood
Oh I don't feel too good
I don't feel too good at all
Cause when the sun comes up and the children wake
Get on the street to play
I'll be the one to blame

I'm a criminal I'm a criminal

It didn't last too long
I passed out woke up and the guilt was gone
Without a care I walk down the stairs
Into the kitchen eat my breakfast there
Turn on the television screen Emergency News Team
Little girl crying on the street
Saying "glass made my feet bleed"
Oh tell me what am I gonna do
I'm for sure done What am I gonna do
I have no choice but to run

I'm a criminal I'm a criminal

Change my name and move to Mexico
Dye my hair red and get surgery on my nose
Buy a small condo
Stay low in Mexico
Don't it sound so sweet get a wife and raise a family
Start my own limousine company
Stay low in Mexico
It never snows in Mexico

I'm a criminal I'm a criminal


Lundi 15 juillet 2013

Le meilleur guide, le meilleur mentor, c'est la vie elle-même. Inlassablement, elle passe son temps à susciter les bonnes attitudes, les bonnes réponses.


Samedi 13 juillet 2013

Il n’est pas né le poète qui pourra chanter mes invisibles et héroïques faits d’arme
Durant toutes ces années d’errance où je demeurais à peu près immobile au milieu des autres
Et aussi anonyme que possible pour quelqu’un qui a entrepris la quête décisive intitulée :
« La liberté ou la mort »
L’habitude est vite prise de n’habiter nulle part définitivement et d’être toujours prêt à repartir
Comme le firent tous les conquérants illustres d’Alexandre Le Grand à Napoléon en passant par Gengis Khan
Guerriers voyageurs pour qui le chemin et le but se confondent et qui ne savent pas s’arrêter
Allant toujours plus loin comme si la Terre était plate et qu’ils pouvaient rejoindre à l’horizon à marche forcée les étoiles
Et moi je voulais déjouer toutes ces forces qui sont à l’œuvre dans la matière je voulais inventer une autre manière d’être
Je voulais faire ami-ami avec les anges renier en somme ma condition d’être humain être meilleur que Dieu parler avec Lui d’égal à égal
Mais cependant avec une si extraordinaire ingénuité qu’Il ne m’a toujours pas foudroyé. Les glaives flamboyants brandis aux quatre coins du Paradis ne m’ont pas même effleuré
D’ailleurs jadis leur éclat seul avait suffi à me faire renoncer
…………………
Comme il m’est difficile aujourd’hui de déposer les armes !


Mardi 9 juillet 2013

Quoique nous ayons toujours le plus grand mal à cesser d'espérer, les solutions collectives non seulement sont des leurres pour qui cherche son salut, mais ce sont des pièges.
Et lorsque, distancé, tu verras la foule que tu comptais aider continuer sa marche glorieuse vers l'horizon qu’elle voudrait lumineux, va-t’en seul dans la direction opposée, c’est plus sûr.
Si un ou deux de ses membres font comme toi demi-tour et t’accompagnent, sois le plus heureux des hommes.
C’est en effet le mieux qui puisse nous arriver.


Lundi 8 juillet 2013

L’athée est un joueur au casino qui, ayant compris qu’aucune martingale ne peut lui être d’un quelconque secours et que toutes les chances sont pour la banque, se met tout-à-coup à crier « au feu » pour créer la panique avec l’espoir irraisonné qu’il pourra rafler la mise dans la débâcle.


Croire en Dieu (définition)

Ce qui rend l’humanité d’aujourd’hui (cols blancs de Wall Street bien propres sur eux, gommés, manucurés) tout aussi pitoyable que celle de jadis, errant dans la boue des campagnes et des bourgs fortifiés, misérable, trébuchante, c’est le même souci de rédemption impossible, la course à la réussite, le déni intérieur.
Au lieu qu’il faut se rasseoir dans la foi et attendre d’être convoqué en tant que créature accomplie pour recevoir l'onction lustrale.


Jeudi 27 juin 2013

Ayant brillé ici, scintillé là, lui au loin, comme font les étoiles qui jouent à se renvoyer la lumière pour faire de la musique, une musique qui doit tout aux anges, et qui n'est entendue que par eux, et parfois par un homme que ses semblables tiennent pour fou, il nous faudra bien accepter d'être un jour écrasé par les noires ténèbres qui n'ont pas de nom, les ténèbres de la mort.
Nous n'irons nulle part, bien sûr, quelle illusion d'imaginer autre chose, le destin de l'homme n'est pas linéaire comme l'image qu'il se fait du temps. D'abord le temps n'existe pas, il devrait le savoir c'est lui qui l'a inventé, et ensuite, s'il existait, il ferait des anneaux concentriques dans l'éternité comme une feuille morte tombée sur l'eau sombre d'un étang.
C'est notre propre existence, toujours immobile et sereine quoi que nous fassions, elle ne nous appartient pas, ne nous a jamais appartenue. Nous étions en naissant chacun un bouddha de cire qui a fondu peu à peu, se répandant, se perdant, s'oubliant, jusqu'à l'oubli définitif qu'est la mort.
Nous n'avons toujours rien accompli faute de savoir quel est notre vrai pouvoir.
Peut-être n'en avons-nous aucun ?
A part mourir et renaître encore.


L’ire


Je l’ai déjà à plusieurs reprises avoué
Mais il me faut encore le redire je ne sais pourquoi
Je suis depuis la prime enfance
Depuis qu’en ouvrant les yeux j’ai aperçu la lumière terrestre
JE SUIS CELUI QUI SAIT
J’ai le savoir qui vient d’Avant
D’avant ma propre naissance
Celui devant lequel l’humanité en s’exposant se sauve ou se damne
Et parce que toujours elle se damne je suis toujours en colère
De la colère qui est sacrée
Je suis le poète.


Mercredi 26 juin 2013

Quand on ne croit pas en Dieu, on croit à l’argent, et, comme l'aurait dit Frédéric Dard avec un curieux sens de l'homophonie : lycée de Versailles, ce qui signifie (je pense au lecteur étranger) : vice (et) versa.


«Last train home» Pat Metheny. Aucun rapport avec ce qui suit. Je vous aime, un point c'est tout.



Je crois que l'on retourne d'où l'on est venu, ou plutôt on est retourné ! Brutalement, d'un seul coup, comme une crêpe, juste avant que la porte ne se ferme.
En somme on la prend dans la gueule, la porte, et ça fait mal.
L'illusion était de croire qu'on pouvait aller quelque part.
Elle nous renvoie au néant d'avant comme si l'on n'avait jamais existé.
Tout a été pour rien !

Essais de définition


Mardi 25 juin 2013

Je sais que si j'arrive à me décrocher et à redescendre
Moi qui suis suspendu par les boyaux à une corne de la lune
A redescendre sain et sauf comme une araignée au bout de son fil
J'atterrirai de nuit dans une clairière secrète au cœur de la forêt
Sur un tapis de brindilles et de feuilles idéalement confortable
Plop plop plop
Et que mon amie mon guide inspiré ma confidente qui
Actuellement n'est plus de ce monde
N'en sera pas moins là pourtant pour me réconforter.


Quand les gens meurent, on se demande s’il y avait vraiment quelque chose avant…


Lundi 24 juin 2013

Je constatai à l’âge de deux ans, avec un terrible désappointement, que les choses, le monde, n’étaient pas comme je croyais être en droit de l’espérer. Et bien sûr, horriblement, à commencer par ma mère et mon père, très loin de correspondre à mes attentes ...
J’aurais pu m’arrêter à ce constat et essayer, je ne sais trop comment d’ailleurs, de m’en contenter, mais j’allai beaucoup plus loin et opérai un retournement qui paraissait logique : s’il en était ainsi, c’était sans doute parce que je le méritais, c’était parce que moi, je n’étais pas à la hauteur !


Samedi 22 juin 2013

La douleur vous engage dans une recherche qui peut se révéler une mine de richesses, mais la découverte, avec justice, vous ôte tout.


Mercredi 19 juin 2013

Je suis stupéfié de constater l'intensité et la grandeur de l'amour que je portais à ma mère, un amour qui couvrait tout le spectre du charnel au spirituel, depuis le jour de mon enfance où il m'était apparu qu'elle ne pouvait être que Dieu, jusqu'à il y a trois ans, car c'était encore elle, je m'en rends compte, que j'aimais dans N., avec l'espoir toujours inassouvi de rendre cette âme malade, fragile et douce, enfin heureuse !


Mardi 18 juin 2013

Connaître que la mort est totale, absolue, me rend la solitude à nouveau difficile, et naïve l'idée qu'excellence et modestie suffisent à faire de moi un être exemplaire et recherché.
Bien sûr ils s'en tapent, eux, puisqu'ils vont tous mourir de la même manière étouffante et atroce, dans une horreur sans rémission et qu'ils le savent, et n'ont jamais par avance comme moi joui durant des années d'un paradis imaginaire.
Bien que sans un sou j'étais riche, plus riche même que ceux qui ne pourront jamais passer par le chas d'une aiguille.


Samedi 15 juin 2013

Les choses paraissent plus faciles dans la perdition : on est aspiré par l'abyme*
Mais quand on a réussi à échapper à son attraction et qu'on se retrouve sur le grand plateau désertique de terre ocre où il n'y a rien
Ni père ni mère ni gardien ni ami
Rien d'autre que le vent
C'est moins simple
On essaie de déchiffrer les pistes anciennes d'ancêtres et d'animaux au besoin en les inventant
On croise surtout ses propres traces
Il n'y a ni balise ni signal
On se sent pauvre et usé comme le paysage et parfois trop impuissant et rageur à l'image de ces rares succulentes bardées d'épines
Par contre on a tout son temps...
…Voilà, et si ce n'est pas vrai c'est pareil !

* Je préfère cette orthographe.


Vendredi 14 juin 2013

Chère Y.,

J'aime les genres et les procédés littéraires cousus de fil blanc comme celui-ci : la lettre adressée à un lecteur idéal, vous en l'occurrence, ma neuropsychiatre et amie, à qui je songeai tout-à-l' heure en regrettant le langage qui était le vôtre, si poétique et si offensif à la fois.
C'est vous qui m'avez dit en parlant de L. qu'elle " avait une étoile au front ", ou bien encore, un soir sur l'autoroute comme nous roulions droit vers un coucher de soleil encore invisible mais qui s'annonçait splendide, " regarde-moi toute cette nacre ! " pour désigner les strates de nuages irradiés de lumière.
Vous préconisiez que chacun " ait des couilles " et vous seriez bien déçue aujourd'hui quoique vous considériez déjà il y a plus de trente ans que nous étions dans une société de dégénérés, de gens qui n'en avaient plus depuis longtemps, des couilles, des balloches, des valseuses
J'ajoute que l'authenticité à laquelle vous faisiez référence n'était que sentiment aristocratique, ne révélait jamais que de la noblesse, au contraire de la platitude et de la médiocrité convenues qui sont de règle aujourd'hui et s'offrent à la convoitise dans le miroir des ignobles programmes de télé-réalité, sommets de bêtise et de vulgarité.
Il n'est plus permis de s'exprimer avec un peu de vérité sans tomber sous les accusations les plus saugrenues d'intolérance, d'extrémisme, de racisme, avec pour résultat que, derrière les refoulements, un cloaque répugnant et empoisonné se remplit.
Quand il n'y aura plus ni race, ni couleur, ni religion, ni genre, ni opinion, ni défaut, ni qualité, que les poètes et les enfants avec leurs " mots " auront disparu depuis longtemps, la vie sera comme la mort, et le suicide sera accompli.


Lundi 10 juin 2013

La seule forme d'absolu concret dont nous pouvons faire brièvement l'expérience, c'est le soleil. Pendant une seconde on peut sentir la précarité de toutes choses, la fragilité non seulement de l'existence mais même de l'âme immortelle. Sa brûlure sans pitié c'est Dieu !


La seule manière d'être heureux qui vaille est la manière " insolente ". Rappelez-vous Zorba le Grec, son fez de travers, le brin de basilic derrière l'oreille, (et la lame effilée dans la poche)... Qu'on lui ressemble ou qu'on soit comme ceux qu'il croise, il vaut mieux éviter de trop fréquenter ses semblables.


Pour ne pas regretter de ne pas vivre à Londres ou à Genève où je connais quelques personnes, j'ai placé sur ma page i-Google la météo dissuasive de ces villes, et puis, outre la mienne détestable, celle de Grasse qui est la destination de mes rêves impossibles, et La Rochelle où mes prières ferventes pourraient peut-être m'amener un jour.


Jeudi 6 juin 2013

Abandonner tout espoir

Je commence à soupçonner que ma vie ne correspond pas du tout et ne peut absolument pas être ni ce que je voudrais qu'elle soit, évidemment, ni ce que je peux actuellement en comprendre en espérant la voir devenir ce que je voudrais. Ce serait une banalité d'affirmer cela si je n'étais pas un spécialiste, quelqu'un qui, depuis plus de trente ans, a passé son temps -vraiment la majeure partie- à s'occuper de ce problème avec la conviction qu'il s'agissait pour lui d'une question de vie ou de mort.
Je vous renvoie à la citation de mon imaginaire John Lennon qui a affirmé : " On traverse au moins une fois dans sa vie une distorsion du temps ! "
Si le temps est élastique et tordu, comment une vie humaine pourrait-elle accepter le principe de causalité cartésien qui implique que le passé soit antérieur au présent ?
Mais en même temps ces fausses vérités sont partiellement vraies, un peu comme la physique ordinaire qui suffit à expliquer les phénomènes terrestres mais s'avère totalement insuffisante à l'échelle de l'univers.
Dans cet ordre de grandeur, "j'ai pris le métro hier et j'ai chopé un virus" pourrait bien signifier également : "l'innocence de mon âme enfantine m'accompagne partout", ce qui veut dire : "je dois absolument corriger les erreurs de jadis en assumant correctement l'innocence que j'ai perdue".

Mais plus encore que cela, je découvre, ou plutôt je réalise consciemment ce matin, qu'il faut se passer de boussole ! Car, oui, j'avais déjà plus ou moins compris l'étrange complexité et même l'absurdité de ma recherche au regard de la culture actuelle, mais je pensais encore pouvoir m'autoréguler, surveiller mes progrès, me rendre compte et me corriger le cas échéant. Erreur encore, billevesées.
Non ! Il faut lâcher les amarres, lâcher la rampe, abandonner tout espoir comme j'avais déjà abandonné les notions de présent et de passé qui s'interpénètrent, se renforcent mutuellement, s'expriment l'un dans l'autre.
C'est un maelstrom paisible, une planète en perpétuelle transformation comme le soleil, un ruban de Möbius sans commencement ni fin qui offre toujours un centre à habiter, bref une aventure de mystique, de poète au plus haut degré, d'un homme créé (je commence à comprendre), comme dit la Bible, " à l'image de Dieu ".


Mardi 4 juin 2013

Nuit du 4 juin 2013

La vie c'est la possibilité de croire que l'on n'est pas rien. Cette possibilité se réduit peu à peu jusqu'à la mort.

Mon chat : il ne sait pas, quelle vertu extraordinaire dans cette ignorance !

Quel privilège de pouvoir savoir. Mais savoir quoi ?
Qu'il n'y a rien. Rien. Rien de rien.
Dites-le avec des invectives, comme Céline. Faites grincer le squelette, jetez des bouteilles d'acide sur la foule. Ou pas ! Cela ne change rien au fait qu'il n'y a rien !

Dès qu'un individu de cette espèce si particulière qu'on appelle " humaine " possède un tant soit peu d'intelligence, il ne désire savoir qu'une chose : ce qu'est la mort.
Oui, car il devine évidemment que c'est le savoir ultime, le seul qui vaille la peine de chercher, le secret absolu.

Dans le domaine de prédilection qui est le sien, il faut être un initié -celui qui sait vraiment- ou rien. Il faut choisir entre la compétence ou la célébrité.

Mon erreur la plus épouvantable et très précoce fut d'imaginer que ce que j'étais vraiment ne pouvait que déplaire aux autres, une crainte que l'attitude de mon père à mon égard confirma, mais dont j'étais seul responsable, fruit du fruit de la Connaissance du Bien et du Mal.

Je pense que la connaissance implicite du néant de l'existence existe au début, en tous cas elle existait chez moi. Il s'agit d'un état qui autorise certains pouvoirs, comme celui décrit par Baudelaire dans Elévation :
"Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;
[…]
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes! "
On ne se compare à personne (rien est toujours égal à rien), c'est l'innocence. (L'ayant perdue, on peut espérer la retrouver.)

Le meilleur des hommes n'est-il pas précisément celui qui est capable de se demander s'il n'est pas le pire ? Et il le sait, naturellement. Vous voyez la complication ?

Espérons que l'angoisse recueillie par la connaissance ne se produira pas au moment de l'action !

Il n'y a rien qui justifie d'être vivant.

Revenir en esprit à cet âge heureux où l'on prend son pied en suçant son orteil…

J'avais retrouvé durant ma psychanalyse l'espoir de plaire à ma mère, puis (et pour cause puisqu'à travers elle je me croyais encore jugé par Dieu) buté sur l'impossibilité d'y parvenir, ce qui déclencha l'asthme dont j'ai souffert depuis.
Dieu, RIEN D'AUTRE QUE MOI …


De Qui, ou de Quoi, sont-ils les messagers, les animaux innocents, quand ils nous adressent leur confiance ?


Après tout ce que j'ai souffert, j'ai tous les droits !


Ce fut comme une douche d'un puissant acide qui te débarrasse en quelques instants de toute ta chair, ne laissant intact que ton squelette bien propre, blanc et tremblant, et un peu encore de la matière cachée dans la boîte crânienne... quelques grammes, assez pour éprouver toute l'angoisse et l'horreur de la mort.


Lundi 3 juin 2013

Un seul témoin : la mort !


Samedi 1er juin 2013

Roses, roses, roses ! … Le poète aime les roses.
Mais quand je serai mort, pour toi il sera trop tard.
Je n’ai rien à me reprocher, j’ai essayé, et encore chaque jour je pense à toi.
Je sais que j’ai failli mais je ne pouvais pas faire mieux, tu ne le comprends pas, tant pis pour toi.
Je suis désolé, ce sont les lois de la nature.
Personne ne fait le salut d’un autre.
Ni un amant celui de la femme qu’il aime, ni un père celui de son enfant.

… Il les aime, périssables, comme je t’aime.


Dimanche 26 mai 2013

Je me souviens du port d’Héraklion, le soleil, les murs lépreux, le grand ciel bleu parfait et pur.
Tout était possible.
Jamais voyageur n’a pu se sentir à la fois aussi libre et aussi lié à la Providence que je l’étais, moi qui débarquai sur cette terre inconnue sans un sou et sans billet de retour.
D’ailleurs je n’en suis jamais revenu.
Je suis un Crétois, de cette île au centre du monde, où chaque plante, chaque rocher, chaque goutte d’écume portée par le vent, et chaque homme plein de fierté, tutoie avec grandeur tout l’Univers.


Vendredi 24 mai 2013

Il y a eu une époque où j’étais toujours étonné le jour suivant de ne pas être mort la veille.


Jeudi 23 mai 2013

Dieu est, et c'est comme s'Il n'était pas.
Il est tellement sans commune mesure avec nous que L'invoquer ne sert à rien, c'est Le diminuer.
Si j'écris cela c'est parce qu'il me semblait logique de Le remercier -comme toujours absurdement- de la nécessité vitale de faire mon salut dans cette vie-ci, et non, comme se le figurent paisiblement les bouddhistes, peut-être dans la suivante ou dans celle d'après, en toute tranquillité . (Leur aptitude plus grande, due à leur approche différente, précisément une approche sans Dieu, se trouve ainsi ramenée au niveau courant.)
L'urgence, et je n'en témoignerais pas si ce n'était pas de la première importance, est causée par l'évolution du monde. Il ne favorise sans doute jamais la vie spirituelle, mais est devenu réellement son ennemi et cela ne semble pouvoir qu'empirer.
On doit s'en détourner, non sans l'avoir analysé et compris, et compris également que lutter contre lui ne sert à rien. C'est difficile aujourd'hui mais cela le sera encore plus pour la prochaine génération.
La seule, l'unique chose à faire, tant que c'est possible, consiste à sauver son âme.


Vendredi 17 mai 2013

(Steampunk)

Je suis sûr que les débuts de l'industrialisation ont été pour beaucoup de ses acteurs une période exaltante et joyeuse sans autre conviction que celle d'œuvrer pour le bonheur et pour la paix futurs.
J'imagine sans peine la tâche de certains d'entre eux dans une belle campagne sauvage, en été, prospectant, prévoyant, édifiant, entourés de leurs machines et de leurs instruments de mesure en bois, acier, laiton et verre.
Je connais l'impression particulière, l'émotion esthétique que procure l'alliance de la nature, l'espace, le soleil, la végétation, avec la mystérieuse technicité d'objets artificiels, manufacturés, qui exprimaient encore des préoccupations décoratives héritées du passé. (Et c'est bien là le plus étrange : la vision de ma main sur ma cuisse au soleil, la position particulière de mes doigts, alors que j'émergeais d'une somnolence en 2013, a fait surgir ce souvenir datant d'une époque trop lointaine pour que je puisse l'avoir connue...)
Je pourrais presque dire que j'ai été l'un de ces pionniers, charmé et plein d'espérance, ne rêvant que de vivre un jour dans l'avenir -qui sait, après s'être réincarné ?- pour contempler la réussite des temps nouveaux qui n'advint pas.


