«Bienvenue...Je m'en voudrais beaucoup que ce site fût un blog. Ce n'est même pas un journal. Vous êtes sur un site prétentieusement littéraire où figurent par-dessus le marché quelques liens militants dans le domaine des NTIC, ou autres. Vous pouvez consulter des recueils de poèmes en prose : "Dieu Est Un Arbre Peuplé De Chats", "Adorations", "Le Cavalier de l'Hippocampe", et le "Journal d'un s... de b... de Marchand de Nuages" (icônes à gauche). Quant à la page sur laquelle vous êtes actuellement, page d'accueil de ce site, elle est renouvelée régulièrement avec les notes écrites durant la période précédente et qui composent graduellement les "Carnets Naïfs". Jean Blanquet Tweet
Faut-il parler d'aveuglement ou de douce illusion, pour définir le regard que je portais durant la plus grande partie de ma vie, sur le monde, les choses et les gens, je l'ignore, mais je m'en réjouis rétrospectivement par rapport à ce que je commence à apercevoir : la monstrueuse ignominie, l'abomination générale, que constituent partout la réussite sociale, l'efficience, le succès, la célébrité, couronnant les responsabilités tant publiques que privées…
Il y a, bien sûr, dans le paysage, quelques âmes pures, mais elles ne sont pas nombreuses, quelques individus droits, mais ils sont rares, et pour le reste, à part les naïfs et les aveugles, comme je l'étais, les malades, les déséquilibrés, comme je le fus aussi un temps -comment ne le deviendrait-on pas dans cet univers de folie ?- on peut constater que l'égoïsme est la règle, que l'hypocrisie rivalise avec, ce qui profite au mensonge, à la bassesse, à la tricherie permanente, et leur cortège de cruautés inévitables et de férocité constante.
Lundi 30 janvier 2012
La boutique des oiseaux, leur épicerie, leur supermarché, où ils vont en piaillant s'agiter, s'interpeller, se reconnaître, se raconter, raconter des histoires, mentir, dire la vérité, s'accuser, s'excuser, etc., tout en se rassasiant de nourriture, graines, petits insectes, petits animaux, cadavres, etc., selon leurs goûts et leurs besoins, c'est… Dieu, si j'ai bien lu les Evangiles, où il est dit qu'en ce qui concerne les hommes, ce devrait pareil et même mieux !
Alors, pourquoi allons-nous à la Politique, où, certes, nous nous rencontrons, interpellons, accusons, agitons, excitons, nous aussi, mais où, pour la majeure partie des participants, la nourriture est absente ?
Il faut toujours garder la tête haute, c'est ce que répétait mon père… " Stiff upper lip " disent les Anglais… Ouaf, ouaf ! Mais moi je n'ai plus la force de garder apparence humaine, de me laver, de me vêtir, je ne veux que rester avec mes chats dans mon enclos envahi d'herbes folles, sale, négligé, en caleçon et chaussettes, plutôt pieds nus d'ailleurs, car les chaussettes ça serre… barbu, ventripotent, narquois, le sourire aux lèvres, insoucieux de tout.
Je veux prospérer, grandir, grossir, toute la journée, les cheveux au vent, sous un beau ciel bleu parsemé de petits nuages blancs, occuper tout l'espace comme une baleine échouée, un accident de la nature, sublime invention de Dieu censée couronner la Création.
N'avoir aucune limite, aucune peine.
Ignorer même que j'existe pour mieux respirer, aimer et comprendre.
Plus qu'une baleine : une île, une péninsule, un continent !
J'ai accompli ce qui devait l'être, j'ai réussi.
Lundi 23 janvier 2012
Personne ne m'aime, personne ne m'aime ! " gémissait-il, à moitié sérieux. Puis, songeant in petto aux gens qu'il connaissait, à la femme avec qui il venait d'avoir une conversation au supermarché, avant de rentrer chez lui où ne l'attendaient que ses chats : " C'est vrai, ils me désirent tous, mais ils ne m'aiment pas ! " Et il n'avait pas tort.
J'aime, ou plutôt j'adore, je vénère, pire même : je fétichise (surtout par rapport à la mode actuelle des basses -un goût spécifiquement féminin, et qui doit le rester-) les notes aigües, les stridences, comme celles qu'il y a dans le long bridge de " Do It Again " de Steely Dan, et aussi, nombreuses, dans les compositions de Pat Metheny, par exemple "Above The Treetops ", notes qui évoquent les voix des Harpies se disputant, dans les anciennes ténèbres mythologiques où je vais parfois, la chair verdie des cadavres, et ces voix humaines de femmes capables d'inciser (virtuellement s'entend) la peau du dos des hommes pour les transformer presque en anges en déployant leurs ailes de chair soulevée, bien rouge, bien épongée, comme celle des écorchés des planches anatomiques.
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La réalité est autant intérieure qu'extérieure à nous, et ce que nous considérons comme nous-mêmes, bien souvent, n'est pas autre chose que le produit de la " friction ", du jeu, de l'interaction, de ces deux dimensions de l'existence.
Moi, par exemple, si vous le permettez, je me suis toujours -en tout cas très tôt- considéré comme appartenant à une sphère intérieure composée par la littérature et l'art, qui étaient comme mon origine, mon vrai pays, davantage que le lieu géographique où je suis né et où je résidais, la France, Paris, et précisément le XIXe arrondissement, la station de métro Laumière et le territoire qui l'entoure.
Enfant, j'adorais mon quartier -ô combien...- mais comme un voyageur étranger, venu de l'univers que j'ai évoqué plus haut, et je n'en jouissais que parce que je le considérais comme un comptoir établi depuis ailleurs, une colonie fondée inconsciemment depuis ma patrie intellectuelle, m'imaginant de surcroît être entouré de gens comme moi.
Quel bonheur que d'admirer en été les grands platanes de l'avenue Jean Jaurès -c'est l'image qui me vient toujours- comme si j'avais été à Pondichéry, Chandernagor, découvreur qui s'émerveille de la beauté et du pittoresque qu'il rencontre, en constante référence à ce qu'il connaît chez lui et où il ne doute jamais qu'il retournera un jour.
D'ailleurs, je faisais constamment ce va-et-vient, ce voyage.
Et, plus ou moins je l'accomplis toujours, quoique l'émerveillement, depuis un certain temps, fasse trop souvent défaut.
Dimanche 22 janvier 2012
La Barbade
Pour découvrir le monde à la caravelle, il faut s'appeler Cristoforo Colombo, avoir reçu le prénom du saint patron des voyageurs et le nom d'un oiseau…
L'ami que j'avais invité à séjourner chez moi à La Barbade n'était pas venu pour voir l'horizon s'arrondir autour de lui
Faisant entrer le jour dans la nuit et s'envoler le toit comme si les murs de la maison étaient percés d'une meurtrière horizontale circulaire offrant le spectacle partout du ciel nuageux et de l'océan
Extase dont je fus saisi moi-même en arrivant
Non, mais pour être logé et nourri un certain temps dans son voyage autour du monde
Toujours ça de gagné…
Si la Soufrière, le Vésuve, ou Dieu sait quoi encore susceptible de se réveiller pour cracher de la lave en fusion surplombait la maison ce n'était que dans mon imagination
Ce qui ne m'empêcha pas d'en gravir la pente avec mon chien Puppy, le chien que j'aimais
Il soufflait comme une locomotive, mais me suivit vaillamment, alpiniste débutant
Il est facile et surtout normal d'aimer les animaux autant sinon plus que les hommes
On sait tous que c'est le plus souvent justifié
En haut nous fîmes halte et partageâmes mon casse-croûte
Puis malheureusement nous redescendîmes.
Je n'oublierai jamais ce chien, mais mon copain, maintenant que j'ai compris, oui, sans hésiter.
Samedi 21 janvier 2012
Ayant moi-même vécu autrefois quelque temps dans la jungle de la superstition, moite et étouffante, si dense que la progression y est presque impossible, et la résignation, l'immobilité, presqu'inévitables, malgré le danger de mort…
J'aurai peut-être l'explication quand je serai mort
Mais en attendant, si je m'éveille ou si je dors
Je n'en sais pas davantage…
Cette ignorance peut me paraître un avantage
Et vous, Mesdames et Messieurs, qui n'êtes jamais soucieux
De la Vérité, dites-moi ce que vous en pensez !
Hérétique est la Vérité, toujours, hérétique et dangereuse, et forcément tenue pour telle jadis parce que la majorité des humains n'en est pas (" digne ") capable; il fallait les En tenir à l'écart pour un mensonge moins hasardeux et plus confortable (encore que… folie et grandeur de l'église catholique, on se demande même s'il n'aurait pas fallu plutôt les laisser courir le risque). Aujourd'hui perdue de vue, méprisée, impunie mais pas plus facile, accordée comme toujours impitoyablement à quiconque se donne la peine de La chercher.
Mardi 17 janvier 2012
A Clotilde Croisade
Atteindre les hauts plateaux désertiques qui culminent à une altitude supérieure à celles de beaucoup de montagnes n'est pas chose facile, et, en même temps, il semble que l'on ait toujours été là, cette immensité, ce dénuement, la couleur de la roche, du sol, sont familiers.
Il faut encore exécuter le dernier rétablissement avant de pouvoir marcher, avancer, mettre ses pas -l'idée vient soudainement de surgir- dans les pas de ceux -les illustres inconnus, littéralement- qui nous ont sans aucun doute précédé, et cette recherche logique sera une satisfaction imprévue qu'il n'est pas question de négliger.
Ayant tout abandonné, tout perdu, on cesse d'être seul.