Jeudi 16 mai 2013

Le poète dispose d’un esprit à la fois primitif, naturel, et en même temps savant, sophistiqué, qui fait de la découverte, de l’invention, sa raison d’être.


La liberté humaine, l’égo, la dualité bien-mal, forment un tout qui constitue l’irrémissible fatalité.


Quand je me promène à Saint-Denis, forcé (pour raisons de santé), et que, comme hier soir sur le bord du canal, je contemple le splendide, le grandiose coucher de soleil, je réalise que le reste de l’univers existe indépendamment, et je suis soulagé.


Quand je suis excédé par ses miaulements, je dis « Ta gueule ! » à mon chat, et ce n’est pas grossier.


Mardi 14 mai 2013

Quand je me promène à Saint-Denis aujourd’hui, forcé (pour conserver un semblant de forme), je me prends à regretter le XVIe siècle, ses deux mille cinq cents habitants, et ses sept couvents de religieuses.


Lundi 13 mai 2013

Nous sommes étrangers aux lois qui nous gouvernent.
Nous ne pouvons pas les comprendre, nous sommes obligés de les accepter avec humilité.
Par exemple, pour un homme (ce que je suis, je ne saurais parler d'un autre point de vue), le double, l'alter-ego naturel, est une femme, un être profondément différent. La " raison ", comme d'ailleurs la névrose, voudrait qu'il lui ressemblât totalement, qu'il fût identique, et non analogue et complémentaire, ce qui complique singulièrement les choses.
…Toute ma vie j'ai combattu ma propre étrangeté, j'ai combattu ce (le mystère) qui peut sans doute m'apporter l'extase dont je suis en quête.
…Toute ma vie j'ai été rigoureusement logique, cartésien la première névrose endossée, puis cherchant à m'en dégager, écartelé entre cela et l'horizon que la foi me faisait entrevoir. Tombé malade puis aidé comme il se doit (on ne peut pas trouver tout seul) et guéri peu à peu, procédant à la reconquête jusqu'à maintenant où je perçois le vrai " lâcher-prise ".


Samedi 11 mai 2013

Les lapins arc-en-ciel sont les plus difficiles à attraper -(comme me l'a dit L. en rêve pendant un cours de poésie que je lui donnais).


won't Men herself (sic)


Lundi 29 avril 2013

Cela faisait des années que je croyais être sorti de ma vie, avoir quitté mon destin, être en quelque sorte en exil de moi-même, situation, dois-je le préciser, des plus inconfortables, des plus douloureuses… ce que l'on pense est prépondérant et facilement illusoire.
Mais ne voilà-t-il pas que ce matin, après m'être réveillé quasi désespéré à cause d'un rêve et en avoir entrepris l'élucidation -ardue- afin de retrouver un équilibre… mis aussi noir sur blanc dans la foulée quelques idées fondamentales rectifiées*, je finis, travail accompli, par m'asseoir dehors au soleil, et, après quelques caresses à Lili en réponse aux siennes préalables, je contemple le magnifique et intense ciel bleu avec le sentiment ébloui de retrouver enfin un peu mes marques dans ma propre existence !
Passe alors étrangement dans mon champ de vision au-dessus de moi un très grand oiseau (un rapace ou peut-être une grue ?) d'une taille et d'une espèce jamais vues ici …

*S'il existait ici-bas une échelle assez haute pour atteindre les cieux je l'aurais déjà trouvée.
En y réfléchissant bien, blasphème et sacrilège mis à part, je suis le frère de Jésus-Christ que Marie aurait pu avoir avec Joseph, un être deux fois plus pesant, moins spirituel, qui a besoin d'une échelle aux barreaux solides, mais qu'on ne trouve pas ici-bas.
……..
Le Mal et le Bien sont les deux essences qui s'affrontent dans le cadre de la Création. Quoique le Mal paraisse trop souvent triompher, le Bien reste absolument invaincu puisque et tant que la Création perdure.
Que les spectateurs qualifiés de cet affrontement soient à quatre-vingt-dix-neuf pour cent inconscients et indifférents à l'échec du Bien a été toute ma vie mon malheur inguérissable parce que je croyais que la Création, que j'assimilais au Bien, allait, sans leur contribution, disparaître.


Mardi 23 avril 2013

J'ai eu soixante-neuf ans cette année et aujourd'hui, alors que je suis assis confortablement sur ma terrasse, jambes étendues, les yeux fermés, sentant aller et venir au gré des nuages le soleil sur mon visage , je pense tout-à-coup étrangement -cela est indubitablement lié- au duvet ombrageant la lèvre supérieure de ma mère comme je la regardais quand j'étais enfant, et je suis brutalement envahi d'un bonheur intense, à peu près comme la sensation que j'ai eue hier d'un véritable coup à l'estomac, en " digérant " inopinément le souvenir, l'essence, d'une fin d'après-midi à New-York, quand je m'étais rendu accompagné de Robin dans un lieu écarté (tel que je m'en souviens) à une projection pratiquement confidentielle de " Dont Look Back " en 1967.
Je réalise, je profite, des joies dont j'ai été inconscient toute ma vie, que je ne m'autorisais pas, j'ai l'impression de me complèter, je pense que mon âme se restaure...


(Je ne voulais vous faire part que de la musique (Bryan Ferry "Which Way To Turn"), mais il y a aussi ces images d'un pacifique (comme le héros) chef-d'oeuvre : "The Walker", écrit et réalisé par Paul Schrader, interprété par Woody Harrelson.)


Hors le Grand Mystère dans lequel nous sommes et dont nous faisons aussi partie, on peut nourrir l'illusion de pouvoir tout comprendre intellectuellement (il y a évidemment d'autres canaux), et d'ailleurs j'ai moi-même cette prétention, ou sinon, de comprendre pourquoi l'on ne comprend pas.
Vous me comprenez ?
Mais avec elle, malheureusement, je suis bien obligé d'admettre que je ne comprenais rien.


On aimerait bien recevoir un jour un tout petit peu de ce fameux " énormément de tendresse " dont on entend toujours parler.


Lundi 22 avril 2013

Une mince rampe de chêne terminée par une boule de pierre, une jolie courbe d'escalier, des carreaux de ciment peints de motifs floraux au sol, et par-dessus tout l'adorable, la tendre pénombre, voilà ce que je retiens du petit immeuble que j'habitais avec mes parents dans mon enfance, un bâtiment pauvre, aux vieilles cloisons de plâtre, au luxe absent, plein d'une lourde vie pataude, obscure, négligée.
L'endroit où l'on grandit, si tout ne va pas complètement mal, palais ou taudis, est, par la vertu de l'enfance, un paradis. C'en était un pour moi. J'eusse embelli n'importe quoi d'ailleurs, une prison, une niche, un cloaque.
Précisément, pour être véridique, il y avait un peu de la prison, de la niche, et du cloaque, dans ce paradis, mais, parce que vous avez souffert vous-même, vous l'aviez déjà deviné.
(Aussi puissant que soit le désir de rêver, d'enjoliver les choses pour mieux les supporter, il n'est jamais supérieur, chez moi, à mon besoin de vérité, à mon intransigeance à ce sujet, à la haine que m'inspire l'erreur, l'illusion, la bêtise. C'est ce qui fait de moi quelqu'un d'invivable, un sauvage obligé de se cacher, de rester seul, car, pour préserver la sociabilité il est bon de mentir un peu, et même un peu, moi, je ne sais pas !)
Et donc, dans cette prison où la méchanceté de mon père s'imposait avec le despotisme de ma mère, je me blottissais avec des réflexes de chien battu à la niche, les pattes repliées en position fœtale, le poil mouillé, raidi, des sécrétions cloacales que je recevais à hautes doses du monde des adultes.
Oyez, oyez, braves gens ! J'accuse rétrospectivement -la prescription est effectuée, n'ayez aucune crainte-, j'accuse les grandes personnes d'avoir constamment, quand j'étais petit, failli à leur grandeur. Ces gens-là sont morts aujourd'hui, mais vous, êtes-vous certains de jouer votre rôle de veilleur et d'exemple, alors même que les simples animaux domestiques envers lesquels nous n'avons pourtant qu'un faible devoir de considération n'en reçoivent -de la considération- (presque) jamais ! Je pose la question.
Et j'attends la vérité.
…………………………
Mais non, voyons ! C'était pour rire. De quel droit m'érigerais-je en juge, ou même en enquêteur, moi dont la vocation est précisément d'être un phare et un mentor, non pas pour les enfants véritables (qui en savent autant que moi), mais pour tous les attardés, les inconscients, les adultes puérils qui se sont perdus, cette espèce qui se dit humaine comme si elle n'était pas animale, toujours en désarroi et s'inventant d'innombrables remèdes dont aucun n'est celui qui convient : l'amour, l'amour fou et désespéré, l'amour inextinguible de la vérité !


La monitrice ôta d'un geste devant moi le soutien-gorge de son maillot de bain et des seins éblouissants surgirent, dont la forme et la pâleur laiteuse contrastant avec le bronzage du reste du corps me firent penser à deux lunes blanches et lumineuses.
Mais quand, une heure après, je racontai cela à des copains, un garçon d'une douzaine d'années -le double de mon âge- se mit à rire et déclara : "Mais c'est un pouët, celui-là, un pouët ! " Tout le monde rigola et ce fut le coup d'arrêt presque définitif de ma vocation.


Il y a un accord à trouver en soi-même avec la Nature, qui fait de nous des êtres « inspirés ».


Folie

Je vais au monstrueux, je vais à "Moi", je vais à la vérité.
Le chemin n'est pas facile à trouver. (Beaucoup de ceux que l'on appelle " malades mentaux " en sont moins loin que la population dite " normale ")
Plus petit et plus grand à la fois que soi-même il faut être, entre autres choses étranges et difficiles, quoique " difficile " ne soit pas le mot. En effet, la souffrance que l'on rencontre n'est pas nécessaire. On trouve ou l'on ne trouve pas.
Je suis passé par un verger où les fruits pourrissant tombés à terre étaient infiniment plus nombreux que ceux, comestibles, restés sur les branches. Mais leurs parfums, les exhalaisons puissantes de délices et de décomposition de ce tapis, composé aussi d'herbe haute, étaient enivrants. Avec ma taille d'enfant, je pouvais y marcher enfoncé à mi-mollets, comme un vigneron piétinant du raisin dans une cuve.
Jusqu'à aujourd'hui j'ai disposé de tant de richesses intérieures secrètes que j'ai dû me contenter de la misère matérielle, c'est l'étrange justice. Il n'est pas permis, sans doute, de conserver par devers soi les pouvoirs que Dieu nous a octroyés.
En faire bénéficier autrui pourrait être la voie.
Une chose est sûre, ce n'est pas la raison qui décide ni qui agit.


Dimanche 21 avril 2013

Sa Majesté la Reine nous avait contracté une royale chaude-pisse, Dieu sait comment…
Peut-être en faisant du cheval, ou en ouvrant sa couche à deux ou trois officiers de la Garde, ou en jouant avec son ombrelle, ou encore en s'asseyant sur un trône malpropre ? Allez savoir.
Quoi qu'il en soit elle était bel et bien plombée, l'Altesse, et tout-à-fait hors d'usage. Mais sa noblesse, sa grandeur, son aristocratique dignité, existaient indépendamment et se traduisaient par un refus inébranlable de contaminer qui que ce fût, même son petit chien, et, en l'occurrence moi-même, amoureux radical de ses grands airs et de sa démarche féline.
J'étais jeune, je ne pouvais rien deviner. Tout ce qu'elle faisait pour décourager mes avances, je croyais que c'était ma laideur, ma maladresse, mon inélégance, ma bêtise, ma mauvaise haleine, l'odeur trop forte de mes pieds, mon maigre système pileux, ou pire encore, je n'ose le dire, mes dimensions insuffisantes, qui l'expliquaient !
C'était une torture, un calvaire, et j'eusse préféré être à mon tour accablé de son mal, plutôt que de me croire rejeté par elle, méprisé. Elle m'aimait trop vraiment pour me respecter ainsi, que ne le comprenait-elle pas !
Les mois passèrent, les années, et je me détournais peu à peu. J'entrepris des voyages. J'écrivis des livres de philosophie. Je m'imposai des règles de vie monacales. Je fis ma cuisine, mon ménage, ma vaisselle moi-même.
Je me mis à douter de moi.
Je perdis tout, les dents, les cheveux, mais pas l’espérance, car je suis né avec la foi et un moral d’acier.
Et, bien qu'elle ne fréquentât plus que des gouines de basse extraction, qui se mouvaient en général sur des hanches énormes, ce qui m'effrayait, et ne rît qu'à leurs plaisanteries, ce qui faisait jaser la cour, je continuais à espérer toujours qu'elle ferait de moi son seul et unique amant.
Mais bientôt je ne bandai plus et me sentis envahi de faiblesses enfantines oubliées.
Je l'ignorais encore mais la route allait être fort longue pour retrouver et la lucidité et ma vigueur virile.


Il est plus facile de donner que de vendre. Je suis généreux par paresse, vertueux au fond parce que c'est naturel.


Soyez non pas superstitieux, craintif, ou quelque peu maniaque, c'est-à-dire défaillant, malade, mais complètement et justement irrationnel avec ce merveilleux instrument de pouvoir qu'est l'esprit et qui est loin de se réduire à la raison cartésienne.
Soyez irrationnel, un mage, un voyant, un devin.


Vendredi 12 avril 2013

Le charnier ne cesse de grossir
La terre est plus couverte de morts que de vivants
La vie est une écume sur une immense vague de cadavres terreau nourricier
Et nous marchons d'un pas rapide dans le jardin éphémère
Nous sommes rattrapés par l'ombre avant d'avoir reçu la lumière
Ni toi ni moi ni personne jamais ne survit !


Jeudi 11 avril 2013

Les seuls animaux dotés de la réflexion consciente, grâce à l'intellect -vous aurez peut-être deviné que je parle des hommes- devraient naturellement s'apercevoir à la simple confrontation que les autres espèces -comme les chats, grâce à qui je viens enfin de comprendre- en lesquelles toute ratiocination est absente, ne sont exactement, à l'inverse d'eux, QUE DE L'AME !
Descartes les considérait comme des machines parce qu'il ne les comprenait pas, pauvre malheureuse machine lui-même (ce que nous seuls pouvons devenir peu ou prou parfois, ou " imbéciles " comme le dit Rousseau), alors que les animaux, sauf à considérer bien sûr la matière, sont âme pure !


A l'école j'étais un surdoué, mais j'avais un gros problème existentiel et je me suis dirigé peu à peu vers des domaines où l'intelligence est difficile à prouver : l'écriture, la poésie, et surtout la mystique, à une époque où l'une comme l'autre étaient non seulement passées de mode mais carrément rejetées. Dommage, s'agissant de ce qui s'offre de plus élevé dans la culture universelle...
(L'humanité aurait-elle décidé de descendre plutôt que de monter ? Mouahahaha…)
Evidemment nous étions déjà dans le Kali Yuga, l'Age de fer, je le savais, j'avais lu Guénon.
Mais peu me chalait, je me suis toujours contrefoutu de ce que pensent les autres, au point même parfois de ne pas m'écouter moi-même (non, là je déconne) ! En tous cas, c'est vrai, je n'ai aucun besoin d'être encouragé ou soutenu, et je n'aime pas les compliments.
" Toujours seul " aurait pu être ma devise.
Puis, en dehors de cette vocation qui m'entraînait vers des contrées mystérieuses et sauvages à la beauté âpre, il advint aussi que je suscitai l'intérêt des amateurs de chair fraîche, grâce à mon joli minois et à ma curiosité insatiable laquelle me rendait extrêmement sociable et friand d'expériences étranges.
Je fus ainsi ankylosé à cinq ans et demi par un oncle, et, croyant ces pratiques normales (quoique un peu douloureuse) il advint que cela se reproduisit ensuite régulièrement avec d'autres gentils messieurs, dont, je dois le préciser par honnêteté intellectuelle (une autre de mes qualités), je ne décourageais jamais l'approche. Etrangement, peu de satisfaction n'en découlait pour moi sinon rétrospectivement, ce qui malgré le doute, faisait grandir le besoin.
Il n'est pas dans mon propos de raconter ici ce qui mérite une analyse particulière, attentive et complexe. Mais qu'on sache que cette déviance ajoutait encore à mon sentiment d'étrangeté, et me coupait un peu plus du commun des mortels -croyais-je.
En même temps je grandissais pourrait-on dire normalement, avec une attirance forte pour l'autre sexe et les rêves qui vont avec.

En fait, je me prenais pour un monstre depuis l'âge d'un an, époque à laquelle un événement m'avait fait croire que ma mère me rejetait à cause d'un choix que j'avais fait. Un choix si capital, et également si juste, que, je n'en doute pas, vous serez très surpris de savoir qu'il provoqua chez moi une telle méprise. Le choix du Bien !

Cela se passait dans l'un de ces magnifiques et grands parcs publics dont s'orne notre capitale, et à une époque où la civilisation industrielle n'avait pas encore l'emprise qu'elle a sur nous aujourd'hui. Dans ce parc, bien qu'il fût enfermé dans des grilles au milieu du décor urbain, on pouvait encore se sentir relié à la vraie nature, invisible mais toujours présente, " normale ", nécessaire, dans ce beau pays à la vocation agricole qui est le nôtre et qui survivait.
Une dispute éclata entre mes parents, provoquée par la réaction disproportionnée que ma mère venait d'avoir en constatant que ma barboteuse était tachée. Elle m'avait giflé.
Bien qu'elle eût fondu immédiatement après en larmes (et pour cause, elle était complètement dépressive), mon père entama un faux discours moralisateur qui n'avait pour finalité que de la culpabiliser un peu plus. (De la tuer définitivement).
La gifle, bien que je n'eus qu'un an, ne m'avait pas affecté. Elle était sans conséquence, une violence gratuite, involontaire, qui ne s'adressait pas à moi.
Non, ce qui était intéressant c'est qu'ensuite, pour se justifier, ma mère s'était mise à parler et que j'avais vu, sortant de sa bouche, des perles, des rubans, des pierres précieuses.
Quand mon père se mit à parler je vis une fumée noire épaisse et menaçante sortir.
Ils étaient tous les deux debout et j'étais assis à leurs pieds.
Je vis cette fumée descendre vers moi, lourde, opaque, et, ne sachant ce qu'elle était, curieux, je décidai de l'avaler, de la laisser entrer en moi. Je l'avalai.
A l'instant où, ayant pénétré et descendu rapidement, elle atteignait le fond (mes poumons ? mon estomac ? mon âme…) je compris de manière aveuglante, JE SUS sans le moindre doute, comme si elle était familière, que je l'avais toujours connue, qu'elle était le MAL !
Et, instantanément, sans que ma volonté ou ma pensée intervienne, je fus envahi avec une violence extraordinaire d'une HAINE absolue, terrifiante, une haine dont on ne peut douter, si on l'éprouve, non pas envers cette Chose, mais à l'égard de quelqu'un, qu'elle ne soit " mortelle ", réellement offensive, mortifère !
Ce fut un choc éprouvant, dévastateur, et, pendant quelques instants je demeurai sonné comme un boxeur.
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A suivre... (peut-être)


Mercredi 10 avril 2013

Prenez la classe politique là où elle a de l'importance, dans la capitale, les grandes villes, là où les réseaux sont denses, les maillages importants, et, comme une tarte Tatin après cuisson, retournez-la. A présent faites venir sur cet envers bien cuit et caramélisé, durci et pérenne, des agents américains du F.B.I spécialisés dans les affaires indiennes, et demandez leur d'examiner les empreintes ethnologiques, les traces de feux et de campements, les marques d'accidents et l'usure, les signes de l'activité passée, afin d'établir un historique détaillé complet.
Soyez-en persuadés, ils concluront à l'égoïsme, à l'avidité, au lucre, à l'intérêt personnel, au mensonge, aux combines, aux tricheries, etc., jamais au désintéressement et au sacrifice.


Dimanche 7 avril 2013

Dans un royaume à la fois de conte de fée et de vie bien plate ordinaire -et dans un imperméable mastic qu’elle serrait à la taille par une ceinture devenue une espèce de ficelle- brillait de feux visibles plus ou moins selon le degré de lucidité de chacun, L., ma compagne, l’Impératrice, embarrassée au plus haut point d’elle-même et de sa majesté, que je reconnais aussi aujourd’hui enfin consciemment comme « la Bienveillante »…
« La Bienveillante », « le Vif », « le Redoutable », on dirait des noms de vaisseaux de guerre, et cela va bien aux hommes empêtrés dans leurs luttes entre eux et contre eux-mêmes, encore que le bassin où nous évoluons soit plutôt celui des Tuileries pour les plus chanceux, le caniveau pour d’autres, que la haute mer, dans l’eau sale de toute façon… c’est-à-dire, oui, dans l’inconscience, et sans aucune chance d’arriver un jour au port.
Ce que je n’ai pas su faire à cette époque : tout !


Vendredi 5 avril 2013

Lorsque la belle Lili, chatte européenne, se met à ronronner près de moi, je me dis qu’on a mis un moteur dans mon tigre.


Jeudi 4 avril 2013

Du protozoaire au mammifère, de l’amibe à l’homme, nous sommes des créatures faibles et esseulées, le vivant périssable
Chacune se croit isolée et plus menacée que quiconque.