Tout ce qui a de la valeur intérieurement pour l'homme ne l'a que par rapport à une seule chose, toujours la même, souvent ignorée, inexprimée, jusqu'au moment de lucidité qui permet de l'apercevoir.
Que l'on vante les pires passions, voire certains crimes, qu'on s'en réjouisse, n'a de sens que parce que l'on évoque ainsi, plus ou moins consciemment, cette Unique Valeur, qui, si on La connaissait spécifiquement, nous éviterait ces égarements.
J'ai envie d'écrire mon autobiographie qui s'intitulerait : " Histoire d'un con génial ". Ou d'un "génie con"... En gros, c'est l'histoire de tout le monde.
Une histoire, un destin… JP Sartre beaucoup trop simple. Il dit à peu près la même chose que moi mais sans le savoir et c'est presque impossible à décrypter.
A titre personnel et en tant qu'écrivain, philosophe, n'empêchons pas les gens d'être heureux.
J'ai eu la chance, en quelque sorte, de tuer mon avenir, mes possibilités, d'un seul coup, vers les vingt ans, de manière indubitable et préoccupante à jamais, alors que, autrement, cela se serait déroulé peu à peu comme pour tout un chacun sans que je puisse ni le comprendre ni le corriger.
Le Christ devait se manifester mais je le désavouai : " Je n'en suis pas digne ! " J'imagine maintenant comme mon père, s'il l'avait appris, eût été satisfait. Il me tapote le crâne : " Bon garçon. " Et j'accueille cette caresse avec gratitude.
Les femmes ont toujours été mes juges préférés. Cela, sûrement parce que ma mère fut le premier d'entre eux, dans le temps et en importance, puis il y eut celles que j'ai aimées, ma psy génie considérable, et enfin N., la petite, qui joue encore son rôle dans mon cerveau -j'espère pour peu de temps.
Toutes les découvertes que je fais, tous les progrès que j'accomplis, je les leur présente comme des offrandes, dont elles n'ont en fait rien à faire, en général, dont elles ne comprennent pas la raison... -je le sais mais c'est plus fort que moi.
Samedi 14 janvier 2012
J'ai eu la chance d'avoir une psy aussi géniale que sainte, ou bien aussi sainte que géniale, peu importe l'ordre d'importance de ces deux qualités, qui, en elle, paraissaient se combiner et se renforcer mutuellement, ce qui explique que je me tiens à présent plus ou moins devant vous, plein du bonheur de l'avoir connue, et non que je sois mort comme j'aurais dû l'être autrement, digéré depuis longtemps par les asticots.
Si je vous raconte cela en dépit de ma pudeur et de mes habitudes, c'est tout simplement que je réalise que je n'ai pas cessé, depuis qu'elle a disparu, de vouloir partager avec d'autres ce qu'elle m'a donné, et comme cela s'avère tristement impossible, je me sens condamné à être celui qui a bénéficié d'une chance exceptionnelle, reçu un privilège sans équivalent, que personne n'obtiendra jamais et qui ne peut même être imaginé.
Dès que je rencontre quelqu'un de sympathique, je voudrais que nous ayons fréquenté ensemble cet être d'exception et j'ai tendance à croire, quand il s'agit de quelqu'un que j'aime particulièrement, que c'est le cas. Mais la suite des événements me démontre très vite qu'il ne s'agit que d'une brève illusion, une aimable folie.
Qui pourrait, comme moi, avoir foulé le sol du Paradis, parlé aux anges, rencontré sinon Dieu, du moins Sa lumière, vu les choses les plus pures et les plus belles sans défaillir, et en être revenu à la fois ébloui et rassis, tranquille, rassuré, ayant oublié la peur ?
" Viens, allons prendre un café ", dirais-je à cet élu, et, comme moi jouissant des plus humbles choses, assis à cette terrasse de café, la tête pleine de musique, nous aurions l'air d'être comme tout le monde tout en connaissant la félicité.
Vendredi 6 janvier 2012
Le génie est une distinction relative, évidemment, et si vous le contestez uniquement à ce titre vous n'avez pas tort, mais cela vous sert à quoi ?
Il faut, dans ce cas, récuser la taille (grand, petit), la puissance (fort, faible), et par-dessus tout la beauté, comble du relatif, ainsi que l'ensemble des concepts et des valeurs que détermine la société humaine, en somme Tout, à commencer par l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes -car, à l'inverse, dans l'absolu, nous ne sommes, si toutefois nous existons, qu'aspiration " divine " et réponse invoquée… pour soi-même : rien¹ !-
Et nier qu'il existe, comparées aux autres, des personnes plus libres de s'exprimer, quelle qu'en soit la raison, de fonctionner au mieux, revient tout simplement à nier la matière.
Contentons-nous donc de reconnaître leur présence et d'admirer (c'est un plaisir noble quand il est assumé), comme n'importe quel badaud, ou ballot (ce que vous craignez tant d'être, car, au fond, vous n'avez pas compris le caractère illusoire de ce que, absurdement, vous dénoncez !) car c'est ainsi et seulement que vous pourriez -pouvez, mais oui...- être des génies vous-mêmes ! (Mais est-ce si enviable ?)
A présent, bienvenue, mes ami(e)s, à la Galerie..., que dis-je, au Paradisiaque Palais des Glaces !...
Entrez, suivez-moi, reconnaissez-vous ou prenez-vous pour un(e) autre, admirez-le(la) et admirez-vous, changez, perdez-vous, échangez, retrouvez-vous... c'est mieux, n'est-ce pas, que votre anorexie d'avant... quand vous aurez assez joué je vous amènerai au seul vrai problème, qui est/qui n'est pas, votre disparition !
¹ Ce que les mystiques chrétiens, entre autres, ne cessent de répéter. Et les bouddhistes :
"La forme est vide... Le vide est forme... Oeil, oreille, nez, langue, corps, esprit, couleur, son, odeur, goût, toucher...il n'existe rien... Ni vieillesse ni mort... Ni fin de la vieillesse et de la mort... Ni souffrance ni cause... Ni fin de la souffrance... Ni chemin... Ni sagesse... Ni profit... Ni profit... ...Ainsi vécurent les bodhisattvas."
Mardi 3 janvier 2012
J'ai été si malheureux, jadis, à une époque, et d'un malheur si profond, si offensif et dangereux pour moi-même, que ma psy jugea bon afin de bloquer le processus, de juguler la maladie -car c'était en son pouvoir- et quoiqu'elle ne fut pourtant pas encline aux expériences, en signe de distinction suprême, de reconnaissance officielle et pourtant ésotérique de ma valeur, de m'adouber " chevalier du Graal ", mais je caricature, c'était beaucoup plus sérieux et bien pire : Graal Lui-Même, je devins !
" Surtout ne va pas prendre la grosse tête ! " me dit-elle avec clairvoyance auparavant. Et, voulant faire attention, d'une étrange façon, je pris la pastèque, la citrouille, le melon, mais à l'envers !
Je m'interdis tout, je ne me passai plus rien, refusai toute faiblesse, tout compromis, tant de moi que des autres. Je perdis mes amis, ma femme, mon coiffeur. Jamais plus je ne fus à l'heure. Plus chevalier à la triste figure que moi, plus Don Quichotte, tu meurs !
Quelqu'un qui ne peut pas se satisfaire de ce qu'il obtient, je l'ai appris ainsi à mes dépens, finit par ne plus rien obtenir.
Après une bonne trentaine d'années de chevauchée -j'ai tenu jusque-là, émacié, ascétique, et j'en suis presque mort, mais, il faut le reconnaître, je n'étais plus malheureux- aujourd'hui (en fait, c'était hier soir) je descends de cheval.
Et le bonheur, désormais, n'a qu'à bien se tenir !
Samedi 31 décembre 2011
Il arrive parfois que l'on se sente pris pour un con par quelqu'un au point de se croire obligé de prendre des contre-mesures, dont on se retrouve, parce qu'elles restreignent notre liberté et notre champ d'action, la première victime !
En réalité il n'en était rien. On avait seulement affaire à un con qui se contentait de faire son boulot... et qui, sans le vouloir, nous a éclaboussé.
Il est " décédé ", cela signifie que la silhouette d'arbre en carton noir du décor est tombée de la scène et gît en morceaux derrière, sur le sol en ciment, avec les poufs noirs cubiques -comme de gros dés (cédédé)- qui, de même, ont roulé...
Mardi 27 décembre 2011
Ma kiné me manque.
Pourtant elle refusait de me masser, allez savoir pourquoi… Et même les massages crâniens, qu'elle a contribué à faire reconnaître, je n'y avais pas droit. Elle m'envoya chez son " maître " K. Celui-ci, qui était spécialisé en sportifs de haut-niveau -Merckx, Rocheteau, Anquetil, j'en passe et des meilleurs- lui déclara qu'il n'avait jamais perçu jusque-là une énergie pareille. L., comme elle le faisait habituellement, ne me le rapporta pas directement, mais elle le raconta un soir devant moi à B., ma psy qui était aussi notre amie et qui, d'ailleurs, ne parut pas beaucoup s'en étonner.
" Mais c'est normal " aurais-je dû affirmer sans modestie, " Proust n'avait-il pas déjà remarqué que les grands poètes ont toujours une constitution nerveuse particulièrement forte, exceptionnelle... "
Peut-être que nos vocations spirituelles ne sont au fond que la concrétisation de nos aptitudes physiques ? Grandeur et mesquinerie de l'espèce humaine… mais je m'égare.
Je me souviens aussi du compte-rendu de je ne sais plus quel écrivain racontant que, dans une exposition, une femme distinguée contemplant le portrait peint de je ne sais plus quel artiste ou écrivain (admirez la précision !) dont l'œuvre est cependant assez raffinée, s'était exclamée, ne comprenant évidemment pas le paradoxe énoncé plus haut : " Mon Dieu, mais on dirait un boucher ! "
Et bien oui, Mesdames et Messieurs, pour vous servir sur un plateau les mets délicats que vous appréciez, il faut des serveurs qui ont de gros bras !
Dimanche 25 décembre 2011
Le chemin est étroit, périlleux et ardu, et il l'est d'autant plus qu'on avance en âge. On n'aimerait pas être trop seul, comme c'est pourtant inévitable, on voudrait être chaque jour à la fête [au lieu d'écrire des aphorismes ringards], mais c'est impossible : on ne peut pas se donner à n'importe qui -tout un chacun- sans se perdre, et, quoique personne ne semble l'avoir compris, se perdre est interdit !
C'est comme s'il fallait prendre son mal en patience, sauf qu'il s'agit du bien... bonheur s'ignorant.
Je pense que j'aurais dû mourir dans les heures, les jours, qui suivirent ma naissance. En effet j'eus, dès ces instants-là, l'occasion d'apercevoir que la vie au milieu de mes semblables allait être une épreuve pénible et sans intérêt, un purgatoire ou un enfer, une série d'affronts, de coups tordus, un gâchis permanent… peut-être, comme les bouddhistes le croient, l'expiation logique de mes fautes passées, commises dans mes vies antérieures. Cela, je l'ignore toujours, c'est aussi à élucider.
J'écris ces lignes parce que je suis à un moment de ma vie qui correspond à un autre, lorsque j'avais 23 ans et que je me trouvais dans une jolie petite île des Antilles Britanniques en compagnie de mon épouse, où je fis la bêtise de prendre du L.S.D. Je piétine encore sur la plage devant la maison, et, pour avancer aujourd'hui et régler mon problème actuel d'amour malheureux il faudrait que je comprenne d'abord ce qui s'est passé alors. Cela, en fait, me permettrait peut-être aussi de mieux comprendre mon erreur initiale, quelques jours après ma naissance, encore à la maternité, dans les bras de ma mère…
C'est compliqué…
Samedi 24 décembre 2011
Laissons la gloire de Dieu s'élever seule, grandir, se déployer au-dessus de nous, sans nous occuper d'autre chose. Un homme qui porte la gloire de Dieu sur ses épaules n'a pas besoin de la sienne propre.
Vendredi 23 décembre 2011 (déjà)
Prière pour douter
J'ai beaucoup souffert, surtout quand j'étais jeune et en butte aux sarcasmes de mon père, d'être toujours en train de changer d'avis.
Non pas de changer d'intention, de faire des caprices, mais de toujours remettre en question mon opinion, ma vision, mon jugement sur les choses, les gens, les événements.
De douter en permanence d'avoir raison… et, corollaire, d'être crédule, facile à convaincre. Bref, excusez-moi, d'être intelligent !
Par-dessus le marché, je n'ai jamais cru a priori ce que la majorité tient pour vrai, et, en particulier, ce qui aurait dû me plaire, me réconforter, comme l'idée couramment admise que " seuls les imbéciles ne changent pas d'idée "…
Et pourtant, c'est vrai, j'en ai la preuve, et je m'en avise à présent, au bout, quand même, de quelques années d'observations sur quelqu'un de ma connaissance, il y a des gens qui ne changent pas. Qui ne peuvent pas changer. Comment le pourraient-ils puisqu'ils ne pensent pas*, ne réfléchissent jamais, et se fient uniquement à leurs sentiments, lesquels, lorsqu'ils viennent du passé se trouvent être aussi, malheureusement, radicaux.
Déjà que des gens pas du tout bêtes s'enorgueillissent ponctuellement, comme eux, d'être cons, parce qu'ils ont cru un jour -souvent dans l'enfance- accomplir une espèce d'exploit, souvent un acte premier de liberté, que sa difficulté d'alors leur fait chérir depuis comme un haut fait d'armes, qu'ils raconteront encore un nombre incalculable de fois sans réaliser -ce qui est vraiment navrant- qu'ils n'étaient que des enfants qui se trompaient...
Ils ont bandé leur arc pour la première fois, décoché leur flèche, c'était héroïque, bien sûr, c'est bien, c'est admirable, seulement voilà : ils se trompaient de cible ! Alors...
Là aussi, mon Dieu, comme pour les autres, fais qu'ils changent d'idée !
*Plutôt… ils n'en ont pas conscience… Cela passe et ça disparaît. Comme d'autres sont dépourvus d'intuition, ou dont la sensibilité physique est moindre, ou ceux qui n'ont pas de sentiment.
Jeudi 22 décembre 2011 (déjà)
Réveillon : friture et nuoc-mâm
Vivre sans animaux autour de soi -congénères exceptés, bien sûr !- c'est être incomplet.
En effet, car ils sont des prolongements de nous-mêmes -nos totems- ils incarnent des parts du microcosme entier que nous sommes, reflétant, révélant une part d'âme à laquelle une part de nous-mêmes appartient...
Comme l'inquiétante Lilith, maîtresse des animaux sauvages, déesse ailée aux griffes d'oiseau de proie, je règne sur mes chats familiers que j'appelle spontanément mes frères, je miaule de bon coeur avec eux en cette nuit du 24 décembre, tandis que les pupilles de mes yeux verts rétrécissent encore jusqu'à n'être plus que deux minces traits noirs verticaux, et je mange, tout dégouttant de sang, de petits oiseaux tièdes encore se débattant.
Mercredi 14 décembre 2011 (déjà)
Même si la Vérité est en nous un besoin si impérieux qu'il nous semble déjà La connaître avant même de L'avoir rencontrée -je parle de Celle qui, à peine reconnue, se propage à toute allure et remonte dans notre passé et dans notre âme comme la flamme sur une mèche d'explosif- Elle n'est révélée que grâce à un passeur.
Elle est inabordable par un homme seul.
Ceux qui La connaissent se comptent sur les doigts de la main, et souvent sont solitaires, parfois même isolés, ce qui s'explique aisément : c'est peu dire qu'Elle dérange !- mais Elle n'en reste pas moins, essentiellement, l'affaire de tous.
Jeudi 8 décembre 2011 (déjà)
Il m'a toujours semblé, allez savoir pourquoi -je ne sais pas non plus d'ailleurs pourquoi je vous en parle- que, sous la blanche constellation du muguet au fond des bois, fragile et tremblante clarté suspendue au printemps au-dessus de la mousse verte, circule une rumeur à peine audible, aussi ténue que les clochettes qui la répercutent :
" Il a tué sa femme… Il bat ses enfants… Il, elle, vend son âme pour de l'argent… Ils ne connaissent que la violence… Il, elle, n'honore pas ses parents… Ils mentent, ils volent… Enfants de Caïn… "
Dans la pure quiétude des sous-bois, voilà ce qui se murmure, je l'ai entendu, et se répète au sujet des hommes.
Ce qui donne -parfois- le sentiment de l'âge, ce n'est pas tant le sentiment d'avoir beaucoup vécu que celui d'avoir aperçu de temps à autre les " rivages de la mort " et d'être toujours là ! C'est de relativiser la vie -bah oui- ses manifestations les plus courantes, l'énergie, le courage, et de la beauté l'illusion, en sachant que rien ne dure vraiment, que ces jeunes corps admirables et l'amour qu'ils inspirent, le désir, ne valent surtout que pour les ignorants. Celui qu'on voudrait toujours être !
Déchiffrement et défrichement sont les deux mamelles du poète. L'une éclaire, l'autre transporte.
Dimanche 4 novembre 2011 (déjà)
La réalité est complexe et, parfois, que dis-je, souvent, dissimulée !
Combien de gens pleins aux as, acteurs du pouvoir -politique, que l'on confond trop facilement avec le pouvoir tout court (songez à ce qu'est pourtant le pouvoir d'un poète, d'un artiste qui influence son époque…)- ne sont que des ploucs, de tristes ramasseurs de caca, marchant à quatre pattes, la truffe au sol, sans imagination, sans esprit, sans grandeur, sans rêve !
Pour ce qui est du pognon et de l'entregent qui en dépend, et vice versa, ils ont certes quelques longueurs d'avance sur moi, je le confirme, mais pour l'aptitude au bonheur, à la joie, à la félicité même, et à la liberté dont tout cela découle, leur retard est si important qu'il n'est pas mesurable.
Fussé-je jeté en prison sur leur ordre, réduit par eux à la plus extrême misère, au dénuement absolu -privé de tout, de nourriture, de compagnie, d'espoir de changement, comme c'est déjà un peu le cas : Sarkozy me martyrise…- mon sort demeurerait enviable par rapport au leur, car, tandis qu'ils s'échinent à récolter quelques écus de plus, je suis dans la main de Dieu et j'y demeure !
Le Poète Moderne
Vendredi 02 novembre 2011 (déjà)
S'il n'y avait pas nos propres enfants, et nos propres petits-enfants, et les enfants pas encore nés de ces derniers qui ne tarderont pas, on souhaiterait sans doute qu'arrive enfin ce qui ne peut manquer de se produire un jour ou l'autre : la fin du monde !
Oui, car il est devenu, un seul mot suffira : dégueulasse !
Et moi vieux sans cesser d'être lucide, ce n'est pas impossible.