Mardi 2 avril 2013

Se préparer à quelque chose dont on ignore tout, s’agissant de la mort, c’est ce que nous faisons tous plus ou moins, si l’on n’est pas surpris avant, à partir d’un certain âge. C’est un brin stupide, si l’on réfléchit bien. Elle est probablement la chose la plus imaginaire qui soit, en laquelle pourtant tout le monde croit, plus qu’en Dieu, évidemment, Qui, pourtant, Se trouve en principe derrière elle…


Certaines vérités sont indémontrables, et même, j'oserai dire, à l'égard de soi-même. Il n'empêche qu'on les connaît absolument, qu'on peut les exprimer avec prudence et délectation, en sachant d'avance qu'elle ne pourront être reçues que de ceux qui les connaissent déjà, et qu'on découvrira ainsi avec reconnaissance à cette occasion comme faisant partie des siens.


Tous, nous faisons ce que nous croyons avoir à faire (personnellement j'ai arrêté; je n'ai jamais très bien su ni de quoi il s'agissait ni comment m'y prendre) avec simplicité, courageusement, et tout aussitôt, voici les incendies, les assassinats, les guerres, toutes les catastrophes possibles et imaginables dont nous ne nous sentons pas responsables, parce que nous ne réfléchissons pas beaucoup et que nous n'aimons pas nous encombrer de scrupules.


Je remercie Noé pour la vigne et le vin qu'on en tire, qui, à dose modérée, est l'indispensable viatique pour la vieillesse. Il arrondit les contours, efface la fatigue morale et le désespoir, entrebâille les tentures épaisses derrière lesquelles les femmes se sont petit à petit enfuies, permet de les apercevoir encore, d'adorer leur beauté, ravive la passion, fait aimer la danse.
Il est, pour un homme seul, ainsi que la musique, l'autre béquille pour, encore effrontément, toiser la mort.


Je suis pauvre, je dois me contenter de ce que je n'ai pas.


Dimanche 31 mars 2013

Je réalise seulement aujourd'hui que le paradis entrevu à Matala avec J. et poursuivi à La Barbade, ne pouvait guère se prolonger en dépit de mes efforts, compte tenu des déterminations inconscientes qui étaient les miennes (refoulements, traumatismes divers), et ce sont de pesants regrets, et une culpabilité injustifiée, qui disparaissent !


Il n'y a pas un génie pour hier et un génie pour aujourd'hui, le génie ne change pas ! Un rappeur ne remplace pas Mozart, ou même velRa, désolé les gars. Ou vous nous jouez au moins «Pavane pour une Infante Défunte», ou vous restez chez vous.
Quand Baudelaire disait vouloir «du nouveau», il ne parlait pas de la connerie agrandissant son marché !
En tous cas me voilà sorti du champ de mines. Pour des raisons particulières et particulièrement puissantes, j'ai eu quelques doutes, mais dorénavant ça ne prend plus !


Vendredi 29 mars 2013

Le jugement de facto que les enfants devenus adultes portent par leur conduite, dans les domaines d'activité que l'exemple de leurs parents leur a ouverts, quelle que soit leur réussite quand ils reprennent le flambeau, a toujours quelque chose de strictement effroyable, et ne risque pas d'améliorer le panégyrique de la société.


La vilaine banlieue est le royaume d'analphabètes qui se prennent pour des génies méconnus... Génie méconnu moi-même j'y ai sans doute ma place, mais en tant que lettré, là, le bât blesse.


Lundi 25 mars 2013

Chère Denise (j'ai une sœur qui ne s'appelle pas du tout Denise mais Elvire Haquenée Aurore Bethsabée, je lui donne ce nom depuis l'école parce que les autres enfants se moquaient d'elle en l'appelant Elle-et-Vire),

Chère sœur,

J'ai chez moi une boîte de rangement très pratique -elle s'adapte automatiquement à la taille de l'objet qu'on met dedans et qui aussitôt disparaît - mais depuis quelques temps il se passe des choses bizarres. Non seulement elle ne change plus de taille mais les objets sautent, se retournent, se mettent en place avec des claquements pour être dans une position particulière, la " bonne " position de toute évidence, avant de disparaître, et cela m'intrigue. Ce n'est pas un réel problème, tout fonctionne comme avant, sauf la taille, mais jusqu'à présent je n'ai rien eu de trop grand à mettre dedans. Peut-être que si cela arrivait, d'ailleurs, elle se comporterait comme toujours. Je voudrais seulement comprendre ce qui se passe et je m'adresse à toi car je ne connais personne de plus compétent.

Cher frère,

D'abord je trouve que tu as bien de la chance. Où as-tu trouvé cette boîte ? On dirait un de ces accessoires de mage que tu es seul, ou du moins l'un des rares, à posséder. Tu nous épatais déjà quand tu étais enfant en te montrant si différent, apparemment tu n'as pas changé.
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Je n'ai pas besoin du pari de Pascal car j'ai toujours eu la foi. Par contre ce qui m'est nécessaire c'est de présumer que la félicité auprès de Dieu est plus grande que les plaisirs abominables que j'ai rencontrés ici-bas.


J'ai l'impression de venir de Dieu -je peux même dire que c'est mon père- comme un pompier qui s'est laissé glisser le long d'un mât faisant office d'escalier pour descendre plus vite en cas d'urgence. Cette perche est un lien intangible toujours présent qui nous relie au Ciel et à Lui.


La nature est le seul cadre dans lequel l'homme puisse espérer trouver un sens à sa vie. En évoquer un autre, comme je suis en train de le faire, est déjà en soi une sorte de folie.
La civilisation industrielle, avec ses technologies sophistiquées, et le décor urbain dans lequel elle se déploie idéalement, sont une source d'illusion(s) qui rendent impossible la moindre spiritualité aboutie. Les objets manufacturés identiques et sans âme, et ceux fabriqués dans des matériaux qui n'existent pas à l'état naturel, composent un substitut trompeur du monde matériel véritable. Plus rien ne nous rappelle nos déterminations biologiques et nous tendons à ne nous considérer que comme des égos, des intellects agrémentés de bras, de jambes, d'organes sexuels ne servant qu'au plaisir, etc.
Dans ces conditions, toute méditation prolongée bute sur l'absence de nature comme image du sens qui nous échappe. On se dit qu'au milieu d'une prairie, devant la mer, la montagne, sous les étoiles, peut-être, on finirait par comprendre, mais qu'ici c'est impossible : terrible, terrible souffrance.


Samedi 23 mars 2013

Par le mot " con " que j'utilise généreusement -on me le reproche assez- pour parler de mes semblables, j'entends, en vrac, liste non exhaustive :
égoïste, calculateur, pervers, tricheur, menteur, bas, agressif, intolérant, revanchard, brutal, vil, cupide, veule, etc.
Il me sert, ce mot " con ", pour évoquer avec beaucoup d'indulgence, me semble-t-il, ceux qui salissent l'univers, ignorent la beauté, sont aveugles et cruels avec les animaux, offensent la Nature et Dieu itou -qu'ils accusent de leurs propres défauts- empoisonnent le présent comme ils l'ont fait du passé, et compromettent l'avenir, bref, tous ceux qui déclenchaient jadis l'ire sacrée du poète quand on gardait encore un semblant de décence et d'obligation envers les buts naturels.
En fait, dans ma bouche, " con " ne signifie pas imbécile, quoique souvent, bien sûr, cette acception s'affirme compatible.
J'espère ainsi rassurer parmi mes proches ceux qui se sentent visés autrement que dans la sphère morale et, prétention intellectuelle générale oblige, s'en offusquent.


Samedi 16 mars 2013

La culture oriente la conscience dans certaines directions privilégiées au détriment du Tout. Elle est une force qui bloque l'accès à certaines vérités. Elle impose des préférences, masque des options. Il faut dans tous les cas s'en affranchir.
J'ai rêvé cette nuit que deux jeunes idiots prétentieux -des petits malins- me contredisaient au sujet de la connaissance des particules électroniques. Ils prétendaient, contrairement à moi, qu'on peut les voir, n'existe-t-il pas un microscope du même nom ?
C'est en effet l'impression dont notre culture occidentale nous imprègne : celle de la toute-puissance de la science. Or, dans mon rêve, je faisais preuve d'une intelligence plus rassise. Bombarder de la matière avec d'autres particules et en déduire un concept n'est pas voir, c'était mon opinion ! La connaissance n'est pas une simple représentation intellectuelle, voilà ce que je défendais.
Réveillé, j'ai réfléchi davantage et je me suis rendu compte que nous avons cessé depuis longtemps d'avancer dans la connaissance. Nous fabriquons de l'abstraction et non pas du concret, de l'"existentiel", et cela à coups (à coût) de milliards d'euros pour continuer à croire au progrès. Nous construisons des accélérateurs de particules pour perpétuer l'illusion, et si nous avançons, c'est à la façon d'un aveugle dans les ténèbres, à tâtons, avec les mêmes dangers, en affirmant crânement que le toucher remplace très bien la vue, en compense l'absence.
Nous ne voulons pas reconnaître nos limites, et surtout qu'en la matière, si j'ose dire, elles sont largement dépassées.
Une expérience mystique a infiniment plus de valeur dans l'ordre de la connaissance que ces travaux de Sisyphe des chercheurs.


Mardi 12 mars 2013

Mes chats n'ont pas d'étiquette.
Je viens seulement de m'en apercevoir. Je la cherchais. J'assumais plus ou moins qu'ils en avaient une quelque part, accrochée avec une petite ficelle, imprimée en rouge, ou bien tatouée sur leur arrière-train, sous les poils. Par exemple : Lili, chat femelle, née le…, etc., comme il en va partout, comme la plupart des objets, que dis-je, comme tout le monde en porte ! Mais non, ils n'en ont pas.
Pas d'étiquette, pas de nom. Pas de nom, pas même celui de " chat ", encore une de nos inventions.
Ils s'en moquent bien. En fait ils n'appartiennent à personne, quoique nous faisant face, nous regardant comme nous les regardons, mais ne faisant pas partie du système, de notre système. Cependant ils sont là et ils sont eux-mêmes, cela leur suffit, ils obéissent à l'évidence à Autre Chose.
Présents et irréductibles, comme une planète étrangère, une lointaine étoile.
Incroyable ce sentiment que tout tourne autour de l'homme, dépend de lui, lui appartient.
Cela me rendait aveugle, à la fois sur eux et sur moi.


Quand on a beaucoup d’entregent on a rarement de la profondeur.


L’éternel voyageur
Complètement idiot que de se concevoir comme « arrêté » ou pouvant, devant l'être, ce que j'ai cherché longtemps ( S’arrêter c’est se tromper).
Il s’agit d’une transformation (l'existence) qui est comme un périple sans que l’on ait –il me semble- à s’en soucier.
C’est assez peu cartésien cette danse qui consiste constamment à ne se tenir que sur un pied, tantôt l’un tantôt l’autre, en somme une danse qui ressemble beaucoup à la marche, dans un espace intérieur, ou devrais-je dire « intrinsèque », qui est à la fois imaginaire et réel –car tout ce qui est imaginaire est d’une certaine façon réel, et l’inverse…
Il ne peut pas y avoir de profit, bien sûr, parce qu’il est constamment remis en cause… et remis en cause… et remis en cause…
Pierre qui roule n'amasse pas mousse.


Dimanche 10 mars 2013

L’acide, le mordant, le fier, l’élégant, le nerveux, l’impatient, qui avait du panache, séduisant, irrésistible, génie français, c’est fini !


Samedi 9 mars 2013

La douleur est une drogue comme une autre. Je me demande d'ailleurs ce qui n'est pas une drogue pour l'homme, dès qu'il en abuse… la nourriture, le sport, la réflexion, la volonté… et ainsi la douleur morale, le mea culpa qu'on s'inflige sans relâche, impitoyablement, tout en s'imaginant gagner ainsi un pardon qu'on croit ne pas mériter…
Pourtant je savais depuis toujours, même ce jour de mes neuf ans où j'avais refusé de répéter à haute voix ce que j'entendais prononcer en moi : "Dieu est méchant", que le péché tel que l'entendent les curés n'existe pas.


En France le bas-peuple subit le jugement et le sort mauvais que lui octroient ceux qui à l'évidence ne le connaissent pas. C'est lui qui fait les frais des politiques d'aide qui s'adressent à d'autres malheureux obtenant ainsi un traitement meilleur que le sien. C'est lui qui encaisse le plus durement les politiques de rigueur.
Pas étonnant s'il prête l'oreille aux propos consolants d'un parti extrême -le seul apparemment à savoir qu'il existe.
Pourquoi je dis cela ? Parce que, n'ayant jamais travaillé pour l'essentiel que comme simple ouvrier et ne percevant aujourd'hui qu'une retraite de 750 €/mois, j'en fais partie !
Quand un poète à la vocation universelle, bien au-dessus de ces considérations, en vient à s'occuper de telles horreurs, vous pouvez vous faire du souci !


C'est peu dire qu'en vingt ans le monde a changé, communications, mondialisation, dépravation générale, mais quiconque se retrouve à cause de l'âge en butte à des problèmes de santé, à une diminution de ses capacités physiques, avec, en point de mire, l'arrêt définitif, la fin totale, tout cela paraît dénué d'importance. Ce sont des changements d'aspect, une simple illusion. La vraie réalité est toujours là, bien simple, et inévitable, qui devrait générer la compassion, mais que personne ne voit.


Vendredi 8 mars 2013

Il y a toutes les rom stock pour tous les téléphones (et là je ne parle que d'un système sur une seule marque) :
Des dizaines par jour, par exemple : la N7000XXLSZ_N7000XENLS4_XEN, la I9100XWLSD_I9100OJVLS6_KSA, la 7710XXAMB5_S7710OXFAMB2_SIO (Android 4.1.2), la I9300TDUEMB1_I9300TTHLEMA1_THL, etc., etc.
Et puis les rom customs, elles-aussi innombrables, comme la CyanogenMod 9.1.0 qui, malgré mon respect absolu des procédures -Heimdall Suite pour installer d'abord le Technomancer's ClockworkModRecovery avant de lancer un wipe data/factory reset pour effectuer finalement l'install du .zip à partir de la sd card- a planté sur ma Galaxy Tab, me laissant désemparé
Une jungle foisonnante à l'envi extrêmement complexe et insondable de cyber-réalité dans laquelle quiconque ne se perdrait pas serait un surhomme et où ce qui pousse n'est pas toujours viable, car mon plantage -s'agissant de la P1000 GSM spécifiquement européenne- était déjà signalé dans la page suivante du site mais, évidemment, je ne pouvais pas l'avoir lue
S'ajoutant au petit livre rouge du plan de Paris, qu'on trouvait dans le camion de mon père, avec ses innombrables avenues, boulevards, rues, places, voies, passages, impasses, avec lequel j'ai autant de lacunes
Petit ouvrage broché écorné et noirci de cambouis dont on eût dit (à mes yeux d'enfant) qu'il abritait des lois alchimiques venues du fond des temps
Et au dictionnaire Tout-En-Un de ma mère que je lisais jadis comme un livre de poésie sans parvenir toutefois à mémoriser complètement les planches illustrées du Costume à travers les âges qui m'ont tant fait rêver et comprendre la vanité du paraître en société
Ensemble que jusque-là je croyais possible de maitriser un jour, à l'instar de ces intelligences universelles que furent Vasari, Léonard de Vinci, et plus près de nous Bertrand Russel si je ne m'abuse (j'en étais fan vers dix-sept ans et depuis de l'eau a passé sous les ponts, certes)
Et bien j'avais tort.
J'abandonne, je lâche prise
Je m'abandonne au tourbillon, je lâche prise pour mieux valser
Je ne sais pas qui Elle est mais je fais confiance à ma cavalière
Pages envolez-vous, éparpillez-vous !
Je consens.


Jeudi 7 mars 2013

A ne publier que si je déménage…
Quand j'avais vingt-cinq ans, un grand éditeur m'a déclaré sérieusement que j'étais l'un des trois meilleurs écrivains de ma génération. Aujourd'hui, habitant Saint-Denis (93), ce qui, malheureusement, n'est pas incompatible, je ne peux malgré tout m'empêcher par naïveté d'en douter.


Aussi horrible qu'elle paraisse, l'idée d'un cerveau humain trempant dans un bocal et relié par des fils électriques à différentes machines permettant et l'élocution et l'ouïe afin de continuer à partager une pensée jugée (sans doute avec présomption) digne d'intérêt et de conservation, ne peut manquer d'advenir à quiconque se retrouve à un certain âge en train de constater sa propre et inexorable décrépitude physique (une horreur aussi, croyez-moi). S'il n'y a rien à faire pour sauver la matière, la pensée, elle, toujours intacte et sans âge, réclame d'être préservée.
Ce que l'on peut espérer de mieux est d'en retenir l'essence avec de rudimentaires signes tracés ici ou là qui en porteront témoignage, et lui assureront une espèce de descendance dans l'esprit des autres.


Lundi 4 mars 2013

Ceux qui doivent disparaître, disparaissent. Ils sont retirés.
Accompagnez-moi partout, s'il vous plaît, j'ai besoin d'un témoin.
Si je dois la voir seul, elle qui doit être frappée aujourd'hui, je ne veux pas qu'on m'en tienne responsable.
Je suis certes averti mais je n'y serai pour rien.
Simplement je sais.


Dans mon anfractuosité habituelle je suis le plus grand je suis le meilleur le plus beau le plus talentueux le plus brillant mais
Je suis loin d'être le seul dans ce cas
La taille de la montagne n'est pas des moindres et le nombre de troglodytes y installés énorme colossal
Par exemple quatre-vingt-deux millions rien qu'en Allemagne
(Ce n'est pas rien)
Aucun ne s'extirpant pour jeter un coup d'œil dans ma direction
(Moi qui suis pourtant à mi-échelle le cul nu depuis l'âge de sept ans)
Contents paisibles satisfaits et pas du tout au courant de mon existence
Oui oui ils l'ignorent
Et je ne vous parle pas des bancs de créatures diverses qui nagent alentour
Des nombreuses espèces qui fouissent au pied du madrépore
Ou qui rampent à sa surface en tentant d'y pénétrer
Le forent l'investissent le taraudent de toute leur énergie…


Vendredi 1er mars 2013

Les arts servent à accorder l’homme avec Dieu.


Il y a des gens qui disent que la terre est ronde… Moi qui ai beaucoup voyagé, dès ma naissance, dans la lumière et puis dans l’obscurité et la pénombre, je ne peux témoigner que d’une chose : elle paraît bien plate et au bout il y a un mur, un mur épais et infranchissable, ce qui s’accorde mal avec l’idée de rotondité, cette notion particulièrement commode quand on veut faire tout ce qu’on peut et aller en quelque sorte où bon nous semble, puisque, en cas d’erreur, on est certain de toute façon de revenir plus ou moins au point de départ.
Mais continuer à avancer est suicidaire; pour réparer, il faut faire demi-tour et revenir sur ses pas soigneusement, en toute humilité et platitude, jusqu'à l'endroit où l'on s'est trompé. S’il n’y avait pas eu ce mur providentiel qui me faisait obstacle, preuve supplémentaire, ne serais-je pas tombé dans le vide ?…


Mardi 26 février 2013

Il est normal qu'un écrivain se livre.


Dimanche 24 février 2013

Une révolution


Je me suis écroulé assez tôt hier soir dans la soirée comme cela m'arrive de temps à autre. Je commence à savoir de quoi il s'agit. Je ne peux plus lutter, non pas contre la fatigue physique mais contre celle, psychologique, qui correspond à mes refus de comprendre, d'accepter certaines transformations. Ce n'est pas par mauvaise volonté, loin s'en faut, mais parce que je ne suis pas prêt, pas assez lucide, trop orienté dans la mauvaise direction depuis trop longtemps.
Quoi qu'il en soit je n'ai pas résisté cette fois-ci sachant ce qui m'attendait, un sommeil étrange sur le canapé, une méditation imposée, violente, entrecoupée de nombreux réveils, de prises de conscience, etc.
La nuit s'est effectivement déroulée comme cela. Vers 2h je me suis levé pour changer la litière des chats, ce que je fais normalement le soir, puis deux heures plus tard je suis allé me laver les dents, un rituel qui s'effectue évidemment beaucoup plus tôt d'habitude.
Ce n'est pas si mal, cet exercice qui consiste à ne dormir que d'une moitié de cerveau pendant que l'autre l'assiste, enregistre les résultats, et que les sensations physiques sont surveillées, ma position sur le canapé, la couverture plus ou moins bien disposée, mes contorsions diverses, mon image corporelle constamment à l'étude.
Les heures ont passé. J'ai rallumé puis éteint à nouveau la lumière à quelques reprises, je suis allé pisser deux fois.
En somme du bon travail, un étrange mais réel "travail". Entre la besogne ordinaire et l'accouchement, la mise bas, un devoir et une délivrance qui étaient nécessaires.
A présent, il est cinq heures trente, bien réveillé, après avoir bu un café et mangé du munster, je peux déjà dire 1/ que j'ai enfin ressenti le petit sentiment de perte causé par le départ de N., serrement de cœur que mon éducation me faisait prendre pour de la faiblesse, sentiment que je tenais à distance, que je ne voulais pas mettre derrière moi.
2/ que malgré mon envie et mes efforts depuis trente ans de me croire arrivé (je passe mon temps à m'occuper de mes meubles, les concrets et surtout les sprirituels) je suis et je resterai un voyageur. (Je me demande pourquoi j'ai voulu me priver de cette élégance.) Ce n'est pas rien d'être revenu là-dessus, une véritable révolution !
Beaucoup d'autres questions ont aussi été traitées, sans aucun doute, dont les fruits devraient être cueillis peu à peu, ou réclament encore de mûrir.