Dernièrement, un de mes amis, qui a une petite échoppe où il vend de belles choses anciennes, entouré de diverses brumes faisant d'étranges halos aux lumières de ses lampes, me disait exactement : " Mais ne dirait-on pas que survient de nos jours la fin du monde ? "
Il n'en était pas sûr, et semblait étonné lui-même de l'audace de sa vision.
Je me suis évertué à le rassurer : ce n'est pas être fou qu'être un peu prophète.
Je ne me souviens pas bien du trip à l'acide que je fis en 1967 avec mon épouse, mon copain Pierre qui nous l'offrait, et Natacha, sa copine, qui ne prit ce jour-là que de la coke, parce que les doses de LSD n'étaient qu'au nombre de trois, au pif, diluées dans de la vodka qui avait transitée par le Mexique et le Guatemala, avant d'atteindre La Barbade où je séjournais alors.
Inutile de dire que je ne recommande à personne de m'imiter…
Dans l'image qui m'obsède (la nuit tropicale est tombée, noire comme de l'encre, et nous sommes dans la pièce du fond dont la porte ouvre sur la véranda et la plage -je regarde dans cette direction) il y a à gauche une table dont le plateau est inclinée à plus de 45° -il est presque vertical mais le pain, le vin, les "espèces", ne tombent pas- et la partie droite est brouillée.
Cette partie ne contient pas seulement la réalité physique, c'est-à-dire J., ma femme qui va arriver dans mon champ visuel, mais également mon passé depuis le moment où, âgé de deux ans, j'ai été photographié dans un recoin d'une grotte des Buttes-Chaumont en compagnie de ma mère. En fait il s'agissait du point de départ de la relation faussée avec elle dont l'aboutissement se trouve ici, avec J., dans cette petite maison de bois sur pilotis battue par l'océan …
L'océan Atlantique n'est pas mal non plus… (je le dis pour ceux qui, en Europe, en France, se font des films avec le Pacifique et son nom prestigieux de locomotive…) il y avait, devant la maison ses rouleaux qui déversaient généreusement morceaux de filets déchirés, flotteurs en verre, arbres africains blanchis à l'eau de javel, tortues marines dont l'écaille sert à faire des peignes pour les touristes… sacs en plastique, détritus, odeur de remugles salés (!) que j'aime tant, algues brunes et vertes, mensonges et souvenirs, cadavres de nos illusions…
Et, dans le ciel, des millions de crinières de chevaux moutonnantes passaient, tant qu'il fit jour, pour laisser place ensuite, à la musique de cristal des étoiles...
Depuis quelques temps, ce brouillard à droite, cet embrouillamini psychologique, qui entache mon image mentale, délivre strate après strate, comme un cœur battant qui envoie le sang dans une artère, les différentes élucidations du problème dérivé de mon amour pour ma mère.
Il m'a d'abord fourni les impressions qui m'ont conduit à écrire, le 23 septembre dernier, à l'adresse de J. :
" Tu aurais pu descendre directement d'un splendide plafond baroque où tu aurais séjourné jusqu'alors dans un délicat ciel bleu de fresque gardée aux quatre coins par des anges de stuc dorés, marquise du XVIIIe siècle, luxurieuse et cultivée, perruquée et opulente, rayonnante ambassadrice des fêtes et des conversations...
En ce qui me concernait, La Barbade aurait toujours pu être une île aux mains des flibustiers, chaude pépite d'or battue par l'océan, avec des plages de sable fin grouillant de crabes-palmiers et de tortues marines aux yeux languissants pleins de larmes.
Je veux que tu saches que ce ne fut pour moi que du bonheur même si je ne pouvais pas alors m'en rendre compte. "
Puis, sachant qu'ensuite J. m'apparut avec un visage rouge effrayant semblable à celui que ma mère arborait le jour où elle me surprit (j'avais six ans) en train d'essayer de copuler avec la fille de la concierge, je compris que j'avais projeté sur elle le sentiment de culpabilité que j'avais éprouvé alors, faisant d'elle, comme d'une pierre deux coups, à la fois la victime et le bourreau.
Méandres de l'âme et de l'esprit humain ! Destination ! Damnation !
Samedi 26 novembre 2011 (déjà)
Je ne suis pas une bassine de pisse. Je ne suis pas un gros khon détourné et morveux. Ni une misérable araignée rouge qui étouffe de rage. Quoique…
Et certainement pas maroufle, girofle, garnepied, vanebond, fatale enclume …
Je ne parlote pas pour rien, ni ne me flétrissure à la remorque au cas où, percé, firacle, bamorve !
N'exècre, ne bouture, filandreux…
J'aime à loisir, comme une reine-des-prés, toutes transhumances confondues, être mangé… me bourricote à la première, au premier venu, la marle au boyau, le testicou affriandé.
N'ayez peine à me défalloir car je n'amertume nullement.
Vendredi 25 novembre 2011 (déjà)
Je vous ai vu apparaître, montgolfières, mes héros, mes frères, vous êtes dans le ciel !
Avant vous passiez… je ne sais pas, oiseaux, éclairs, feux, météores… maintenant vous vous maintenez, vous flottez, majestueux, splendides, et je vous vois… peut-être aussi que je vole avec vous !
Je n'ai pas à exister seul, comme je le croyais, la propagation existe de vous à moi, peut-être aussi de moi à d'autres, vive étincelle bondissant au ciel de drapeau en étendard, de bannière en oriflamme, qu'elle illumine, fait resplendir admirablement !
Sans elle… on dirait qu'il n'y a que ténèbres.
Je l'aime, et même… c'est la lumière qui m' éclaire ici-bas !
Lorsque ce qui avait été une fontaine d'eau pure jaillissante se fut métamorphosé en le grand manteau d'or de mon amour, je crus, ma solitude disparue, que j'allai enfin vivre riche jusqu'à la fin de mes jours !
Je n'imaginais pas que cet espoir durement conquis allait presqu'aussitôt disparaître, pour être remplacé douloureusement, après encore beaucoup d'années d'efforts et d'une solitude plus amère renouvelée, par la modeste perfection d'une petite robe verte, légère, qui danse avec bonheur dans un rai de soleil juste à l'orée de la forêt... Peut-être !
Dimanche 6 novembre 2011 (déjà)
Et quant à ceux qui sont commerçants... Désolé, Madame, Monsieur, si vous en faites partie... quelle engeance, quelle honte pour la race humaine... Je ne parle pas du brave épicier arabe en blouse grise suçant son crayon, ou grec, qui est aussi cultivateur, pêcheur, artisan, ou de l'Africain qui approvisionne dans la brousse ses congénères en produits de première nécessité sans faire la différence entre lui-même et eux, non je parle de ces français bien astiqués, bien frottés au cynisme, commerçants du XVIe arrondissement, petits investisseurs immobiliers, gérants de boutiques de fringues, qui portent des pulls en cachemire, des foulards de soie négligemment noués et qui voudraient faire croire qu'ils sont des personnes de goût, des artistes, presque des lettrés, tandis que le tiroir-caisse qui leur sert de cerveau n'arrête pas de sonner, au point qu'on l'entend aussi grincer quand ils respirent... Non, Madame, Monsieur, quand on est un artiste on n'aime pas l'argent comme vous l'aimez, avec cette froide habileté, cette science ou presque, qui ressemble à de la méchanceté, et sans scrupule ni remord ! Je vous le dis, quoi que vous prétendez être, vous êtes vulgaires !
Le problème, c'est que presque toute la société française leur ressemble, enfin, celle qui compte... société de nouveaux riches quelle que soit leur ancienneté et toujours vulgaires !
Et, au sommet de la pyramide il y a les très riches qui investissent dans l'art en suivant les conseils d'autres vulgaires que sont les marchands d'art plus vulgaires que des marchands de quatre-saisons. C'est pour cela que l'art n'en est plus.
Petits marquis, grandes saloperies, à la barbe du peuple occupé à regarder la télévision.
L'essai de la Révolution Française n'a pas été transformé.
Mardi 1er novembre 2011 (déjà)
Je trouverais vraiment extraordinaire, exceptionnel, et très intéressant, de faire partie d'une génération d'écrivains, et plus largement d'artistes, c'est-à-dire de gens travaillant -les plus sérieux d'entre eux- non pas pour leurs contemporains en général qui n'aiment que la mode et sont dépourvus de véritable intelligence et d'esprit critique, surtout d'ailleurs quand ils sont sûrs du contraire, mais pour rien, pour eux-mêmes (?), les « happy few » (?), pour Dieu (?), bref surtout pour la Postérité, laquelle, aujourd'hui, apparaît comme pouvant très bien à l'avenir faire défaut !
Quelle ironie ! Et quelle opportunité unique de viser au plus haut dans une gratuité de résultat qui n'a jamais pu être envisagée jusqu'à présent !
Ni durant mon vivant, ni même après, en raison de leur future inexistence, n'avoir de lecteurs compréhensifs et comblés ! Ne pas pouvoir faire, au sens strict, de vieux os, sur une planète débarrassée à tout jamais de l'engeance humaine !
Quel tremplin pour la liberté !
Dimanche 30 octobre 2011 (déjà)
J'ai toujours obéi au même schéma depuis l'enfance. Ne pouvant convaincre ma mère d'adopter mon point de vue, qu'elle était, techniquement, incapable de comprendre, et désirant par-dessus tout être en accord avec elle, j'ai perpétuellement essayé de vivre dans son camp où j'étais malheureux, où je me sentais incompris et même nié, pour ensuite retourner dans le mien où j'étais seul. Ce n'est pas la solitude qui posait problème, mais le désaccord avec Dieu (ma mère).
Evidemment, contrairement à ce que je croyais, Dieu était toujours là et ne m'a jamais abandonné, pas plus qu'Il n'abandonne quiconque.