Vendredi 22 février 2013

Je veux bien considérer que toutes les cultures sont égales, ou se valent (ce qui est un peu différent et plus acceptable), mais pour avoir ce point de vue, fait étrange, il n'est pas possible de se situer dans n'importe laquelle...


Le sommeil de la raison engendre des monstres, mais pas plus que lorsqu'elle se croit seule à devoir veiller.


Je pense, sans en avoir la preuve, que pour avoir envie de raconter une histoire, ergo d'écrire un roman, il ne faut pas être en quête de la Vérité. Celle-ci, réelle ou imaginaire, à demi-maîtrisée ou encore inconnue, interagissant avec les autres éléments dont on dispose pour la création, est beaucoup trop perturbante.
Il n'y a que deux solutions : soit on s'en passe, soit on décide de l'atteindre pour de bon.


Etre con, cela consiste pour beaucoup de gens à ne pas se faire suffisamment confiance pour s'entendre penser.


Jeudi 21 février 2013

Décrivant son chat il ne disait pas : " les pattes postérieures ", ou " les pattes de derrière ", il disait : " les pattes du dos ". Et en parlant des pattes de devant, antérieures : " les pattes du ventre ". Ce qui n'était pas si impropre que cela, d'autant que son interlocuteur, qui venait tout juste de reposer 1Q84 de Murakami, après avoir aperçu pour la première fois les Little People sortant de la bouche de Tsubasa, n'en était pas à une bizarrerie près.


Mardi 18 février 2013

Je tiens à rester dans mon tour d’y voir. C’est là que je contemple le mieux les choses.


Dimanche 17 février 2013

Il y a un fatalisme qui est la dignité de la misère insurmontable, de l'impuissance, et un autre, tout-à-fait écoeurant, qui ne sert qu'à entretenir la torpeur d'une stupide paresse.


Croire c'est penser. On ne sait pas vraiment laquelle précède l'autre, si la croyance est la vocation naturelle de la pensée ou si la pensée procède d'un état qui est la croyance ; en fait elles n'existent que l'une par l'autre, en symbiose, elles se confondent.


J'ai été aimé plus que d'une reine, d'une impératrice ! Quand on en prend conscience cela console des quelques humiliations éprouvées depuis.


Le regard qu'on peut porter sur soi-même, sur l'être humain, a tout du tableau cubiste : ce que l'on sait pour l'avoir reconnu, ce que l'on a appris de manière livresque, ce que l'on éprouve sur le moment, agréable sensation ou douleur, et ce que l'on suppose. Le nez n'est pas au milieu du visage tant s'en faut, la main orne le ventre, le front, les couleurs se télescopent, se répandent, rien n'est arithmétique, cohérent.
Mais aussi il y a de la mouche, du lézard, qui interviennent, et de l'herbe, et de la forêt… du prisme, de la colle, de la musique, de la lave en fusion, des planètes, des galaxies...
La sagesse, je crois, consiste à s'obéir, c'est-à-dire à garder la cohésion en restant humble.
Qu'est-ce que je veux (vraiment), qu'est-ce que je vois ? Qu'est-ce que je me commande ?
Quel bonheur de s'accepter en se découvrant à chaque instant (il est impossible de se prévoir). Dans ma tête passe une licorne blanche. Tout est merveilleux.
Je suis inspiré, j'obéis à Dieu.
Merci, à Toi, de m'exister.


Jeudi 14 février 2013

Prétendre à la neutralité intellectuelle absolue comme on le fait aujourd'hui dans la société française, en s'abstenant de tout sous-entendu moral ex- ou im-plicite, de tout jugement de valeur à l'égard d'autrui, de la culture, de la race, des agissements sexuels (sauf préjugés obligatoires...), etc., c'est 1/ stupide -puisqu'il s'agit précisément d'une ultime attitude moralisante 2/ inhumain, et cruel -puisque cela s'oppose à la tendance qu'on aimerait qualifier de naturelle si n'elle ne s'exerçait pas trop souvent de façon injuste*.
En outre il s'agit bien d'infra-humanité et non d'un dépassement car c'est la négation même de ce qui, dans le meilleur des cas, aboutit à l'art, à la transfiguration, à la découverte du Sens !

* Une injustice qui provient non pas de la fonction elle-même mais de qui l'utilise et à l'égard de qui ou de quoi.

Nota Bene : Seuls les actes sont répréhensibles. Les pensées, et leur expression, malgré leur dangerosité, ne devraient pouvoir être condamnées.


Une chose vient parce qu’une autre attend.


Dimanche 10 février 2013

Le défaut du cartésianisme c’est qu’il remplace l’Incompréhensible Réalité par une image illusoire simplifiée qui finit par en tenir lieu.
L’inconscience n’est plus ressentie comme telle et devient « normale ». C’est sans doute rendre aux agissements de la majorité d’entre nous une espèce de légitimité mais c’est un mensonge.


Samedi 9 février 2013

Je n'avais pas l’air moins sage jadis quand j’étais fou, que je ne parais l’être aujourd'hui quoique devenu tel -devenu sage-, aux yeux des fous qui m’entourent.


Jeudi 7 février 2013

«Matala» (Jean Blanquet), mis en musique et interprété à la guitare par Didier-Louis Duruz, accompagnement de Maître Jacques au violoncelle (1970)
"Didier" 33t CBS AZLD 5786 (1971):




To Janet, who was there, who, at least for me, was it...


Il n'est pas de semblable espace
D'aube rugueuse et secouée de coqs
Le chant des coqs, leur chant maigre
Et la mer est émue par l'aube
Il n'est pas de tendresse plus douce que dans cette île
Matala
Mon regard, Matala ma lumière : le soleil compliqué des diamants de midi et l'à-pic de clarté des falaises blanches
Les falaises des morts anciens, des processions sanglantes
Et toujours le soleil, le soleil sur les pentes, pas d'olivier, rien que le soleil blanc
Et la mer rouge comme du sang, d'île en île, séché, caillé, par plaques, la mer, la mer, bleue, verte, pleine de tristesse et de soudains éclats de vent
...Qu'atteignent les gifles du sable et la haute flamme des danses
Seul autour du pivot des voix lentes et de la cadence des mains ?
Matala
Sous un abîme d'épouvante parfois
Comme un oiseau agonisant sous la corolle des mouches
Chaleur, chaleur, les grands rires du vent
Et la lune cueillant sur Matala les tresses du soleil
Soleil... comme le corps de Matala
Sa blancheur d'île, et les étranges veines profondes de la mer
Je sais qu'il y a des volcans
Et l'absence de Dieu dans le vide de Matala... béant
Vide propre aux orages de chaleur
Aux danses éplorées nocturnes.


Dimanche 3 février 2013

Dans nos relations avec les autres, nous ne sommes pas comme des anachorètes de retour dans le monde, des ermites éprouvant le besoin ou ayant reçu de Dieu l'injonction de s'adresser à cette étrange et un peu lointaine espèce qu'on appelle les " hommes ". (Quoique…)
Nous vivons avec, et nous oublions la distance qui nous permettrait de les qualifier de manière générique.
Et bien, c'est également ce qui m'arrive de plus en plus avec les chats, dont je suis si proche que je ne vois plus que l'être pourvu de sentiments analogues aux miens dont les réactions interfèrent avec les miennes, l'individu particulier, mais ni un " animal ", ni un " chat "!


Chaque chose et chaque être sur terre exigent que nous éprouvions pour eux l'idée et le sentiment qu'ils méritent, et que, malheureusement, l'équilibre de nos idées et de nos sentiments existants ne permet pas toujours.
Il y a un combat permanent en nous, en grande partie inconscient, entre ce nous sommes dans le moment et ce que nous devons devenir pour être absolument nous-mêmes, c'est-à-dire capables en somme de rendre compte convenablement de Tout ! Cet échange parfait et entier entre soi et le reste du monde, est, il me semble, ce pour quoi nous avons un destin.


Mercredi 30 janvier 2013

L’authenticité et la valeur (l’intérêt qu’on peut en recueillir) de tout penseur, professionnel ou amateur, grand ou petit, célèbre ou non, se mesurent à la reconnaissance et à l’acceptation qu’il a lui-même de ses propres contradictions. Avec un peu de chance et l’aide de Dieu, un jour, à condition qu’il les accepte, il atteindra à l’Esprit où il les verra se vaporiser dans l’Harmonie.


Mardi 29 janvier 2013

Je me souviens de tous les habitants du quartier, de la faune nombreuse et diverse de mon enfance, des types, des caractères, des classes, des métiers, de la moyenne, des exceptions, des âges, des couleurs, qui m’apparaissaient, m’apparaissent toujours car le passé ne me quitte pas, comme une richesse, alors qu’aujourd’hui, quoique je voie toujours la variété, le nombre, les particularités, les multiples aspects, c’est un flot fade, uniforme, conformiste, qui ne m’intéresse pas.
Jadis tous ces gens si différents semblaient pouvoir parler d’une seule voix puissante. Aujourd’hui, plus nombreux encore, ils ne savent ni se retrouver ni se réunir.


Le plus difficile n'est pas de «crever», il me semble, mais d'accepter d'avoir à le faire à l'écart, de manière impersonnelle, presque clandestinement, comme si de rien n'était dans l'absence d'attention générale (Songez à ce qu'était la mort jadis socialement : rosse et caparaçon aux larmes d'argent, hautain corbillard, cosmopolite cortège, à chaque coin de rue... Nous ne savons plus vivre ergo nous ne savons plus mourir...), tandis que nos pauvres contemporains qui ne savent s'occuper farouchement que d'eux-mêmes, irresponsables et laborieux, se dirigent tout droit évidemment vers la même épreuve.


La sixième mutation…
Oui, j'ai bien entendu, vous avez bien lu… Cela signifie qu'il y en a eu déjà cinq ! A dire vrai, je m'étais bien rendu compte de beaucoup de changements, mais sans les définir ni les compter.
Des mutations ! Voyez-vous ça ! Comme un cœlacanthe qui deviendrait un homme, n'est-ce pas, j'exagère sans doute un peu, quelle aventure !
Rendez-vous donc après pour en juger, quand celle-là aura eu lieu.


Lorsque je serai capable de me passer de tout secours, Dieu me prendra dans Sa main.


Le vrai problème philosophique c'est la mort, et les plus importantes philosophies sont les religions.


Lundi 28 janvier 2013

Les chats aiment les êtres humains. Par exemple, ils adorent dormir blottis contre nous. Ce qui est totalement incompréhensible.
A moins qu'au lieu de chercher du réconfort comme on pourrait l’imaginer, mûs par leur bonté naturelle, ils ne nous en proposent…


Si Dieu vous dit de blasphémer, il faut blasphémer !


Seul, immobile, et tout à loisir
Comme un poète qui se récite intérieurement des vers
Comme un musicien qui joue et rejoue dans sa tête une partition
Je me promène dans les lieux merveilleux où j'ai vécu jadis
Dans l'esprit scintillant présidant au ciel grec
Dans la magie des nuits tropicales à La Barbade
Dans l'âme de diamant de Matalla.


Dimanche 20 janvier 2013

Des tas de gens convaincus d'être de bons esprits rationnels sans une ombre, cartésiens affirmés, n'en sacrifient pas moins régulièrement à Eros, ou peut-être devrais-je dire à Priape, ou encore à un faune, une bacchante méconnu(e)s, y usant et leurs forces dans leurs pratiques et leurs ruses dans la recherche d'un(e) ou de plusieurs partenaires.
Ces soucis permanents, ces besoins erratiques, en un mot ces passions, ont-elles la moindre dignité qu'on puisse rattacher à l'esprit dont ils sont si fiers ?
Sont-elles l'expression d'une vision intellectuelle du monde qui m'échapperait ?...
... Moi, je dis que, quand on baise, on se doit de garder le reste du temps, par rapport à Dieu, un petit chouïa de respectueuse humilité.


Vendredi 18 janvier 2013

Nous nageons constamment en plein merveilleux, en plein miraculeux –les grands musiciens nous le disent sans cesse- et la bande d’abrutis renommés qui nous dirige, morts ou vivants, lointains ou proches, passe son temps à nous convaincre du contraire, prêtres de la peur.


Moins on se reconnaît d'importance objective, plus on se sent bien.


Jusqu'à aujourd'hui je n'avais pas compris que les choses avaient commencé avant moi. En particulier : que le regard de ma mère sur moi était conditionné par ce qu'elle avait vécu avant que je ne vienne au monde, un regard, par conséquent, très relatif, assez limité, celui d'une très jeune femme qui, en particulier, se méprenait complètement au sujet de son père. Ce que j'étais, passé ce filtre, n'avait plus rien à voir avec moi. Les péchés que j'ai cru avoir commis n'avaient aucune existence, car mon juge regardait dans une toute autre direction. Même si j'avais été -peut-être l'étais-je d'ailleurs- un nouveau Bouddha, un saint futur absolument parfait, elle n'aurait pu s'en apercevoir. Le malentendu était le cœur du problème.


Lundi 14 janvier 2013

Nous ne faisons que marcher dans des ruines
Celles de la guerre et de l'Histoire
Et les ruines de l'amour
Et nous n'avons pas d'avenir
Regardez : l'herbe qui va tout recouvrir
Est noire.


Il n'en faut pas beaucoup pour faire d'un poète son propre bourreau
Oubliez de lui dire qu'il n'est pas coupable
Cela suffit

J'ai connu un poète suisse
Qui se trompait magnifiquement sur lui-même
Et beaucoup beaucoup d'autres gens dans le même cas
Rares sont ceux qui marchent vers la Rédemption.


Je me mis un jour à penser qu'elle appartenait indubitablement à cette catégorie très particulière des " dangereusement con " avec son imbécillité offensive, et son aveuglement, sa surdité, aux signaux et aux paroles que je tentais de lui adresser dans l'espoir de l'arrêter.
Oui, c'était la formule qui lui convenait le mieux : dangereusement con ! Elle ne voyait ni n'entendait rien, et, en tête du cortège des cons, continuait sur sa lancée avec un entrain remarquable, le plus étonnant étant l'assurance ravie qu'elle affichait, comme si elle avait été jusque-là toujours récompensée de ses actions, applaudie, félicitée.


Jeudi 10 janvier 2013

L’idéalisme, et, d’une manière générale, toute « prétention » intellectuelle, est le meilleur moyen d’éviter Dieu.


Mercredi 9 janvier 2013

Lorsqu'on se bat pour retrouver un équilibre authentique, après avoir complètement perdu celui, approximatif, qu'on possédait, on est dans l'obligation de découvrir les idées justes, les raisonnements valables, la véritable raison opposée à l'illusoire, les formes réelles de la vérité. Se tromper serait mourir. Une ascèse qui fournit la pierre de touche pour la reconnaissance du Vrai.



«Where Are We Now ?» (2013) by David Bowie, un chef-d'oeuvre :



Mardi 1er janvier 2013

Minuit.
Et l'amour meurtrier s'en ira sur la pointe des pieds...


Mardi 25 décembre 2012

Avec l'homme et la femme on tourne en rond

Avec l'homme et l'homme, la femme et la femme
La quête est d'autant plus inassouvie qu'elle est sans objet

Le vrai chemin est vers Dieu

Celui qui emprunte les trois voies à la fois, le plus riche d'espoir, s'expose aux plus terribles souffrances.


Je suis mystérieux comme quelqu'un qui n'a rien à cacher.


Mardi 18 décembre 2012

Pauvre Lélian

Je vois partout le néant du Mal, partout et tout le temps dans les formes extérieures
Dans les habits des passants, les murs, les reflets de la pluie sur l'asphalte
Dans le bruit des autos, les grondements, les sifflements, le souffle de leur passage
Le bruit de mes propres pas, les grilles du parc, mes mains gourdes dans mes poches
Je rentre chez moi
Et quand je n'attends plus rien, que je suis vide, je vois Dieu apparaître
Je Le reconnais et quoiqu'Il soit invisible, inaudible, inexplicablement absent
Il est partout extrêmement actif.

C'est Lui qui fait la chanson de Verlaine¹ qui me fait pleurer et donne un sens à toute chose
Comment ai-je pu me tromper à ce point et ne pas Le voir ?
Il fait venir le jour, blanche haleine de chat sur mes vitres et Il tient ma main
Tous mes rêves sont tissés par Lui et la moindre chose que je pense Lui appartient
Rien, en vrai, ne s'interpose entre Lui et moi, sa créature, rien que l'illusion.

¹
Si tu ne mourus pas entre mes bras,
Ce fut tout comme, et de ton agonie
J’en vis assez, ô détresse infinie !
Tu délirais, plus pâle que tes draps ;

Tu me tenais, d’une voix trop lucide,
Des propos doux et fous, « que j’étais mort,
Que c’était triste », et tu serrais très fort
Ma main tremblante, et regardais à vide ;


Je me tournais, n’en pouvant plus de pleurs,
Mais ta fièvre voulait suivre son thème,
Tu m’appelais par mon nom de baptême,
Puis ce fut tout, ô douleur des douleurs !

J’eusse en effet dû mourir à ta place,
Toi debout, là, présidant nos adieux !...
Je dis cela faute de dire mieux.
Et pardonnez, Dieu juste, à mon audace.



Lundi 17 décembre 2012

Heureusement que j'ai connu Yvonne Thurel-Baldacci, il m'arrive de croire qu'il n'y a personne d'intelligent sur la Terre.


J'ai quand même réussi à échapper à toutes les fêtes de famille, chichis, falbalas, repas de famille, anniversaires, pendaisons de crémaillère, etc., etc.
Ce n'est pas la vraie vie il me semble, sans savoir cependant ce qu'elle devrait être, différente pour chacun, originale, unique.
Nous nous rencontrerions pourtant, les enfants tenant la main d'adultes, en d'irrémissibles fêtes, gigantesques, impromptues.
Les différents étages de la Création auraient leurs praticables, splendides, décorés pour la circonstance, de tous styles, de toutes époques, parcourus de foules en liesse.
Les ballons, les serpentins, la soie, les masques, de Venise universelle.
Et les chemins vertigineux. Et la course des nuages en accéléré.
Et la Femme. Et l'Homme. Et le chant. Et la poésie.
Nous aurions les orchestres les plus purs, les plus naturels.
Il n'y aurait que des mains de paix, des yeux pour être éblouis par la Beauté, des corps pour la danse.
Les vieillards seraient des temples.


Dimanche 9 décembre 2012

Microfaust


Un ingénieur, un professeur, un écrivain, qui votent pour un individu censé les représenter dont, à l'évidence, le Q.I n'est pas supérieur au leur mais la névrose plus grande, ne méritent-ils pas de vivre dans une société de m… ? Eux et la foule qui leur ressemble !


Quand une chose se démocratise elle cesse d'être intéressante. C'est comme la vulgarisation (en particulier à la télé) : quand elle livre quelque chose au plus grand nombre, quel que soit le sujet, il n'y a que les bas-morceaux.


Vendredi 7 décembre 2012

Je me suis aperçu, dans une brève vision, comme un petit bonhomme marchant sous un nuage noir, un nuage circonscrit et funeste qui se tient juste au-dessus de lui et l'accompagne partout, un nuage personnel.
Cette nuée privée incongrue, presque ridicule, mais lourde de menaces, hostile, correspondrait en fait à tout ce que je ne comprends pas -pas encore- et sa présence est depuis si longtemps familière que je n'y faisais plus attention.
Cependant elle est là et joue bien son rôle, se déchainant violemment parfois avec de terribles grondements et des éclairs, et il se met à pleuvoir plus ou moins longtemps, mais le plus souvent elle se contente de me cacher le soleil.
Pour moi c'est le pire car j'ai la religion du Soleil ! Sans L'avoir jamais vu je sais qu'Il existe grâce à la lumière du jour, et quoiqu'on ne puisse sans doute pas Le regarder en face, j'ai toujours voulu profiter directement de Ses rayons.
Je me dis parfois que cette indéfectible prétention qui est à la fois un espoir et une conviction valant seule la peine de vivre est quelque chose d'important par rapport à tous ceux de mes semblables qui ne l'ont pas.


Dimanche 2 décembre 2012

Quand la mort cesse d’être une éventualité pour devenir une certitude, quel que soit le moment où elle devra survenir, elle est toute proche.


Vendredi 30 novembre 2012

Il est bien évident (j'utilise cette formule chaque fois que je découvre quelque chose qui ne l'était pas !) que je n'aurais pas pu accepter de travailler comme je l'ai fait -pendant environ vingt-cinq ans !- en tant que manœuvre, magasinier, si j'avais assimilé, digéré, compris, les années que je venais de passer avec L. et qui s'étaient soldées par un échec. Au contraire je refoulai le tout de peur d'en être détruit, le mettant soigneusement de côté pour plus tard, et cette inconscience me permit de ne respirer qu'à moitié en perdant toute ambition, de me passer, en quelque sorte, de moi-même.
Parce que mon amour pour elle était devenu malheureusement cela : elle était moi, partie, c'était insupportable, je devais donc en mourir. Mais je ne le voulais pas, j'avais peur, il fallait avant tout ne pas y penser.


Toutes les nouvelles possibilités d’usage, de création, qu’offrent les smartphones se heurtent à la bonne paresse, à la sagesse qui consiste à se contenter de rien.