Le seul vrai problème est de reconnaître où Il se trouve -pourtant on nous l'a suffisamment répété : "Au ciel"- ce qui signifie qu'il n'est nulle part sur la Terre, ce qui n'est ni facile à comprendre ni facile à admettre. On se retrouve dans cet état de déception qui conduit la plupart des gens qui l'éprouvent à se proclamer athées, sauf si on en est arrivé là définitivement et en connaissance de cause. Il n'y a plus alors qu'à attendre Sa venue qui ne peut manquer soit de se produire soit d'être retardée, ce qui importe peu, car on est libre, on n'a plus rien à se reprocher.
Jeudi 27 octobre 2011 (déjà)
La Crète est cette île située en Méditerranée, à peu près équidistante de la Grèce, de la Turquie et de l'Afrique, dont le nom a été formé à partir du sigle CRE, qui désignait jadis le protocole humain normal : Considération, Respect, Egards.
Il suffit de rencontrer quelques bergers, quelques pêcheurs ou agriculteurs en Crète, dans les régions un peu épargnées par le tourisme (les serveurs dans les restaurants subissent la contagion) pour s'en convaincre sans difficulté. Ce sont des tous des seigneurs, malgré leur humilité, des hommes de dignité et d'honneur, extrêmement fiers, qui vous tutoient d'emblée du tutoiement antique d'Homère, de Diogène, d'Alexandre le Grand, mais qui prennent un soin méticuleux, sans faire preuve de la moindre servilité, à vous prodiguer les égards que vous-mêmes, en tant que prince, méritez.
Comme cela est absent en France, où, au contraire, les démonstrations de politesse et de courtoisie verbales sont innombrables tandis que les attentions réelles, la prise en compte physique est absolument inexistante ! Pauvres gens qui se considèrent eux-mêmes comme des numéros et ne peuvent faire autrement que de vous traiter comme tel !
J'ai mis longtemps à le comprendre. Quand j'étais jeune j'en ai même souffert au point d'en tomber malade. L'absence de considération et d'égard -le respect perdure un peu, heureusement, parce qu'ils craignent toujours de recevoir un coup de poing sur la gueule- renforçait mon sentiment de culpabilité et le doute existentiel dont je souffrais. Je croyais que le traitement que je recevais était dû à ce que j'étais, qu'il était mérité !
Il eût fallu que je fusse tombé bien bas ! Bas pour un simple être humain, et bien pire encore pour ce que j'étais alors, un jeune poète inconscient, naïf, et pur !
C'est cela qu'on appelle le pouvoir destructeur de la société à l'égard des artistes, cette humiliation exercée machinalement par tous ceux qui sont ses dociles représentants à l'encontre des âmes vivantes, et libres encore, mais qu'aucune pensée lucide, aucune « idéologie » adaptée, ne peut soutenir ou protéger.
Il faudrait presque constituer une société antagoniste, ou en tout cas, une association, un cercle d'initiés, qui se mettrait en tête de repérer et de surveiller à des fins de protection ceux qui en ont besoin.
C'est vous, Mesdames et Messieurs les « gens normaux » qui envoyez les peintres, les poètes, les jeunes artistes, au bistrot ou à la drogue, la fumette en premier, l'aiguille dans le bras ensuite !
Ils ne vous demandent que de reconnaître leur existence et leur différence et de les aimer un peu !
Somme toute, c'est ce que demandent aussi tous les enfants !
Mais comment pourraient-ils l'obtenir de parents qui, eux-mêmes, ne l'ont jamais reçu !
Samedi 22 octobre 2011 (déjà)
Le difficile pour moi n'était pas de reconnaître qu'on est irrémédiablement, incurablement, seul, sauf à se bercer d'illusion(s) dont la finalité est souffrance, mais de comprendre enfin que cette solitude effroyable (mais qui cesse aussitôt de l'être) n'est pas la sanction d'une faute !
Jeudi 20 octobre 2011 (déjà)
Non mais quelle bande de c... (ma psy, je dois le préciser, disait : « dégénérés ») ! Exemple :
- « Vous êtes écrivain ? », s'agissant, en plus, de quelqu'un qui est « tombé » sur ce que j'écris.
- « A vous de me le dire... »
- « ?!... »
Bon prince, et même prince tout court, mais ceci est une autre histoire, j'explique, mais je ne devrais pas :
- « Parce que moi, si vous me le demandez, je peux même vous répondre que je suis Dieu ! »
C'est cela, apparemment, qu'ils ne savent pas... ont oublié... ne peuvent plus, ne veulent plus savoir.
Il est vrai que ce genre de prétention ne rend pas la vie facile, oblige à quelques efforts...
Cela me rappelle une anecdote qui a à peu près le même sens :
Picasso recevait un jour un jeune peintre. Au bout de quelques minutes il lui dit : « Tu peux me tutoyer ». Ce à quoi le jeune peintre répondit : « Oh, maître, je n'oserai pas. Pour moi vous êtes comme Dieu ! » Et Picasso : « Et alors, tu ne tutoies pas Dieu ? »
Tutoyer Dieu, évidemment c'est naturel, mais surtout, n'est-ce pas pas le boulot même d'un artiste ?
...
Et la dégénérescence que j'évoquais plus haut, quelle est-elle ? C'est celle qui consiste à mettre entre soi et un autre individu la société existante, au lieu d'avoir le rapport direct avec cette personne, qui, justement, est censé la créer :
« Dites-moi si vous êtes un écrivain, parce que moi je renonce à la prérogative qui est par nature la mienne d'en décider ». Voilà, être Dieu, être naturel, c'est pareil.
Lundi 17 octobre 2011 (déjà)
Je n'ai jamais cessé de danser -je suis un Danseur- depuis toujours, depuis que je suis né, surtout la deuxième fois, en Crète, à Matala, où je me suis levé, ivre à tomber, mais pas seulement de vin, ivre de mes souvenirs perdus et de mes désirs, ivre de la vie et du pouvoir des mots, ivre d'amour surtout, pour (danser) tenir debout le zébékiko, jusqu'à l'impossible, et donc jusqu'à ne plus pouvoir ! Puis, en d'atroces souffrances -quelle belle danse, là aussi- je me suis effondré peu à peu et j'ai cru avoir tout perdu.
Mais toujours, sans le savoir, je continuais à danser, comme dansent les animaux qui rampent, comme dansent, les nuits de pluie, durant leurs lentes bacchanales, les escargots et les limaces, comme dansent les langoustes et les homard au fond de la mer, qui, avec leurs palpes et leurs antennes mouvantes, aveugles, cherchent le corps savoureux et perdu de la Rédemption.
Je croyais être mort que je dansais encore, comme l'herbe trop courte, raide sous le vent, ou la tendre flamme du gaz qui s'affale sous un courant d'air pour se perdre en elle-même et se baptiser de ses pleurs.
Certes je suis tombé, mais je me relève. ...Ou je suis relevé ? En être ou pas l'auteur m'importe peu. Le principal est de danser, encore et toujours, infiniment -je suis un Danseur- parce que tout est musique, tout est chant et accompagnement lyrique... Et, spectateur et juge, partout, l'impeccable Vertu immobile !
Mercredi 12 octobre 2011 (déjà)
Non, mais quel con ! Pourtant il a de la chance. Vous allez comprendre en lisant le texte qui suit. C'est l'histoire d'un gars qui voulait rejoindre Dieu !
« Je ne sais pas ce que je cherche. Et quand j'essaie de le définir, je pense que je suis fou. En tout cas, je n'ai pas réussi, je n'ai rien trouvé.
Comme je songeais à cela hier soir -cela m’arrive de plus en plus souvent de voir intérieurement se dégonfler les beaux ballons colorés après lesquels j'ai couru, sauté en vain, toute ma vie- et que je faisais le constat irréfutable de mon échec -échec si entier que je ne pouvais encore l'accepter, il y a peu, par crainte d'en mourir sur le coup de désespoir, de vacuité, mais à présent je suis fatigué, cela m'est égal, car je n'ai pas bougé d'un cheveu, d'un millimètre, en toute une vie !- j'entendis une grosse voix, une voix de basse noble imprégnée de tendresse, juste derrière moi, dans mon dos, qui disait :
« Tu en as mis un temps pour venir jusqu'à Moi. » »
Mardi 11 octobre 2011 (déjà)
La classe dirigeante actuelle, toutes tendances politiques confondues, partout en Europe et aux Etats-Unis -ailleurs je ne sais pas, je ne me rends pas compte- ne donne pas l'impression de posséder, au niveau de l'intelligence, la dimension spirituelle, métaphysique, nécessaire aujourd'hui, il me semble, pour traiter des problèmes généraux, de l'évolution universelle, de l'histoire du monde, car on peut penser que nous sommes à un moment historique exceptionnel, celui d'une transformation psychologique et culturelle irréversible de l'humanité, et l'on rêve, poète, d'une nouvelle catégorie d'individus surgissant par mutation (X-Men), capables de convenir à l'improbable avenir qui s'annonce...
Mais, avec l'incompétence évoquée plus haut, à quoi peut-on réellement s'attendre ? S'agira-t-il seulement d'un cataclysme planétaire émanant de la Nature contrariée, d'une troisième guerre mondiale sanctionnant l'égoïsme, la méchanceté, l'imbécillité, et les troubles économiques profonds qui en découlent, ou plus horrible encore et plus simple : la déchéance irrésistible, un anéantissement lent par des troubles sociaux chroniques et le retour à la misère générale, à la maladie et à la peur répandues partout, la détresse triomphante ?