Jeudi 29 novembre 2012

« L'amour », comme dit Garance, « c'est facile ». Et elle a raison, il n'y a qu'à se laisser aller.
C'est bien cela, d'ailleurs, qui fait peur à beaucoup. Ils sont trop habitués aux interdits, aux difficultés, aux corsets, aux garde-fous, aux parapets, aux impasses.
Quand c'est facile, ils craignent de se diluer, une chose en entraînant une autre, de se perdre, comme un nuage qui s'effiloche avec le vent puis disparaît.
C'est pourtant le destin humain : grandir peu à peu en devenant de plus en plus léger pour, un jour, tout comprendre, tout accepter, ce qui n'empêche pas la pensée, l'action, mais plus simplement, plus sagement, jusqu'à -cela, je l'avoue je le suppose encore- savoir vraiment n'être rien !


Ce sont des gens gouvernés par leurs peurs, leurs vices, leurs appétits, qui prétendent gouverner les autres.


Je vais peut-être devenir optimiste à la fin de ma vie. Je me rends compte que le Mal ne peut pas triompher du Bien ! Bien qu’il soit constamment à l’œuvre, souvent totalitaire, apparemment définitif, il ne peut en aucun cas gagner durablement et c’est logique. Il surgit toujours quelque-chose d’inattendu, d’imprévisible qui se trouve être, ô sublime surprise, le Bien montrant le bout de son nez, et le Mal est contraint de reculer. Tout simplement parce qu’il est contre-nature et que le Bien c’est la vie.


Vendredi 23 novembre 2012

Le monde idéalisé que la fréquentation de ma psy m'avait incité à construire -par rapport à celui, très sombre, qui était le mien avant de la rencontrer- en raison de ma réussite (je n'en ai plus besoin) est en train de s'effriter, des lézardes apparaissent, l'absolu s'en échappe et disparaît, et il ne reste (car c'est cela l'essentiel, malheureusement) que des gens ordinaires bien réels, qui sont affreusement imparfaits, souvent médiocres, peu intéressants, quel que soit leur statut social, leur rang, leur couleur, leur âge, leur éducation.
Je reviens à l'état antérieur mais lucide, renseigné, savant, accompli.
L'amour de ma mère que je pensais n'avoir pas vraiment existé m'a été rendu, mais un amour humain, très insuffisant par rapport à mon attente enfantine, comme elle, la pauvre, insuffisante, enfantine, qui ne le faisait pas exprès.
Que cette femme gentille, aimante, et plutôt déchirée, mal équilibrée, ait pu me tenir récemment responsable de la mort de mon père et me le déclarer tranquillement, sans même imaginer que ce puisse être à mon endroit offensif, terrible, accablant, suffit à dépeindre ce qu'a pu être avec elle mon enfance.


Quand il m’arrive de comprendre que tu ne me hais pas, je me sens délivré, sinon je brûle d’une fièvre mauvaise.


Jeudi 22 novembre 2012

Beaucoup de gens aiment l'idée perverse de " progrès ", ce mythe, cette illusion, parce qu'elle recèle au fond la notion de profit.
Si on l'en débarrasse, que reste-t-il ? Pas grand-chose, une idée très maigre, très abstraite, de peu d'utilité dans le monde matériel.
Choisissons plutôt sur ce sujet, comme Baudelaire déjà, d'être lucides.


Lundi 19 novembre 2012

Mettre à la crèche des enfants tout juste nés est bon pour la socialisation, mais ce n'est pas un troupeau de moutons qui sauvera l'Humanité.
Je suis de ces absurdes vieillards au doux regard délavé qui, aussi éloignés qu'ils en soient, font l'apologie de l'enfance avec un sourire comme s'ils l'avaient quittée la veille et y retournaient clandestinement à volonté pour retrouver l'Ile au Trésor, reconquérir le fabuleux El Dorado, cultiver le magique Jardin des Contes.
Je n'ai mis les pieds à l'école qu'à six ans, en me faisant prier et même tirer, porter, et, l'année suivante, après m'être surtout consacré à la scarlatine, à la coqueluche et aux oreillons et être resté six mois en colonie de convalescence, je savais lire et écrire à peu près couramment.
Ne me demandez pas comment, mais sachez que, pour moi, le mot "crocodile" ouvrait grand à l'évidence une gueule pleine de dents et miroitait d'écailles vertes. Je ne comprenais pas pourquoi on me rabâchait les lettres et les syllabes de mots dont il était si facile de regarder la physionomie unique, toujours intéressante et justifiée, pour s'en souvenir sans effort à jamais.


Vendredi 16 novembre 2012

Mieux vaut en finir avec l'envie d'en finir

Mieux vaut renoncer à rendre toutes les merveilleuses impressions que j'ai reçues
Pour en créer d'autres

Mieux vaut arrêter de faire le bilan que personne ne me réclame
Sinon moi-même sous mes écailles mes ailes de chauve-souris ma queue fourchue ma langue de feu
Chevauchant les nuages et les arcs-en-ciel et terrorisant paysans et châtelains jeunes vierges et douairières

Mieux vaut rendre sa liberté à mon âme

Pour enfin vivre.


Jeudi 15 novembre 2012

Plus ça va plus je m'ouvre aux idées qui, naguère, m'eussent fait craindre de devenir ou fou ou idiot, et c'est un soulagement, une délivrance.
Ainsi, je commence à voir derrière l'indigence des définitions que propose la société humaine la dimension plus grande et en quelque sorte héroïque (ma faiblesse m'oblige à utiliser ce mot) de la Nature. Par exemple, quelqu'un qui a une véritable vocation et qui réussit à l'exercer socialement est bien plus que sa soi-disant profession; dans sa fonction, son être, réside un archétype intemporel qui relativise la particularité historique. En l'apercevant, on se retrouve en train de regarder non seulement le présent de cet individu, mais aussi, pour ainsi dire, ses vies antérieures. Quelle merveille de rencontrer enfin la Fable, de la voir prenant corps, prenant vie !
Puis, je reçois les sensations occultées jusque-là, mes croyances, tout-à-fait naïves, tout-à-fait pures, qui risquent, si je les exprime, de me faire passer pour un imbécile, ce dont je ne me soucie pas beaucoup si grand est le bonheur qu'elles me procurent.
Cendrillon, chatte noire européenne exquise, disparue depuis des années, d'une élégance inouïe, d'une bonté et d'une droiture si exemplaires, et surtout si indéfectibles qu'aucun être humain ne peut y prétendre (nous sommes beaucoup trop faillibles, au contraire des animaux), parce qu'elle se trouve aux cieux, où je peux la voir, me rend la mort acceptable !


Lundi 12 novembre 2012

Quand j'ai rencontré B., ma psychiatre, dont les véritables initiales étaient Y. T-B (...ce qui permettra aux plus malins de découvrir qui elle était, et de le faire savoir aux autres, moins malins, paresseux, et à l'immensité majorité des indifférents -une organisation naturelle qui fonctionne à la perfection depuis toujours sans l'intervention de personne, comme quoi, dans le monde " normal " il n'y a aucune raison de s'en faire), ce fut bien, je m'en rends compte à présent, comme si je l'avais cherchée toute ma vie…


L'outrecuidance des chats n'est qu'une projection de notre intellect pervers, incapable de supporter l'idée d'innocence absolue et de candeur, d'un être tout-à-fait comparable à un bébé humain, qui compte naturellement sur nous, notre force, notre intelligence, notre supériorité, pour l'aider, le protéger, le " servir ".
Et, bien sûr, tout comme moi-même, je m'en souviens, je l'attendais de ma mère, ils croient que nous savons ce qu'ils pensent.


Je porte le poids de toutes les conneries que j'ai faites, de toutes les erreurs que j'ai commises, et même si je m'en sens parfois délivré pour quelques moments exaltants, si je les oublie la plupart du temps, elles n'en ont pas moins existé, elles ont fait leurs dégâts. Le difficile pour moi, qui crois à un état spirituel fruit du progrès personnel, de l'individuation, est de concevoir une économie divine qui compose avec ce foutoir, ce bordel humain, et détient une finalité, une justification, une raison d'être compatible avec le pardon.


Ayez un chat sur vos genoux (remarquez que, sans l'exclure, je n'ai pas dit : " prenez ! "), et, si, après un moment, vous pouvez lire dans son regard une parfaite et durable quiétude, considérez -c'est moi, maître es minou, qui vous le dit- que vous possédez votre brevet d'être humain respectable.


Dimanche 11 novembre 2012

Je souffre parfois de la solitude, qui, avec les inévitables et grandissants déboires de la vieillesse, et compte tenu du fait que je me considère toujours comme un raté n'ayant rien accompli qui puisse lui valoir l'estime de ses contemporains et la notoriété, me conduit au désespoir.
Dans la catégorie " Tourments de l'Ame Humaine " je suis un connaisseur, mais, chose étrange, je ne veux changer pour rien au monde.
Je continue à me tromper, je suppose, obstinément et activement, ne me payant même pas de mots comme on pourrait le croire d'après les apparences.


Mercredi 7 novembre 2012

On vit à la fin des temps, ça se précise.

Les historiens futurs, s'il en est, en sera, regarderont sans doute avec compassion ceux qui, aujourd'hui, conservateurs rétrogrades, fascistes consternés et vindicatifs, cramponnés qui à la branche pourrie, qui au tronc martyrisé, voudraient tant voir l'évolution s'arrêter. Mais c'est peine perdue. La mythique opposition " nature-culture " que le diable-intellect laisse croire possible et même, un comble, naturelle, donne toute latitude aux progressistes pour penser que, dans la culture, qui, croient-ils, leur appartient, appartient absolument aux hommes, ils peuvent tout instituer ! Pure folie, évidemment, pure aberration !
Je ne devrais pas en dire davantage.

Il faut en profiter, parce que c'est la fin.

Quand on signifie clairement à tous que la loi est consensuelle, et mieux encore, arbitraire, plus aucune autorité n'est possible. Bien sûr, si chaque être humain est un sage, ou un saint, cela n'a pas d'importance...

Naguère encore, on s'arrangeait pour que les lois humaines paraissent découler plus ou moins de celles de Dieu et de la nature. Il y avait celles que la raison pouvait reconnaître, quant aux autres on prétendait que celui qui les édictait était sorti de la cuisse de Jupiter.
Aujourd'hui, après s'être révolté contre la tyrannie du monarque de droit divin, on jette le bébé avec l'eau du bain. C'est à peu près comme si, en coupant la tête de Louis XVI, on avait coupé aussi celle de la Nature, celle de Dieu.
Certains l'ont bien constaté qui ont dit que " Dieu est mort ". Le paradoxe, l'ironie de l'expression, n'ont pas été perçus, apparemment, par tout le monde. Certains même se sont réjouis in petto comme des écoliers à qui l'on accorde à tout jamais de faire l'école buissonnière. (Moi, je vous le dis entre nous : lorsqu'un homme à la recherche de la vérité côtoie la perfection de la solitude (à moins que ce ne soit l'inverse), il est très loin de rigoler en entrevoyant que Dieu aussi (comme lui-même, naturellement, ce qui, aussitôt, le rassure) n'existe pas !)

L'écologie ne suffit pas à nous faire réfléchir.

Ou bien c'est trop difficile, nous ne sommes pas assez intelligents.


Mardi 6 novembre 2012

Comment exprimer, un demi-siècle plus tard, le goût particulier que j'ai en bouche (et surtout en esprit) quand il me vient, précis et vague, particulier et général, un souvenir de la Grèce -comme m'en insuffle toujours, où que je me trouve, le soleil !- ?
C'est comme de regarder un vestige archéologique porteur du mystère et de l'attrait d'une culture autre, tout en sentant la merveilleuse douceur de la brise à Matalla quand il n'était pas loin de midi et qu'on commençait à se sentir ivre de l'odeur minérale et de la lumière brûlante.
En moi, c'est une empreinte, une cicatrice, une scarification cultuelle, qui ne s'en va pas.
Et quoique Matalla ait disparu depuis sous sa propre légende, soit devenu une destination touristique pervertie, sa magie me reste à jamais.


Les hommes invoquent la nécessité pour finir par oublier les véritables besoins
C'est tellement vrai, et là, on se dit : " Mais quel philosophe ! "
Facile... Je suis assis sur ma terrasse et je regarde le colossal blockhaus, la rigoureuse falaise, la construction gigantesque 100 % béton (HLM) qui me surplombe et cache mon soleil (ô Diogène !).


Lundi 5 novembre 2012

Jadis j'ai jeté mon béret par-dessus les moulins
Les Grands Moulins de Pantin beaux alors comme un " burg " fantastique
1944 année de ma naissance
Tout était encore en noir et blanc comme dans un film de Carné, de René Clair, de ce beau cinéma français irremplaçable qui devait tout aux Lumière, sans doute, mais rien à personne
Tout comme moi, poulbot en quête du nouveau monde pour remplacer celui d'avant-guerre (et ma longue, très longue attente fut largement déçue), en quête de la nouvelle réalité, de la nouvelle Eve, du nouveau roman et des pains au chocolat…


Samedi 3 novembre 2012

Pour un individu, qu'il le sache ou qu'il l'ignore, l’homosexualité est un état intermédiaire dans son évolution, arrêtée ou en marche, qui a pris un tour vagabond.


Jeudi 1er novembre 2012

Un peu de ma vieille play-list :

  

The Pointer Sisters's Best Of is a gold mine !


Tout ce que nous n'arrivons pas à comprendre nous paraît obscur. Nous l'imaginons obscur, et bien vite, cela nous fait peur. Autant s'en détourner.
Mais à vrai dire, ce que nous ne comprenons pas, ce que nous comprenons le moins, c'est la lumière.
La blanche lumière qui est le royaume du spectre.
Et aussi, si l'on se réfère au Moyen-Age, ce Moyen-Age savant d'une science pourtant nécessaire qui est au désert depuis trop longtemps, le royaume de la hiérarchie des anges, en vrac, car je n'y connais pas grand-chose ne l'ayant entrevu qu'une seule fois, les séraphins, les chérubins, les archanges, les Trônes, les Puissances, les Dominations... Etc.


Mercredi 31 octobre 2012

Quand, à soixante-dix ans, on s'aperçoit qu'il n'y avait rien à redouter de la vieillesse, ni handicap physique majeur, ni apparence abominable, il est trop tard, elle est là et vous agrippe.
On a passé son temps, depuis l'âge de cinquante ans, à en avoir peur sans raison.
Reste à espérer qu'on pourra se sentir aussi idiot à quatre-vingts ans.


Enfant, sans même l'avoir vue, j'étais amoureux de Viviane Romance, la fée Viviane qui faisait du cinéma. Et je m'aperçois aujourd'hui, heureux au soleil sur ma terrasse, que je le suis toujours. Uniquement par la magie d'un nom…
Je ne connaissais rien d'elle, et aujourd'hui idem… seulement ce que j'imaginais, une vie altière, une âme de fée à cause du suffixe " ane " (et ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien) et, dans "Romance", tout ce qu'il faut: la chanson, la musique, la poésie, l'amour…
J'en donnerais ma main à couper, c'était une femme avec de longs cheveux flottant autour d'un pur visage ovale. Cheveux d'un blond châtain comme l'étaient ceux de L. que j'ai aimée (et qui, pour moi à bien des égards, lui ressemblait).
Une fée, une reine, un mentor féminin muet dont on peut tout savoir, tout connaître et apprendre rien qu'en le regardant...
Beauté, bonté, majesté, dignité.
Ainsi va la vie et qui ira toujours, avec la fée vivante, qui, sans parole, romance.


Lundi 29 octobre 2012

Sauf exception, et en gros (je n'ai quand même pas envie de m'interdire toute fantaisie !), l’originalité vestimentaire (des artistes) est inversement proportionnelle à la créativité véritable et au talent.


J'attendrai que mon Galaxy Note rende l'âme…
Je ne veux plus changer. J'en ai marre. Je ne suis qu'un être humain, avec une patience limitée, une résistance qui s'épuise, une envie de nouveauté devenue sans objet.
J'ai l'impression que cette course interminable, de plus en plus rapide, à la poursuite du dernier smartphone, de la dernière tablette, de l'ordinateur à peine sorti du fondeur, précipite ma propre agonie, ma vieillesse, ma fatigue, ma fin.
Merde, ce n'est pas là le temps biologique, le temps naturel s'il existe, l'éternité dont nous rêvons à juste titre.
C'est le temps du divorce, des contrats rompus, des jours de garde, de la pension alimentaire.
C'est le temps des rides.
Moi je veux la jeunesse éternelle, l'impeccable durée qui jamais ne varie, comme un fleuve qui semble immobile, un delta incommensurable peuplé de millions de créatures aquatiques et d'oiseaux, au milieu d'une flore infiniment variée et changeante.
Une exigence qui rend le passé fraternel et habitable et me dispense de suivre la mode.


Il faut que tout soit en ordre pour qu’on s’aperçoive qu’il n’est rien.
Amour signifie oubli de soi.


Vendredi 26 octobre 2012

Que va-t-il m'arriver d'heureux aujourd'hui ?
Une question, chaque matin, que l'on ne se croit pas toujours -réalisme oblige- autorisé à se poser. A tort.


Lundi 22 octobre 2012

Le genre d'écrit qu'on ne peut pas publier de son vivant... (Quelle merveilleuse époque, soit dit en passant, qui autorise quiconque se pique d'écrire, de créer, à faire n'importe quoi n'importe comment. Fautes d'orthographe, de syntaxe, fautes de goût, d'intelligence, tout est bon. On vit en démocratie, et qui plus est " moderne " !)
... Ce que je voulais dire parce qu'on ne le dit jamais : à partir de soixante-dix ans (et même bien avant) la plupart des gens pensent tous les jours à la mort et ils ont peur ! Depuis quelques temps déjà ils ont remarqué que leurs contemporains passent leur temps à casser leur pipe, ce n'est pas rassurant. Untel, untel, et puis encore celui-là, merde, ça va être mon tour ! Ils ont des maladies, et s'ils n'en ont pas de redoutables, ils ont des douleurs, des crampes, des fatigues, des regrets, des désillusions, tout ce qu'il faut pour lorgner du côté de la fosse avec envie parfois, toujours avec crainte.
S'ils sont citadins ils leur manque l'unique et merveilleuse Nature et surtout l'espace qui rassure. Il est moins difficile de mourir au milieu de la grandeur avec l'impression qu'on peut se dissoudre et essaimer, se répandre, participer de la splendeur, de la sauvagerie, de la vérité. Mais crever entre quatre murs sales, dans un hôpital, encombré d'objets fabriqués par l'homme, dans les laideur de toutes sortes, ternes, spongieuse, polies, brillante, mais humaines, bornées, statiques, banales, comme un avant-goût de l'enfer, qui n'est que tristesse ordinaire, ennui, blasphème, comme le quotidien multiplié, c'est dur !
Aujourd'hui la vie n'est pas intéressante et la mort encore moins !
Ce n'est pas la faute de Dieu mais la nôtre. C'est bien nous qui, par crainte, pusillanimité, prudence, manque d'imagination, superstition, absence de foi, avons mis au point cette lente agonie que nous appelons existence, étayée de contrats d'assurances censés nous garantir contre tout accident de parcours, l'événement imprévu qui en fait normalement tout le prix et l'intérêt, l'agrément, la valeur, le charme, l'excitation. Le Christ lui-même ne dit-il pas : 1/ que nul souci ne peut prolonger notre vie d'une seule coudée 2/ qu'il ne faut pas se soucier de ce que l'on mangera demain ? Le genre de truc dont on ne fait jamais la pub à la télé, n'est-ce pas, aucune religion, aucune église. En un mot : ne sois pas sérieux ! C'est Dieu Qui te le dit !
Et le poète qui te le répète !
Et la vie qui te le confirme !
Avec la mort dedans, qui en fait partie !
La mort qui ne doit pas te faire peur !
A condition que tu aies vécu normalement !
Sans précaution particulière !
Avec passion et intelligence, espérance, sensibilité...
Et dans le respect de toi-même et d'autrui !
(Bougre de con) !


Jeudi 18 octobre 2012

Quand on ne peut pas exploser en plein vol, comme Rimbaud, on se doit de dire patiemment, comme Baudelaire, la vérité.


Mardi 16 octobre 2012

L’avoir compris ne rend pas l’accomplissement moins difficile, mais, dans la vie, on n’obtient (miraculeusement) que ce que l’on se croit en droit d’obtenir.


Lundi 15 octobre 2012

Amertume légère et douces après-midis d'automne, la dernière saison fréquentable de l'année, font bon ménage, tandis que se dévide sur l'écran intérieur le film des amours déçues avec ses tremblés, ses répétitions, ses raccords heurtés, ses cassures aveuglantes, qui n'a jamais de fin, qui n'a pas de conclusion.


Dimanche 14 octobre 2012

C'est à l'ombre des gigantesques points d'interrogation familiers de tous, du chef-d'œuvre de Paul Gauguin " D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? " que la plupart d'entre-nous se retrouvent, se reconnaissent, et se perpétuent.
Mais, personnellement, je n'en ai cure. Il me semble, à tort ou à raison, que je sais obscurément d'où je viens : un Ailleurs si extraordinaire que je m'ennuie essentiellement ici-bas...
Ce que je suis n'a aucune importance : l'ignorer ne m'empêche pas de l'être, et d'ailleurs, à la fin de ma vie, je parviens même parfois à l'apercevoir...
Et où je vais n'est pas douteux, quoique je sois informé de temps en temps par mon inconscient que je suis immortel : à la mort !
Pour moi la seule question qui se pose, implacable, obsédante, et source de tous les désespoirs, est celle-ci : POURQUOI !


Vendredi 12 octobre 2012

Lorsque, l'âge aidant ainsi que la sagesse, il apparaît comme une première vérité, l'évidence, que la vie n'est pas, comme l'on croit généralement, un abri, une demeure, un état durable exclusif, mais une transformation, un court passage, une si brève occurrence qu'elle est plus près de l'illusion que de tout autre chose -(constatation qui rend toutes les autres espèces fraternelles, le chat, le poisson, l'araignée… tous avec soi embarqués dans la même aventure, et plus aigüe encore pendant un certain temps la question du bien et du mal)- bien des comportements considérés comme " normaux " dans la société, une partie du langage, et la plupart des soucis qui taraudent et occupent la majorité d'entre-nous, apparaissent tout-à-coup comme de la pure folie, des errements tragiques, des tentatives désespérées pour se rendre aveugle et le rester, afin de ne pas regarder en face ce qui nous fait à tort si peur : la disparition inéluctable de notre moi, de notre égo !


Mercredi 10 octobre 2012

Il n'y a que Dieu !
Quoi qu'il se passe, quoi qu'il arrive ! Quoi que l'on croit avoir accompli ! Ma volonté n'y est pour rien, ni mon intelligence, ni même ma foi…
Et en plus, Il n'est pas ici !


Mardi 9 octobre 2012

On pourrait se croire à un changement de civilisation, et même d'ère à cause du bouleversement climatique, mais quand on regarde les soucis des pays émergents qui consistent simplement à reproduire en accéléré les erreurs de l'Occident, lesquelles se perpétuent en s'aggravant, on en est moins sûr. Car, bien sûr, il y a la Nature, et surtout la nature humaine, qui ne changent pas, et qui n'autorisent, au compte-goutte, que les plus intelligents à évoluer, une simple et pure évolution spirituelle, qui n'affecte pas beaucoup le grand nombre.


Vendredi 5 octobre 2012

Sitôt venu au monde, je reçus la culture de mon époque, sous la forme d'abord du langage, évidemment, pour lequel j'avais tant d'affinité que j'eusse pu comprendre simultanément n'importe quelle langue étrangère dans laquelle on se fût adressé à moi, du moins jusqu'au moment où je devins interdit de Pentecôte -mais passons, ce serait un peu ardu à expliquer-, puis ensuite, grâce à mes parents, pour la partie légendaire de leur histoire, sans doute le plus important pour un enfant, qu'ils fabriquaient involontairement en y ajoutant les sentiments qu'elle leur inspirait.
Ainsi s'édifia dans mon esprit une image influente et fausse qui correspondait à des aspirations qui n'étaient pas les miennes, une espèce de patron improbable pour mes propres idéaux, un modèle, la source d'innombrables déceptions futures.
Heureusement pour moi, je n'avais pas des parents qui étaient de grands intellectuels, capables de former des concepts résistant à la critique.
Je me souviens, par exemple, des récits illuminés de mon père au sujet des soirées du Vél d'Hiv d'avant-guerre, qui auraient dû aboutir à une mythologie durable, mais qui glissèrent sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard (je crois d'ailleurs que j'en pris conscience à l'époque au moyen de cette expression !).
Je détestais déjà profondément la vulgarité, la promiscuité (dont j'étais rassasié chez moi, quoique sans dégoût) et bien que j'aie compris l'extraordinaire fête populaire que les nuits de courses ont pu être, et toujours représenter aux yeux de ceux qui les avaient connues, je n'en avais cure.
D'ailleurs, aucune fête " populaire ", toujours, ne m'intéresse.
Pour moi le bonheur consistait à lire un livre, seul.


Lundi 1er octobre 2012

C'est un peu comme si j'étais descendu de cheval à la fin des années soixante-dix, comme si j'étais passé de cavalier à piéton, avec tous les inconvénients que cela comporte, perte de vitesse, de hauteur, d'énergie, d'audace. J'étais toujours le même, mais certains ne me voyaient plus et me prenaient pour un autre, quelqu'un d'inintéressant. Toute honte bue, et le cœur morfondu…


Si je pense souvent à Baudelaire, si je peux l'imaginer bien réel, assistant aux mêmes événements que moi avec un regard sur eux et les réactions d'une âme fraternels, c'est parce que ce solitaire, dandy et esthète, n'est d'aucune époque, d'aucune culture, d'aucune religion, à quelques broutilles près tenant aux conditions physiques qui sont sans importance.
Pour l'essentiel il s'agit d'un esprit libre et bon, errant, insatisfait, insatiable, souverain, et qui cherche.
Cela, qui n'a rien que de normal, me semble-t-il, suffît pourtant à le mettre au ban de la société, à l'établir dans un statut si particulier qu'aujourd'hui encore personne ou presque n'y comprend rien, excepté qu'il est admirable !


L'automne, c'est le printemps en mode dégressif. Il commence avec la même douceur et la même suavité puis se réduit peu à peu pour s'infuser lentement dans la saison qui les sépare.


Dimanche 30 septembre 2012

Le pire individu pour la société est celui qui est capable d'être heureux sans raison, et non seulement heureux, mais, comme moi ce soir, béat, ravi.


Saluons au passage les braves gens qui, sans se révolter, jour après jour, répétant les mêmes gestes devenus habituels, préparent paisiblement le repas, composé de denrées simples, pommes de terre, riz, pâtes, avec la régularité naturelle des saisons, des révolutions planétaires, en rendant ainsi hommage à la Création, à Dieu lui-même, qui renifle ces parfums domestiques avec plus de plaisir qu'Il ne le fît jamais des antiques et cruels fumets des sacrifices, et méprisons les freluquets de tous bords, de tous âges, en jeans, en col blanc, en automobile, qui s'alimentent aux restaurants quels qu'ils soient, fast-food, traditionnels, ou gastronomiques, courant après la mode et l'argent, esclaves obéissant à la loi du marché qui se croient importants, s'imaginant qu'ils dirigent le monde, alors que la vieille paysanne ignorée qui ramasse des champignons dans la forêt, humble, courbée, les mains sales, est en réalité la fée Nature présidant à leur insu (et bientôt à leur détriment) au destin de l'univers.


Samedi 29 septembre 2012

Je ne sache pas que quelqu'un qui meurt reste en vie, ce qui me fait dire qu'il n'y a qu'une réalité, une vérité pour tous, quoique chacun aime à la regarder à sa façon particulière qu'il considère à tort comme l'unique.


La plupart de ceux qui ont réussi à conserver le sentiment de leur originalité se sentent, d'une manière ou d'une autre, obscurément ou pas, coupables en société, comme l'était, par exemple, Henry Miller, qui avoue je ne sais plus très bien où mais il le fait :-), sa gêne habituelle devant des douaniers, des flics, etc., un sentiment d'illégitimité, de déviance, que j'ai bien connu jadis.
D'où il en faut en conclure, généralement, que la bonne conscience " normale " s'achète par le reniement personnel.
D'ailleurs, je me souviens parfaitement de l'événement précis, survenu dans ma famille, au cours duquel j'avais solennellement refusé de me soumettre au formatage obligatoire.
Mais dans la foulée je perdis, pour d'autres raisons encore inconnues, la fraternité elle-même, qui ne me fut rendue que grâce à ma psy, au travail qu'elle avait effectué avec moi, mais par l'entremise accidentelle d'une autre personne, incompétente, qui réussit l'exploit involontaire de me donner honte, en même temps, d'en ignorer le mode d'emploi.
Pour expier j'allai jusqu'à faire une tentative de suicide…
Exploiter son droit irréductible d'être incomparable tout en promouvant le lien fraternel, en toute conscience et sans la moindre retenue, gêne, scrupule, est sans aucun doute le cocktail naturel et normal qui fait d'un artiste tourmenté et inégal le grand créateur accompli que personne ne peut ignorer.


Mardi 25 septembre 2012

La tragédie aberrifiante non-édifique (aberrante, terrifiante, non-édifiante, non-soporifique) de Mother Cactus :
Il était une fois ce qu'aucun oeil n'a vu, aucune oreille entendu, aucun nez respiré, aucune pulpe digitale effleuré, l'horreur des abominations, le rien, le néant, nothing, quoiqu'une vague lueur jaunâtre s'en diffusait, qu'un geignement d'une fraction de décibel tendait à s'en disperser, qu'une pestilence fugace s'en enfuyait, qu'une rugosité minime s'en haussait...
Il faisait nuit mais il allait faire jour. Il n'y avait rien mais tout n'allait pas tarder. Il aurait fallu appeler la Police pour tuer dans l'oeuf ce rien qui rendait l'âme avant qu'il ne se transformât en quelque chose. Mais il n'y avait personne, tout le monde dormait.
Qu'était-ce ? On ne pouvait pas le savoir. Pour assister à l'éclosion il eût fallu d'abord se réveiller. Mais quand on dort on n'est pas éveillé, n'est-ce pas ? Certains l'ont affirmé, qui étaient de grands philosophes. D'autres ont dit le contraire, qui ne l'étaient pas moins. A vous de choisir !
(Quelques temps plus tard) :
"Mange ce que tu as vomi, Christiane !" dit Mother Cactus.
La petite fille, vêtue d'une robe vichy à col claudine, à moitié étouffée par les larmes, doit s'exécuter et réingurgiter ce qu'elle venait de rendre dans son assiette. L'enfant a un visage lunaire à la peau olivâtre, un petit nez busqué, deux grands yeux sombres et écartés. Sa coiffure consiste en deux aplats de cheveux noirs séparés par une raie au milieu et maintenus en arrière par des barrettes. On dirait un visage de chinoise flottant au-dessus d'une rizière par une nuit sans lune, lune qu'elle remplace, lune dont elle est la fille. Mais, malgré cette filiation céleste, elle n'en doit pas moins accomplir l'infâme, absorber les débris répugnants que lui désigne Mother Cactus.
Effacé mais intangible, linéaire, comme aplati entre deux espaces, presque invisible, charnière de l'évènement : le père.


Etre pauvre a ses avantages. Par exemple, ayant très faim (et soif : Bordeaux blanc Sauvignon) je suis en train de manger de la rosette au prix de l'or (que je crois), quel plaisir ! Un plaisir qui n'est pas à la portée d'un riche, je vous assure.
C'est un peu ce que dit Rousseau du plaisir des ouvriers, des manoeuvres (j'en parle pour ne pas l'oublier, l'ayant connu) : de quel vice pourrait bien avoir besoin quelqu'un dont la première volupté -et le mot n'est pas trop fort- consiste tout bonnement à se reposer ?
Malheureusement -je reviens à mon premier propos- de nos jours, un pauvre ne peut pas choisir son lieu de résidence ni son habitation, autrement je serais le plus heureux des hommes.


Jeudi 20 septembre 2012

Je me suis laissé conter par une partie de moi-même parlant dans mon oreille gauche que j'étais " rectangulaire " ! Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Ni " carré ", ni " rond " ? Indécis ? Imprécis ? Embarrassé ? Embarrassant ? En tout cas, cela a eu le mérite de m'arrêter dans une réflexion machinale probablement inutile, ou faussée, malsaine. Et je m'interroge sans résultat. Là, au moins, je suis conscient. Le feuilleton continue.


Samedi 15 septembre 2012

J'ai toujours adressé ma vie, adressé mes sensations, mes perceptions, mes sentiments, mes idées, lorsqu'ils étaient remarquables, bons, et surtout quand ils me paraissaient meilleurs et dignes d'être partagés, à La (une) Femme, qu'elle fût présente ou non -malheureusement elle était drapée, souverainement, plus souvent dans l'absence- sur un modèle construit probablement à partir de ma mère, la femme aimée, compatissante et divine, " qui m'aime et me comprend ".
Et ce mouvement intérieur habituel, sinon naturel comme il semble être, cette dédicace affective constante, qu'est-ce que je dois en faire quand je me rends compte immédiatement qu'il n'a plus aucun véritable objet ?


Heureusement pour moi des points de vue nouveaux et inattendus sur ma vie et sur moi-même surviennent, sans lesquels, je dois l'avouer, le bilan établi pourrait laisser beaucoup à désirer. Comme ce phénomène se répète régulièrement, quoique à un rythme parfois trop lent à mon goût, mais qui n'en donne que plus de valeur aux changements qui surviennent, j'ai toujours l'espoir de contempler un jour le panorama de mon existence ici bas avec satisfaction et plaisir, avant, évidemment, que de mourir.



Vendredi 7 septembre 2012

C'est une histoire entre moi et ma conscience, et le reste, le qu'en-dira-t-on, le on-dit, le il-paraît-que, etc., n'ont aucune importance.


Dès qu'on se rapproche de la vérité, on court le risque de penser des idioties parce que la différence avec ce à quoi l'on est habitué est telle, que, en reflet, en écho, on tend soi-même à exagérer.
Par exemple, on pense immédiatement à la mort, à sa puissance, parce qu'on entre en fait dans la vie, et le macabre vient teinter naturellement un tableau qui, en réalité, est simplement d'une beauté héroïque.
Il me vient à l'esprit que ceci explique " l'ivresse des choses funèbres " que Baudelaire, condamné à mort dès l'âge de dix-sept-ans, et ne pouvant dès lors réaliser ce paradoxe, croyait que " les prêtres orgueilleux de la lyre ont la gloire de déployer " …


Pardonnez-moi mais je suis ainsi fait que je ne peux admirer au minimum, parmi les hommes, que celui qui souffre jour après jour devant l'établi pour présenter une création originale et qui réussit.


Mercredi 5 septembre 2012

Cette étrange impression de ne pas être tout-à-fait synchro avec le monde environnant, lequel continue à tourner de plus en plus vite, frénétiquement et sur lui-même, tempo ville, banlieue, avec usines, autoroutes, flots et tourbillons d'automobiles, tandis que soi-même on s'arrête… et de découvrir un peu incertain qu'on s'était peut-être trompé et qu'il en existe un autre de monde, un monde silencieux, un monde immobile, un monde en paix…
Un monde pour les bêtes et pour les élus. Un monde que l'éternité mesure. Temps géologiques. On le découvre en se connaissant.
Et c'est alors qu'un type comme moi, un de ces bizarres individus toujours inquiets, qui se plaignent toujours paradoxalement qu' " il n'arrive jamais rien ", comprend alors que c'est la loi miséricordieuse : " Il ne doit jamais rien arriver " !


Mardi 28 août 2012

-"J'ai beau le savoir et le dire…"
-"Quoi donc ?"
-"Que Lili, chatte européenne, entre autres animaux, plantes, choses… est une splendeur…"
-"Alors, quoi ?"
-"Rien ne change !...
Malgré cette Beauté dont je sais, depuis le plus jeune âge, qu'elle n'est révélée aux hommes qu'afin de les convaincre de devenir des anges, rien ne change !"


Méta physiquement

Bien que ce soit celui de la noirceur industrielle, commerciale, coloniale, j'aurais aimé vivre au XIXe siècle à cause de la campagne française dont les parfums dataient toujours, j'en suis certain, du Moyen-Age et de la Renaissance, parfums que nous ne pouvons malheureusement aujourd'hui qu'imaginer, comme les hommes de l'Antiquité imaginaient la multitude des dieux païens dans l'air qu'ils respiraient, les arbres qu'ils regardaient, la végétation, l'eau des fleuves et des rivières.
Cependant il n'y a pas longtemps encore, dans les années quarante du XXe, une vieille ferme obscure au toit de chaume, ressemblant davantage à un terrier qu'à un séjour humain, avec la petite pièce de vie et l'étable communicante, comme celle de ma grand'mère dans le Cantal, existait encore.
Si bien qu'à douze, treize ans, lisant La Bruyère, je n'eus aucune difficulté à me représenter les paysans du XVIIe siècle, de loin plus semblables à des petits tas de terre qu'à des hommes, qu'il dépeint.
Je suis en somme en train de traiter du temps, élastique, extensible, multiple, à étages, à tiroirs, morcelé, fracturé, bref aussi imaginaire que ce qu'il est censé capturer, définir : les moments subjectifs de l'éternelle Durée, la déesse majestueuse invariable, (au visage ressemblant à celui de L., la femme que j'ai aimée), dans Laquelle, en réalité, sans bien nous en rendre compte, non pas nous vivons, mais nous sommes !
Comme Elle, toujours invariables, toujours éternels.


Dimanche 26 août 2012

Il faudrait une bonne dose d'inconscience, de nos jours, ou d'ignorance crasse, pour contempler la moindre parcelle de nature, fût-ce -comme c'est mon cas en ce moment- l'unique plant de tomates qui se déploie majestueusement en pot sur ma terrasse, sans se sentir coupable.
En effet, toute cette beauté, cette harmonie qui ne nous doit rien, nous rappelle que nous ne sommes pas seulement le plus grand prédateur, mais aussi le plus grand dévastateur qui soit, capable, on ne peut le nier à présent, de s'autodétruire par pure imbécillité, enfant de Caïn et du diable, car, malheureusement, la seule descendance d'Abel, s'il en est une, n'est que morale, pas physique, et donc bien difficile à constater.
Le sage ne peut échapper au suicidaire destin collectif ou influer suffisamment pour qu'il se transforme, ce que je continue encore stupidement d'espérer.
Même si son esprit est différent, son corps est celui de cette espèce impie qui ne peut se nommer elle-même " humanité " qu'en donnant à ce mot deux sens opposés (et impropres) : 1/ celui d'une obligation inexpliquée à se dépasser perpétuellement en se projetant dans l'avenir, et 2/ celui de sa faiblesse congénitale... ne désignant l'un comme l'autre que l'ancestral héritage : la révolte contre Dieu !


Vendredi 24 août 2012

Le seul examen que personne ne rate, cancres, surdoués, feignants ou travailleurs, c’est la mort !


En train de caresser et d'embrasser Zaza, exquise, en réponse, d'émotion visible et de délicatesse intense, je me réjouis de penser qu'il y a ainsi sans doute, de par le monde, des milliers de gens qui font comme moi, quoique d'autres, en nombre supérieur, n'y voient volontiers qu'un gaspillage puéril et ridicule, un véritable manque d'intelligence, une scandaleuse trahison face à la nécessiteuse et prioritaire " réalité " humaine.
Et bien, moi, je dis que c'est mieux que rien, et même je prétends que cela influe sur le destin universel, joue un rôle dans l'équilibre du bien et du mal, abrège, si ne les empêche, les conflits de toutes sortes, comme les guerres, limite la haine entre les hommes et le divorce avec la Nature.
Et donc, ne leur en déplaise, il me semble aussi que cela plaît à Dieu !
Mais par contre, je suppose qu'Il n'aime pas que ces gentils adorateurs païens, les amoureux des chats, des animaux, n'en soient pas plus fiers et n'avouent pas toujours qui ils sont !


Mercredi 22 août 2012

Le monde est un ramassis de criminels à des degrés divers et, n'en faisant pas partie, je me croyais la victime désignée de ces tueurs, de ces assassins, de ces incroyants méchants et de leurs complices, actifs ou passifs, vieux, jeunes, masculins, féminins... le bouc émissaire.
Sachant à présent qu'il n'en est rien je cesse d'un coup de m'en inquiéter et de souffrir, et je peux même me réjouir comme la nature nous en fait presque le devoir, parallèlement en quelque sorte, tandis qu'ils continuent à tout détruire ainsi qu'eux-mêmes.
Je rayonne de la gloire de Dieu qui est sur moi comme sur toutes choses et qu'eux ne voient pas.


Souhaitons à tous ces artistes approximatifs, souffrants, besogneux, passant leur temps à tricher avec plus ou moins de succès, que la gloire, la vraie, les rattrape, et de leur vivant !
Vœu pieux qui aurait vite fait, s'il se réalisait, de déprécier l'art lui-même. L'art aujourd'hui devient inconnu, secret, ignoré, certes, mais garde heureusement sa valeur.
Quelques soient, aussi trompeuses et aussi unanimement approuvées, les apparences, Dieu a toujours raison.


Mardi 21 août 2012

Notre culte des images ne nous montre, dans notre souci irrépressible du monde, qu'un visage : celui de la Mort.
Chez toutes les " stars ", par exemple, que l'on photographie sans arrêt, Elle est à l'œuvre dans chaque ride, chaque cheveux blanc, chaque embonpoint qui se révèle un peu plus avec le temps, et plus encore dans chaque tentative patente pour La faire reculer, chaque couche de crème, chaque teinture, chaque coup de bistouri.
C'est un spectacle tragique, et l'on regrette l'époque où les gens pouvaient, à un certain âge, se laisser aller, s'octroyaient la pause obligatoire le moment venu, en comptant sur l'indulgence des autres, l'indulgence d'un public compréhensif et humain.
Est-ce qu'il y a aujourd'hui ce type de public, non, sûrement pas, excepté ceux (encore) qui se croient de ce fait hors du coup et s'en dispensent. On a soigneusement et de manière irresponsable fabriqué des consommateurs zélés qui sont eux-mêmes censés rester toujours jeunes et qui sont surtout infantilisés, irréalistes, et logiquement cruels.
Ce monde-là n'est pas bon pour y vivre. Il n'est utile qu'aux commerçants et aux publicitaires c'est-à-dire à personne, car ces profiteurs évidemment n'existent pas, ce ne sont que des fonctions !