Peut-être bien les trois, mon colonel...
Dimanche 9 octobre 2011 (déjà)
Au milieu de l'été 1964, j'avais vingt ans, j'étais en Grèce, à Athènes, fauché et seul. Les deux copains avec lesquels j'étais parti de France au mois de mars s'étaient faits embaucher au Club Méditerranée. Moi, revenu bredouille d'une course en Yougoslavie pour retrouver une Australienne dont j'étais tombé amoureux, j'avais conclu un marché avec le manager de l'auberge de jeunesse : lit + repas contre un peu de plonge et quelques heures par jour de permanence durant la fermeture du bureau l'après-midi.
Assis sur une chaise dans le hall je me contentais de dire à ceux qui cherchaient un renseignement ou voulaient s'inscrire : « six o'clock ! »
Une semaine ou un peu plus s'écoula ainsi jusqu'au jour où j'eus une conversation avec une française de passage qui décida de m'aider. Si son copain n'était pas survenu elle m'aurait donné une somme d'argent si importante que j'aurais pu vivre au moins un an avec. Mais je ne reçus à peu près que de quoi m'offrir une place de pont sur le ferry pour Hiracklion.
Une heure après j'avais donné ma démission, je me rendais en bus au Pirée, pris un billet, achetai avec le reliquat deux kilogs de pêches, et m'installai sur le pont supérieur, au soleil couchant, d'où je pouvais contempler le port et savourer les fruits dont le jus dégoulinait sur mon menton.
Je n'ai pas de plus beau souvenir. J'ai même écrit, des années plus tard, un poème :
Personne ne se souvient comme moi du crépuscule rose et or envahissant le ciel du Pirée,
Je veux dire : avec tant d'émotion douloureuse,
Quand le bateau se sépare du quai pour se lancer vers la haute mer,
Ne se souvient des senteurs des fruits,
Du vacarme, d'un seul coup inaudible, ou plutôt "détaché", comme une bulle composée des klaxons, des pétarades des moteurs, des cris,
Tandis que reculent, rétrécissent, les frontons crayeux, les toits de tuiles,
Toits de vermeil, ciel d'or,
Assis à même les planches délavées du pont,
Exalté par l'air du large, la splendeur, la complétude.
Le bateau s'éloignait de plus en plus, je m'éloignais.
Il allait y avoir toute une nuit de traversée vers la Crète,
Sur les flots sombres, les flots obscurs de la nuit, dans le fourmillement d'étoiles,
O nuit grecque dont je me suis tant enivré,
Ma tête touchant les étoiles,
Quand je dansais le zébékiko...
à suivre...
Lundi 3 octobre 2011 (déjà)
Ma chère, ma belle, ma fatale morbidezza, avait déjà englouti plusieurs de mes horizons, happé quelques levers et couchers de soleil, quelques lueurs écarlates dans le ciel, et lorgnait déjà au moins sur un continent, quelque magnifique, somptueux plissement hercynien, une belle plaque tectonique primordiale, un peu comme si elle avait préparé une ère nouvelle et fondatrice en révolutionnant le monde, mais ce n'était en réalité que la fin de tout, la destruction systématique qu'elle apportait
Aussi, aidé je ne sais comment par la chance ou par Dieu, je lui bottai le cul et en touche -si vous voyez ce que je veux dire
Mis mes lunettes de vue et la regardai en face
Salope ! lui dis-je
Tu ressembles à un ancien mannequin qui se veut dame de France et dont la beauté glaciale est le produit du bistouri
Tu as du payer cher mais
As-tu une âme ?
Car ton cul, pour moi, ce n'est pas assez !
Photos, films, vidéos, ne sont pas la réalité ! L'image n'est pas la vie ! La canne n'est pas le parapluie !
Et ainsi peu à peu, calmement, au prix d'énormes efforts et de grandes souffrances, je lui mis la muselière, les menottes, les poucettes, le collet, la ceinture, le boulet, les ornières, les entraves, la prison, le déni.
Mort à la morbidezza et à la célébrité ! Mort aux faux-semblants et à l'actualité !
Mort aux cons et aux rats, mort à ceux qui ne vivent que de la curiosité d'autrui ! Mort au mensonge !
Mort à la nuit (là, ce n'est qu'une façon de parler) ! Mort à ce qui n'est pas la vie réelle, la vie pure, la vie éternelle !
Mardi 27 septembre 2011 (déjà)
Le destin de l'homme sur Terre est de ne pas cesser d'être, ou de redevenir s'il ne l'est plus, un poète ! C'est-à-dire quelqu'un qui n'a pas rompu le pacte, et veut garder un cœur lucide, un cœur plus fort que la raison ! Quelqu'un dont l'intellect est tenu en laisse ! Quelqu'un qui ne peut pas devenir fou !
Echapper au Malin, jouer à cache-cache avec le diable et gagner, voilà une vie qui en vaut la peine !
Des fois, je me demande comment l'on pourrait être plus heureux que je le suis, moi qui suis pourtant d'ordinaire le plus malheureux des hommes, souffrant les tourments de l'enfer avant l'heure sous l’aiguillon incessant de ma propre bêtise et de mon intuition défaillante.
Il suffit de la bonne température et de n'avoir rien à faire. De le savoir. Il ne me manque qu'une sœur ou un frère.
Nous, grands anges chrétiens pendus à la canopée des croisées d'ogive comme des draps sales et déchirés que n'animent plus que les courants d'air, qui ne recevons de visites que de vieux poètes en mal de vérité, eux-mêmes abandonnés et le sachant, nous voulons dire qu'il n'y a plus de tradition ! Pas même pour être combattue, affinée, réaffirmée peut-être : il n'y a qu'absence, et pas de messager pour porter la bonne, la sainte nouvelle... Pas d'ampoule, pas de vaisseau !
Plus de belles boucles blondes, non plus (comme à Reims), et pas d'enfant Jésus !
Qu'un grand rien (en dessous de nous) qui ne plaît qu'aux ombres et aux morts !
Vendredi 23 septembre 2011 (déjà)
Les guerres -les crises, les déflagrations- ne résolvent pas les problèmes. Elles ne nous ramènent pas -quelles qu'elles soient- à l'état d'innocence dont nous rêvons, dont nous avons besoin, que nous cherchons. Mais la tentation est grande.
Tu aurais pu descendre directement d'un splendide plafond baroque où tu aurais séjourné jusqu'alors dans un délicat ciel bleu de fresque gardée aux quatre coins par des anges de stuc dorés, marquise du XVIIIe siècle, luxurieuse et cultivée, perruquée et opulente, rayonnante ambassadrice des fêtes et des conversations...
En ce qui me concernait, La Barbade aurait toujours pu être une île aux mains des flibustiers, chaude pépite d'or battue par l'océan, avec des plages de sable fin grouillant de crabes-palmiers et de tortues marines aux yeux languissants pleins de larmes.
Je veux que tu saches que ce ne fut pour moi que du bonheur même si je ne pouvais pas alors m'en rendre compte.
Vendredi 16 septembre 2011 (déjà)
On peut se faire à la pauvreté, et même à la misère, mais on ne se fait jamais à la laideur, à la vulgarité, à l'ignoble. Pourtant c'est ce à quoi je suis exposé depuis un peu plus de vingt ans.
La misère, je connais, j'ai grandi dedans, mais ma mère fut toujours belle, jamais vulgaire, et elle possédait une distinction naturelle, liée à sa bêtise et à sa pureté. Elle ne voyait pas le Mal, comme on dit, et cela, mieux que tout l'en (et nous ses enfants) préservait. Ebloui sans doute par toute cette lumière mon père se tenait à carreau et tout pouvait paraître aller bien.
En dessous, derrière, secret, caché, c'était autre chose, bien sûr, mais ceci est une autre histoire.
J'ai donc pu imaginer qu'il existait un monde conforme à ce que la morale nous enseignait, et dans lequel les péchés, les errements, la perdition, n'étaient que des erreurs, des accidents. Comment d'ailleurs aurais-je pu imaginer une humanité assez stupide pour préférer des intérêts matériels -l'argent, pour résumer- au spirituel ? Même encore -d'ailleurs j'en suis sûr- je pense que le Mal est l'apanage des imbéciles plus que des méchants.
(Les imbéciles ne sont pas des idiots. L'idiot ne raisonne pas, ne pense pas, mais l'imbécile, lui, use d'une intelligence corrompue. Il a perdu le sens premier. Il peut être plus brillant intellectuellement -mais seulement aux yeux d'autres imbéciles et des idiots- que le saint ou le juste, lesquels sont tenus à la vérité...) Rare est le méchant, comme le saint ou le juste, mais, c'est arithmétique, l'imbécile est nombreux.
Jeudi 15 septembre 2011 (déjà)
Chevaucher l'hippogriffe a son charme, mais au soir, fatigué des claquements de fouet répétés de sa queue, saoulé de respirer l'air raréfié des hauteurs, le nez plein de l'odeur de musc et de civette de sa monture, les doigts crispés d'avoir tenu les rênes, fourbu, titubant, on aime, on aimerait devrais-je dire, trouver le réconfort d'une âme complice, qu'elle soit ou sœur ou frère, sœur de préférence, âme qui, toujours, pour le poète, fait défaut.
Car la poésie n'est pas un doux cocon soyeux où l'on rêve et se repose agréablement avant de décocher vers l'assistance émerveillée quelques vers bien sentis comme les flèches de Cupidon dans les cœurs sensibles.