Mercredi 15 août 2012

à Nadine

La vie est telle qu'on est capable de l'imaginer, extravagante, romanesque, puérile… immense si on a la foi, infâme si on en est dépourvu. Tout est possible jusqu'à siéger à la fin à la droite de Dieu quel qu'ait été le parcours, même le plus coupable, qui précède.
Plus j'écris plus je fais souvent mention de Dieu et j'en arrive un peu, moi moderne, à redouter de prendre aux yeux des moins attentifs une patine saint-sulpicienne. Au vrai, je suis un hérétique, un mystique qui n'éprouve plus aucun scrupule à blasphémer, qui s'en réjouis et s'y exerce, s'y frotte comme à présent, car enfin j'ai compris que l'amour de Dieu a plus d'importance que la tiédeur, le protocole, et la conformité théologique. Et d'ailleurs, malgré la lucidité officielle incontestable maintenue au long des siècles, l'Eglise n'a-t-elle pas en majorité des représentants carrément douteux et pitoyables ?
Au fait, j'y pense tout-à-coup, savez-vous que Dieu adore la magie ?
Nous avons tous, mais je veux dire chacun -il faut se débrouiller seul- un grand destin à accomplir !


Samedi 11 août 2012

Alors que les oies de Lorenz prennent le premier individu qu'elles voient pour leur mère, nous, les humains, prenons notre mère pour le monde.
Et si celle-ci est désespérée, comme ce fut mon cas, nous nous efforçons avec amour de lui rendre sa santé, sa paix, son équilibre, en oubliant de voir ce qui est vraiment, la justice.
Comme nous échouons évidemment dans cette improbable entreprise, rendre sa santé, sa paix, son équilibre, au monde, nous devenons à notre tour désespérés, et plus rien ne justifie de vivre.
Il suffit seulement un jour de faire la part des choses, de réaliser que maman n'était pas tout, loin de là, pour se rendre compte que le bonheur nous entourait, se trouvait sous nos yeux, et de recevoir alors la lumière.


Le " normal " peut sembler parfois banal, inintéressant, par rapport à des fantasmes, des perversions, apparemment extraordinaires, mais aucune perversion n'est un au-delà, bien au contraire, c'est un en-deçà du réel...
Le " normal " est une ville assiégée autour de laquelle beaucoup d'assaillants dépensent leur énergie afin d'entrer sans y parvenir, et aussi, puisque je dois tout dire, j'en fais partie...


Mercredi 8 août 2012

Je suis en train de regarder depuis mon balcon les travaux de transformation de la place qui ont lieu en ce moment devant chez moi.
Après avoir démoli presque tout ce qui devait l'être et être en train de terminer tout en évacuant les innombrables et lourds gravats, les ouvriers édifient aussi les premiers éléments de la nouvelle construction, sans cohérence chronologique mais avec une étonnante efficacité, de toute évidence conformément aux ordres, grâce au plan préétabli, et je me fais la remarque que l'absence d'état d'âme est la condition de leur (dur) travail.
C'est la différence avec l'art qui est le seul boulot dans lequel, au contraire, les états d'âme non seulement sont légitimes, mais sont indispensables.


Mes amours idéales, irréalisées, mortes, perdues, ma peine secrète, ce sont mes chats. Quand je les embrasse (prends dans mes bras) ce sont elles que je crois tenir, que je serre contre mon coeur, dans la tristesse et dans la joie.


Vendredi 3 août 2012

J'arrive à l'âge où l'on se met à penser que, quoi qu'on entreprenne, et Dieu sait qu'on ne manque pas de projets quand on distingue à peu près ce qu'on devrait-pourrait rattraper, on n'en verra probablement pas le bout, on n'en jouira pas assez longtemps, et qu'en somme " tout est vain " comme on l'a toujours su tout en refusant d'en tenir compte.
Ni revêtir de beaux habits, ni s'aménager un intérieur agréable plein de goût et de confort, ni même, comme il est dit, se soucier de " ce que l'on mangera demain " n'ont vraiment d'importance et ne peuvent apporter, semble-t-il, de plaisir légitime. Celui-ci, à peine atteint, se dissipe comme un rêve, car se vivre en est bien un.
Mais alors, me direz-vous, comme je me dis parfois, que faut-il faire ?
Je crois décidément que poser la question, ce qui revient à déclarer qu'on maîtrise sa vie, qu'on en est le propriétaire -absurde présomption- est une première erreur.
Il faut s'y résigner : comprendre, résumer, n'autorise pas à prévoir, à anticiper. La main ne nous appartient pas !
N'est-ce pas beaucoup mieux ainsi : il y a tout à recevoir, car il n'y a rien à prendre !


Lundi 30 juillet 2012

A Chris Marker, l'amoureux des chats, si faire se peut.

Tous les gens qui aiment et pratiquent les chats savent, grâce à eux, qu'il existe dans la Nature, sinon chez l'homme, la Vertu -oui, avec un v majuscule- une intégrité morale absolue et une pureté indissoluble, une franchise totale, aucune tricherie, aucun jeu, dont on voit sans difficulté la lumière dans leur regard.
Evidemment, cela attriste et console à la fois, attriste un peu parce que l'on sait très bien qu'on ne verra jamais cela dans l'oeil d'un frère, ou d'une soeur..., mais surtout console parce que la nostalgie dont on souffre n'est pas alors infondée.


Vendredi 27 juillet 2012

Quand le partage des âmes se fait, (Dieu n'y va pas de main morte, vous Le connaissez, Il tranche à grands coups de machette -que dis-je, de laser-lumière !- en Lui-Même, et attribue généreusement à tous les nouveaux-nés en attente de la Vie, un bout par-ci, un bout par-là…) il y a toujours des petits morceaux, des miettes, des débris, qui se répandent, et cela va aux animaux, chiens, chats, basse-cour, couvée, fourmilière… rien ne se perd.
Les plus attentifs à la distribution, qui d'ailleurs y épuisent une bonne part de leur énergie, ce sont les chats, qui gardent également cette attention pour tout ce qui bouge. Ils sautent dessus et s'en emparent... Ensuite, sur terre, ils se reposent et nous regardent avec leurs yeux pleins d'étoiles filantes qui se souviennent encore de l'immensité de Là-Haut.


Jeudi 26 juillet 2012

Dans une sorte de crépuscule, à une certaine distance, je regardais… tu avais une belle DS 19 noire, souple, brillante, d'une merveilleuse maniabilité, et j'aurais bien aimé avoir la même… Seulement voilà, tu démarres tout-à-coup en faisant gicler les enjoliveurs, roules quelques mètres puis braques soudainement sur la gauche, et percutes le mur, très violemment… un accident inexplicable et tragique... on se met à penser douloureusement que tu es mort, l'avant de la belle auto est un tas de ferraille, et pourtant bientôt elle recule, se dégage des décombres, et, sans marquer de temps d'arrêt, toujours aussi imprévisible, rapide, en marche arrière et comme aveugle, parfait symbole de l'absurde, de l'illogique, se met à rouler droit sur moi !...
Incroyable, difficile à comprendre… la personne qui était à côté de moi s'éloigne, effrayée… Je reste sur place, gardant mon sang-froid, et, au dernier moment, je fais un bond en l'air pour la laisser passer -te laisser passer- et ne pas être écrasé.
Elle continue sa route, toujours à reculons, moteur vrombissant, je la vois s'éloigner, prendre même un virage, puis, dans la nuit, au loin, les phares faisant une traîne, gravir une côte et disparaître.


Samedi 21 juillet 2012

Quand on a commencé à vivre dans les années quarante-cinquante, dans la classe ouvrière, chaussé de galoches, coiffé d'un béret, et tout de noir vêtu en mémoire d'une sœur plus jeune prématurément disparue, même si l'électricité était en 110 volts, et les radiations atomiques associées à la gloire de Pierre et Marie Curie, bakélite, faïence des laboratoires et chêne ciré, la mort n'en était pas moins là, fidèle et exsangue, avec sa pèlerine et sa cornette d'infirmière bénévole pour soldats, ses beaux yeux tristes et ses doigts crispés, sa faux à moteur hoquetant dans un nuage de vapeur.
Tout était industriel et artisanal, un mélange pittoresque qui, aujourd'hui, n'a pas de prix, étant donnée la formidable nostalgie qu'il inspire, tout proche encore du style steampunk.
Il fallait tout faire chauffer avec patience, les moteurs, les fers à friser, à repasser, les braseros, les bouillottes, et le café qu'on moulait à la main, dans un moulin de chez Peugeot, lequel, coincé entre vos cuisses nues vous faisait mal, vous laissait des marques.
Les chiens, Dieu sait pourquoi, n'aboyaient pas et les perroquets parlaient. Les bistrots avaient des serveuses qui avaient des tabliers et, à ces dernières, on pouvait le tirer, et même leur mettre la main au cul " gentiment histoire de rigoler ", ce n'était pas vraiment déplacé.
Paris -regardez les clichés de Doisneau- était un grand sanatorium, un hôpital pour enfants tuberculeux et rachitiques, pâles comme des navets, et joyeux comme des pinsons, qui couraient dans les rues.
Ces enfants-là n'auraient certainement pas caillassé la police ou fomenté des émeutes pour obtenir un terrain de jeu dans leur quartier, ils avaient bien trop peur. Le ciel pouvait encore leur tomber sur la tête à ces petits gaulois et ils le savaient.
Quelle belle époque !


La seule personne que j'aurais pu avoir à mes côtés, comme on dit, qui aurait pu m'accompagner, (c'est ça la littérature, la recherche des nuances pour être plus juste, plus vrai, plus exact, et non pas ce galimatias prétentieux que nous délivre Pivot dans ses tweets, mais passons…), et ce faisant me rendre heureux puisque la dispense de solitude en pleine lucidité est ce qu'on peut espérer de mieux ici-bas, c'est L., mais après révision, si j'ose dire, remise en état, réalésage...
Son père avait fait tous les dégâts qu'il pouvait, qui ne furent pas minces : une ombre épaisse s'étendant sur un grand territoire qui ne lui appartenait pas.
Dans les grands espaces immatériels où circulent nos âmes, les meilleurs, qui sont rares, ne se répandent pas, la plupart le font involontairement, mais celui-là le faisait exprès, c'était un méchant.
Il a sali, influencé, beaucoup de ses enfants, probablement tous.
Le découvrant il m'est venu l'envie d'allumer à sa mémoire un cierge noir, de faire dire une messe d'imprécations, de malédiction, et j'ai compris que l'idée de l'enfer a été inventée à cause de gens comme lui, qui, logiquement, étant donné les flammes persistantes qui émanent de leurs œuvres, devraient brûler également pour une durée indéterminée.
Et j'ai compris aussi que cela ne peut pas exister.
Le paradis pour quelques temps, en revanche, est tout-à-fait imaginable, créé par la gratitude et les remerciements, les louanges renouvelées des vivants adressées à ceux qui ont fait le bien : ce chœur sublime, cette élévation des esprits, est recevable par leurs âmes.


On vient au monde pour être heureux !
Regardez les enfants, trop rares, ceux qui n'ont pas reçu trop de coups de leurs parents : ils rient à pleines dents de lait avec une autosatisfaction triomphale qui nous fait quelquefois craindre qu'ils ne puissent aimer qu'eux-mêmes, alors qu'ils ont de bien plus profondes affections que nous mais sans complaisance et ne s'apitoient pas encore sur leurs objets.


Jeudi 19 juillet 2012

Je vis depuis un peu plus de soixante ans (oh yeah !), et, à part ma psy qui semblait me comprendre réellement et complètement, et un ou deux copains qui, en toute simplicité, me stimulaient intellectuellement, et aussi, j'allais l'oublier malgré son importance, une chèvre, qui m'adressa quand j'étais enfant, un regard de véritable sympathie, je peux affirmer n'avoir jamais été encouragé à être moi-même, à grandir, à exister en tant qu'écrivain, poète, à me perfectionner, à jouir de ma différence avec autrui, bref à avoir envie de vivre !
Je trouve que c'est assez grave pour être signalé d'autant que je ne nourris nullement l'illusion d'avoir eu un sort privilégié... Si tous autant que nous sommes l'avons subi, alors où sont les vrais moi, où sommes-nous les uns et les autres ? Egarés seulement pour certains, les plus chanceux, perdus à jamais pour d'autres, les électeurs embrigadés, la chair à canon, tous fans de Barrabas ?
C'est comme si nous circulions dans un immense nuage invisible de vérités oubliées, de foi abandonnée, une nuée recouvrant toute la terre et traversée constamment d'éclairs, les fameux " éclairs de génie " qui ne sont rien d'autre que le normal surgissant ici ou là quand il peut, et la liberté qui en fait partie, la masse de bonheur virtuel l'accompagnant, est, pour ceux capables de voir ce qui les soutient, entretient l'espoir, les empêche, contre le conformisme et la folie ordinaire, de mourir.


Lundi 16 juillet 2012

Si Dieu existe, Il est ailleurs.
Autrement dit, tout ce qui peut nous arriver de mal ici-bas n’est que le fait d’autres hommes, c’est-à-dire d’êtres imparfaits, partiaux, faillibles, des imbéciles, nos sinistres semblables, dont le jugement n’a pas beaucoup de valeur, n’a aucune importance.
Sachez, vous qui me lisez, que j’ai longtemps vécu en souffrant non seulement des atteintes physiques des autres, aussi désincarnées soient-elles (comme par exemple la misère qui nous est infligée par un système injuste dont nous sommes tous responsables) mais des atteintes morales que la croyance en un jugement supérieur émanant de mes bourreaux me faisait ressentir. Non seulement je souffrais mais je me croyais par- dessus le marché coupable, recevant un châtiment mérité !
En réalité aucune souffrance n’est justifiée sinon celle dont on peut comprendre simplement qu’elle vient de nos propres erreurs… qui se peuvent corriger.
Comprendre, méditer, est le chemin qui permet d’y parvenir. Et c’est le seul devoir véritable qui nous incombe.


J'aime assez l'idée résidant dans la Bible selon laquelle en perdant notre capital d'innocence historique et sans doute une certaine qualité de foi nous aurions également perdu la longévité naturelle. Et, je suis assez puéril et présomptueux pour imaginer que nous pourrions peut-être réparer ce défaut, en tous cas améliorer un peu la situation, tout en sachant que rien ne changera réellement. Il s'agit seulement d'un objectif, d'une tâche à accomplir qui vaudrait la peine, un souci pour une fois légitime, une entreprise enfin normale à laquelle l'humanité devrait se consacrer comme aussi à utiliser les facultés spirituelles dont elle dispose probablement depuis toujours sans les avoir jamais exploitées.
Je rêve d'une culture orientée vers ce que nous appelons aujourd'hui le " paranormal " qui n'aurait pas besoin du " para ". Transmission de pensée, intuition du futur, innocence et candeur permettant l' " inspiration " authentique, la prescience, la " science infuse ", bref tout ce qui existe déjà un peu pour un artiste, un créateur, cela ne fait pas le moindre doute, mais occulté, amoindri, persécuté.


Dimanche 15 juillet 2012

Le chat, comme la plupart des animaux, est un être sensible, qui, face à nous, n'a aucune défense, sauf celle que lui fournit le désespoir quand, j'emploie à dessein ce mot équivoque, nous l'acculons..., ce que la plupart d'entre nous, par inconscience, indifférence, ou méchanceté, hésite rarement à faire.
Malheureusement, les pervers que nous sommes ne se rendent pas bien compte du préjudice que constitue le fait d'être acculé... Pauvre humanité !


Samedi 14 juillet 2012

Il y a des gens qui n'ont toujours pas réussi à comprendre ce qui m'était arrivé, à se représenter l'insondable et lointain ailleurs dans lequel j'avais disparu… aussi, pour achever de les étonner au risque de passer encore davantage à leurs yeux pour un égoïste, un salaud (d'ailleurs, par rapport à eux, Balda continue pour moi à faire figure d'ange miséricordieux et consolateur), je préciserai que je ne m'étais même pas rendu compte, trop absorbé par mes anciens chagrins, que Lionelle, ma compagne, ma femme, était morte !
Un peu mieux libre aujourd'hui que je ne l'étais alors, je la retrouve et, en même temps, réalisant tout ce qui s'est passé, je la perds ! Je veux la prendre dans mes bras et, aussitôt, elle disparait !
Je suis infiniment heureux de respirer et de sentir son parfum, et la tombe, sous mes yeux, l'engloutit !
Elle est l'apparition tant attendue qui devient un fantôme !
J'ai tout surmonté et je l'aime en définitive et cela n'a plus aucune importance !


Le passé, le présent, et la zone intermédiaire qui se trouve entre les deux, se télescopent. Je suis désolé pour vous, monsieur Descartes, mais c'est ainsi. Comment gérer, si je me mets à votre place, le je, le moi, peu importe le nom qu'on lui donne, qui se balade dans ces eaux-là, un peu passé, un peu présent, et un peu intermédiaire, et qui fait lui-aussi l'accordéon ?
Et je ne parle pas de certains filaments reliant ces différents égos, comme, par exemple, celui, très élastique et très résistant, qui m'unit indissolublement en me retenant d'avancer au tout jeune enfant de deux ans que je fus, lequel survit avec une incroyable énergie encore maintenant, j'en jurerais, dans les bras de mon père pourtant officiellement décédé, en présence de ma mère, disparue elle-aussi, de ma tante et de tonton Lulu qui, si je peux me permettre, ne valent pas mieux, un jour d'été (?) éternel, dans la grotte d'en-bas des Buttes-Chaumont !
Je suis face à une sorte de grand tableau remplissant totalement mon champ visuel et je m'aperçois vaguement moi-même, en partie immergé à l'avant-plan, quoique à peine, c'est loin d'être l'essentiel.
Il y a de tout, de la représentation figurative, le lieu où nous nous trouvons d'abord, cette grotte au sol creusé de rigoles où circule l'eau de la cascade, mais aussi des visions concomitantes qui correspondent certainement à mes états d'âme : un jardin d'émeraude aérien palpitant doucement, vivant, traversé de beaux reflets physiologiques, je le note, j'y reviendrai sans doute , et encore des voix, des parfums, des sensations, des idées élaborées, des questions, un crucial écho du passé récent, des sentiments, un aperçu prophétique de mon propre avenir, des symboles, etc., le tout, bien sûr, en trois dimensions, voire quatre ou cinq, ou plus encore…
C'est un état physique autant que mental, un composé global, un moment de ma vie ancienne qui s'est en quelque sorte cristallisé, figé, et dont, comme un chiromancien devant un jeu de cartes censé délivrer un sens, je dois comprendre la signification, le ou les messages, pour à la fois remonter dans le temps qui l'avait précédé et avancer dans l'avenir, c'est-à-dire dans mon présent actuel.
C'est, en quelque sorte, pesant, anachronique, dans ma propre vie, du présent passé, et non pas, comme on est habitué à le dire à cause de vous, du passé présent.


Jeudi 12 juillet 2012

Je me sens souvent plus proche de l'escargot, du cafard, de la tortue, et faut-il vraiment que je le dise, j'en suis fier.
Je suis plus proche des formes de vie essentielles, fondamentales, que de cet étrange animal, objet de curiosité sinon objet tout court qu'est l'homme, la femme y comprise, la chipie névrosée moderne bien décidée à rivaliser avec l'impitoyable tueur de veuves et d'orphelins, le rascal, le poivrot, le débile mental, le Terminator, le maléfique provocateur de la répulsion universelle !
Tout ce qui bouge, rampe, tournoie, papillonne, le fuit. Les fleurs elles-mêmes se fanent à sa vue. L'herbe flétrit, le vent cesse de souffler de peur de porter plus loin sa nauséeuse, funeste, pestilentielle odeur !
Tout l'or qu'il touche se transforme en plomb, et le plomb en une matière que je ne veux nommer.
Partout, dans le monde, il y a un homme qui devient pire. Lorsque celui-ci, grâce à Dieu, comprend et s'amende, celui-là, un peu plus loin s'empresse de le surpasser en ignominie.
Tache énorme, écrasante, que de l'instruire, et d'ailleurs vouloir l'instruire est une faute.
Il n'y a qu'une chose à faire, comme, jadis, celui qui se vêtait d'un tonneau, disparaître, devenir lion, oiseau, poisson, fourmi, chien, tout, mais pas un homme !


C'était une espèce de grand filandreux, un type physiquement et moralement maigre, interminable, qui, après que vous l'ayez quitté, perdait toute saveur, toute couleur, mais devenait une gêne incessante quoique microscopique, comme un filament de viande coincé des heures durant entre les dents.


J'espère que c'est réciproque; en tous cas, pour un homme, sa femme c'est le monde !
...
Mieux vaut trop tard que jamais ! Grâce à un rêve que j'ai fait cette nuit, je t'ai enfin trouvée vraiment. Je t'aime.


Mardi 10 juillet 2012

Le rêve de mon innocence retrouvée, le rêve régressif, aura tout de même bien duré dix ans -davantage- et j'aurai même rencontré la jeune femme capable, coupable, de le partager, qui se sera finalement réveillée un jour pour alors me quitter.
A l'instant même où, redevenu normal, j'aurai osé sans ménagement la critiquer.
Tout est bien qui finit bien (un proverbe que j'ai infiniment médité dans ma jeunesse. Il m'inquiétait beaucoup).