Non, la poésie ressemble plus à cette espèce de sport de roi, cruel, violent, sanguinaire, qu'était jadis la chasse à courre, pour se vider de ses humeurs biliaires, de ses chagrins d'enfant méprisés, de ses haines, de ses anxiétés, et de sa solitude, avec les cris, les aboiements, la vitesse, les étourdissements, crachats, remugles, dents cassées, œil borgne...
Comme la vertu malmenée des filles d'auberge
Comme les entrailles oraculaires des bêtes sacrifiées
Comme les nuits d'hiver apocalyptiques de sabbat et d'orage
Comme les ombres des possédés qui ont leur vie propre
Comme les ongles qui traversent les paumes des ascètes indiens
Comme les gencives retroussées, les dents branlantes du scorbut
Comme l'étudiant frais émoulu qui se réveille avec la gueule de bois dans une chambre de passe
Le sida dans le sang
Comme Baudelaire condamné à mort de même à dix-sept ans
Comme la vendeuse de crayons de Bourvil enterrée à la fosse commune -hydropique...
Bref, vous l'aurez compris, on n'y rigole pas toujours.
Ca grince, c'est moche, comme le duende aux ailes de couteaux rouillés de Lorca, même si ça s'envole.
Et cela est vrai aussi pour les poètes de quatre sous qui confectionnent des bluettes aux larmes de cire comme celles des poulbots des mauvais peintres de Montmartre.
Il n'y a pas de privilège !
Tous logés à la même enseigne !
Le ventre plombé, les poumons flétris, l'âme prisonnière !
En avant, en avant, et advienne que pourra !
Seule la vertu du Beau et du Vrai réunis est ce qui nous importe !
Mardi 6 septembre 2011 (déjà)
Rimbaud fut une nuque morte -oui, une tête raide- occiput de pierre
Masque de verre yeux de glace cœur d'eau mains de sable
Qui a balancé à la mer ses chevaux, ses pianos, ses châteaux
Et fait beaucoup souffrir ce bon, ce tendre, ce pauvre Verlaine
Tous disent aujourd'hui qu'ils voulaient l'empêcher mais ce n'est pas vrai
Ils aiment voir -Sarkozy le premier- les poètes mourir.
Puisque vous m'avez tous fourni tour à tour les explications que je ne demandais pas (Quel affabulateur ce mec, personne ne lui parle jamais, il est seul , tout le monde l'ignore et s'en fout !
-Peut-être ! Mais moi j'entends tout ce que vous pensez, je vous connais, et tout ce que vous pouviez me dire, je le sais !)
Maintenant à moi de donner ma version des faits et d'expliquer pourquoi cette aventure revêt tant d'importance à mes yeux, alors qu'elle n'en a pas aux vôtres !
N. m'a infligé les douleurs que L. aurait dû me causer, et qui, à cette époque m'auraient probablement tué. Il fallait, apparemment, que je les connaisse pour devenir « Celui Qui n'a plus d' Idole », un homme, un vrai, un dur, je rigole bien sûr, tout nu et tout seul, une âme qui se sauve elle-même, un locataire de la Terre (bail précaire), un cœur qui bat, un voyageur innocent, une belle espérance, un porteur de foi !
Les femmes qui ne possèdent rien peuvent pourtant tout nous donner et tout nous reprendre, et c'est ce que celle-là a fait !
Toute petite, insignifiante, avec ses yeux bridés et sa moue boudeuse, triste, amorphe ô combien, et si fragile.
Elle portait non seulement le soleil mais toutes les planètes, les étoiles, les grandes écharpes de vent cosmique, le froid immense, et puis les feux qui ne s'éteindront jamais, les flammes qui embrasent les anges, le brasier de l'amour-magma en fusion.
Incommensurable, immortelle, sans nom, sans âge, assourdissante, éblouissante.
Et elle est partie.
Lundi 5 septembre 2011 (déjà)
J'aurais voulu que tu m'aimasses, pauvre conasse,
Et que tu susses (et pas suçasses, bande de vicieux !) que je t'aimais aussi.
Evidemment tu te vantais -m'épouvantais- d'avoir les pieds sur terre (même au lit ?)
Sache aujourd'hui -si tu me lis- qu'ils avaient surtout l'air d'être dans le caca !
(Mais je t'aime quand même.)
Je suis accroché par une chaîne d'étoiles à mon enfance, à la lucarne sous les toits d'où je croyais apercevoir l'avenir, à mes rêves... je me voyais en prince des saltimbanques, funambule nimbé d'une lumière d'argent... sautant de lune en lune, admiré de tous, me moquant de moi-même et faisant rire la foule, rendant les gens heureux... volant la nuit sur un fil au-dessus de la dentelle des canaux dans une ville ressemblant à Venise... dans un temps tout palpitant encore de la beauté et des amours des siècles passés, plein de parfums, de soupirs, des doux échos des accords anciens, d'heureux souvenirs... aux feux des torches et des flambeaux... pour faire de l'Histoire humaine et de notre condition un conte et vaincre le malheur... curieuse idée, n'est-ce pas ?
Je crois que je n'y arriverai pas. Je mourrai avant. D'ailleurs je suis déjà mourant.
C'est à cause de toi, Nadine, c'est toi qui me l'a appris. Aimer autant que j'en suis capable et faire de son mieux n'est pas suffisant. Même si cela fait reculer un peu le Mal, cela ne le fait pas disparaître.
Dimanche 4 septembre 2011 (déjà)
Abonné aux alertes Google au sujet de l'artiste Ai Weiwei, je lis ce matin sous sa plume que, définissant une ville, « Il ne s'agit pas de gens ou d'immeubles, ou de rues, mais de votre structure mentale » ce qui est bien vrai ! « Si vous vous souvenez de ce que Kafka a écrit à propos de son Chateau, » ajoute-t-il « vous voyez à peu près de quoi il s'agit. Les villes sont de véritables conditions mentales. Pékin est un cauchemar. Un cauchemar permanent ».
Que devrais-je dire alors de Saint-Denis, où je vis : sans doute est-ce un cauchemar moins horrible, moins grand, moins délibéré, eu égard au pays dans lequel elle se trouve et qui ne la reconnaît pas vraiment -et c'est tant mieux-, cauchemar qu'elle pourrait être -cauchemar apprivoisé- mais, pour ceux qui y vivent, ceux qui le créent et/ou s'en contentent comme ceux qui le subissent, vraiment un mauvais rêve !
Sans toi je pourrais croire que ma vie n'a pas de sens...
Je mets cela au conditionnel parce que, si j'en étais sûr, je serais obligé de me procurer un pistolet, de mettre le canon dans ma bouche, d'appuyer sur la détente, ce qui me ferait éclater l'arrière du crâne et enverrait des morceaux sanglants de ma cervelle -cette belle cervelle de poète fumante et travailleuse, pleine de rêves et de projets sans queue ni tête- se coller au plafond.
Ici, dans la ville aux cent mille étrangers, personne ne s’émouvrait, et on ne retrouverait mon cadavre -ce beau cadavre d'enchanteur refroidi et pourrissant- que trop tard pour un embaumement en bonne et due forme. A moitié dévoré par mes chats n'ayant rien d'autre à se mettre sous la dent, décomposé, on en balaierait aisément les restes pour les fourrer sous le tapis, et toi, passant un jour par là et te souvenant peut-être, venant sonner à la porte pour me dire un petit bonjour, tu apprendrais par la concierge que je serais mort, vaporisé Dieu sait comment en atomes dispersés, n'ayant laissé aucune lettre, aucun document explicatif, aucun souvenir, aucun héritage, comme si je n'avais jamais existé, comme si tu m'avais rêvé, imaginé, inventé, et perdu à tout jamais sans conséquence -ce que tu voudrais précisément que je croies aujourd'hui de toi !
Mercredi 31 août 2011
Ce sont les mêmes choses -Une Seule Chose ?- tout au long de la vie, qui nous rendent heureux et font notre malheur...
Au premier chef l'Amour, qui garde sensiblement le même visage, comme si nous n'avions connu qu'une seule femme, toujours la même et toujours différente, et se jouant de nous, de notre crédulité, pour nous séduire à chaque fois avec un masque différent.
Au soir de notre vie nous sommes envahis, occupés, par cette présence, contre laquelle il faut lutter, pratiquement se défendre, comme, au fond du jardin, la vieille cabane abandonnée que recouvre et remplit peu à peu la végétation sauvage.
Samedi 27 août 2011
Ah, bien sûr, on voudrait faire entendre le tonnerre ! Et s'entrechoquer les continents avec un fracas cosmique! Des soleils par milliers envahir le ciel et déverser sur Terre leur lumière !
Les morts se relever ! Les vivants pousser comme des arbres et donner des fleurs !
Ton âme nue, lecteur, jouer avec l'arc-en-ciel dont on aurait soi-même couronné la montagne!
Mais c'est tout le contraire. Il faut empiler les briques une à une comme un maçon tout en surveillant le mortier. Sans cesse vérifier le niveau, le fil à plomb, parfaire les joints.
Aller chercher du sable avec cette maudite brouette cassée. De l'eau, loin, à la rivière.
Essuyer la sueur sans lâcher la truelle.
Jour après jour, année après année, les mains gourdes, crevassées, les genoux grinçants.
Et si tout se passe bien, hormis la satisfaction du devoir accompli (ce qui, je le reconnais, n'est pas si mal : je suis en mesure et je ne me prive jamais d'ordonner à Alexandre de s'ôter de mon soleil), ne percevoir aucun salaire.