Je pense que j'ai un cancérigène de le stomach " dit-il en vieux français.
Bien qu'il n'eût jamais rencontré de femmes assermentées il leur avait toujours fait confiance. Et à celle-là plus encore qu'aux autres, à cause de la jolie moustache noire qu'elle arborait été comme hiver, nue comme habillée.
Elle était assise en chien de fusil et se tenait debout, couchée contre la porte, sans jamais le quitter des yeux.
" Vous et moi sommes de la même espèce " ajouta-t-il, puis se reprenant : " De la même race… ".
Elle le fixait obstinément, sans répondre. Elle laissa seulement échapper un petit pet.
Les lames du parquet grinçaient, comme il faisait les cent pas, aussi il n'entendit rien.
" Nous aurions pu être tellement heureux, si tu ne m'avais pas quitté, poil au nez " dit-il encore.
Elle ne mouftait toujours pas et suivait maintenant du regard un coléoptère qui s'efforçait de pondre ses œufs dans l'une des bananes pourries qui avaient atterri sous l'armoire.
La lumière des rayons se vaporisait silencieusement dans les taches de vinaigre du papier-peint, puis se résolvait en gerbes d'arabesques dans les petits nuages de poussière que chacun des pas de notre héros soulevait au niveau du plancher. Yeux clos, fascinée, elle contemplait cela en se disant qu'elle avait beaucoup de chance… elle aurait pu être morte.
Ou même n'être jamais née, comme tant d'autres.
Il reprit :
"Je ne te le reproche pas, mais je regrette beaucoup que tu sois partie. Un jour, j'espère, tu te rendras compte de la valeur de la confiance et de l'intimité, et de la difficulté qu'il y a à les recevoir. En prendre conscience n'est déjà pas si mal, mais réaliser par-dessus le marché que, lorsqu'on a la chance de les posséder, il faut les protéger, les entretenir, les augmenter si possible, et que c'est un travail de longue haleine, une tâche sacrée et un privilège grâce auxquels on se met à faire partie de ceux, les très rares, qui peuvent prétendre avoir rencontré l'Amour, voilà ce qui est exceptionnel et qui, déjà, constitue un destin."


Vendredi 6 juillet 2012

Je ne te le reproche pas, mais je regrette beaucoup que tu sois partie. Un jour, j'espère, tu te rendras compte de la valeur de la confiance et de l'intimité, et de la difficulté qu'il y a à les obtenir. En prendre conscience n'est déjà pas si mal, mais réaliser par-dessus le marché que, lorsqu'on a la chance de les posséder, il faut les protéger, les entretenir, les augmenter si possible, et que c'est un travail de longue haleine, une tâche sacrée et un privilège grâce auxquels on se met à faire partie de ceux, les très rares, qui peuvent prétendre avoir rencontré l'Amour, voilà ce qui est exceptionnel et qui, déjà, constitue un destin.


Mercredi 4 juillet 2012

Quand je l'ai rencontrée, elle était très mal habillée. Mais elle était très bien déshabillée !


Ma langue (dans ma bouche) est une nonne en son couvent
Qui incline le front humblement, ferme les yeux et prie
Quoi que vous en pensiez elle n'a encore jamais
Contrevenu à ses vœux (qui sont de rester en accord avec ma conscience morale).

Néanmoins dans mon enfance je me suis plusieurs fois reproché
D'avoir parlé sans réfléchir
De ne pas l'avoir tournée sept fois dans ma bouche
Comme s'il s'était agi du plus épouvantable péché
Celui qui m'attirait personnellement les foudres de Dieu.
Plus tard encore dans une totale inconscience
Ce fut de respirer dont je me crus coupable
Je devins asmathique.

Mais c'est bien au tout début de ma vie
Avant même que j'aie pu parler
Que se situe mon problème.


Mardi 3 juillet 2012

Les chats sont des créatures d'une beauté surnaturelle, s'agissant, par exemple, de Lili, dont la robe tigrée couleur lièvre considérée de près présente un complexe tableau graphique avec les pointes sable, le milieu des poils presque orangé et les racines noires, le tout très organisé, étagé, distribué, pour qu'en surface apparaissent les peintures rituelles, le maquillage savant des yeux, le corset des anneaux, des rayures, qui exaltent la silhouette avec un lyrisme haute couture allant de soi, une classe naturelle inimitable, tout-à-la fois invraisemblable et ingénue.
Ces considérations pourront peut-être paraître exagérées à ceux qui n'ont jamais regardé réellement un chat, aussi pour les convaincre, j'ajouterai qu'elles ne me (re)viennent à l'esprit aujourd'hui que parce que je viens de faire l'acquisition d'un tansu japonais, un de ces meubles simples et raffinés de facture humaine qui attestent résolument que le luxe est la norme, ce qu'un regard vers elle, ma chatte, ambassadrice magnifique et candide de la Nature, aussitôt confirme.


Samedi 30 juin 2012

Devant un gâchis pareil -je parle de toutes ces histoires d'amour qui se terminent mal- j'éprouve, je ne sais pourquoi, le besoin d'évoquer le souvenir de monsieur Parmentier, mon aimable voisin parisien qui, quand il le pouvait, aimait à s'exclamer : " Purée ! " et ajoutait ensuite en clignant de l'œil en direction des personnes présentes : " Je m'appelle Parmentier ".
Il n'est pas là, cet homme spirituel, pour s'associer à ma tristesse, mais je m'adresse à lui intérieurement : " Quel gâchis, Parmentier ! "


Mardi 26 juin 2012

Je suis certain qu'un homme qui acquerrait la simplicité et le sérieux de mes chats pourrait se dire plus près de Dieu.
Le paradoxe, pour nous, en effet, consiste à devoir se défaire non pas de notre animalité mais plutôt à l'investir en nous délivrant des chaînes de l'intellect.
Nous sommes comme un peuple immensément nombreux et riche qui se choisit pour maître un dictateur à l'intelligence bornée, qui, lui-même, obéit à quelque chose de bas et de méchant.
Nous sommes pourtant chacun un homme-monde qui contient tout.
Et qui, s'il doit aller quelque part, ne peut tourner qu'autour de son soleil, son Dieu !
C'est ce que font, tranquilles, inspirés, en paix avec eux-mêmes, les animaux que nous méprisons.


Lundi 25 juin 2012

J'ai toujours aimé les choses étranges. J'ai toujours été attiré par ce qui est différent, étranger, irréductible, exceptionnel. Le bizarre, le fantastique, voire même le monstrueux, me fascinent depuis que je suis tout petit.
Dans les bras de mon père, à cette époque, dans la grotte des Buttes-Chaumont, j'ai pris ce passeport pour l'Ailleurs croyant qu'Ici n'était pas pour moi.
Ok. Mais cela autorise-t-il à soixante-huit ans à basculer soudain travelo, drag-queen contemplant le monde du haut de ses cothurnes à semelles compensées, et aussi, comme un bon sénateur romain, à se revêtir sans complexe de la pourpre honorifique, folle grinçante, tourbillonnante, répandant largement autour d'elle les paillettes d'or et le mascara dégoulinant comme une tornade ?
Riant d'un rire à nettoyer les morts de leurs pourrissantes matières afin d'en libérer de beaux squelettes blancs bien propres ?
Qui s'égailleront en jolies farandoles ?
En faisant s'envoler les corbeaux croassants ?
Et se heurter les continents selon les fractures tectoniques en provoquant ici et là des éruptions volcaniques qui rendent les peuples à jamais religieux ?
Des destins plus amers existent, bien sûr, des folies moins fécondes remplissent les asiles, mais est-ce bien là ce qu'On me demande ?


Dimanche 24 juin 2012

Si Dieu, que nous invoquons en vain dans nos prières, que nous réclamons sans cesse en gémissant, dont nous déplorons à chaque instant l'absence, mettait seulement un cil, un cheveu, un ongle sur Terre, tout, à commencer par nos propres existences, serait instantanément consumé !
C'est en quelque sorte parce qu'Il nous néglige que nous subsistons.


Prolégomènes

Croyez-le ou pas, on peut éprouver la tentation, et même y céder, d'aimer ce qui nous a fait mal, parce que la lutte pour surmonter le traumatisme est trop difficile, apparemment impossible.
Bien entendu il faut que la douleur ait été ambiguë, équivoque, même si son intensité a semblé insupportable, une atteinte, un bouleversement qui vous marque, vous modifie, vous transforme profondément.
Nous les redoutons toujours mais nous aimons les fortes sensations, pour pallier à la vie insipide que nous avons nous-mêmes créée pour nous protéger de la Nature et de Dieu.
Le Mal, la Mort, nous fascinent, c'est l'absolu à notre portée.
Remarquez comme les tableaux de l'Enfer que nous inventons sont plus beaux (de cette beauté révulsive que Baudelaire cherchait à définir -la beauté " convulsive " n'étant que pauvre invention littéraire-), plus crédibles que ceux du Paradis.
Nous ne savons pas représenter le Bien ; d'ailleurs une majorité d'entre nous ne sait même pas ce que le mot veut dire.
Je n'ai pas commencé à écrire ce texte dans ce but, mais je vous le dis : l'émotion, le choc, que la vision du Bien procure sont grandement supérieurs à ceux que peut procurer le Mal.
Le Bien contient Tout, et c'est pourquoi il faut, parfois, emprunter un chemin qui passe non loin du Mal pour Le rencontrer.


Jeudi 21 juin 2012

Ceux qui ont compris que j'adore me prendre la tête -ma mère me répétait régulièrement que je pensais trop !- ne seront pas étonnés que je me demande parfois si je n'ai pas atterri à Saint-Denis (93) par la volonté de Dieu -Qui prend souvent l'apparence de l'ordre logique des choses, la justice immanente- pour aller jusqu'au bout de l'injonction ésotérique du Christ qui dit : " Aime ton prochain comme toi-même ! "
Il n'y a en effet que de cette façon qu'on peut accepter à ses côtés des gens dont les différences sont si grandes, si antinomiques avec nos habitudes, notre éducation, qu'elles semblent récuser notre propre existence. Il ne reste plus qu'à s'imaginer être devenu eux-mêmes, mais ce n'est pas facile et peut, certes, sembler à beaucoup excessif, pour reconnaître enfin qu'ils nous ressemblent et subsister.
Le mystère ici, et la clef, c'est que ce ne sont pas les étrangers qui doivent s'adapter, ce sont les autochtones.


Mardi 19 juin 2012

La littérature est une pose, une attitude de l'esprit par rapport à ce dont il procède et qui l'inspire, le motive, comme pour une plante la lumière vers laquelle elle tend depuis ses racines.
Elle nous permet d'en désirer un peu plus et surtout de reconnaître ce dont il s'agit, comme, lorsque l'on rencontre une église, l'orientation retrouve tout ses sens.


Lundi 18 / Dimanche 17 / Samedi 16 juin 2012

Etre violé à cinq ans et demi par un oncle, grandir entre un père méchant et une mère bonne (constamment dépressive) s'entendant néanmoins comme larrons en foire pour dénier toute personnalité originale à leurs enfants, errer à jamais dans l'obscurité d'un mensonge de famille dissimulant une horrible tragédie, m'apparaît tout-à-coup comme des péripéties sans grande importance, celles que connaît tout un chacun dans sa propre vie, à quelque chose près.
Le grand tableau de mœurs dramatique que je n'ai pas cessé pendant plus de vingt-cinq ans d'examiner à la loupe perd ses couleurs et s'affadit d'un seul coup, ses dimensions rétrécissent, il est devenu banal et sans intérêt.
.......
Maintenant que la scrutation est terminée, je réalise aussi que ces expériences et surtout leur aveu, explicite ou pas, ont établi, et continueront naturellement à établir -sans doute à présent différemment- un tri parmi mes relations.
Voilà surtout ce que j'avais besoin de comprendre enfin ! Ce rayonnement de l'expérience, cette ombre portée, derrière ou devant moi, mon aura, devrait expliquer les attitudes énigmatiques de certains, les comportements, les sentiments à mon égard qui m'étonnaient, que je ne comprenais pas.
A présent, en fait, je sais qui je suis.


Certaines douleurs de l'amour débordent largement le cadre humain et ressortissent à la métaphysique, à notre grand étonnement.
Les reproches que l'on avait envie d'adresser à celle ou celui qu'on jugeait responsable s'évanouissent d'eux-mêmes. Il y a une plage infinie, une immense région céleste, où l'on se retrouve seul, encore meurtri mais beaucoup moins, comme un écho d'un malheur dont on ne se souvient plus.
On comprend alors que les tourments amoureux dissimulaient autre chose de plus grand, à la fois fatal et normal, inévitable et nécessaire, comme la destinée, l'existence.


Il n'est pas exagéré de dire que je bêtifie avec les chats puisque, la plupart du temps, je leur parle comme on le fait normalement avec un autre être doué de conscience et capable de répondre, j'ai nommé, espérons-le, un " humain "… Mais, craignant de sombrer prochainement dans un gâtisme que plus rien ne permettrait de dissimuler, j'essaie depuis quelque temps de freiner sur cette pente…
Voilà pourquoi, il y a un instant, me reprenant brusquement et m'interrompant au milieu de la déclaration amoureuse que j'étais en train d'adresser à Zaza tout en lui ouvrant le sachet de nourriture qu'elle m'avait réclamé, je me dis à moi-même : " Stop, voyons, elle ne te comprends pas ! "
Et bien, croyez-le ou non, elle a tourné la tête vers moi, m'a regardé droit dans les yeux comme si elle avait parfaitement entendu et compris ma pensée, et m'a lancé, comme si je venais de la blesser en la trahissant, un regard de reproche si profondément malheureux que j'en ai eu le cœur serré.
Bien sûr il y a un doute, mais, dans ces conditions, il ne m'est pas possible de redevenir le personnage " raisonnable " et insensible que j'étais, l'espèce de fou furieux disciple de Descartes, un imbécile et une âme perdue.


Vendredi 15 juin 2012

Entre la passivité résignée de la brute stupide et la malignité perverse du soi-disant scientifique pratiquant la recherche expérimentale spéculative (qui n'est le plus souvent que pur sadisme), il aurait dû y avoir la voie moyenne d'une moralité créatrice inspirée (oui, je crois au miracle de l'inspiration qui permet au Divin de régner un peu ici-bas grâce à nous...)...
Je me place à l'échelle de l'humanité, évidemment, encore que les types humains évoqués existent bel et bien.
" Mais à quelle fin ? " me diront ceux qui suivent.
Dans la perspective du bonheur sur Terre et du non-anéantissement définitif.
Quant au ton joyeux que j'emploie (je le découvre en me relisant), c'est parce que, malgré mon désespoir et toutes les angoisses que me cause la vision de cet avenir épouvantable, je ne risque en rien d'être affecté personnellement.


Jeudi 14 juin 2012

Je me suis déjà brûlé les doigts en sortant une pizza du four quand j'étais méditerranéen, j'en suis sûr, j'en garde le souvenir, mais c'était dans une vie antérieure. Après, j'ai dû faire des conneries qui m'ont amené à renaître ici, en région parisienne, où je me morfonds comme la Belle Au Bois Dormant, dans ce climat à l'état de brouillon perpétuel, jamais achevé, capricieux, déloyal, trop froid et trop humide, dégénéré.
C'est le climat rêvé pour une capitale, une mégalopole pérennisant la mémoire de Caïn, frère envieux, assassin, serviteur du Remords.
Puisque vous avez oublié le ciel, citadins, il est normal que celui-ci vous soit inclément. Continuez à vous en protéger avec vos murs, vos toits, vos verrières, vos vérandas, vos auvents, vos souterrains même !
Ceux dont la maison est le monde, peuples nomades amoureux de l'espace, vous emmerdent et ils ont raison !


Mercredi 13 juin 2012

De toutes les souffrances que j’ai endurées –et j’en ai eu ma dose, vous pouvez me croire !- les meilleures -celles que je regrette le moins d’avoir subies- sont celles de l’amour.


Petit précis de société pour mon propre usage.

La grande majorité se croit " obligée de… " et fait semblant. Ils n'agissent pas selon ce qu'ils perçoivent en eux-mêmes mais d'après ce qu'on leur a enseigné et qu'ils ont plus ou moins bien compris, ainsi que de leur degré d'expérience en la matière.
Lorsque quelque chose de nouveau dans la société se produit, ils s'appliquent donc à exécuter ce qu'ils supposent être censés faire selon autrui et dont l'appréciation varie évidemment pour chacun. C'est pourquoi il y a un toujours un moment plus ou moins long de flottement, le temps qu'un consensus acceptable se fasse, flottement durant lequel on entend et voit tout et son contraire, de quoi inquiéter quiconque est différent, est " normal ". Pour celui-là il n'y a rien d'autre à faire que de se cacher ou rouler son tonneau en tous sens comme tout le monde.
Il s'agit bien de folie collective quoique, individuellement, personne ne soit réellement fou. Mais est-ce une consolation lorsque le destin collectif consiste à courir ensemble au précipice ?
On peut supposer sans grand risque d'erreur que c'est l'application de ce principe d'inauthenticité générale qui conduit l'humanité à sa perte.
Le conformisme et la peur de l'autre sont donc, d'un point de vue historique, les plus grands défauts.

à suivre...


Lundi 11 juin 2012

J’ai été jadis de ceux qui, au nom de la raison cartésienne, créditent de nobles sentiments des êtres humains qui en sont bien souvent dépourvus, et, en même temps, se refusent, malgré les attitudes, les comportements indiscutablement similaires, mais cette fois authentiques, des animaux, à en faire autant avec ces derniers. Triste erreur.
Voilà pourquoi aujourd’hui je n’aime pas beaucoup le jeu Descartes !


Le diable est celui qui nous empêche de voir Dieu derrière lui.


Dimanche 10 juin 2012

Quels que soient nos dérèglements nous n'en continuons pas moins à fonctionner comme nous avons été créés pour le faire et non comme nous nous imaginons volontiers le pouvoir. Même la folie n'est pas celle à laquelle nous nous résignerions, celle dans laquelle nous accepterions de sombrer. Aucun effort n'est suffisant, aucune volonté n'aboutit. Force est de nous rendre à l'évidence : nous Lui appartenons !


Mes chats, mes petits vivants…


Samedi 9 juin 2012

Je commence à saisir aujourd'hui que j'ai toujours eu peur de suivre mes envies, comme si, en m'y abandonnant, j'allais laisser apparaître au grand jour je ne sais quel monstre, Dieu sait qui, quelqu'un auprès de qui un assassin fait figure de saint.
Lorsqu'après avoir pris du LSD, je commençai à vivre avec la certitude qu'il y avait effectivement en moi une zone inconnue, une présence étrangère, ce fut encore pire et même ce qui me semblait auparavant autorisé devint interdit.
Il était impossible de vivre dans ces conditions.
Cela m'envoya sans autre recours chez le psy.
Les gens " normaux " ne comprennent pas qu'on perde toute marge de manœuvre. Il n'y a que les " professionnels ", psychologues, psychiatres, qui vous excusent.
Ma femme, puis ma fille après elle, quoique beaucoup plus tard, des années, ne l'ont jamais compris.
Mais à présent, grâce à Dieu, je m'en fous !
Je ne peux que m'en foutre car je suis tombé trop bas.
Je suis même devenu stupide parfois, hébété, un véritable idiot, un animal, une pierre !
Non pas à cause du processus que je viens d'évoquer et qui n'a été, somme toute, que la révélation en creux d'une vocation extrêmement positive (notre tendance commune à l'individuation, à la réalisation du moi fondamental), mais, comme je l'ai aussi logiquement accompli depuis toujours, par mes efforts à " réparer ", à me faire absoudre, à faire oublier mon humanité !


Vendredi 8 juin 2012

Pour la plupart, nous nous auto-censurons en permanence. Mais pas seulement au niveau conscient, jour après jour, avec le souci de rester politiquement correct, ce qui serait de moindre importance. Non, c'est beaucoup plus profond, au niveau non pas du " faire " mais de l'être, et cela date de la petite, très petite enfance.
Si moi qui ai su toujours conserver au moins l'audace de me prendre pour un créateur, je le constate avec dépit, désespoir, fureur parfois, sans cesse… alors, quid de ceux qui ne peuvent même pas envisager de laisser après eux la moindre trace, le moindre petit témoignage de ce qu'ils furent, sinon une descendance imprévue aussi meurtrie qu'eux-mêmes ? Quelle immense culpabilité, quelle culpabilité incommensurable, évidemment infondée -gâchis universel- et quel tragique péché enfin pour tous ceux qui ne parviennent pas à rompre la chaîne !


Lundi 4 juin 2012

Et si Dieu… j'allais dire : était tout-puissant ! Et nous, incapables d'abord de nous en rendre compte, ses créatures vivant dans l'illusion, après avoir beaucoup souffert, longtemps, pour nous déprendre de nous-mêmes, sans autre destin possible devions devenir ses serviteurs de tous les instants ne faisant presque plus qu'un avec Lui ?
Comme l'affirment, en somme, les religions…
C'est une chose de les recevoir, c'en est une autre de les comprendre...


Dimanche 3 juin 2012

Je suis absolument convaincu que la bêtise n'existe pas : elle n'est qu'une des innombrables variantes de l'intelligence, un degré, une étape, une modulation, un de ses malheureux avatars, comme le génie.
Evidemment il y a cette horrible chose : l'imbécillité, qui reflète le hiatus, le désaccord humain avec la nature, la vérité, et que produit, à la grande satisfaction du diable, l'intellect. Mais c'est une autre chose.
En matière d'intelligence, il y a des gens qui ne pensent pas -pas du tout-, et des gens qui pensent mal, de travers, pour toutes sortes de raisons tenant à leur naissance, leur éducation, leur histoire, leurs problèmes.
Quand on est vraiment intelligent et normal, c'est-à-dire doté d'un minimum de compassion, on se garde bien de juger les autres à l'aune de l'intelligence. On ne sait que trop qu'il s'agit d'une denrée étrange, dangereuse, fluctuante, insaisissable.
Ce que l'on appelle les qualités humaines, droiture, loyauté, authenticité, constance morale..., voilà ce qui compte.


© Jean Blanquet
(A suivre... peut-être)


[ CARNET 21 ]



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