Vendredi 26 août 2011
J'ai toujours proclamé à juste titre que je révérais le Mystère, et maintenant je réalise (en pensant à toi mais trop tard, malheureusement, chérie, mon ex-épouse, -je peux t'appeler ainsi maintenant, tu es si loin, dans le temps et l'espace-) que tous le subissent bien plus que moi... j'en suis sûr : ils sont tout bonnement é-b-l-o-u-i-s ! D'ailleurs il y a de quoi ! Et c'est cette impression qui les rend bêtes !
(Tu n'es pas concernée, nous avions vingt ans, et je me suis souvenu tout-à-coup comme tu étais toi-même transfigurée !)
Ils sont stupides, stupides et muets, et non pas, comme moi, exaltés et diserts. Je croyais qu'ils ne voyaient pas, mais si, ils voient mais sont aveuglés par la lumière !
Moi, ayant cru vivre avec Dieu dès ma naissance, je peux tout soutenir !
Mercredi 24 août 2011
L' Enfance Coupable
Voilà c'est dit ! Ces enfants désignés, l'air torve, hypocrites embarrassés d'eux-mêmes, se tordant les doigts, piétinant sur place, gauches, maladroits, mais avec des regards qui lancent des éclairs, des plis aux lèvres de vieillard, et des impatiences qu'ils ne peuvent pas dissimuler... sont-ils pires que les autres, les niais, les rieurs, les évaporés ? Ou ceux qui se cherchent toujours et qui souffrent ?
L' enfance coupable n'est pas ce qu'on croit...
L' enfance coupable de ne pas être, tout simplement, ou d’être ce qu'on pense qu'elle ne devrait pas être...
L' enfance coupable de savoir...
L' enfance coupable d’être déjà finie...
L' enfance qui n'aime pas regarder en arrière...
L'enfance qui fait semblant...
En réalité il n'y a pas d'enfance, il n'y a que des enfants, c'est-à-dire des personnes, des gens comme vous et moi, des âmes perdues ou sauvées.
Plus souvent en train de se perdre.
Jeudi 18 août 2011
Je suis (dans ma tête) un jeune garçon de treize ans qui fait peur aux autres enfants.
D'abord, je suis le premier de la classe, tout le temps, et je ne cesse de leur rappeler que ce qu'ils font subira tôt ou tard la sanction des adultes -ou de Dieu-, i-m-m-a-n-q-u-a-b-l-e-m-e-n-t ¹ !
Puis, tandis qu'ils jouent à se frotter les uns aux autres et à inventer de nouveaux mensonges, toujours plus savants, moi je jongle au soleil, seul et presque nu, avec des couteaux affilés, ou, adepte des rites antiques, je dispose sur le sol de petits ossements ou des morceaux de métal, que je compte, que je ramasse (habileté extraordinaire) avec la rapidité de l'éclair, que je repose ensuite. J'aime être assis dans la poussière et user mes mains en les frottant par terre. J'éprouve un sentiment fraternel pour les insectes.
Il y a des choses que j'ai faites et que je ne peux raconter à personne, sauf à les refaire avec qui veut, ce qui arrive parfois et qui damne alors celui-là.
Je ne me rends compte de rien -peut-être... personne ne le sait, pas même moi.
Malgré mon apparente audace et mon incroyable culot j'aime et j'ai peur de tout.
Les jours passent doucement avec leurs moissons de fleurs coupées qui se succèdent comme des orages. Tombereau après tombereau elles sont envoyées au cimetière pour orner les tombes des petites soeurs mortes. Moi, depuis l'âge de trois ans, je m'amuse à sauter à cloche-pied entre les croix et les dalles, en regardant le vent soulever les feuilles, et ma mère pleurer.
¹ Depuis j'ai compris mon erreur.
Larmes Acides
Mercredi 17 août 2011
Je ne crois pas aux qualités et aux défauts intrinsèques, même si les plus fondamentaux ne semblent pas susceptibles du plus petit changement.
Je pense que la personnalité est un puzzle façonné (surtout pendant l'enfance) par les circonstances et la compréhension adéquate ou pas du sujet.
Il suffit qu'un élément se transforme (ensuite) pour que l'ensemble soit affecté, parfois au point que l'individu devient méconnaissable.
Le lâche peut devenir courageux, le paresseux travailleur, l'imbécile intelligent ; la méchanceté se transforme rarement en bonté mais on pourrait l'espérer.
Quant au sage -clairvoyant-, il est tout (rien), il est libre.
Vendredi 12 août 2011
Je n'ai pas besoin de « savoir » que Dieu existe : je L'aime !
Ce petit chat ténébreux qui nous fait un peu peur...
Zaza.
En fait c'est une chatte.
Elle est belle et sombre comme un vitrail la nuit.
Cette fille était tellement belle que je m'attendais à être cocu d'une seconde à l'autre. Mais je savais aussi que beaucoup d'hommes ont peur des filles trop belles. Ils sont tous là à baver mais aucun n'ose entrer, si j'ose dire, dans le vif du sujet.
L'univers mental est paradoxal.
Par exemple, à l'époque où je me prenais pour quelqu'un, je n'avais de cesse de convaincre ceux que je rencontrais de l'excellence de mes opinions, sans leur révéler évidemment l'agacement que leur infériorité intellectuelle et morale me procurait -ce qui constituait pour moi une grande souffrance- alors qu'à présent, ayant en quelque sorte abdiqué (pour avoir finalement compris le vrai message de ma psy) , je me contrefous de ce qu'ils pensent -comme si je les méprisais- en les considérant enfin désormais comme mes égaux.
Et demain ?
Vendredi 5 août 2011
J'aime bien la musique, mais voilà, je suis désolé, ça fait du bruit.
Tandis que la poésie c'est silencieux, ça n'explose que dans la tête !
En poésie, il faut viser la vérité et surtout l'atteindre, avec des approximations que les limitations du langage et l'obligation de beauté imposent. Mais ce faisceau de forces combinées selon le degré d'expertise du poète -opposition, contraste, addition, mélange, synergie, etc.- doit atteindre la cible en plein coeur, comme s'il émanait, non pas de la nature humaine, mais de l'arme absolue... la lance sacrée, le feu éternel du divin ! Juste retour des choses, simple retour à l'ordre !
Jeudi 4 août 2011
Juste homme...
Je voudrais être un aigle comme Zeus pour te ravir, fondre sur toi depuis le haut du ciel et emporter sans un mot ton âme peureuse, prisonnière dans mes serres, à mon Olympe et à mes libations,
Quand tu sors du boulot sur le coup des seize heures à Saint-Ouen et que tu t'arrêtes un instant la porte franchie, espérant trouver devant toi le traîneau du Père Noël qui te ramènerait à la maison.
Il n'y a jamais de traîneau -parfois l'auto de ta sœur, mais ce n'est pas pareil- il n'y a en face de toi que la palissade barbouillée de tags du terrain vague.
Alors tu rassembles tes forces, tu remontes sur ton épaule la courroie de ton sac, et tu t'en vas d'un pas d'automate vers la station du RER.
Pourtant nous ressemblions tous les deux à des dieux aux ailes immenses qui n'avaient besoin que d'eux-mêmes, quand nous étions ensemble ?
Tais-toi, ne me réponds pas ! Seul depuis ton départ et ne chevauchant plus que la bouteille, moi, je te le jure, j'en suis toujours un !
Mercredi 3 août 2011
Faut-il que je m'immole sur la place publique, que j'organise le spectacle de mon suicide, en laissant derrière moi une lettre d'adieu plus coruscante qu'un poème de Rimbaud, pour que tu croies enfin que je t'aime, pauvre conasse ? Ce serait idiot, permet-moi de te le dire ! Parce que mort je ne pourrai plus te servir. Plus de bandaison après la pendaison, plus d'érection après la dissection, plus de frénésie après l'autopsie !
Tu as beau jouer les saintes nitouches, tu as besoin qu'on te touche, ne le nie pas. Si je ne suis plus là qui le fera ?
Quoi ? Quelqu'un d'autre, dis-tu, ça je le sais, mais cela ne durera pas. Qui d'autre que moi te supportera plus de vingt-quatre heures sans devenir chèvre ? Qui, sinon le vieux bouc que je suis ?
Quoi encore ? Tu t'en fous ! Tu veux bien changer d'amant tous les jours !
Alors tant pis pour toi, salope, marie-couche-toi-là, morue, traînée, putain, pouffiasse... bon vent, et que le Grand Cric te croque !
Bien sûr, cela ne présente qu'un intérêt restreint de statuer solennellement qu'en moi à présent la rumeur s'est tue, que le silence est revenu, et que, en ces premières minutes, je ne sais pas quoi faire, sinon en écrire, sans doute par réflexe, suivant je ne sais quel besoin irrésistible, quelle impérieuse obligation...
Sachez-le, en tout cas, à moins que je ne me trompe, je suis redevenu celui d'avant le premier doute, la première peur d'être coupable, désordre jadis traduit intérieurement par un soudain brouhaha de conversation ininterrompu, questions et réponses indistinctes, contradictions grommelées, bruit permanent (et aussi comme en photographie) qui m'obscurcit à jamais l'esprit, m'interdit la paix de l'âme, cette âme dont le nom précisément est pour tous, je crois, Silence.
…....................
Il faut ressusciter les dieux dont nous avons besoin !
Et Silence En est Un.
Il faut lui édifier des statues dans nos villes !
Il suffit de l'imaginer... les rues, les places, des gens vêtus différemment... pour comprendre que ce serait un retour en arrière. Sans aucun doute. Mais c'est seulement de là que, repartis, nous pourrions voir à nouveau des matins éclatant de soleil.
Car ici, vous le savez bien, les aubes n'apportent plus que des ténèbres.
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